Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la relance, à BFM Business le 15 février 2022, sur la politique économique du gouvernement.

Texte intégral

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Christophe JAKUBYSZYN.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ministre de l'Economie depuis 5 ans, encore ministre de l'Economie pour 5 ans ?

BRUNO LE MAIRE
On va d'abord laisser les Français décider de leur avenir dans quelques semaines.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'était votre rêve, Bruno LE MAIRE, de battre le record des Allemands, d'incarner la stabilité.

BRUNO LE MAIRE
Ce n'est pas mon rêve de battre le record de qui que ce soit, mais en revanche je pense que la stabilité a énormément de prix en matière économique, la politique économique d'un gouvernement, d'un pays, parce que ça donne des résultats, on le voit bien aujourd'hui, ça rassure les investisseurs, et ça permet surtout aux entrepreneurs de se projeter dans le long terme. Les entrepreneurs ils ont besoin d'une chose, de la visibilité. Quand on change les règles toutes les 30 secondes, ce n'est pas bon pour l'investissement, ce n'est pas bon pour l'emploi, ce n'est pas bon pour les Français.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors justement, vous serez devant les entrepreneurs tout à l'heure, devant notamment les entrepreneurs d'entreprises de taille intermédiaire, le METI, d'ailleurs pourquoi vous vous y êtes, parce que c'est tous les candidats à la présidentielle qui sont auditionnés, et, Bruno LE MAIRE, vous n'êtes pas candidat à la présidentielle ?

BRUNO LE MAIRE
Non, moi je fais doublure du président de la République, donc je le représente.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Doublure du futur candidat.

BRUNO LE MAIRE
On verra quelle sera sa décision, je ne pense pas que ce soit un très grand mystère, ensuite c'est à lui de choisir le moment, le lieu de sa candidature, je pense que c'est une décision qui est extrêmement intime et qui n'appartient qu'à lui.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, on va aborder tous les sujets qui sont les vôtres aujourd'hui, votre dossier est bien rempli, on va parler d'EDF puisque vous avez rencontré Jean-Bernard LEVY hier, on va parler de l'Europe du spatial, mais justement, tout à l'heure vous allez répondre aux doléances des chefs d'entreprise, notamment de taille intermédiaire, on l'a vu il y a un gros souci pour eux, c'est le problème de la succession. On sait que dans les 10 prochaines années une entreprise de taille intermédiaire sur deux va devoir être cédée, alors soit à des membres de la famille, soit à d'autres investisseurs, c'est compliqué, et qu'il faut en général, c'est ce que nous disait tout à l'heure Michel d'ORNANO, qu'il faut un nombre d'années de profits des ETI pour payer les successions, ce qui nous handicape par rapport aux Allemands par exemple.

BRUNO LE MAIRE
Ce que je vais leur dire c'est des choses très simples, d'abord est-ce que je crois à un capitalisme familial ? Oui, et je pense que c'est très important de bâtir ce capitalisme familial français, avec des entreprises de taille intermédiaire aussi solides que celles qui peuvent exister en Allemagne ou en Italie. Est-ce que nous avons commencé à répondre à leurs inquiétudes ? Oui, depuis 5 ans on n'est pas resté les bras croisés, nous avons fait beaucoup pour les ETI, notamment sur la transmission, et pendant la loi Pacte nous avons simplifié le fameux dispositif Dutreil et nous l'avons amélioré, aujourd'hui quand vous transmettez une entreprise, avant vos 70 ans, c'est 90% d'exonération de frais de succession, c'est déjà beaucoup.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, j'étais avec le patron de PAPREC il y a quelques jours, qui disait que c'était bien Dutreil, mais qu'il restait encore une partie importante à régler...

BRUNO LE MAIRE
Oui, mais d'abord il y a une question de justice, je pense que quand on transmet on peut envisager, lorsque c'est un patrimoine important, qu'il y ait aussi une contribution, là nous l'avons réduite au maximum. Après ce qu'on peut faire de plus…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Au maximum, ça veut dire qu'on ne fera pas plus ?

BRUNO LE MAIRE
Moi je suis prêt à regarder toutes les propositions, simplement j'ai pris l'habitude de tenir mes promesses et de ne pas faire des promesses en l'air, et de regarder ce qui est réaliste et ce qui est efficace. Certains nous demandent de supprimer complètement les droits de succession quand on transmet l'entreprise, donc de passer de 90 % à 100 %, on n'y arrivera pas, parce que le Conseil d'Etat dira qu'il y a rupture d'égalité devant l'impôt. On l'a déjà fait, on a consulté, et moi, vous savez, je n'ai pas de temps à perdre pour l'économie française, je n'ai pas de temps à perdre pour les entreprises françaises à leur proposer des choses dont je sais très bien que ça ne marchera pas, certains candidats le font, mais c'est de la perte de temps pour le pays, donc je sais dès maintenant, puisque nous avons l'expérience, que proposer un Dutreil à 100% d'exonération ce sera retoqué par le Conseil d'Etat, retoqué par le Conseil constitutionnel, qu'on perdra des mois, et donc ce n'est pas la bonne voie, c'est une impasse, je n'engagerai pas les ETI dans une impasse. En revanche, est-ce qu'on peut travailler sur les droits de succession et se dire on peut augmenter ces droits de succession, libres de droits lorsqu'on transmet une entreprise ? pourquoi pas, ça, ça me paraît une voie un peu plus intéressante, vous savez qu'aujourd'hui on peut transmettre 100.000 euros tous les 15 ans, libres de droits de succession, est-ce qu'on peut travailler là-dessus pour que justement, quand on transmet une entreprise, tous les 15 ans, au fur et à mesure on transmet le patrimoine, hors de toute fiscalité, ça, ça me paraît une voie beaucoup plus prometteuse, dans laquelle je suis prêt à m'engager.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
L'autre demande des chefs d'entreprise c'est notamment de continuer la baisse des impôts de production. Vous avez déjà, vous, baissé de 10 milliards d'euros par an, vous avez vu que quasiment tous les candidats maintenant veulent baisser les impôts de production.

BRUNO LE MAIRE
Oui, je trouve ça formidable de faire école comme ça, parce que les mêmes qui se sont opposés à cette baisse des impôts de production, quand je l'ai proposée, en disant ce n'est pas possible pour les collectivités locales, aujourd'hui rejoignent cette proposition, et même veulent aller plus loin, tant mieux. Ça veut dire, là encore, je le dis à tous les chefs d'entreprise qui nous écoutent, nous on a fait le job, on l'a fait sérieusement, nous sommes prêts à continuer et nous avons des résultats. Il vaut mieux écouter ceux qui depuis le début ont posé le bon diagnostic sur l'économie française, et apporté les bonnes solutions, que ceux qui arrivent comme la cavalerie, un peu en retard, en reprenant nos propositions. Nous avons baissé de 10 milliards d'euros, Christophe JAKUBYSZYN, les impôts de production, faut-il aller plus loin ? Oui, oui parce que c'est la compétitivité de nos entreprises, face à d'autres entreprises en Europe, qui est en jeu. Oui, parce qu'il reste un écart qui est encore trop important.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
60 milliards avec les Allemands à peu près !

BRUNO LE MAIRE
Il reste des sommes en tout cas très importantes. Est-ce que c'est la seule solution qu'il faut mettre sur la table pour accélérer la reconquête industrielle du pays ? Non. La compétitivité prix c'est très important, aller plus loin sur les impôts de production, nous sommes prêts à le regarder, à l'étudier, parce que je pense que c'est important, mais n'oublions pas que ce qui se jouera dans la reconquête industrielle c'est la formation, c'est la qualification, c'est la montée en gamme, c'est l'innovation, et tout ce qu'a décidé le président de la République, avec le plan d'investissement de 30 milliards d'euros, a vocation à répondre à cet angle mort de la politique économique depuis des décennies, monter en gamme, innover, former, qualifier, et c'est sans doute là que se joue la reconquête industrielle de la France.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il y a eu quand même un changement de doctrine, notamment de la part de l'Europe, sur la reconquête industrielle, qui aurait dit, il y a 3 ou 4 ans, que l'Europe nous autoriserait à subventionner des investissements industriels, dans le domaine de la batterie électrique, dans le domaine de l'hydrogène, même pour vous…

BRUNO LE MAIRE
Je ne dirais même pas qu'il y a eu un changement de doctrine, il y a eu une révolution doctrinale, en Europe, sur la politique industrielle, elle a été portée par deux pays, la France et l'Allemagne, et nous nous sommes battus, notamment avec Peter ALTMAIER, qui était un grand ministre de l'Economie allemand, pour porter ce que nous avons appelé la nouvelle politique industrielle européenne, avec le soutien d'Emmanuel MACRON, et d'Angela MERKEL à l'époque. Quels sont les éléments de cette révolution ? Un, nous apportons des aides d'Etat, et on ne se cache pas, on n'a pas honte de dire, voilà, pour développer une filière hydrogène il faut de l'argent public…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Avant c'était interdit de dire ça.

BRUNO LE MAIRE
Avant c'était interdit ; pour développer les batteries électriques, avec les usines qui vont ouvrir, à Douvrin et ailleurs, il faut des aides publiques. Deuxième changement de doctrine…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous n'avez pas peur de vous tromper, de faire les mauvais choix parfois, que l'Etat dise c'est là où je veux mettre des milliards, est-ce que c'est vraiment votre rôle ?

BRUNO LE MAIRE
Je vous rassure, je ne suis pas seul dans mon bureau et de dire « tiens, je répartis les milliards ici ou je les mets là », j'écoute les entrepreneurs, j'écoute les scientifiques. Lorsque nous investissons dans l'hydrogène, pour donner des exemples très concrets, je discute longuement avec Benoît POTIER le patron d'AIR LIQUIDE, je discute avec les dirigeants de McPhy, je discute avec les dirigeants de LHYFE, qui est une nouvelle PME qui travaille remarquablement dans l'hydrogène, donc j'écoute les spécialistes, j'écoute des scientifiques, tous ceux qui savent beaucoup mieux que moi les marchés qui sont intéressants, les technologies qui sont matures. Le deuxième élément de cette révolution c'est qu'on se protège, on a mis en place un décret sur les investissements étrangers en France, il a été repris par l'Europe, et il y a désormais un contrôle des investissements étrangers en Europe. Et puis il y a un troisième élément, qui me paraît clé, qui est au coeur de notre présidence française de l'Union européenne, c'est de mettre en place un mécanisme d'ajustement carbone aux frontières, c'est pour moi la dernière brique d'une politique industrielle qui nous permettra d'avoir une industrie décarbonée.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On peut remettre ça sur la table alors qu'on a collectivement échoué au moment, notamment des Gilets jaunes, à faire comprendre et à expliquer, à faire de la pédagogie à l'égard des Français, que, effectivement il fallait que la pollution ait un prix, ait un coût ?

BRUNO LE MAIRE
Ce qui compte c'est surtout qu'elle ait un coût pour nos concurrents étrangers, je ne peux pas demander qu'on investisse des milliards d'euros, parce que ce sera le prix, pour décarboner les usines de Fos-sur-Mer et de Dunkerque, pour qu'elles émettent moins de CO2, et puis dans le même temps dire à nos industriels « vous savez pas quoi, on va réimporter de l'aluminium, venu de Chine ou de Turquie, mais ils ne paieront aucun droit à l'entrée même s'ils sont polluants », ça c'est impossible.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc…taxe carbone aux frontières.

BRUNO LE MAIRE
Taxe carbone aux frontières pour faire payer les pollueurs qui sont à l'étranger, et qui ne prennent pas les mêmes investissements que nous, qui ne supportent pas les mêmes coûts que nous, pour décarboner leur industrie.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On va avancer, sous la présidence française, sur cette taxe carbone aux frontières, vous croyez ?

BRUNO LE MAIRE
Pour moi c'est un des objectifs stratégiques de la présidence française de l'Union européenne, c'est très difficile, il y a des obstacles, il y a des résistances, mais, vous savez, les aides d'Etat pour l'industrie personne n'en voulait, la possibilité de contrôle des investissements personne n'en voulait, la taxation internationale des gens du digital, il y a 4 ans personne n'en voulait, c'est là aussi l'importance d'avoir de l'expérience, du recul, c'est que ça vous permet de savoir qu'avec de la détermination on peut y arriver.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, il y a un dossier sur votre bureau qui n'a pas été réglé, c'est celui d'EDF, parce que d'abord l'entreprise ne va pas très bien, elle doit être encore recapitalisée, vous avez rencontré Jean-Bernard LEVY hier, est-ce que vous allez recapitaliser l'entreprise, pourquoi est-ce que vous ne la nationaliserez pas, ça coûterait 5 milliards d'euros de reprendre toutes les actions qui sont sur le marché, vous seriez tranquille, vous pourriez restructurer EDF comme vous l'entendez ?

BRUNO LE MAIRE
D'abord, à quoi tiennent les difficultés actuelles d'EDF, est-ce que c'est lié à notre décision de protéger le consommateur français, les entreprises françaises, en plafonnant les prix de l'électricité…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Un peu, vous avez pris 8 milliards dans la poche d'EDF !

BRUNO LE MAIRE
Oui, c'est la bonne expression, un peu, mais les difficultés principales d'EDF tiennent à l'indisponibilité d'un certain nombre de réacteurs dans le parc nucléaire. Je pense que…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
A la fermeture de Fessenheim aussi peut-être.

BRUNO LE MAIRE
On a toujours intérêt…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce que vous regrettez d'avoir fermé Fessenheim ?

BRUNO LE MAIRE
On n'est pas là pour avoir des regrets, on est là pour construire une politique de l'avenir, le président de la République a été très clair, il a été le premier à annoncer qu'on allait construire 6 nouveaux EPR et en étudier 8 nouveaux.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Après en avoir fermé un.

BRUNO LE MAIRE
Si on veut vraiment régler les problèmes, il faut les poser à plat, sereinement et lucidement. Les difficultés d'EDF tiennent effectivement un peu à la décision que nous avons prise, mais qui était nécessaire, parce qu'il fallait protéger les salariés, protéger les entreprises, protéger les ménages, elles tiennent beaucoup, beaucoup, à l'indisponibilité d'un certain nombre de réacteurs nucléaires, d'où la nécessité de réinvestir dans EDF, de lui offrir des perspectives, de dire " écoutez, vous allez faire du renouvelable, vous allez faire des réacteurs nucléaires, donc vous avez un plan de charge, pour des décennies à venir, qui est très solide. " Est-ce que pour accompagner ce plan de charge il faut soutenir EDF ? oui, nous le savons parfaitement, donc nous étudions les options, sereinement, avec Jean-Bernard LEVY, avec lequel nous travaillons très bien, avec les équipes d'EDF, et nous aurons l'occasion, lorsque le moment sera venu, de prendre nos décisions, mais il va de soi qu'à partir du moment où on ouvre une nouvelle ère dans l'histoire d'EDF, en lui disant " voilà votre plan de charge pour la prochaine décennie, du renouvelable, massivement, et de nouveaux réacteurs nucléaires pour assurer notre sécurité énergétique, nous allons, nous l'Etat, comme nous l'avons toujours dit, vous accompagner, nous serons là, et nous allons décider ensemble quelle est la meilleure solution. "

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce que la nationalisation est une option ?

BRUNO LE MAIRE
Mais aucune option, à partir du moment où on ouvre une nouvelle ère, ne doit être écartée, il faut toutes les regarder, sereinement, toutes n'appartiennent pas forcément au même calendrier, mais toutes les options sont sur la table.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Y compris la nationalisation.

BRUNO LE MAIRE
Si elles sont toutes sur la table, elles sont toutes sur la table, mais pourquoi, je veux bien me faire comprendre, parce que le président de la République, avec son discours de Belfort, qui est un discours fondateur, a dit " nous allons écrire ensemble une nouvelle page de l'histoire d'EDF. "

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Cette nouvelle page de l'histoire d'EDF vous l'écrirez aussi avec les règles, en Europe, sur le marché de l'électricité, est-ce que ce qui se passe aujourd'hui, où le prix, finalement, du marché détermine en fait le prix marginal et le prix qu'on paye finalement, est-ce que c'est la bonne solution ?

BRUNO LE MAIRE
Ce qui se passe aujourd'hui confirme nos intuitions françaises, et confirme aussi les demandes que nous avons faites à la Commission, nous nous attendons les propositions de la Commission pour la fin du mois. Mais qu'est-ce que montre la crise énergétique actuelle ? Un, avoir des contrats de long terme c'est très bien, le prix spot c'est parfait, mais le prix spot c'est très bien quand il est bas, avoir des contrats de long terme ça peut sécuriser votre approvisionnement, aujourd'hui vous avez beaucoup de difficultés, voire de ménages, qui peuvent être en difficulté justement parce que les prix spot sont extrêmement hauts, donc il faut de la stabilité, il faut des contrats de long terme, c'est notre première demande. La deuxième chose c'est que le prix payé par le consommateur doit correspondre au coût moyen de production dans le pays, si vous faites le choix de développer les renouvelables…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
…Protectionnisme en Europe, on peut dire que les Français…

BRUNO LE MAIRE
Mais ce n'est pas du protectionnisme, c'est du bon sens de dire j'investis dans le nucléaire, ou l'Espagne investit dans les renouvelables, j'investis dans le renouvelable pour avoir une énergie complètement décarbonée, et vous me demandez de payer le prix du gaz et de l'énergie fossile quand on ouvre une usine à l'Est de l'Europe, c'est totalement…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On est un marché unique, y compris de l'énergie, vous n'allez pas dire aux européens, je ne dis pas que je suis contre, je dis vous n'allez pas leur dire que l'électricité produite en France sera pour les Français, enfin au prix…

BRUNO LE MAIRE
Je ne leur dis pas que l'électricité produite en France sera pour les Français, je leur dis simplement qu'à partir du moment où les Français font un effort pour investir dans l'énergie décarbonée c'est normal qu'ils aient le retour sur leur investissement, c'est normal que les Espagnols, qui font un effort massif sur le renouvelable, aient un retour sur leur investissement, et on ne peut pas me demander de payer deux fois, on ne peut pas demander aux Français de payer deux fois, une fois pour investir dans les champs éoliennes offshores et dans les réacteurs nucléaires, et une deuxième fois pour payer le prix marginal du gaz lorsque le prix du gaz explose, parce qu'il y a une crise géopolitique comme actuellement, avoir le prix de l'électricité indexé sur le prix du gaz c'est une folie économique et c'est une folie climatique.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Autre angle mort, le commerce extérieur, la balance commerciale française qui n'a jamais été aussi déficitaire, alors je croyais qu'on était en période de reconquête industrielle, qu'est-ce qui se passe Bruno LE MAIRE ?

BRUNO LE MAIRE
Il se passe que les prix de l'énergie flambent, donc forcément ça explique une partie de ce déficit commercial extérieur, et la deuxième raison, je l'ai dit depuis des mois, c'est le point noir effectivement aujourd'hui de la situation économique française, c'est le seul, mais il faut le régler, c'est qu'à force de désindustrialiser le pays, à force de ne plus avoir de conquête de marchés parce que nous n'avons pas suffisamment investi dans l'industrie, vous perdez des parts de marché, vous perdez pied, et vous vous retrouvez avec une balance commerciale qui est très déficitaire. Nous avons, avec Franck RIESTER, la très ferme détermination de relever, sous 10 ans, parce que ça prendra 10 ans, ce défi, et de revenir à ce qu'était la situation avant les années 2000, une balance commerciale excédentaire, c'est possible pour la France, ça passe par la réindustrialisation.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
L'inflation, certaines banques centrales, notamment la Réserve fédérale américaine, commencent à se demander si l'inflation n'est pas en train d'accélérer, est-ce que c'est votre crainte aussi ?

BRUNO LE MAIRE
Non, moi ma crainte c'est les prix de l'énergie, c'est ma seule crainte, elle tire effectivement l'inflation, mais la situation américaine est très différente de la situation européenne. J'avais eu l'occasion, il y a quelques mois, en prêchant un peu dans le désert, en disant c'est formidable le plan Biden, mais ça me paraît beaucoup, il est arrivé ce qui devait arriver, lorsque vous injectez 3000 milliards de dollars dans l'économie, un peu moins parce que c'est moins qui a été voté, forcément cela crée des tensions sur les approvisionnements, sur les salaires, sur les prix, vous avez une forte inflation, et vous avez les réactions de la Fed. Nous, en Europe, nous avons eu un plan, qui a été parfois critiqué, on a dit " c'est pas assez, c'est petit jeu ", eh bien non, il était bien calibré, et c'est parce qu'il est bien calibré que nous ne sommes pas dans une situation d'inflation aussi préoccupante qu'aux Etats-Unis.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Si vous faites un deuxième quinquennat comme ministre de l'Economie est-ce que vous vous engagez à redresser les comptes publics, ce que vous n'avez pas pu faire parce qu'il y a eu la crise, parce qu'il y a eu le " quoi qu'il en coûte ", est-ce que ça sera un de vos objectifs ou est-ce que c'était le monde d‘avant ça ?

BRUNO LE MAIRE
Ce sera un objectif prioritaire, le redressement des finances publiques, et ce sera, je ne sais pas quel sera mon avenir, mais si ça devait être le cas, un de mes engagements fermes. Il n'y a pas de pays puissant économiquement sans des finances publiques bien tenues, nous avons rétabli les finances publiques au début du quinquennat, ensuite nous avons dépensé pour protéger les Français, et c'était une bonne décision, y compris du point de vue des finances publiques parce que ça coûte moins cher que l'explosion du chômage et des faillites, mais maintenant que nous revenons à la normale il faudra revenir à des finances publiques équilibrées.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Bruno LE MAIRE, le ministre de l'Economie, merci d'avoir été l'invité de « Good Morning Business. »

BRUNO LE MAIRE
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 février 2022