Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'intérieur, à Europe 1 le 16 février 2022, sur l'élection présidentielle et les questions de sécurité.

Texte intégral

SONIA MABROUK
Bienvenue sur Europe 1, et bonjour Gérald DARMANIN.

GERALD DARMANIN
Bonjour.

SONIA MABROUK
Un fonctionnaire de police a insulté une femme qui a porté plainte pour agression sexuelle, je précise que le policier a laissé par erreur un message sur le répondeur de cette jeune femme, qu'il insulte à plusieurs reprises, et je vais préciser les mots, la traitant de grosse pute, vous avez donné instruction de suspendre ce policier. Une enquête de l'IGPN est diligentée. Monsieur le Ministre, est-ce que vous imaginez un jour ce policier réintégrer sa place ?

GERALD DARMANIN
Je ne suis pas le seul à décider, puisque, évidemment, il y a des recours juridictionnels, mais non. Non, j'ai pris comme décision lorsque je suis arrivé place Beauvau, que toute personne qui ait été condamnée pour violences conjugales ou trafic de stup', ne pouvait pas rester dans la police nationale ou la gendarmerie nationale. Et d'ailleurs, on les a retirés évidemment du contact avec le public, et après, et c'est normal, il y a un droit, un conseil de discipline, et puis, des jugements administratifs, de pouvoir leur retirer l'uniforme. Parce que ce policier, il a sali non seulement toutes les femmes qui essaient de déposer plainte, et je crois qu'on a tous intérêt à leur dire de venir dans les commissariats, dans les gendarmeries pour le faire, mais il a sali, il a craché sur l'uniforme de la République de ses 250.000 autres collègues, policiers et gendarmes, qui, tous les jours, font un travail, je crois, formidable au service de nos concitoyens et singulièrement de nos concitoyennes. 400.000 interventions par an contre les violences conjugales et les violences sexuelles, donc, non, je pense que ce monsieur, si vous me demandez mon avis, n'a plus sa place dans la police nationale, en tout cas, il y aura une inspection de l'IGPN qui va démontrer les choses, mais comme les choses sont assez concrètes et diffusées par vos confrères, il est normal de suspendre immédiatement, et c'est ce qu'a fait le DGPN et le préfet de police, et je les en remercie.

SONIA MABROUK
Et rappelons que l'enquête, malgré tout, comme vous l'avez dit, se poursuit. J'en viens, Gérald DARMANIN, à l'actualité de la campagne présidentielle, la contre-attaque de Valérie PECRESSE, après l'avalanche de commentaires sur son meeting. Tout d'abord, sur la forme, elle a dénoncé la misogynie à son endroit ; elle a tort ?

GERALD DARMANIN
Moi, je ne suis pas là pour commenter les commentaires, et chacun aura son avis. Ce qui est intéressant, c'est le fond.

SONIA MABROUK
Est-ce qu'on aurait fait les mêmes critiques à un homme tout de même, c'est important dans une campagne ?

GERALD DARMANIN
Je crois que les hommes et les femmes politiques sont très largement critiqués quel que soit leur sexe, personnellement, voilà, mais madame PECRESSE est une femme de qualité, ce qui est certain, c'est que, encore une fois, je la prends au sérieux pour ce qu'elle est, c'est-à-dire la candidate d'une famille politique qui normalement est dans le giron républicain, et moi, ce qui m'a choqué entre nous…

SONIA MABROUK
On va en parler, non, juste, vous pensez qu'il n'y a pas de présomption d'incompétence pour une femme, comme l'a dit votre collègue Marlène. SCHIAPPA ?

GERALD DARMANIN
Mais Marlène me l'a dit, je l'ai écoutée, et j'écoute toujours ce que dit Marlène SCHIAPPA, et elle a des analystes qui me touchent toujours, donc je suis prêt à entendre évidemment cet argument, il ne faut pas que, encore une fois, le débat sur la forme cache le fond, la politique, c'est quand même les idées malgré tout….

SONIA MABROUK
La forme, c'est le fond qui revient à la surface…

GERALD DARMANIN
Victor Hugo, vous avez raison…

SONIA MABROUK
Vous faites partie de la classe politique depuis tellement longtemps, Monsieur DARMANIN, est-ce que le ton employé pour parler des femmes ou aux femmes, les mots utilisés traduisent souvent un penchant machiste que parfois les hommes ne voient pas ?

GERALD DARMANIN
C'est possible, c'est tout à fait possible, et encore une fois, je veux bien retenir cet argument, je veux simplement dire que l'intérêt de la politique, ce n'est pas que la forme, qu'elle soit une bonne forme ou une mauvaise forme, tous les goûts sont dans la nature.

SONIA MABROUK
Donc on a été injuste avec madame PECRESSE sur ce sujet, vous-même, en regardant ce meeting, vous ne vous êtes pas dit : il y a un problème ?

GERALD DARMANIN
J'avoue ne pas avoir entièrement le meeting de madame PECRESSE, ce n'est par désintérêt…

SONIA MABROUK
On a dû vous le rapporter…

GERALD DARMANIN
Non pas par désintérêt, mais parce que mes fonctions m'obligeaient à faire autre chose ce jour-là, cependant, je me suis intéressé au fond de son discours, et d'ailleurs, j'ai lu…

SONIA MABROUK
Alors, allons-y…

GERALD DARMANIN
J'ai lu, Madame MABROUK, le discours de madame PECRESSE plutôt que je l'ai écouté, on me l'a imprimé, voilà, donc c'est pour ça que je vous dis qu'en plus, ce qui m'intéresse particulièrement, c'est le fond, et j'ai été extrêmement choqué de lire sous la voix, sous la plume de madame PECRESSE les propos de Français de papier ou de grand remplacement, dont chacun sait qu'ils relèvent de BARRES ou de MAURRAS, il y a bien longtemps, voire désormais des théories d'extrême droite de monsieur CAMUS, il y a 30 ou 40 ans. Depuis…

SONIA MABROUK
Elle a précisé hier qu'elle se plaçait en rempart à ce grand remplacement, hier, Xavier BERTRAND l'a nié…

GERALD DARMANIN
Depuis, oui, enfin, c'est madame PECRESSE, la candidate. Depuis, madame PECRESSE est revenue sur ses propos, elle a dit que, effectivement, elle ne les faisait pas siens, tant mieux. Voilà, c'est une très bonne chose que cette clarification existe. Il y a eu un doute, avouons-le. De manière générale, je suis à la fois triste que la famille des Républicains s'éloigne autant de la ligne Gaulliste et aille autant vers la ligne CIOTTI/WAUQUIEZ, voilà, ça, c'est un constat qui malheureusement m'a poussé à quitter ma famille politique…

SONIA MABROUK
Monsieur le Ministre, est-ce que la ficelle n'est pas un peu grosse ?

GERALD DARMANIN
Non.

SONIA MABROUK
Non ? Sincèrement, ce matin, est-ce que vous n'êtes pas en train d'extrême-droitiser la droite justement pour la disqualifier et vous placez comme seule alternative aujourd'hui ?

GERALD DARMANIN
Mais pas du tout, ah, mais j'eusse aimé d'avoir une…

SONIA MABROUK
Le sentiment quand même…

GERALD DARMANIN
J'eusse aimé d'avoir une droite républicaine qui nous rappelle que…

SONIA MABROUK
Elle ne l'est plus ? Madame PECRESSE, monsieur BERTRAND, monsieur BARNIER ne sont plus dans la droite républicaine ?

GERALD DARMANIN
J'eusse aimé qu'une droite républicaine condamne simplement des propos qui consistent notamment à dire qu'il faut faire des Guantanamo, des zones de non-droit, dans, et c'était quand même le candidat qui est arrivé en tête de la primaire des Républicains…

SONIA MABROUK
Oui, mais c'est madame PECRESSE la candidate, comme vous l'avez dit…

GERALD DARMANIN
Mais ils ne les ont jamais condamnés ces propos de Guantanamo.

SONIA MABROUK
Madame PECRESSE n'a jamais repris cette proposition !

GERALD DARMANIN
Ne pas reprendre quelque chose, c'est assez différent que de condamner et dire qu'on ne peut pas accepter que dans un débat dans sa famille politique, on accepte des zones de non-droit qui relèvent de la torture, voilà, il n'y a pas d'autres mots, et des condamnations sans juge, ce n'est pas possible, ce n'est pas possible d'utiliser, me semble-t-il, un champ lexical qui revient extrêmement clairement de l'extrême droite, et le grand remplacement, c'est quoi, c'est l'idée que vous êtes Français non pas par le mérite, ou par votre volonté d'épouser le drapeau, la Marseillaise, vibrer au son de son histoire et de sa belle langue, mais de le faire par comptage de ses prénoms, comme dirait Eric ZEMMOUR ou par sa race supposée ; c'est tout le contraire de l'histoire politique de la droite française. Mais une fois que je vous ai dit ça, puisque madame PECRESSE a corrigé ses propos, et je pense qu'elle a très bien fait de le faire, et moi, je la remercie de l'avoir fait. Je pense profondément qu'une grande partie de la droite LR, de celle qui reste aux LR, celle qui n'est pas au gouvernement justement, soutiendra le président de la République, au lendemain ou du second tour, nous verrons bien, mais il faut que nous travaillions ensemble pour relever la France…

SONIA MABROUK
Oui, ça s'appelle une politique de débauchage, comme le dénonce l'opposition, rien de bien reluisant aujourd'hui, en pleine campagne, de venir proposer des ministères, des postes à des gens qui vont vous rejoindre dans la dernière ligne droite…

GERALD DARMANIN
Mais quelle indignité, comme dirait Nicolas SARKOZY…

SONIA MABROUK
Rien n'est proposé à ceux qui vous rallient ?

GERALD DARMANIN
Mais quelle indignité, Eric WOERTH, Eric WOERTH est un homme dont la conscience morale pourrait être un exemple pour bien des dirigeants des Républicains. Eric WOERTH est un homme droit, il a beaucoup, beaucoup travaillé, il a écrit les projets en partie de Nicolas SARKOZY, il a été un homme, je l'ai vu à la commission des Finances, lorsque j'étais ministre des Comptes publics, qui n'a jamais cillé sur l'objectif qui était de redresser son pays, lorsqu'il avait des critiques à nous faire, il les a faites, et il a considéré en son âme et conscience, en son âme et conscience, que le président de la République était le mieux placé, comme nous l'avions fait avec Bruno LE MAIRE ou Sébastien LECORNU ou Edouard PHILIPPE en 2017, mais il n'y a pas que Eric WOERTH, Natacha BOUCHART, la maire courage la ville populaire de Calais, dans la région des Hauts-de-France justement, celle qui connaît l'immigration et le symbole d'une immigration difficile, depuis plus de 25 ans, que Natacha BOUCHART soutienne Emmanuel MACRON, ça devrait faire réfléchir un certain nombre de dirigeants LR…

SONIA MABROUK
Réfléchir, donc vous appelez à d'autres ralliements LR à venir, des élus, des parlementaires, des…

GERALD DARMANIN
Mais, moi, personnellement, je sais que ce mot est peut-être un peu galvaudé, mais...

SONIA MABROUK
Vous êtes à la manoeuvre, Monsieur le Ministre avec d'autres…

GERALD DARMANIN
Mais moi, je ne fais pas…

SONIA MABROUK
Vous n'êtes pas au-dessus du lot, vous le savez très bien, vous êtes en train de leur parler…

GERALD DARMANIN
Je ne fais pas la petite soupe sur le petit feu, comme dirait le général. Et comme je suis justement Gaulliste depuis que j'ai adhéré à 16 ans au RPR du temps de Philippe SEGUIN, moi, je crois que ce qui est important, ce n'est pas le parti, c'est le pays, et je pense que ce qui est important, c'est qui est le mieux placé pour répondre aux énormes défis qu'a la France, une démographie qui…

SONIA MABROUK
Donc vous nous dites que monsieur WOERTH, par exemple, n'a rien obtenu en échange de son soutien, qu'il n'y a aucune promesse pour la suite, que si un jour, dans quelques mois, si Monsieur MACRON est réélu, il est dans un ministère, vous me direz ce que vous m'avez dit ce matin, vous ne saviez pas ?

GERALD DARMANIN
Mais voyez, c'est étonnant de penser toujours que les femmes, les hommes politiques y vont pour des intérêts particuliers, vous pensez qu'il y a un intérêt pour monsieur WOERTH à être insulté comme il l'est aujourd'hui, insulté, mais que dis-je…

SONIA MABROUK
Par son ancienne famille, enfin, par la droite, vous voulez dire…

GERALD DARMANIN
Mais oui, il suffit de regarder les réseaux sociaux, ce sont des insultes insupportables, que des présidents… que le président de la famille politique des Républicains rappelle les ennuis judiciaires de monsieur WOERTH, alors que chacun sait que les ennuis judiciaires de monsieur WOERTH étaient en lien avec sa famille politique, c'est une insulte ignominieuse, et si jamais, il y avait un calcul politique, monsieur WOERTH n'aurait peut-être rien dit et attendu le second tour de la présidentielle, donc je pense…

SONIA MABROUK
Monsieur le Ministre, ce matin, j'entends ce que vous dites sur la droite, mais permettez-moi, parce que vous avez beau jeu aussi à ce micro de pointer les différentes lignes chez les Républicains…

GERALD DARMANIN
Eh bien, qui existent, chacun le constate…

SONIA MABROUK
Et chez vous, combien de lignes, combien de nuances, pardon, mais entre vous et madame MORENO et les autres, combien de différences…

GERALD DARMANIN
Il y en a beaucoup, il y a beaucoup de…

SONIA MABROUK
Sur le port dans les manifestations sportives, le port du voile…

GERALD DARMANIN
Non, là, il n'y a pas de nuances, on a toujours été opposé au port de signes religieux.

SONIA MABROUK
Alors que font madame MORENO et madame MARACINEANU, dans votre gouvernement ?

GERALD DARMANIN
Mais madame MORENO a justement, hier, à l'Assemblée nationale, j'étais assis au premier rang à l'Assemblée nationale, je l'ai écoutée avec attention, elle a évoqué le fait qu'elle était absolument opposée, comme tout le gouvernement, a des ports de signes religieux dans les compétitions…

SONIA MABROUK
Elle a évolué, c'est bien de le souligner…

GERALD DARMANIN
Dans les compétitions sportives. Mais je voudrais dire que moi, pour le coup, ce n'est pas une idée d'hier, et quand j'étais jeune parlementaire, j'avais déposé une proposition de loi pour m'y opposer, voilà. Et quand j'ai servi un ministre des Sports, on s'y était toujours opposé, notamment, c'était David DOUILLET. Donc je veux vous dire, qu'il y ait des différences de discussions et de sensibilités dans une famille politique, c'est tout à fait normal, et heureusement…

SONIA MABROUK
Donc comme à droite, finalement…

GERALD DARMANIN
Oui, mais, à la différence de la droite LR…

SONIA MABROUK
Ce n'est pas un petit sujet, là, dont je vous parle quand même…

GERALD DARMANIN
Oui, mais à la différence de la droite LR, me semble-t-il, aujourd'hui, c'est qu'une grande partie de ses électeurs ne se reconnaît plus dans sa forme d'extrémisme, voilà. Et je pense qu'il faut…

SONIA MABROUK
Extrémisme ? Monsieur le Ministre ?

GERALD DARMANIN
Oui, dans sa forme d'extrémisme. Quand madame PECRESSE…

SONIA MABROUK
De votre ancienne famille politique, ce sont en partie vos amis…

GERALD DARMANIN
Oui, en partie, en partie. Quand madame PECRESSE par exemple dit qu'il faut envoyer l'armée dans les quartiers, d'abord, c'est méconnaître profondément le travail des policiers, et c'est peut-être un peu même d'ailleurs mépriser le travail des policiers…

SONIA MABROUK
On a vu des blindés de la gendarmerie à Paris récemment pour les convois de la liberté…

GERALD DARMANIN
Ça n'a rien à voir, je pense qu'il ne faut pas faire de parallèle, me semble-t-il…

SONIA MABROUK
Non, mais la fermeté, elle est là, on la voit…

GERALD DARMANIN
Non, mais l'armée dans les quartiers, ce n'est pas le rôle de l'armée d'aller dans les quartiers, les policiers, tous les jours, ils vont dans les quartiers, et ils font un travail admirable, c'est une proposition qui me paraît effectivement extrémiste. Quand madame PECRESSE dit : on va différencier les peines, c'est ce qu'elle a dit, ce qui est intéressant, c'est le fond quand même, on va différencier les peines selon les quartiers, si vous commettez un crime ici, vous n'aurez pas la même peine que si vous commettez un crime, là, bon, à part que c'est absolument inapplicable, et particulièrement évidemment anticonstitutionnel, indépendamment…

SONIA MABROUK
Elle affirme que non…

GERALD DARMANIN
Indépendamment de ça, c'est madame PECRESSE qui l'a évoqué, moi, je pense que c'est une position extrémiste, mais je sais très bien que, au fond d'eux, les dirigeants des LR que j'ai connus ne sont pas extrémistes, simplement, ils font devant monsieur ZEMMOUR et devant madame LE PEN, ils font la course derrière…

SONIA MABROUK
Monsieur DARMANIN, en vous écoutant ce matin, vous imaginez, je ne sais pas, un auditeur qui vous écoute, qui se dit : mais en fait, il y a le choix entre quoi et quoi, si ce que vous dites, la droite et l'extrême droite, il ne reste plus que vous comme alternative, c'est facile ?

GERALD DARMANIN
Mais…

SONIA MABROUK
C'est vous le chaos finalement…

GERALD DARMANIN
Non, vous caricaturez, la démocratie…

SONIA MABROUK
J'essaie de vous comprendre…

GERALD DARMANIN
Il y a pléthore de candidats, non, moi, ce que je souhaite, c'est qu'il reste deux mois de campagne, et que les partis dits dans le giron républicain, que ce soit le Parti socialiste, ou que ce soit le Parti LR, puissent avoir des propositions qui nous permettent justement d'avoir une alternative politique possible dans le cadre républicain…

SONIA MABROUK
Pour cela, il faudrait que le président soit candidat…

GERALD DARMANIN
Lorsque ce n'est pas le cas… oui, eh bien, il le sera quand il on voudra bien l'être…

SONIA MABROUK
Oui, mais quand Monsieur… Ecoutons, juste, permettez-moi, hier, il était à votre place, Xavier BERTRAND, à ce sujet.

XAVIER BERTRAND
Elle n'a pas commencé cette élection présidentielle et elle ne commencera cette élection présidentielle que quand sa Majesté Emmanuel MACRON viendra dans l'arène démocratique, parce que là, il y aura les termes de la confrontation.

SONIA MABROUK
N'y a-t-il pas un risque d'escamoter un grand moment démocratique comme une élection ?

GERALD DARMANIN
D'abord, il faut toujours se garder des attaques ad hominem, mais je rappelle que monsieur CHIRAC s'est présenté le 11 février, et je crois que monsieur MITTERRAND, c'était au mois de mars, donc voilà, ça dépend des élections et ça dépend qui on supporte, enfin, bon. Le président de la République sera candidat, la campagne sera, je crois, assez longue, me semble-t-il…

SONIA MABROUK
Assez longue ?

GERALD DARMANIN
Assez longue, me semble-t-il, parce qu'elle est déjà extrêmement…

SONIA MABROUK
Ah bon, elle sera longue avec un temps court…

GERALD DARMANIN
Elle est déjà extrêmement violente, elle est déjà extrêmement violente, on ne sait même pas qui a ses parrainages, et vous verrez d'ailleurs que beaucoup d'entre eux qui avaient dit qu'ils ne les auraient pas, les auront, finalement. Et on pourra débattre avec effectivement les gens que les maires de chance (sic), les maires de France – pardon, lapsus intéressant – auront choisis. Cependant, il y a des débats publics évidemment qui sont dès aujourd'hui, on le voit bien à vos antennes, et les Français peuvent déjà se faire largement une idée sur ce que proposent les uns et les autres.

SONIA MABROUK
Et avant justement la fin de ce quinquennat, y a-t-il des partages de postes, Monsieur le Ministre, Emmanuel MACRON propose de nommer l'une de ses ministres, Jacqueline GOURAULT, proche de François BAYROU, quant à Richard FERRAND, il veut nommer, je vais être précise, une magistrate, Véronique MALBEC, qui fut la supérieure hiérarchique du procureur, qui a classé sans suite l'affaire des Mutuelles de Bretagne qui visait Richard FERRAND. Dans quelle autre démocratie ça se passe comme cela ?

GERALD DARMANIN
Alors, d'abord, je voudrais dire merci de me poser cette question, que je suis très heureux que le président de la République ait choisi Jacqueline GOURAULT, qui est une femme admirable, une maire rurale, dont j'ai eu le bonheur de travailler…

SONIA MABROUK
Proche de François BAYROU…

GERALD DARMANIN
Oui…

SONIA MABROUK
Non, mais ça n'enlève en rien ses qualités…

GERALD DARMANIN
Oui, exactement, voilà.

SONIA MABROUK
Mais je le précise…

GERALD DARMANIN
Monsieur CHARASSE était proche de monsieur MITTERRAND, monsieur FABIUS, président du Conseil constitutionnel, était proche de François HOLLANDE, heureusement qu'en politique, il y a des gens proches d'autres. Mais madame GOURAULT se suffit à elle-même, et pour le coup, ça peut être une phrase misogyne, si je retiens votre proposition, ses qualités se suffisent à elle-même, elle a été une grande ministre des Collectivités locales, je suis très heureux…

SONIA MABROUK
Elle est une femme, elle est aussi marquée politiquement proche de François BAYROU, est-ce que ce n'est pas un donné pour un rendu, Monsieur le Ministre …

GERALD DARMANIN
Pas du tout, le Conseil constitutionnel n'est pas une cour suprême, il n'est pas composé de magistrats professionnels, heureusement que c'est aussi une cour politique, au bon sens du terme…

SONIA MABROUK
Oui, mais il ne faut pas que ça finisse en réunion Macroniste après Jacques MEZARD en 2019, madame Jacqueline GOURAULT…

GERALD DARMANIN
Les nominations faites par le président de la République, c'est trois par an, c'est le cas notamment du président LARCHER, et vous ne me faites pas le même procès pour le président LARCHER, qui nomme son ancien directeur de cabinet, et qui est sans doute quelqu'un d'extrêmement bien…

SONIA MABROUK
Mais parlons du plan de l'Assemblement nationale…

GERALD DARMANIN
Voilà, mais je constate qu'il n'y a pas homothétie dans votre présentation. Cependant, donc madame GOURAULT est une femme formidable, elle rendra extrêmement bien, me semble-t-il, des services à la France. Pour ce qui est de madame MALBEC, moi, j'ai eu la chance et le bonheur de travailler avec elle, puisqu'elle était directrice de cabinet de monsieur DUPOND-MORETTI, et elle l'est encore, d'abord, là aussi, c'est, je crois, un excellent choix fait par le président de l'Assemblée nationale, elle a été une directrice de cabinet courageuse, qui a voulu réformer la Justice…

SONIA MABROUK
On ne remet pas en cause les qualités de ces personnes, Monsieur le Ministre…

GERALD DARMANIN
Et la campagne ignominieuse de presse à laquelle elle fait l'objet depuis 2 jours, une journée et demie, désolé, alors que, il n'y a pas de lien hiérarchique entre la procureure générale et son procureur pour les classements de dossiers, on voit bien ce que ça veut dire, c'est-à-dire qu'on ne veut pas laisser à des femmes, qui, manifestement, ont un goût immodéré pour la chose publique, la possibilité de pouvoir servir leur pays…

SONIA MABROUK
Monsieur le Ministre, là, vous y voyez de la misogynie, là, pardonnez-moi, là, la question est quelle a été la supérieure hiérarchique simplement d'un procureur qui a classé sans suite l'affaire d'un président de l'Assemblée dont il propose…

GERALD DARMANIN
D'abord, je vous rappelle que cette affaire, dont il faut rappeler que la justice a donné à monsieur FERRAND l'honnêteté absolue, et par ailleurs, qui a été, vous oubliez de le dire aussi, dépaysé dans un autre territoire, puisque c'était à Douai, et il me semble que monsieur FERRAND était de Bretagne…

SONIA MABROUK
Donc tout est normal pour vous ? Vous n'y voyez aucune connivence, ce n'est pas la République des copains et des coquins ?

GERALD DARMANIN
Ce sont deux grandes dames, non, parce que voyez, ce genre de propos pousse à penser qu'il n'y a pas d'intérêt général derrière ces décisions, elles sont profondément marquées par l'intérêt général, et je rappelle que vous ne le citez pas, parce qu'il y a une troisième nomination, celle du président LARCHER, qui ne soutient pas le président de la République, qui, je crois, a nommé un homme, ça doit être une qualité évidemment aussi qui ne doit pas empêcher d'être nommé, et qui était son ancien directeur de cabinet. Là, on n'y voit pas ombrage. La vérité, c'est que le président de la République est le seul à être attaqué dans cette campagne, personne n'attaque finalement beaucoup monsieur ZEMMOUR ou madame LE PEN, tout le monde…

SONIA MABROUK
Mais enfin, vous avez passé la moitié de cet entretien à attaquer madame PECRESSE, Monsieur le Ministre…

GERALD DARMANIN
Mais, permettez-moi de venir de temps en temps à l'antenne et de pouvoir le dire…

SONIA MABROUK
Non, mais disons la réalité, elle est au centre des attaques quand même…

GERALD DARMANIN
Mais si on regarde indépendamment de ceux qui soutiennent le président de la République, on devrait s'attaquer, comme je l'ai fait la première fois que j'ai voté contre monsieur LE PEN en votant monsieur CHIRAC en 2002, on devrait pouvoir s'attaquer à monsieur ZEMMOUR et à madame LE PEN de la même façon, eh bien, non, on concentre ses attaques personnelles, politiques contre monsieur MACRON…

SONIA MABROUK
Je crois que tout le monde fait largement l'objet d'attaques, Monsieur le Ministre…

GERALD DARMANIN
Quand monsieur JADOT traite de juif de service monsieur ZEMMOUR, là, pour le coup, il n'y a pas de grand débat public, alors que, objectivement…

SONIA MABROUK
Eh bien, réagissez, qu'est-ce que vous en pensez ?

GERALD DARMANIN
Les figures de style antisémites ne sont jamais un bon discours, me semble-t-il, et je sais la grande différence qui me sépare de monsieur ZEMMOUR, mais j'ai été profondément choqué que ce champ lexical antisémite ait été pris par monsieur JADOT, ce qui révèle beaucoup des inconscients de certains candidats, eh bien, voilà, ça, ça me choque aussi profondément, et c'est notamment un sujet qu'on n'aborde pas, parce que tout le monde se concentre sur le président de la République.

SONIA MABROUK
Eh bien, c'est l'occasion d'une mise au point. Merci Gérald DARMANIN d'avoir été notre invité ce matin.

GERALD DARMANIN
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 février 2022