Interview de Mme Marlène Schiappa, ministre de la citoyenneté, à France Info TV le 11 février 2022, sur les féminicides, les femmes voilées et l'Union européenne, la laïcité, les manifestations contre le passe vaccinal et le festival du livre citoyen.

Texte intégral

JEAN-REMI BAUDOT
Bonjour Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour.

JEAN-REMI BAUDOT
Vous organisez aujourd'hui le Festival du livre citoyen à la BNF, on va y revenir dans un instant, mais d'abord un mot d'actualité. Fin janvier une femme a été retrouvée étranglée, un appel à témoin a été lancé hier pur retrouver son compagnon, c'est un policier de 29 ans, qui serait armée, est-ce que ça ne vous choque pas philosophiquement qu'on ait mis deux semaines à lancer un appel à témoin ?

MARLENE SCHIAPPA
Non. D'abord, quand c'est un féminicide, ça me choque toujours, c'est le fondement de mon engagement en politique et je mobilise toutes les mesures que nous avons mis en place dans le cadre du Grenelle des violences conjugales. Ensuite, il y a une enquête qui se fait, les enquêteurs, avec le Parquet, prennent des décisions, il peut y avoir par exemple d'abord une recherche discrète pour telle ou telle raison, qui ensuite se traduit par un appel à témoin plus public, ce sont les choix des enquêteurs…

JEAN-REMI BAUDOT
C'est la procédure, enfin, effectivement ça crée un soupçon chez certains en tout cas de dire, c'est parce que c'est un policier qu'on aurait mis du temps.

MARLENE SCHIAPPA
Non, absolument pas, au contraire, je veux dire que désormais quand les policiers sont condamnés pour des violences conjugales ils sont même retirés de leur affectation, de leur fonction, il y a des sanctions extrêmement claires et importantes, davantage que dans bien d'autres professions, qui sont prises, et c'est bien normal, je veux dire qu'il y a, hélas, des hommes violents dans toutes les professions, il y en a chez les policiers, chez les politiques, chez les journalistes, chez les bouchers…

JEAN-REMI BAUDOT
Il était connu quand même, il était connu pour des faits de violences conjugales, il avait fait un stage de sensibilisation, alors je ne vous pas de commenter ce dossier en particulier, mais au-delà… enfin, est-ce que ça n'illustre pas en fait les limites du système aujourd'hui ?

MARLENE SCHIAPPA
En fait je vais vous répondre techniquement, même si c'est extrêmement… il n'était pas condamné, c'est ça le problème, c'est qu'il n'y avait pas de décision de justice le condamnant à de la prison, et c'est pour ça qu'il n'y avait pas eu de décision de le retirer de son poste, mais si ce que vous voulez me faire dire c'est qu'on doit être plus sévère avec les auteurs de violences conjugales, mais bien évidemment, c'est un combat que je mène de longue date, contre l'impunité des auteurs de violences conjugales, pour faire en sorte que dès le début, en amont, on puisse les condamner, saisir les armes, protéger les femmes avec des bracelets anti-rapprochement, des téléphones grave danger, on a augmenté considérablement le nombre de ces outils qui sont désormais mis à disposition des femmes, on fera tout pour mieux protéger les femmes, toujours.

JEAN-REMI BAUDOT
Les féminicides qui restent un fléau, on est le 11 janvier, selon les associations que j'ai appelées hier, en 2022 on recense 9 féminicides par compagnon ou ex-compagnon. Ça devient évidemment un sujet politique et certains disent que s'ils étaient au pouvoir ça se passerait mieux, qu'ils donneraient plus de moyens, qu'est-ce que vous répondez à ça ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi je prends toutes les bonnes idées, toutes les idées efficaces.

JEAN-REMI BAUDOT
Le fameux milliard, on entend Elisabeth MORENO dire " ce milliard il a déjà été dépensé en 1 an là où l'Espagne aurait mis 5 ans. "

MARLENE SCHIAPPA
Oui, mais elle a raison. L'Espagne a commencé en 2004 et ce mythe du milliard espagnol j'invite chacun à le vérifier, parce qu'en réalité, moi je suis allée faire le travail de vérification, et même nos homologues espagnols nous disent que ce sont des engagements qui ont été pris effectivement sur 5 ans et pas sur 1 an. Mais au-delà du milliard symbolique, nous on a fait le Grenelle des violences conjugales, la saisie des armes, la déchéance de l'autorité parentale, augmenté les moyens de la justice, si d'autres, d'où qu'ils viennent, ont des meilleures idées pour être plus efficace contre les violences conjugales, qu'ils partagent ces idées, et qui que ce soit les mette en place. Je pense qu'il y a une union sacrée qui doit se faire dans ce pays contre les féminicides.

JEAN-REMI BAUDOT
Vous avez peut-être vu la polémique qui est montée hier sur un visuel de la Conférence sur l'avenir de l'Europe, on y voit une femme voilée qui apparaît donc sur cette photo, la question qui se pose c'est pourquoi est-ce que dès qu'il y a une femme voilée sur une photo, et a fortiori une photo européenne, ça crée une polémique en France ?

MARLENE SCHIAPPA
Je pense que ça dépend du message qui y est adossé, en tout cas nous, avec mon collègue Clément BEAUNE, qui est secrétaire d'Etat chargé aux Affaires européennes, nous avons saisi la commissaire européenne, Madame DELLI, puisqu'elle avait reçu des organisations qui prétendaient faire du hijab un symbole de liberté des femmes, nous sommes en opposition avec cette manière de voir.

JEAN-REMI BAUDOT
C'est un visuel parmi 17 dans cette campagne de communication, est-ce qu'on n'est pas en train d'imposer un modèle de laïcité à la française au reste de l'Europe, il y a des pays où porter le voile n'a pas la même connotation qu'en France, prenez la Belgique où des députées, femmes, portent le voile et ça pose aucun problème.

MARLENE SCHIAPPA
Oui, il y a des pays dans le monde où porter le voile n'a pas la même connotation qu'en France, puisqu'il y a des pays dans le monde où quand vous êtes une femme et vous ne portez pas le voile vous êtes lapidée, ou vous êtes condamnée à mort, ou vous êtes jetée en prison.

JEAN-REMI BAUDOT
Restons sur l'Europe néanmoins.

MARLENE SCHIAPPA
C'est la réalité, je pense que les droits des femmes sont des droits universels, et sont des droits qui existent partout dans le monde, je peux penser à Nasrin SOTOUDEH, ou je peux penser à un certain nombre de femmes, qui risquent leur vie en ce moment même pour avoir voulu montrer leurs cheveux et sortir dans la rue sans voile, ou pour défendre des femmes qui ne portaient pas le voile, tant qu'il y aura dans le monde des femmes qui sont lapidées parce qu'elles refusent de porter le voile et se soumettre, tant qu'il y aura en France aussi des femmes que l'on oblige à porter le hijab sans quoi elles sont persécutées dans les quartiers dans lesquels elles vivent, eh bien je crois que c'est notre devoir de dire qu'il y a une liberté religieuse pour celles qui choisissent de porter le voile, mais qu'on doit aussi protéger les femmes qui sont forcées à le porter partout dans le monde.

JEAN-REMI BAUDOT
Mais sur la question européenne, pardon d'y revenir, mais ça veut dire est-ce qu'on n'est pas effectivement en train d'imposer un modèle de laïcité à la française, au sein de l'Union européenne, où des pays pensent autrement ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, la laïcité à la française, qu'est-ce que c'est ? C'est la séparation des églises et de l'Etat, c'est la neutralité religieuse de la fonction publique, et ça c'est notre modèle français, et d'autres pays, qui ont d'autres modèles, s'organisent autrement, simplement l'Europe…

JEAN-REMI BAUDOT
Mais cette campagne est européenne, c'est là où je voulais en venir.

MARLENE SCHIAPPA
Oui, mais l'Europe c'est aussi des valeurs, c'est aussi l'égalité entre les femmes et les hommes, c'est aussi la dignité, c'est aussi le rôle que l'Europe joue dans le monde, on ne peut pas être juste une Europe autocentrée sur des droits individuels, on doit aussi se préoccuper du message politique, et géopolitique, que l'Europe envoie aux femmes du reste du monde qui comptent sur nous.

JEAN-REMI BAUDOT
La politique, ce sont des centaines de Français, des milliers de Français, qui sont en train de converger vers la capitale, ils appellent ça le convoi de la liberté, est-ce que vous avez des éléments sur cette mobilisation ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, écoutez, les services de renseignement sont en train d'y travailler en termes d'organisation, il y a une interdiction de manifester qui a été prise pour ce week-end à Paris. Je veux rappeler qu'à Paris la situation est quand même compliquée. Moi j'ai rencontré par exemple un couple de restaurateurs qui a ouvert il y a deux, trois ans, un petit restaurant d'une vingtaine de couverts dans Paris, eh bien en fait ils ont eu très très peu de temps, puisqu'il y a eu les Gilets jaunes, qui samedi après samedi les ont empêché d'ouvrir, et puis ensuite il y a eu la pandémie de Covid, et donc maintenant…

JEAN-REMI BAUDOT
Là vous y voyez un nouveau Gilets jaunes ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, je ne dis pas que j'y vois un nouveau Gilets jaunes, je dis que, basta ce type de manifestation dans Paris, et d'ailleurs la liberté de manifester elle est importante, mais bloquer, saccager, ce n'est pas manifester, et donc à partir du moment où il y a un trouble, un risque de trouble à l'ordre public, que ce soit à Paris ou partout ailleurs dans le territoire, eh bien il faut agir pour éviter ces phénomènes de violences, éviter ces blocages. Je le répète, manifester librement sans risque de trouble à l'ordre public, oui, mais quand il y a un risque, non.

JEAN-REMI BAUDOT
Il nous reste quelques instants. Vous lancez donc aujourd'hui le Festival du livre citoyen, c'est quoi un livre citoyen ?

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez on a voulu, le président de la République, Emmanuel MACRON, a fait de la lecture une grande cause importante de sa dernière année de quinquennat, et donc avec Roselyne BACHELOT nous avons voulu nous en saisir, et aujourd'hui à la BNF nous faisons ce Festival du livre citoyen. L'idée c'est de dire que le livre est un objet de construction de la citoyenneté, on se construit aussi en tant que citoyen en lisant, parfois en écrivant aussi, c'est pour ça qu'il y aura une boîte à manuscrits et des rencontres avec des éditeurs, pour que toute personne qui a envie de porter un projet puisse le faire, c'est gratuit, c'est à la BNF aujourd'hui à Paris.

JEAN-REMI BAUDOT
Et ça se passe dès cet après-midi.

MARLENE SCHIAPPA
Absolument.

JEAN-REMI BAUDOT
Merci beaucoup Marlène SCHIAPPA, ministre déléguée à la Citoyenneté.

MARLENE SCHIAPPA
Merci à vous


source : Service d'information du Gouvernement, le 16 février 2022