Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'intérieur, à France Info le 20 janvier 2022, sur l'Union européenne face à la question migratoire, les manifestations contre le passe vaccinal et l'islam en France.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Gérald DARMANIN.

GERALD DARMANIN
Bonjour.

MARC FAUVELLE
Dans son discours hier devant les députés européens, Emmanuel MACRON a plaidé pour une réforme de l'espace Schengen, est-ce que ça veut dire qu'il doit être plus difficile à l'avenir d'entrer en Europe ?

GERALD DARMANIN
Oui. La réponse est oui. Schengen c'est notre bien commun à tous, la libre circulation dans les Etats de l'Union européenne, et la contrepartie c'est la tenue de frontières extérieures de l'Union européenne.

MARC FAUVELLE
Plus difficile pour tout le monde, quel que soit le type d'immigration.

GERALD DARMANIN
Non, non, enfin, plus difficile effectivement de rentrer de manière irrégulière en Europe. On voit bien qu'aujourd'hui les frontières extérieures ne sont pas tenues, 185 000 entrées par an, et encore nous sommes en période Covid, qui empêche effectivement encre plus les entrées. Il faut dire que le monde…

MARC FAUVELLE
Les frontières ne sont pas tenues aujourd'hui en Europe.

GERALD DARMANIN
Eh bien c'est très difficile en effet, et puis il y a des attaques, qui sont des attaques politiques. L'exemple de la Lituanie, où je me rends cet après-midi d'ailleurs, où on voit que la Biélorussie utilise des attaques hybrides, comme on dit, pour déstabiliser l'Europe, la Pologne et la Lituanie, et donc nous. Donc il faut bien tenir les frontières extérieures, évidemment il ne faut pas créer des murailles, des barbelés, il faut savoir enregistrer les personnes qui arrivent sur le sol européen, voir pourquoi elles sont là, est-ce qu'on peut regarder si elles ont ou pas des problèmes de sécurité avec l'Europe, et puis enfin est-ce que les demandes d'asile ne peuvent pas se traiter plus rapidement ? Ceux qui méritent l'asile en Europe doivent être accueillis, et ceux qui ne méritent pas l'asile en Europe, on va leur dire de ne pas pouvoir rentrer.

SALHIA BRAKHLIA
Ça veut dire que comme Valérie PECRESSE, vous souhaitez la construction de camps fermés et ultra sécurisés pour accueillir les migrants dans tous les pays frontaliers de l'Europe ?

GERALD DARMANIN
Alors, dit comme ça, effectivement ça ne fait pas très envie. Nous on porte un projet qui est celui de la Commission européenne où la France a beaucoup influencé, qui s'appelle le pacte migratoire. Et on va proposer pendant la présidence française de l'Union européenne, de pouvoir adopter la première étape de ce pacte. Ça consiste en quoi ? De la responsabilité et de la solidarité. De la responsabilité parce qu'aujourd'hui il faut enregistrer toutes les personnes qui arrivent en Europe, il faut adopter le règlement dit « screening », c'est l'enregistrement des personnes qui arrivent, Eurodac, les fichiers de police par exemple, on doit savoir…

SALHIA BRAKHLIA
Ça veut dire qu'il y aura des fichiers communs à tous les pays européens ?

GERALD DARMANIN
Exactement.

SALHIA BRAKHLIA
Pour toute entrée sur le sol européen.

GERALD DARMANIN
Exactement. Quand vous rentrerez en Europe, par l'Italie, par la Lituanie, par la Manche, l'Angleterre, par le Portugal, vous serez enregistré dans les bases européennes, et on regardera si vous n'avez pas été sur un théâtre d'opérations en Syrie par exemple, ça serait le minimum minimorum, bien évidemment.

MARC FAUVELLE
Et là on vous met dans un camp ?

GERALD DARMANIN
Non. Ce que nous proposons, nous, c'est d'abord qu'on fasse ce sujet de sécurité, c'est la 1ère étape, le règlement Screening et Eurodac. En contrepartie, il faut de la solidarité, notamment de la relocalisation de personnes qui sont demandeurs d'asile, c'est-à-dire que les pays européens doivent se partager des personnes qui connaissent des difficultés. Comme en Italie, quand un bateau arrive, il faut savoir se mettre autour d'une table et partager la contrainte que connaissent les Italiens…

SALHIA BRAKHLIA
Donc la mise en place de quotas pour chaque pays.

GERALD DARMANIN
Exactement, pour les demandeurs d'asile, je précise bien, et pour ceux qui ne le voudraient…

MARC FAUVELLE
Qu'est-ce que vous faites des pays qui ne veulent pas, oui ?

GERALD DARMANIN
Et pour ceux qui ne le voudraient pas, parce qu'on a bien vu depuis 5 ans que les choses étaient bloquées sur ce point, un soutien financier extrêmement important, qui est là contrepartie de ceux qui évidemment feraient des relocalisations. Nous pensons pouvoir faire adopter cette 1ère étape, ce serait un pas sans précédent, évidemment pour l'Europe. Après il y a la 2e étape, donc ça sera sans doute un travail très important à faire avec la présidence des autres pays, et notamment, et c'est l'étape numéro 2, le fait que quand on demande l'asile, on puisse le faire dans les pays d'entrée. Alors, en Grèce, il y a une situation très particulière, moi j'ai été visiter des camps effectivement, ce sont des camps très difficiles aussi à voir, et ce n'est pas si facile que ça de le dire, on doit surtout aider des pays comme la Grèce, comme l'Italie, comme l'Espagne ou comme la Lituanie…

MARC FAUVELLE
Ça veut dire quoi, quand vous dites que ce sont des camps pas si faciles que ça à voir ?

GERALD DARMANIN
Parce que vous avez, pour être allé à Samos, des camps avec jusqu'à 3 000, 4 000, 5 000 migrants. C'est des camps ouverts, contrairement à ce qu'a dit madame PECRESSE, les gens peuvent sortir de ces camps pour…

MARC FAUVELLE
Ils doivent revenir à 20h00 le soir.

GERALD DARMANIN
Exactement.

SALHIA BRAKHLIA
Oui, il y a des horaires à respecter.

GERALD DARMANIN
Ils peuvent sortir et revenir, et leur demande d'asile elle doit être étudiée dans ces camps. Mais la difficulté…

MARC FAUVELLE
Ça, vous souhaitez que ça se généralise ou pas ?

GERALD DARMANIN
En tout cas c'est une des possibilités, on le voit bien dans d'autres pays comme à Chypre par exemple, mais ce n'est pas la seule des possibilités. La clé de tout ça, c'est la rapidité avec laquelle nous pouvons étudier les demandes d'asile. Parce que le demandeur d'asile qui arrive, et il est avec sa famille, parfois séparé, entre les femmes, les hommes, les enfants, dans des camps, c'est très difficile évidemment à vivre, on doit pouvoir étudier sa demande d'asile normalement en quelques semaines, au moins pour voir s'il est éligible, s'il vient bien d'Afghanistan, s'il vient d'un pays en guerre, s'il est bien condamné dans ce pays par son orientation sexuelle, et dans ces cas-là on pourrait accepter, c'est notre différence avec madame PECRESSE, accepter la personne sur notre sol, qui a sa demande d'asile étudiée. Et puis il y a ceux dont on sait qu'on ne peut pas leur donner l'asile, parce qu'ils viennent d'un pays qu'on appelle sûr, parce que c'est une démocratie, parce qu'il vient là pour autre chose que la demande d'asile, c'est notamment l'immigration irrégulière, et donc on doit le faire sortir rapidement du camp, et lui demander de partir de l'Europe.

SALHIA BRAKHLIA
Et alors, justement, Marine LE PEN, elle propose que les demandes d'asile soient étudiées en dehors de l'Europe, dans les pays d'origine, au niveau des consulats, des ambassades.

GERALD DARMANIN
Alors, on voit bien que cette proposition qui peut apparaître intelligente comme ça, connaît de graves difficultés concrètes. Je suis une personne condamnée dans mon pays pour attaque politique contre la majorité qui le gouverne ou par mon orientation sexuelle. Imaginons que je sois homosexuel en Afghanistan. Je ne vais pas aller au consulat de France en Afghanistan, d'ailleurs il n'y en a plus, je voudrais le dire à madame LE PEN, bon, ou au Pakistan, pour dire : bonjour, je suis homosexuel, je suis condamné dans mon pays, je rentre dans le consulat j'attends mes demandes et puis dans 6 mois ou dans un 1 an on m'acceptera mes papiers. Evidemment que ce n'est pas comme ça que ça fonctionne l'asile. Alors, qu'il y ait en revanche des améliorations pour aller beaucoup plus vite dans la demande d'asile, c'est une évidence, que l'Europe doit faire converger les demandes d'asile pour avoir un régime unique d'asile, peut-être demain ou après-demain, c'est aussi très bien à faire. Nous avons créé il y a quelques semaines, l'Agence d'asile qui est aujourd'hui à Malte, il faut aujourd'hui qu'elle travaille dans ces conditions, mais les demandes d'asile faites dans les pays d'origine, ça me paraît une idée baroque.

MARC FAUVELLE
Les camps comme ceux de Samos en Grèce, pourquoi on n'en fait pas en France ?

GERALD DARMANIN
La France n'a pas de frontières extérieures avec l'Union européenne, à l'exception de Calais, mais c'est une autre question bien évidemment. Donc notre sujet c'est surtout l'Italie, l'Espagne, la Grèce, Chypre…

MARC FAUVELLE
Donc ce sera toujours pour les pays du Sud.

GERALD DARMANIN
Non, enfin c'est des pays qui connaissent une migration. On a vu que pendant 5 ans on a cru que c'était que les pays du Sud, on voit bien maintenant que c'est des pays de l'Est aussi, la Pologne, aujourd'hui la Lituanie. Ce qu'il faut bien voir, encore une fois, c'est au moins, en tout cas c'est la position de la France, au moins une responsabilité, l'enregistrement de toute personne, la vérification qu'il n'y ait pas de sujet de sécurité avec eux, et la rapidité dans la demande d'asile. On le doit aux vrais demandeurs d'asile, on le doit aussi aux populations qui ne veulent pas de gens qui détournent le droit d'asile, et en même temps la solidarité. La position de la France elle est équilibrée, elle est profondément européenne et elle est la condition de maintenir Schengen telle qu'elle est.

SALHIA BRAKHLIA
Sauf que sur Calais en particulier, le candidat écologiste à la présidentielle Yannick JADOT a interpellé hier le président de la République : " Pourquoi vous décidez chaque jour à Calais d'arracher les tentes, d'humilier les migrants, et de les condamner au désespoir ? " ? Ce manque d'humanité là, qui vous est reproché, ce manque de considération des migrants, des personnes en situation irrégulière, est-ce que vous le comprenez, vous comprenez qu'on vous le reproche ?

GERALD DARMANIN
D'abord, j'ai été très choqué, comme beaucoup de Français, que la politique intérieure politicienne puisse être au rendez-vous du rendez-vous européen qui était la présidence française. Ce n'est pas très patriote d'avoir fait ça, et par ailleurs ça montre la petitesse des hommes politiques qui l'ont fait. Sur la question très particulière qu'évoque monsieur JADOT, ça se voit bien qu'il ne connaît pas tellement le sujet. Notre difficulté c'est que lorsque vous laissez des personnes, des milliers de personnes, dans des camps de fortune, avec des tentes. En plein hiver, je connais bien le Nord-Pas-de-Calais, on ne peut pas dire qu'il fasse très très beau l'hiver. C'est une très belle région, je l'aime beaucoup, mais ce n'est pas le Sud de la France.

MARC FAUVELLE
Raison de plus pour ne pas arracher les tentes.

GERALD DARMANIN
Non non, mais attendez, je m'explique quelques instants. Et que ces personnes n'ont ni eau, ni électricité, ni gaz, et qu'ils ont des bébés par exemple à l'intérieur de ces tentes, et que vous voulez laisser à la main des passeurs qui les récupèrent pour passer en Angleterre, parce que ce qu'ils veulent c'est aller en Angleterre, vous n'êtes pas quelqu'un qui fait de l'humanitaire, vous êtes quelqu'un qui a bonne conscience dans son beau salon parisien ou dans son bureau de Bruxelles, mais vous ne réglez pas le problème des gens. Ce que nous faisons, nous, est bien plus difficile. 13 000 relogements. Nous, nous proposons aux gens d'être relogés. Toute personne, lorsqu'on va retirer des tentes, on leur propose des hôtels, on leur propose des lieux d'habitation. Dans ma propre ville de Tourcoing on a plus de 90 places pour accueillir des migrants de Calais, avec des places d'hôtel chauffées, avec des bébés qui sont suivis médicalement, avec pas d'agressions sexuelles dans les camps pour les femmes. Accepter les tentes au bord de la mer à Calais, en plein hiver, sous prétexte de bonne conscience, c'est accepter en fait de les mettre à la main des criminels. Aujourd'hui, par exemple à Calais, il y a 300 places d'hôtel qui sont vides, au moment où je vous parle. Et pourquoi ils n'y vont pas ? Parce qu'ils veulent absolument passer en Angleterre. Le sujet n'est pas le président de la République française ou l'Union européenne, le sujet dans lequel monsieur JADOT devrait mettre son énergie de député européen, c'est l'Angleterre ! C'est d'avoir un traité Union européenne - Grande-Bretagne pour recréer une voie d'immigration légale.

SALHIA BRAKHLIA
Et ça, vous n'y arrivez pas, avec Boris JOHNSON, avec les Britanniques.

GERALD DARMANIN
Mais bien sûr que si. Nous avons commencé à le faire, le président de la République l'a dit à Boris JOHNSON, qui lui a répondu, vous l'avez vu, publiquement, en disant qu'il était d'accord sur ce traité, il faut surtout convaincre l'Europe.

MARC FAUVELLE
C'est-à-dire que vous pensez que Boris JOHNSON va accepter un corridor humanitaire pour éviter les traversées dans les embarcations ?

GERALD DARMANIN
Ce n'est pas un corridor humanitaire…

SALHIA BRAKHLIA
Une voie légale.

GERALD DARMANIN
C'est une voie légale, voilà, c'est-à-dire que, aujourd'hui…

MARC FAUVELLE
C'est quoi une voie légale ?

GERALD DARMANIN
Mais, l'Angleterre est une île, bien sûr, mais elle permet d'avoir des migrations, on est tous d'accord avec ça, d'ailleurs elle a reconnu le droit d'asile.

MARC FAUVELLE
Donc des bateaux, des ferries.

GERALD DARMANIN
Evidemment, on peut imaginer plein de choses, une voie aérienne, on peut imaginer de voie maritime.

MARC FAUVELLE
Vous pensez. Boris JOHNSON va accepter ça ?

GERALD DARMANIN
Mais il l'a écrit au président de la République, c'est en direct sur Twitter.

MARC FAUVELLE
Vous pensez qu'il va respecter sa parole ?

GERALD DARMANIN
Et ensuite, eh bien Boris JOHNSON est un homme d'Etat, j'espère qu'il respecte sa parole. Le sujet, le grand sujet, c'est que ce soit un traité Union européenne - Grande-Bretagne, pas un traité bilatéral France - Grande-Bretagne. C'est un sujet européen, et lorsqu'il y a du monde à Calais, c'est parce que l'Italie, la Grèce ou la Lituanie, a laissé passer du monde. Je mets " laissé passer " évidemment entre guillemets bien évidemment. Le problème des lituaniens est notre problème. Vous savez, parmi les deux morts, les deux survivants pardon, qu'on a eus dans ce drame terrible qu'il y a eu dans la Manche, il y avait effectivement un citoyen irakien qui 15 jours auparavant était passé de la Syrie à la Biélorussie, de la Biélorussie à la Pologne, de la Pologne à l'Allemagne, de l'Allemagne à la France pour aller jusqu'à Calais. En 15 jours. Donc le problème polonais, le problème lituanien, c'est le problème français.

MARC FAUVELLE
Toujours avec le Ministre de l'Intérieur, Gérald DARMANIN, qui est l'invité de France Info. Les enseignants manifestent aujourd'hui un peu partout en France. À Paris, ils ont déposé leur demande pour manifester trop tard, c'est ce que leur a dit le préfet de la capitale. Le cortège n'a pas été autorisé et finalement, Didier LALLEMENT a précisé qu'il ne l'interdira pas non plus. Ils ont le droit de manifester ou pas, du coup, aujourd'hui ?

GERALD DARMANIN
Quand on manifeste, il vaut mieux respecter les règles de la République et déposer son préavis, ce qu'on demande à tout le monde trois jours auparavant pour des questions de sécurité, pour des questions de responsabilité pénale.

MARC FAUVELLE
Là, il est arrivé un peu trop tard.

GERALD DARMANIN
Donc les manifestants de l'Education nationale pourront évidemment le faire, le préfet de police l'a dit. C'est leur responsabilité désormais s'il se passe quelque chose. C'est pour ça qu'on demande des dépôts de récépissé.

MARC FAUVELLE
Ça veut dire que le cortège ne sera pas encadré par des policiers ?

GERALD DARMANIN
Mais bien sûr ! Evidemment que si ! Le préfet de police, les policiers feront leur travail de protection des manifestants mais c'est quand même toujours mieux de faire ses dépôts à temps.

SALHIA BRAKHLIA
En fait, il y aura une manif' traditionnelle malgré le retard du dépôt de manifestation.

GERALD DARMANIN
Voilà. Je pense que de manière générale, c'est quand même mieux, surtout quand on est responsable éducatif, quand on est responsable tout court, de déposer dans les temps. Mais ceci étant dit, évidemment que le droit de manifester sera respecté à Paris pour tout le monde.

SALHIA BRAKHLIA
Gérald DARMANIN, le week-end dernier vous avez demandé un signalement à la justice après la diffusion d'une photo représentant un groupe de militants d'extrême-droite soupçonné d'avoir effectué un salut nazi en marge de la manifestation anti-pass à Paris, sauf que si on regarde la vidéo, ces personnes tapaient en fait dans les mains. Est-ce que vous êtes allé trop vite ?

GERALD DARMANIN
Non. D'abord, je voudrais vous dire qu'ils tapaient dans les mains mais manifestement, c'est de manière assez détournée désormais qu'on essaye d'avoir des comportements qu'on peut qualifier de factieux dans les rues de Paris.

SALHIA BRAKHLIA
Mais là, on ne peut pas dire que c'est un salut nazi.

GERALD DARMANIN
Si, on peut dire que c'est un comportement qu'on peut qualifier de factieux. D'ailleurs je voudrais dire que des journalistes ont été agressés en marge de ces manifestations, notamment vos collègues de l'AFP. Que des inscriptions nazies comparant, par exemple, les personnes qui n'étaient pas vaccinées avec les Juifs des années 40 ont été retrouvées dans les rues de Paris. Des constats ont pu être faits. Et notamment qu'à l'intérieur de ces gentilles manifestations, il y avait des responsables des Zouaves, vous savez ce groupuscule d'extrême-droite que j'ai dissous en conseil des ministres. Il y avait notamment la personne qui est responsable des Zouaves, qui avait fait le coup de poing dans un meeting de monsieur ZEMMOUR, qui a d'ailleurs été…

MARC FAUVELLE
Contre des militants de SOS Racisme.

GERALD DARMANIN
Qui a notamment été interpellé ce matin parce qu'il ne respectait pas son contrôle judiciaire. Il était d'ailleurs un des chefs de cette manif' puisqu'on le voit avec un mégaphone pour évoquer des slogans. Moi vous savez, ce que je veux dire, il y a une sorte de complaisance désormais pour l'extrême-droite, je trouve, dans notre pays. Il n'y a manifestement plus que le gouvernement de la République et le président de la République pour dénoncer les petits pas de la bête immonde.

SALHIA BRAKHLIA
Complaisance de la part de qui ?

MARC FAUVELLE
Elle avait été autorisée, celle-là ?

GERALD DARMANIN
Ces manifestations sont autorisées en général lorsqu'elles sont déposées et après on vérifie.

MARC FAUVELLE
C'était le cas de celle-ci ? Ils avaient fait une demande en préfecture, légale ?

GERALD DARMANIN
Il y a procédure judiciaire et, évidemment, elles ne sont pas déposées au nom des gens d'extrême-droite, surtout quand on dissout les groupuscules.

SALHIA BRAKHLIA
Là, c'était en marge de la manif' anti-pass.

GERALD DARMANIN
Exactement.

SALHIA BRAKHLIA
D'ailleurs vous avez mis la responsabilité de Florian PHILIPPOT des Patriotes qui organise ces manifestations tous les samedis. Vous l'avez montré du doigt.

GERALD DARMANIN
Dont on sait que c'est quelqu'un d'extrême-droite. Je veux dire, il n'y a pas 150… Lui-même le reconnaît. Enfin, tout le monde sait que fera PHILIPPOT n'est pas un gentil modéré. Donc je pense qu'il faut qu'on arrête de faire croire qu'il y a de la complaisance possible lorsqu'on remet en cause profondément le droit à l'avortement, lorsqu'on compare notre actualité avec les années 40, lorsqu'on porte des étoiles jaunes dans des manifestations détournées, lorsqu'on s'habille tout en noir en général, en faisant des saluts très bizarres, il peut y avoir au moins un doute. Et ce que j'ai dit au préfet de police, c'est de le signaler à la justice et la justice va faire son travail. À la fin des fins si elle considère qu'il n'y a pas de sujet, je me rangerai évidemment derrière sa décision. Mais je ne pense pas que ce soit une manifestation de Bisounours, voilà. Et je vois bien quelle campagne il y a sur les réseaux sociaux, quel silence…

SALHIA BRAKHLIA
Mais il faut que légalement, il y ait quelque chose à leur reprocher, c'est ça que…

GERALD DARMANIN
Oui, on verra bien ce que fera la justice mais s'il y a une interpellation déjà d'une personne qui n'aurait pas dû y être là et qui était responsable d'un groupuscule d'ultra-droite, qui a fait le coup de poing contre des militants antiracistes dans une manifestation politique, ce n'est pas très bon signe. Il ne respecte pas son contrôle judiciaire, ce monsieur.

MARC FAUVELLE
Pourquoi vous dites que tout le monde se tait là-dessus ?

GERALD DARMANIN
Je trouve qu'effectivement la droite républicaine et gaulliste, celle qui n'est pas au gouvernement je veux dire, elle est très silencieuse parce qu'il est très gêné, je crois. Et c'est vraiment dommage…

MARC FAUVELLE
Elle est gênée par quoi ?

GERALD DARMANIN
Je crois qu'elle est gênée. Elle a envie de récupérer une partie des voix, j'imagine, de ce qu'on appelle l'ultra-droite ou l'extrême-droite. On voit bien la complaisance qu'il y a avec monsieur ZEMMOUR, qu'il y a avec…

MARC FAUVELLE
Vous pensez que Valérie PECRESSE, elle a envie de récupérer les voix des gens qu'on vient de voir ?

GERALD DARMANIN
Non. Je crois que Valérie PECRESSE, c'est quelqu'un qui a toujours combattu l'extrême-droite. Mais enfin dans ses rangs, il y a beaucoup de silence. Monsieur CIOTTI, regardez monsieur PLATRET, le maire de Chalon, qui dit qu'il peut faire un deal avec monsieur ZEMMOUR. Monsieur CIOTTI qui dit qu'entre monsieur ZEMMOUR et monsieur MACRON, il votera monsieur ZEMMOUR. Désormais les vannes sont ouvertes et quand il n'y a plus de bornes, il n'y a plus de limites comme dirait l'autre.

MARC FAUVELLE
Une dizaine de membres d'un groupe antivax vont comparaître la semaine prochaine devant la justice après avoir, semble-t-il, harcelé pendant des mois des parlementaires - deux parlementaires ainsi qu'un médecin. Ils auraient publié des centaines de messages parfois très virulents. C'est la fin de l'impunité ?

GERALD DARMANIN
En tout cas, c'est des moyens extrêmement importants qui sont mis par le ministère de l'Intérieur à la demande du président de la République pour retrouver les personnes qui se cachent dans le courage de l'anonymat des réseaux sociaux ou du dark web contre ces menaces de mort contre les élus de la République, quel que soit leur bord politique. Et je veux dire ici que des moyens très importants sont mis au service de la police et de la gendarmerie - ici c'est le cas de la gendarmerie pour passer les pare-feux, pour passer les VPN, pour rentrer sur le dark web, pour retrouver les auteurs et nous multiplions désormais les interpellations et les identifications de ces personnes. Il n'y a plus d'impunité sur le Net, encore moins lorsqu'on menace ces personnes.

SALHIA BRAKHLIA
Les menaces sur les élus, elles sont de plus en plus nombreuses, ces derniers mois, vous tenez un décompte, vous, au ministère de l'Intérieur sur les plaintes déposées par les élus ?

GERALD DARMANIN
Tout à fait. Depuis juillet dernier, il y a eu 535 faits de menaces graves sur les élus de la République, et à peu près 400 plaintes, tous les élus ne déposent pas plainte, d'ailleurs, je les encourage évidemment à déposer plainte. Et nous avons désormais de très nombreuses interpellations, et nous l'espérons, et je sais que le Garde des sceaux y est très attentif, des moyens mis par la justice pour justement pouvoir assez rapidement condamner ces personnes, mais nous avons, autour du président de l'Assemblée nationale, Richard FERRAND, une mobilisation très forte, et quels que soient les bords politiques, je veux dire, et quelle que soit la qualité de l'élu, qu'il soit parlementaire, maire, conseiller municipal, il est inacceptable qu'en démocratie, on puisse envoyer des menaces de mort, brûler des garages, comme c'est le cas de Pascal BOIS, interpeller les personnes extrêmement violemment…

SALHIA BRAKHLIA
Vous craignez l'attaque physique ?

GERALD DARMANIN
Oui, bien sûr, on craint les attaques physiques, fort heureusement, aujourd'hui, ces menaces ne sont que numériques ou que papier, mais bien sûr, on craint des attaques physiques, et donc c'est pour ça qu'on y met des moyens considérables.

MARC FAUVELLE
Gérald DARMANIN, le mois prochain, le Conseil français du culte musulman va probablement se dissoudre, est-ce que c'est vous qui avez provoqué cet éclatement du CFCM en demandant à toutes les fédérations de signer, il y a quelques mois, une charte commune ; est-ce que c'est de la responsabilité du gouvernement ?

GERALD DARMANIN
Alors, c'est une question très compliquée, en quelques secondes, c'est difficile d'y répondre…

MARC FAUVELLE
Eh bien, on va prendre trois minutes, si vous voulez…

GERALD DARMANIN
Bon, le Conseil du culte musulman a été créé sous Jean-Pierre CHEVENEMENT et Nicolas SARKOZY, pour essayer de structurer l'islam de France qui n'était pas structuré, comme l'étaient les catholiques, les juifs, les protestants, du fait même de l'organisation de l'islam dans le monde, ce n'est pas un reproche, c'est un constat, il a été à l'époque structuré autour de fédérations, on va dire, nationales, les Algériens, les Marocains, les Tunisiens, les Comoriens, les Turcs, et il a vécu, et je pense qu'il a essayé de faire quelque chose de positif ; aujourd'hui, ce n'est plus possible, ce n'est plus possible, pourquoi, parce que nous constatons des ingérences extrêmement fortes des Etats étrangers par les religions en France, et nous ne pouvons pas accepter cela, l'islam n'est pas une religion d'étrangers en France, l'islam est une religion française, comme les catholiques, les juifs, les protestants évidemment en France. Et deuxièmement, ce système d'islam consulaire n'est plus acceptable, et donc nous avons demandé sous l'autorité du président de la République de pouvoir se couper de ses liens nationaux, de couper les financements étrangers…

MARC FAUVELLE
Donc vous dites en quelque sorte, c'est une clarification, on va pouvoir voir ceux qui sont compatibles avec la République et ceux qui ne le sont pas dans toutes ces fédérations-là qui composaient le CFCM ?

GERALD DARMANIN
C'est la fin de l'influence étrangère par l'islam en France. Donc la loi séparatisme nous y aide beaucoup, on connaît désormais tous les financements, on connaît évidemment la fin des imams détachés, c'est-à-dire des imams qui étaient payés par des Etats, une convention internationale existait, donc tout ça était légal évidemment, des fonctionnaires algériens, des fonctionnaires marocains, des fonctionnaires turcs qui venaient en France en tant que fonctionnaires algériens pour être imams dans des mosquées, on a mis fin à ça, c'est extrêmement courageux de la part du président de la République. L'année prochaine, il n'y aura plus d'imams détachés, l'année prochaine, il n'y aura plus de financements étrangers que nous n'accepterons plus, et il n'y aura, nous l'espérons, nous l'espérons, c'est une association indépendante, plus de CFCM…

SALHIA BRAKHLIA
Et ça va être remplacé par quoi ?

GERALD DARMANIN
Il y aura autre chose, et donc début février, nous allons organiser un forum à l'allemande, donc regarder le modèle allemand qui est très intéressant, il y aura des femmes désormais dans ce forum, parce qu'aujourd'hui, il y a des imams femmes ou des responsables religieux femmes de l'islam qui ne sont jamais représentées au CFCM, nous les mettons évidemment en place dans ce forum, des responsables associatifs qui ne se sentaient pas représentés dans l'islam institutionnel et consulaires, et nous invitons tous ceux qui souhaitent organiser l'islam à l'organiser, et ce n'est pas à l'Etat de le faire, nous souhaitons permettre les moyens de cette organisation pour les aumôneries, pour regarder les actes antireligieux, pour la constitution des imams dans chacune des mosquées, pour lutter contre le séparatisme…

SALHIA BRAKHLIA
Donc vous imaginez, pardon, Gérald DARMANIN, que l'ingérence turque, par exemple, elle va s'arrêter juste parce que vous avez fait voter une loi et parce que vous l'avez décidée ?

GERALD DARMANIN
Mais nous l'arrêtons, regardez l'école d'Albertville, la presse en a beaucoup parlé, il y avait une école pro-turque à Albertville, le maire d'Albertville nous a interpellés, il ne pouvait pas s'y opposer, ni au permis de construire, ni à la constitution de cette école, à sa demande, alors qu'il ne partage pas nos opinions politiques, nous avons déposé un amendement à la loi séparatisme, aujourd'hui, la justice a donné raison au maire d'Albertville ; il n'y aura pas d'école turque, pro-turque à Albertville, nous avons mis enfin un arrêt aux ingérences étrangères, c'est très difficile, ça change les habitudes, l'Algérie, la Tunisie, le Maroc, la Turquie sont nos alliés et nos amis, mais on leur dit que les affaires religieuses en France, c'est des affaires françaises, ce n'est pas les affaires de quelqu'un d'autre.

MARC FAUVELLE
Merci à vous Gérald DARMANIN, on doit vous libérer, je crois que vous avez Conseil de défense sanitaire dans quelques minutes à l'Elysée, ça vous laisse, pouf, six minutes pour traverser une partie de Paris, c'est ça ?

GERALD DARMANIN
J'arriverai un petit peu en retard…

SALHIA BRAKHLIA
Est-ce qu'on espère des levées de restrictions, c'est ce qui est prévu ?

GERALD DARMANIN
Le conseil de défense décidera.

MARC FAUVELLE
Bon, merci. Soyez prudent sur la route, six minutes pour aller à l'Elysée, merci beaucoup d'être venu…

GERALD DARMANIN
J'arriverai un peu en retard, on va essayer de respecter les feux.

MARC FAUVELLE
Voilà, message transmis aux services de la présidence. Merci beaucoup d'être venu ce matin sur France Info.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 janvier 2022