Interview de Mme Roxana Maracineanu, ministre des sports, à RMC le 7 février 2022, sur les jeux olympiques d'hiver et la reprise des cours de piscine à l'école après les vacances de février.

Texte intégral

APOLLINE DE MALHERBE
Tout de suite, place au sport, avec vous Roxana MARACINEANU. Bonjour.

ROXANA MARACINEANU
Bonjour.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous êtes ministre déléguée aux Sports. On a plein de questions à aborder avec vous. Mais d'abord, on a envie de se réjouir ensemble. Johan CLAREY qui est donc médaille d'argent en ski alpin, en descente. C'est la deuxième médaille pour l'équipe de France.

ROXANA MARACINEANU
Oui, une super concrétisation, à 41 ans, c'est extraordinaire, beaucoup d'émotion tout à l'heure et je pense pour lui une magnifique victoire dont tout le monde se souviendra.

APOLLINE DE MALHERBE
Et on attend Tessa WORLEY d'une minute à l'autre, évidemment, on vous le fera vivre en direct. Pourquoi vous n'êtes pas à Pékin ? Vous n'y êtes pas, mais vous allez y aller, on a l'impression que c'est un peu un boycott à moitié.

ROXANA MARACINEANU
Alors, ce n'est clairement pas un boycott. Le président de la République s'est exprimé sur ce sujet, nous sommes dans le dialogue, nous voulons affirmer les positions de la France, sur tous les sujets vis-à-vis de la Chine. Pour ma part, j'irai quelques jours, pour soutenir nos athlètes qui concourent et qui j'espère reviendront avec beaucoup de médailles et une belle compétition. Il y a de belles installations à Pékin pour ces jeux, j'ai été à Tokyo pour soutenir nos athlètes d'été, et ma place est à leurs côtés pour les athlètes d'hiver.

APOLLINE DE MALHERBE
Sans état d'âme.

ROXANA MARACINEANU
Sans état d'âme. Aujourd'hui, nous sommes dans le dialogue avec tous les pays du monde entier, vous avez vu la position du président la position de ce gouvernement, et voilà, nous défendons avec fermeté nos convictions sur le respect des droits de l'homme, sur la nécessité aussi que l'attribution des grands évènements sportifs, se fasse par le mouvement sportif, en pleine conscience de tous les enjeux de société et du moment, le développement durable, mais aussi bien sur le respect des droits de l'homme et la lutte contre toute forme de violence et de discriminations. Et c'est ces messages-là que l'on portera au moment où on sera aux côtés des athlètes.

APOLLINE DE MALHERBE
Si vous êtes toujours ministre des Sports au moment de la Coupe du monde, vous irez au Qatar ?

ROXANA MARACINEANU
J'irai au Qatar, parce que… j'y suis déjà allée, une fois, deux fois, pour voir comment l'Organisation prenait corps. Encore une fois, toutes ces compétitions elles ont été attribuées à ces pays, par le mouvement sportif, et c'est le mouvement sportif qu'on doit responsabiliser sur ces questions, c'est notre rôle en tant que gouvernement et en tant que ministre des Sports, de porter cette parole de l'importance de la prise de conscience du mouvement sportif, des enjeux de société.

APOLLINE DE MALHERBE
Et là encore, sans aucun état d'âme, il n'y a une forme d'entrisme du Qatar, par le sport en France ?

ROXANA MARACINEANU
Le sport, moi je comprends si je me mets à leur place, ils ont envie que le sport, les équipements sportifs, le sport irradie partout, dans toute la société, dans toutes les sociétés, auprès de tous les publics, et néanmoins…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais y compris, eux chez nous.

ROXANA MARACINEANU
« Eux chez nous » ?

APOLLINE DE MALHERBE
Non, mais je veux dire, est-ce que le Qatar est derrière un certain nombre de, je veux dire d'abord il est extrêmement puissant aujourd'hui dans le sport, évidemment il ne faut pas attendre de regarder du côté du PSG, mais la présence du Qatar dans le sport y compris chez nous, en France, ça, jamais ça ne vous inquiète, jamais vous vous dites : il y a peut-être quand même une forme d'entrisme ou en tout cas d'influence ?

ROXANA MARACINEANU
Moi, dans mon rôle de ministre des Sports, c'est la place du sport dans toutes les sociétés que je défends, c'est une donnée très importante pour la santé publique du monde entier, et donc aujourd'hui, voilà, mon rôle c'est de responsabiliser le mouvement sportif dans l'attribution des événements, et tous ceux qui font du sport sur des thèmes qui sont importants pour toutes les sociétés.

APOLLINE DE MALHERBE
Restons sur la question du foot. Vous étiez ce week-end dans les tribunes de Saint-Etienne – Montpellier, match de Ligue 1. Vous avez remercié sur Twitter les supporters de leur accueil, pourtant il y avait une banderole qui vous visait d'ailleurs personnellement, et puis il y avait aussi ces questions quand même des fumigènes, parce que moi je n'ai pas compris : ils sont interdits ou ils ne sont pas interdits ?

ROXANA MARACINEANU
Alors, les fumigènes sont déjà interdits, ils sont passibles de 3 ans de prison et 15 000 € d'amende. Ce que nous allons faire dans la loi, c'est rendre cette amende beaucoup plus individuelle, plus immédiate et plus compréhensible, pour les personnes qui introduisent ou qui utilisent à des fins violentes ces toutes formes d'ailleurs d'armes, y compris les fumigènes, d'objets dangereux.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous comprenez bien qu'il y a une forme de décalage. On vous entend dire que c'est interdit, on sait que c'est interdit…

ROXANA MARACINEANU
Bien sûr.

APOLLINE DE MALHERBE
… mais on les voit, ça y est, ils sont là à nouveau dans les stades.

ROXANA MARACINEANU
Eh bien ils ont toujours été là, ce n'est pas nouveau. Ils ont toujours été là, depuis le début…

APOLLINE DE MALHERBE
Oui, mais donc la parole politique n'a pas grand…

ROXANA MARACINEANU
Aujourd'hui, on va créer cette amende. Une personne qui introduira et qui sera prise avec un fumigène à partir du moment où on va voter la loi sports, sera passible d'une amende qui sera payable tout de suite. On ne sait pas encore exactement le montant, ce sera au tour des 500 €, et voilà, on espère que ça sera suffisamment dissuasif…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais là ce sera…

ROXANA MARACINEANU
Aujourd'hui, il n'y a pas cette amende-là, aujourd'hui il n'y a pas partout la possibilité de reconnaître les personnes qui craquent des fumigènes. Je le rappelle, c'est dangereux, c'est pour ça qu'on a expérimenté avec l'Instance nationale du supportérisme, une manière d'utiliser ces fumigènes, de manière encadrée, de manière sécurisée. Ce n'est pas en soi l'utilisation des fumigènes qu'on interdit, mais pas l'utilisation n'importe comment, il faut qu'elle soit encadrée, sécurisée.

APOLLINE DE MALHERBE
Roxana MARACINEANU, est-ce que les élèves vont pouvoir retourner à la piscine ?

ROXANA MARACINEANU
J'espère, très vite, après les vacances de février, j'espère, que ce soit les classes de neige, que ce soit les classes vertes, que ce soit les classes bleues de piscines notamment, l'apprentissage de la natation qui est absolument essentiel…

APOLLINE DE MALHERBE
Vous en aviez fait une de vos priorités, et puis le Covid est arrivé.

ROXANA MARACINEANU
Oui, tout a été freiné, alors aujourd'hui on a un grand plan dans lequel on investit beaucoup d'argent pour ramener aussi des petites piscines vers les enfants, pour qu'ils puissent apprendre dans les écoles, et qu'il n'y ait pas tous ces problèmes de brassages qui ont fait aussi que les cours de piscine ont été arrêtés. Ça a déjà démarré, bien démarré en Bretagne par exemple, c'est une région qui s'est beaucoup engagée sur le sujet, maintenant il faut que les cours classiques reprennent pour que tous les niveaux d'âges puissent retourner à la piscine. Il y a un grand rattrapage à faire.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous dites encore « j'espère », quoi.

ROXANA MARACINEANU
Non…

APOLLINE DE MALHERBE
Il faudra attendre quoi qu'il arrive, vous ne pouvez pas, voilà, ouvrir tout de suite.

ROXANA MARACINEANU
Jean-Michel BLANQUER l'a annoncé, après les vacances de février on desserrera le protocole pour que le sport puisse retrouver ses droits, avec contact, sans contact, à la piscine, partout.

APOLLINE DE MALHERBE
Le sport, qui effectivement a été très… mis quand même en retrait par ce Covid et notamment pour les plus jeunes. Vous voudriez pouvoir ouvrir les installations sportives scolaires, aux associations. Ça va marcher comment ?

ROXANA MARACINEANU
Alors, c'est ce qui est inscrit dans la loi, la loi sport qui est très ambitieuse sur le sujet. L'objectif c'est d'ouvrir plus de potentiel, plus d'interventions possibles dans le champ de l'éducation, notamment en ouvrant ces équipements sportifs scolaires à toutes les associations, en allant aussi dans le champ de la santé.

APOLLINE DE MALHERBE
Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que le week-end éventuellement, s'il y a des installations dans une cour de complexe scolaire, les associations pourront y donner des cours.

ROXANA MARACINEANU
Voilà. Et aujourd'hui, si ça ne marche pas, c'est parce qu'il n'y a pas d'accès séparés. Donc la loi proposera à chaque nouvelle construction, à chaque travaux de rénovation, d'avoir une entrée séparée pour que les associations puissent rentrer dans ces cours d'école, dans ces équipements sportifs scolaires, pour en faire bénéficier tous les enfants qui viennent avec le club sportif.

APOLLINE DE MALHERBE
Dans cette loi sport, il y aura aussi l'idée d'instaurer la parité dans toutes les instances dirigeantes du sport ?

ROXANA MARACINEANU
Exactement, la parité au plus haut niveau…

APOLLINE DE MALHERBE
Ce n'est pas encore gagné.

ROXANA MARACINEANU
Ce n'est pas gagné, parce que les sénateurs ont vidé un peu de sa substance cette loi, avec un renouvellement aussi des instances sportives, une limitation à 12 ans, 3 mandats, pour les présidents des fédérations, avec la parité proposée pour toutes les instances sportives au niveau régional, toutes les ligues et comités régionaux, mais aussi toutes les instances nationales. Et puis des modalités de vote aussi un peu plus démocratiques, pour toutes les fédérations, en impliquant plus les clubs de territoire à voter pour des présidents des fédérations.

APOLLINE DE MALHERBE
Dans cette loi sport, il y a aussi cette question du voile ou non, en réalité on appelle ça signe extérieur religieux, mais on a bien compris que c'était aussi la question du voile dans les compétitions sportives. Vous refusez que ce soit inscrit dans la loi, contrairement à ce que voudraient par exemple les sénateurs de droite, l'interdiction du voile dans les compétitions sportives. Pourquoi ?

ROXANA MARACINEANU
Parce que c'est un sujet qui a été opportunément, politiquement introduit dans la première lecture au Sénat. Il n'avait pas fait l'objet d'un quelconque amendement, y compris de la part des Républicains au moment de la première lecture à l'Assemblée nationale, parce que tout simplement c'est un sujet qui a déjà été discuté au mois d'août, le Parlement a tranché sur ce sujet, la neutralité aujourd'hui n'existe pas dans le sport, c'est constitutionnel, les gens qui viennent faire du sport sont considérés comme étant dans l'espace public, bien que les personnes qui encadrent le sport à un niveau national par les fédérations qui ont délégation de service public, elles sont soumises à neutralité, donc aucun signe religieux visible. Les usagers, eux, voilà, peuvent venir comme ils sont, et d'ailleurs voilà, c'est un sujet je pense qui pose, qui est sujet à discussion, là, politiquement, à quelques semaines maintenant de la présidentielle, mais voilà, moi je suis heureuse que ça alimente les débats, mais parler du voile en natation, alors qu'on a un bonnet sur la tête ; parler du voile en ski, alors qu'on est soumis à un casque. Vous savez, il y a un règlement sportif…

APOLLINE DE MALHERBE
Oui, mais vous savez bien que la question se pose dans le foot, par exemple.

ROXANA MARACINEANU
Dans le foot, mais vous savez, il y a 114 disciplines sportives, donc aujourd'hui, voilà, prendre ce sujet pour en discuter de manière politique opportunément, c'est juste faire de la politique. Alors que cette loi elle est importante, elle fait rentrer le sport dans la modernité aujourd'hui, en revoyant aussi le modèle économique du sport professionnel, en ouvrant beaucoup de perspectives aux clubs aujourd'hui de territoires, pour intervenir dans le champ de la santé notamment, et avec la crise sanitaire qu'on vit, on sait combien c'est important de faire du sport sur ordonnance, pour toutes les personnes qui en ont besoin, et c'est ça que cette loi propose aujourd'hui.

APOLLINE DE MALHERBE
Roxana MARACINEANU, juste un pronostic, une envie sur le nombre de médailles ?

ROXANA MARACINEANU
On est parti sur une quinzaine de médailles, c'était le résultat qu'on a fait à Pyeongchang, on ne comptait pas sur celle de Johan CLAREY, honnêtement, on en est très très très heureux, à 41 ans c'est quelque chose d'extraordinaire. On a une pensée pour Perrine LAFFONT, arrivée 4e alors qu'elle était championne olympique. Tous mes encouragements aujourd'hui pour qu'elle puisse continuer, voilà, pour la suite, qu'elle reste…

APOLLINE DE MALHERBE
Et on suit tout ça évidemment en direct sur RMC, en direct de Pékin. Merci Roxana MARACINEANU d'avoir répondu à mes questions ce matin. Vous êtes ministre délégués aux Sports.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 février 2022