Interview de Mme Amélie de Montchalin, ministre de la transformation et de la fonction publiques, à CNews le 3 février 2022, sur la situation sociale, l'élection présidentielle, la fonction publique et la question migratoire.

Texte intégral

LAURENCE FERRARI
Bonjour Madame la ministre.

AMELIE DE MONTCHALIN
Bonjour.

LAURENCE FERRARI
Bienvenue dans « La matinale » de CNews. On est à l'heure du bilan, puisque le président de la République va parler dans les prochains jours de sa candidature, il attend d'une part que le pic de l'épidémie soit derrière nous, c'est à peu près le cas, et maintenant que le pic de la crise géopolitique soit passé, ce n'est pas encore le cas. On a posé la question aux Français à travers un sondage CSA pour CNews, 44% d'entre eux estiment que leur situation économique personnelle s'est détériorée depuis le début du quinquennat, 40% estiment qu'elle est restée la même, 15% qu'elle s'est améliorée. C'est un chiffre quand même qui pèse lourd, 44% qui pensent que, pour eux, ça va un peu plus mal qu'avant le début du quinquennat d'Emmanuel MACRON.

AMELIE DE MONTCHALIN
Ça c'est un chiffre qui décrit effectivement la situation des Français, avec, en fait, plus d'une majorité de Français qui voient que la situation s'est soit stabilisée, soit améliorée, ce qui, quand on regarde…

LAURENCE FERRARI
…de l'autre côté du camembert.

AMELIE DE MONTCHALIN
Oui, mais je vais y revenir ; quand on regarde quand même la crise sanitaire qu'on a vécue, la crise économique, en 2008, quand la crise a été de la même ampleur, ou à peu près, c'est des impôts qui ont augmenté, c'est du pouvoir d'achat en moins, ce n'est pas le choix qu'on a fait, nous on a baissé les impôts, la taxe d'habitation a baissé, et on n'a pas prévu de les augmenter. Et puis l'autre chose…

LAURENCE FERRARI
Mais on est en 2022.

AMELIE DE MONTCHALIN
L'autre chose, c'est qu'on a aussi beaucoup travaillé sur les dépenses contraintes, sur les dépenses de santé, sur la mutuelle santé, par exemple voyez les fonctionnaires, sur le 100% santé, pour que les lunettes, les prothèses auditives dentaires, n'aient plus de reste à charge. On a travaillé sur les prix de l'énergie, avec notamment MaPrimeRénov' pour rénover sa chaudière, et donc on est aussi en train de travailler…

LAURENCE FERRARI
D'accord, mais là les Français n'ont pas ce sentiment-là, 44% pensent que ça s'est détérioré pour eux.

AMELIE DE MONTCHALIN
On a encore un énorme chantier devant nous, sur toutes les aides et les dispositifs publics de soutien, et d'aides, on est en train de les rendre plus accessibles, c'est un énorme chantier, et donc je ne suis pas en train de vous dire tout va bien, je suis en train de vous dire heureusement qu'on a fait ce qu'on a fait parce qu'il y a plus d'une majorité de Français pour qui ça s'est stabilisé ou amélioré, on a encore du travail, et notamment sur les dépenses contraintes, et sur, au fond, une grande réforme qu'on veut faire, pour arrêter, sur les aides sociales, à la fois le non recours, c'est-à-dire que ce qui est dans la loi ne s'applique dans la vie, mais aussi lutter contre la fraude.

LAURENCE FERRARI
Et puis il y a une question d'unicité de ces aides qui sont absolument disparates, qu'il faudrait peut-être rassembler dans une seule et une même aide sociale.

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais le président l'a dit hier, notre projet, et qu'on a construit déjà pendant ces cinq années, c'est de simplifier en fusionnant les aides, il y a trop d'aides différentes et du coup les gens s'y perdent, et du coup ils n'ont pas accès à ce que la loi…

LAURENCE FERRARI
Ils ne réclament toujours pas les aides auxquelles ils ont droit.

AMELIE DE MONTCHALIN
A décidé pour eux, et donc c'est un sujet, évidemment de chantier, mais…

LAURENCE FERRARI
Au-delà des aides publiques il y a aussi les dépenses de tous les jours, le fuel, le prix des courses qui augmente, chaque mois il manque 100 à 500 euros aux ménages, ça c'est la réalité.

AMELIE DE MONTCHALIN
L'indemnité inflation, c'est plus de 30 millions de Français qui ont touché…

LAURENCE FERRARI
C'est 100 euros.

AMELIE DE MONTCHALIN
C'est 100 euros, oui. Mais voyez les prix des carburants…

LAURENCE FERRARI
Les prix des carburants, et voyez la prime.

AMELIE DE MONTCHALIN
Il y a des choses qui dépendent de nous, l'indemnité inflation, le niveau de taxes, il y a des choses qui ne dépendent pas de nous, les prix du baril au niveau international, et puis aussi une part, d'ailleurs, de taxe sur le carburant qui dépend des régions. Moi j'observe qu'il y a des régions qui n'ont pas pris de décision pour baisser cette part qui est la leur. Vous avez aujourd'hui une différence, vous payez plus cher votre carburant en Ile-de-France que si vous êtes…

LAURENCE FERRARI
Je suis sûre que vous arriviez à Valérie PECRESSE, bizarrement.

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais c'est une réalité, vous avez des différences entre les régions. La part de taxe, qui s'appelle la TICPE, qui dépend de la région Ile-de-France, est plus élevée que celle de la région Normandie, est plus élevée que celle de la région Bretagne, donc que chacun balaye devant sa porte et considère qu'il y a des choses qui dépendent de chacun, chacun agit, des choses qui dépendent de l'extérieur. Mais après, regardez ce qu'on a fait sur l'électricité, c'est 4 % seulement de hausse là où ça aurait dû en être 10 fois plus, sur le gaz c'est des prix gelés, c'est 15 milliards d'euros qu'on a investis pour limiter cette hausse des dépenses contraintes, et donc ce que je peux vous dire c'est que, oui, le président, évidemment, avec tout son gouvernement, on agit pour que tout ce qui est en notre main, nous soyons mobilisés pour les Français. Vous avez parlé de la campagne présidentielle, le président, aujourd'hui, il a évidemment, évidemment des responsabilités de président, sur la crise sanitaire, sur cette crise géopolitique à quelques centaines de kilomètres de nous, mais l'élection présidentielle c'est un moment sacré, c'est un moment d'échange avec les Français, on va évidemment…

LAURENCE FERRARI
Il aura lieu cet échange ou pas ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Evidemment qu'il aura lieu, c'est un moment qui est extrêmement important, c'est un moment où vous parlez d'avenir, et ce que j'observe c'est qu'il y a une forme de fébrilité, aujourd'hui dans le débat politique, de la part de ceux qui, parce que peut-être ils ont du mal à convaincre les Français, peut-être que, dépeindre une France en déclin, plutôt que la France du réel, peut-être que ceux qui ont justement du mal à parler de ce qui se passe vraiment sur le chômage, sur la reprise de notre attractivité, sur les chiffres record de l'apprentissage, bref, ceux qui sont peut-être fiers des Français qu'est-ce qu'ils font, ils disent qu'au fond si MACRON était candidat ils arriveraient à mieux convaincre les Français, moi je ne crois pas à ça, je ne pense que, le débat présidentiel…

LAURENCE FERRARI
Non, ils ne parlent pas de ça, ils parlent de loyauté du débat, de débat équitable, quand on n'est pas tous alignés au début de la course, eh bien on ne peut pas donner le signal de départ de la course.

AMELIE DE MONTCHALIN
Regardez, ces candidats ils ont aujourd'hui le temps, l'espace, des semaines et des semaines, pour présenter leurs idées, et c'est très bien, pour que les Français puissent juger par eux-mêmes, et si ça ne marche pas…

LAURENCE FERRARI
Mais vous vous ne présentez pas les vôtres, c'est ça le vrai sujet.

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais, attendez, que nos oppositions viennent nous dire qu'il faudrait que le président devienne candidat pour que leurs idées soient mieux entendues des Français, on marche sur la tête, qu'ils convainquent les Français par des projets d'avenir et qu'ils avancent.

LAURENCE FERRARI
Valérie PECRESSE, elle propose une hausse des salaires progressive pour atteindre 10 %, et cela par paliers, est-ce qu'il faut agir sur les salaires, dans quelle mesure est-ce que vous vous proposez d'agir sur les salaires ?

AMELIE DE MONTCHALIN
D'abord, on a agi sur les salaires. Quand, au début du quinquennat, on a baissé les charges, on a fait ce choc de pouvoir d'achat, quand on travaille sur la prime d'activité, on a agi sur les salaires. Mais, là aussi, Madame PECRESSE qui nous explique qu'elle est très sérieuse, qu'elle est crédible…

LAURENCE FERRARI
Qu'elle tient son budget.

AMELIE DE MONTCHALIN
Encore hier sur votre antenne elle nous expliquait qu'elle serait comme Margaret THATCHER, « la femme de fer », je ne sais pas d'ailleurs si les Français ont très envie d'avoir Margaret THATCHER dans leur pays aujourd'hui, mais regardez sa proposition.

LAURENCE FERRARI
Paix à son âme.

AMELIE DE MONTCHALIN
Le lundi, 10%, le mardi, 3%, ah le mercredi c'est 3, et puis en fait… c'est comme les fonctionnaires, un jour c'était 10 % de l'administration administrante à Paris, un autre jour c'était 150.000 de moins, un autre jour c'était 200.000 de moins, ce n'est pas sérieux, ce n'est pas Margaret THATCHER, c'est Margaret GIROUETTE, il n'y a pas de consistance, c'est un programme technocratique, où les propositions s'enchaînent, ce n'est pas un programme qui parle d'avenir, c'est un programme de revanche, mais la revanche ça ne suffit pas, les Français ne veulent pas que la droite soit de retour, ils veulent qu'on leur parle de leur pays, et donc sachez que nous…

LAURENCE FERRARI
Et de leur pouvoir d'achat, et ils ont répondu ce matin.

AMELIE DE MONTCHALIN
Et le pouvoir d'achat, rappelez-vous, 2008, qu'est-ce qui s'est passé après la crise quand la droite était au pouvoir ?

LAURENCE FERRARI
Mais vous êtes obsédée par 2008, on est en 2022 Madame Amélie de MONTCHALIN.

AMELIE DE MONTCHALIN
Oui, parce que ceux qui nous donnent des leçons…

LAURENCE FERRARI
La crise elle est là, aujourd'hui.

AMELIE DE MONTCHALIN
Sur ce que nous aurions dû faire…

LAURENCE FERRARI
Ce n'est pas celle d'hier.

AMELIE DE MONTCHALIN
Ont un bilan…

LAURENCE FERRARI
Il y a celle de demain aussi.

AMELIE DE MONTCHALIN
Qui les condamne. Ce bilan, c'était quoi ? C'est de dire on augmente les impôts, le chômage augmente, la croissance ne part pas. Regarde la France d'aujourd'hui, c'est le choix contraire que nous avons fait, Bruno LE MAIRE a été sur ce point très clair, nous n'avons pas augmenté les impôts, nous avons déployé un plan de relance, aujourd'hui nous avons le plus bas taux de chômage depuis 12 ans, nous n'avons jamais eu autant de Français qui travaillent, nous n'avons jamais eu autant d'apprentis. Je ne vous dis pas que c'est le gouvernement qui est fier, moi je suis fière des entreprises, je suis fière des jeunes, je suis fière des maîtres d'apprentissage…

LAURENCE FERRARI
Des fonctionnaires éventuellement ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Je suis fière évidemment des agents publics, qui se sont engagés, je suis tellement fière que d'ailleurs je ne les considère pas comme une somme de gens, comme un chiffre, j'y vois des hommes et des femmes qu'il faut évidemment soutenir, réorganiser. Voyez, aujourd'hui moi le climat politique il m'étonne, on a l'impression qu'on a une France de déclin, que tout est noir, que rien ne sert à rien, comment voulez-vous convaincre les Français qu'il y a un avenir, que vous êtes une responsable politique, mais Marine LE PEN et Eric ZEMMOUR c'est pareil, il n'y a rien à proposer, il faut se replier, et considérer qu'au fond il y a la fatalité, ce n'est pas…

LAURENCE FERRARI
Vous ne devez pas regarder vraiment toutes les propositions pour dire ça, mais bon !

AMELIE DE MONTCHALIN
Vous avez vu des propositions qui donnent un sens à une action, à une vision ? Vous avez une somme de propositions technocratiques les unes après les autres…

LAURENCE FERRARI
C'est normal, vous êtes derrière le président de la République, je comprends, vous êtes déjà en campagne, lui ne l'est pas encore. Emmanuel MACRON s'était engagé à supprimer 120.000 postes de fonctionnaires, on en est à combien exactement aujourd'hui ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Aujourd'hui…

LAURENCE FERRARI
On en a rajoutés, on est d'accord ?

AMELIE DE MONTCHALIN
On n'en n'a pas rajoutés, on n'en n'a pas rajoutés, on a le même nombre de fonctionnaires aujourd'hui qu'en 2007, mais on ne s'est pas renié…

LAURENCE FERRARI
Ah oui, 120.000, vous n'avez pas rogné ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Non, ce qu'avait dit le président c'était d'abord, un, qu'il y aurait moins de fonctionnaires à Paris, qu'il y en aurait beaucoup plus en proximité des Français, c'est le cas. Il avait aussi dit qu'on appliquerait des réformes qui n'avaient jamais été faites, comme les 35 heures dans les collectivités, pour qu'on ait de l'efficacité, qu'on ait un meilleur service public, et c'est fait. Et nous, vous voyez…

LAURENCE FERRARI
Dans la douleur !

AMELIE DE MONTCHALIN
De quoi ?

LAURENCE FERRARI
Les 35 heures dans les collectivités.

AMELIE DE MONTCHALIN
Ce n'est pas une question de douleur, c'est une question de loi qui s'applique, d'un Etat qui est ferme, qui fait appliquer la loi. Aujourd'hui 80% des communes appliquent cette loi, qui n'avait jamais été ni faite par la droite et par la gauche…

LAURENCE FERRARI
On va parler de celles qui ne l'appliquent pas.

AMELIE DE MONTCHALIN
Et puis sur, les fonctionnaires, sur le service public, nous on s'est adaptés au pays, je pense que les Français d'ailleurs ils attendent un service public qui est adapté aux besoins. Vous imaginez si on était comme certains en train d'arriver en disant " voilà, c'est tant de fonctionnaires qu'il faut supprimer coûte que coûte, crise sanitaire ou pas crise sanitaire, besoins des Français… "

LAURENCE FERRARI
Donc le président a appris face çà la réalité, c'est une logique évidente.

AMELIE DE MONTCHALIN
Oui, et on ne s'est pas renié, en disant on s'adapte à la réalité, on s'adapte aux besoins, et on remet des fonctionnaires…

LAURENCE FERRARI
120.000 postes de supprimés et vous ne vous êtes pas reniés ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors, il y en avait 50.000 qui étaient pour l'Etat, 70.000 dans les collectivités, les collectivités, la loi des 35 heures et les décisions qui sont prises sont les leurs, et dans l'Etat moi j'assume de dire les fonctionnaires sont aujourd'hui beaucoup plus proches des Français, 5000 personnes qu'on a mis dans France Services, pour que tous les Français, aujourd'hui 95% des Français ont à moins de 30 minutes de chez eux un lieu pour faire toutes leurs démarches, moi je suis contente d'avoir créé ces 5000 postes.

LAURENCE FERRARI
L'application des 35 heures est à l'origine notamment de la crise des poubelles à Marseille, heureusement un accord a été trouvé et le travail de collecte des ordures va reprendre ce matin. Il faut que tous les agents municipaux de toutes les communes soient aux 35 heures ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais, d'abord il faut effectivement qu'on résorbe une grande inégalité. Vous aviez, jusqu'à encore quelques semaines, selon les communes où vous travaillez, vous faisiez le même métier, vous n'aviez pas la même base de temps de travail, et donc du coup vous n'aviez pas toujours le même salaire, vous aviez aussi une inégalité entre le privé et le public, les Français ils savent que la base de temps de travail c'est 35 heures, depuis le début des années 2000, depuis plus de 20 ans, et donc la réforme que j'ai portée, c'était une réforme pour résorber les inégalités, c'est aussi une réforme de justice sociale, pour dire il y a des métiers plus pénibles que les autres, évidemment être éboueur c'est plus pénible que d'être agent administratif, mais moi ce que je veux c'est qu'on ait de l'efficacité, c'est comment qu'on peut transformer notre fonction publique, c'est comment qu'on peut payer les fonctionnaires pour le travail qu'ils font, et donc aujourd'hui il y a quoi ? 80 % des communes de France appliquent cette loi. On avait des gens…

LAURENCE FERRARI
Combien 85 ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Plus de 80 %, on avait des gens, comme la maire de Paris, qui nous avaient expliqué que politiquement, pour des visions d'avenir, ils n'allaient pas l'appliquer, le tribunal a décidé pour eux, aujourd'hui ils l'appliquent, en catimini, c'est beaucoup moins glorieux d'appliquer la loi que de s'opposer. Vous aviez une dizaine de communes, en Seine-Saint-Denis, qui ont été déférées au tribunal administratif, lequel a rappelé que la loi devait s'appliquer et qui donc aujourd'hui, sous la contrainte de la justice, l'appliquent. Je vous annonce qu'aujourd'hui…

LAURENCE FERRARI
Peut-être qu'il y aura d'autres villes.

AMELIE DE MONTCHALIN
Aujourd'hui, dans le Val-de-Marne, le préfet va déférer une vingtaine de communes, pour la même raison, parce qu'il n'y a pas de raison qu'il y ait d'exceptions, et puis on a 200 communes qui sont sous surveillance, elles le savent, qui ont quelques semaines maintenant pour rentrer dans les clous, et si elles ne rentrent pas dans les clous, ce sera également le tribunal. La situation de Marseille elle est particulière, la Métropole a dit qu'elle allait bien sûr appliquer la loi, c'est sa responsabilité, elle a d'ailleurs proposé un règlement de temps de travail, sur une base 35 heures, et on voit que c'est compliqué avec le syndicat majoritaire, le préfet est évidemment aux côtés de la Métropole qui veut appliquer la loi, mais la responsabilité c'est celle maintenant des élus locaux, des décideurs de terrain.

LAURENCE FERRARI
Notamment du maire. Le télétravail, un mot, le pic de l'épidémie semble derrière nous, il restera, il n'y a plus de télétravail obligatoire aujourd'hui ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Il n'est pas obligatoire, mais il est recommandé.

LAURENCE FERRARI
Oui, il reste recommandé.

AMELIE DE MONTCHALIN
Il reste recommandé. Dans la fonction publique, parce qu'on n'est pas toujours condamné dans la fonction publique à être en retard, à être en décalage, on a depuis le mois de juillet un accord qui permet que chaque agent public puisse télétravailler un jour, deux jours ou trois jours, en accord avec son employeur, ça veut dire que c'est un acquis, ça veut dire que c'est un droit, c'est après la crise on gardera le côté positif aussi de e que les gens veulent choisir dans leur organisation de travail, et ça c'est aussi pour moi un progrès. Donc là on repasse dans un régime où il n'est pas obligatoire, mais il est recommandé, et il se trouve que dans la fonction publique on a tout à fait l'organisation pour que ce soit le cas.

LAURENCE FERRARI
Emmanuel MACRON a évoqué hier à Tourcoing, où il était en déplacement, la réforme de l'espace Schengen, oui mais comment ? Alors, il faut mieux tenir les frontières extérieures de l'UE, il veut un conseil de pilotage, un mécanisme d'intervention rapide, une politique commune d'asile, d'immigration, ce sont des grands mots, la réalité c'est que l'Europe n'est pas d'accord sur les grands principes de cette réforme de l'espace Schengen, comment va-t-il faire ?

AMELIE DE MONTCHALIN
La réalité, vous savez, c'est qu'il y a quelques semaines on nous avait dit cette présence française ça va ne servir à rien, ça va faire des jolies photos, et au fond on aurait mieux fait de la laisser à quelqu'un d'autre parce que, vous comprenez, il y a la campagne électorale en France, ce n'est pas notre rôle, c'est tout l'inverse. C'est un moment où on est aux manettes, où on a la responsabilité de définir l'agenda de travail et de trouver des solutions. Ça fait 5 ans, 5 ans que le président, il n'a pas cédé la petite musique de Marine LE PEN, d'Eric ZEMMOUR, de Valérie PECRESSE, qui est de dire " comme on n'y arrive pas, comme c'est compliqué, comme on n'est pas d'accord au départ entre nous, eh bien il n'y a qu'à faire des quotas nationaux et considérer que c'est juste entre Français, entre nous, qu'on va y arriver "…

LAURENCE FERRARI
Choisir notre immigration quoi, voilà !

AMELIE DE MONTCHALIN
Non, ce n'est pas ce que disent les candidats en question, les candidats en question ils ont capitulé, ils considèrent que la France ne peut pas peser en Europe, qu'il n'y a aucune solution collective…

LAURENCE FERRARI
Eux ils disent que c'est Emmanuel MACRON qui a capitulé…

AMELIE DE MONTCHALIN
Et que donc… Madame PECRESSE, et d'autres, Marine LE PEN et d'autres, à la fois ils nous disent " il faut qu'on résolve ça en franco-français, à l'Assemblée nationale par des quotas ", et en même temps ils vont en Grèce et ils disent " il y a quand quelque chose qui joue là-bas. " Le président de la République ce n'est pas ce qu'il fait, il dit voilà, depuis 5 ans nous avons le devoir de nous mettre d'accord. Aujourd'hui…

LAURENCE FERRARI
Nous n'avons pas maîtrisé notre immigration depuis 5 ans.

AMELIE DE MONTCHALIN
Aujourd'hui nous avons un règlement qui s'appelle Schengen, qui est une somme de textes, et tout le monde se rejette la balle en disant voilà, les règlements nous empêchent… ce n'est pas ce que dit le président, ce n'est pas ce qui s'est passé hier, hier il a dit voilà, nous avons à faire sur ce sujet de la politique, nous avons à prendre nos responsabilités. Par moment le sujet, on le sait, c'est des réseaux de passeurs qui organisent des flux dans tel pays, eh bien on s'organise dans tel pays, par moment c'est un enjeu sur l'asile, il faut qu'on se coordonne, eh bien on se coordonne, c'est de faire…

LAURENCE FERRARI
Tout ça en un mois Madame de MONTCHALIN, sérieusement ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Ce qui va arriver le mois prochain c'est que la réunion Schengen, qui d'habitude est une réunion juridique, on regarde des règlements, on se dit ah, voilà ce qu'il y a dans les règlements, va devenir une réunion politique. C'est comme sur le plan de relance, sur le plan de relance, pendant des années on a dit jamais les Européens n'investiront ensemble, eh bien ils ont investi ensemble. Pourquoi ? parce qu'on a fait de la politique, parce qu'on est revenu au coeur des sujets, parce qu'on pense que la France peut peser en Europe, moi vous savez j'ai fait ça pendant 2 ans, ça a été mon rôle comme secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, c'est de construire des alliances, c'est de considérer qu'il n'y a pas de fatalité, c'est de considérer que quand les problèmes sont communs il y a des solutions communes, et, vous savez, ceux qui ont des grands mots…

LAURENCE FERRARI
Il faudra peut-être en persuader les Français !

AMELIE DE MONTCHALIN
Qui nous parlent d'Europe passoire, de France passoire, ça ne correspond pas à la réalité. Les grands mots c'est ça souvent ceux qui ont les plus petites solutions. Eh bien nous on va travailler, le président aujourd'hui est en responsabilité, il est aux manettes, et il doit aux Français, et aux Européens, des résultats, et surtout de faire de la politique, parce que l'Europe ce n'est pas un cadre où on parle de règlements, c'est un endroit où ensemble on décide des choses utiles pour les Français, pour les Européens, et donc ce qui s'est joué hier c'est très important. C'est la première fois depuis 1995 que vous avez quelqu'un qui dit voilà, sur ce sujet, soit on travaille autrement ensemble, soit on tourne en rond, eh bien travaillons autrement ensemble et les résultats, vous verrez, seront là.

LAURENCE FERRARI
Merci beaucoup Amélie de MONTCHALIN d'être venue ce matin défendre le bilan d'Emmanuel MACRON.

AMELIE DE MONTCHALIN
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 février 2022