Interview de Mme Marlène Schiappa, ministre de la citoyenneté, à BFMTV le 15 février 2022, sur le passe vaccinal, la drogue des violeurs, l'élection présidentielle, le voile islamique dans le sport et les enfants de djihadistes français.

Texte intégral

APOLLINE DE MALHERBE
Bonjour Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci de répondre à mes questions ce matin. Vous êtes ministre déléguée auprès du ministre de l'Intérieur, en charge de la Citoyenneté. Vous êtes l'une des ministres les plus politiques de ce gouvernement, à moins de deux mois des élections, vous êtes toujours sans candidat officiel, on va y revenir. On va parler aussi des critiques contre Valérie PECRESSE, qui dit aujourd'hui que c'est plutôt du sexisme que de la politique. Mais d'abord, l'actualité sanitaire. Qu'est-ce que vous dites aux 4,5 millions de Français qui, au moment où on se parle, sont en train de perdre leur pass vaccinal, c'est des gens qui sont déjà doublement vaccinés, mais qui n'auraient pas fait leur troisième dose de rappel dans le délai de 4 mois qui est donc le délai désormais officiel, pas de pass à partir d'aujourd'hui, alors que le pass vaccinal, il tombe dans 3 semaines ou dans 1 mois, est-ce que c'est logique ?

MARLENE SCHIAPPA
D'abord, on est en train de s'adapter en permanence, comme depuis le début de cette pandémie, eu égard d'abord aux informations scientifiques dont on peut disposer, et puis, eu égard aux décisions qui sont prises. Donc oui, c'est ce qu'on appelle des effets de seuil, il y a toujours un moment, quand il y a une date butoir, eh bien, arrivé à cette date butoir, effectivement, ça passe, mais je veux vous dire que le pass, ça reste un moyen, ce n'est pas une fin en soi, l'idée, c'est qu'on soit tous vaccinés, et qu'on puisse toutes et tous être immunisés face à ce virus. Et c'est ça qui est important, l'idée, ce n'est pas de se dire : il faut vous vacciner pour avoir votre pass, c'est de se dire que quand on a tous ces rappels, eh bien, on peut être mieux immunisé, ou en tout cas, mieux protégé face aux formes graves de virus.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous comprenez que ça paraisse quand même un petit peu contradictoire, c'est-à-dire qu'on a le pass vaccinal qui est durci à partir d'aujourd'hui, et on a les discothèques qui rouvrent demain.

MARLENE SCHIAPPA
Oui, alors, il n'est pas durci, il y a un certain nombre de mesures qui sont prises, le ministre de l'Education nationale s'est aussi exprimé sur l'école, le porte-parole du gouvernement s'est exprimé sur la fin du pass vaccinal. Moi, c'est ça que j'ai envie de revenir, si vous voulez, c'est que peu à peu, on va aller vers plus de masque en extérieur, vers une possibilité de revenir un petit peu à une vie d'avant le virus, qui nous manque beaucoup. Les discothèques rouvrent, effectivement, je crois que pour tous ces jeunes, je pense notamment par exemple à ceux qui bientôt passent le bac, qui auront connu toute leur vie de lycéen sous la pandémie…

APOLLINE DE MALHERBE
Comme ils passent leur bac, c'est le moment d'aller en discothèque, c'est ça que vous leur dites ?

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, non, ce que je dis, c'est que c'est difficile en fait, je pense, pour cette génération qui a passé, je ne dis pas que nous, on n'a pas besoin de faire la fête, mais je suis maman d'une adolescente, et je trouve que c'est difficile pour cette génération, qui n'aura pas connu de grandes fêtes, de grands temps forts, de voyages scolaires, et donc, c'est bien, c'est positif pour eux qu'ils puissent faire la fête de nouveau, y compris pour fêter leur bac pour ceux qui l'auront, je l'espère.

APOLLINE DE MALHERBE
Avant de revenir à la politique, je voudrais d'ailleurs m'arrêter un instant, puisque les discothèques rouvrent, c'est aussi le moment où vous lancez une campagne de sensibilisation contre le GHB, le GHB, c'est cette drogue qui est…

MARLENE SCHIAPPA
La drogue du violeur…

APOLLINE DE MALHERBE
La drogue des violeurs, qu'on met à leur insu dans le verre des autres, pour pouvoir mieux profiter d'eux en quelque sorte, et voire même aller jusqu'à les violer. Vous lancez cette campagne, " corps à corps, pas sans mon accord ", " balance ton bar ", " touche pas à mon drink ". Et vous demandez même des prélèvements toxicos chez toutes les victimes éventuelles de viols, pour détecter des traces de GHB. Ça va se manifester comment cette campagne ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, il y a deux campagnes parallèles, il y en a une qui est lancée par la Mairie de Paris d'une part, avec une campagne de communication, que je salue, et d'autre part, il y a un plan anti-GHB, qui est là, lancé par le ministère de l'Intérieur avec l'UMIH, qui est l'Union des métiers…

APOLLINE DE MALHERBE
C'est quoi l'UMIH ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, je vais vous le dire, c'est l'Union des métiers de l'hôtellerie et notamment la branche nuit, c'est-à-dire les patrons de bars de nuit, de discothèques, etc, je serai tout à l'heure dans un bar de nuit à Paris, avec eux, et avec les forces de l'ordre, pour lancer ce plan. Nous demandons par exemple à la fois le déclenchement systématique du protocole viol pour toutes les personnes qui pensent avoir été agressées sous GHB, des prélèvements toxicologiques dès que les personnes viennent à l'hôpital, pourquoi, parce que le GHB, c'est un produit terrible qui vous anesthésie, mais qui aussi a des facultés qui vous font perdre la mémoire, et dont vous avez des gens qui ne se souviennent plus exactement, ça fait un peu des effets proches de la gueule de bois, et des gens qui ne savent pas parfois qu'ils ont été drogués, le GHB, c'est inodore, incolore, ça se dissout dans votre verre. Et ça a des conséquences extrêmement graves. Donc nous mettons ça en place. Et il y a aussi un partenariat justement avec les métiers de la restauration, de bars de nuit…

APOLLINE DE MALHERBE
Ils s'en emparent au fond de cette question-là, eux-mêmes…

MARLENE SCHIAPPA
Exactement. Ils sont venus nous voir pour qu'on puisse développer dans tous les départements des formations, parce que la brigade des stups ou les forces de l'ordre ont un savoir-faire pour repérer par exemple le comportement de quelqu'un qui vient de droguer une personne, et donc avec eux, il y aura ces formations, un guide, et des affiches avec un QR Code dans les toilettes, pourquoi dans les toilettes, parce que c'est le moment où on est isolé dans les bars ou dans les discothèques, et parfois, on retrouve d'ailleurs des personnes inconscientes à ce moment-là. Donc il y aura des affiches avec par exemple écrit : tu penses que ton ami a été drogué, voilà la plateforme, et il y a un QR Code à flasher, y compris pour les amis de personnes qui ont été droguées au GHB à leur insu, qui leur permet d'alerter la police et la gendarmerie, pour venir au secours de ces personnes.

APOLLINE DE MALHERBE
Ça prend effet aujourd'hui ?

MARLENE SCHIAPPA
A partir de demain, à partir de la réouverture des bars de nuit et des discothèques.

APOLLINE DE MALHERBE
Réouverture des bars de nuit et des discothèques, vous disiez que les jeunes n'avaient pas forcément pu faire la fête, est-ce que les jeunes vont aller voter, c'est un des grands enjeux, finalement, l'ouverture de l'inscription sur les listes électorales, c'est encore jusqu'au 4 mars. Vous avez vu cette campagne des Jeunes avec MACRON, il y a eu d'abord les affiches « j'ai envie de vous », les Jeunes avec TILDER, est-ce que ça vous paraît le ton juste ?

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, moi, je pense qu'on ne peut pas à la fois reprocher aux jeunes de ne pas s'intéresser à la politique, et quand ils s'y intéressent, de leur reprocher de le faire. Moi, j'ai ouvert une plateforme qui s'appelle " élections.interieur.gouv.fr "

APOLLINE DE MALHERBE
Ça fait beaucoup de plateformes…

MARLENE SCHIAPPA
Eh oui, j'essaie…

APOLLINE DE MALHERBE
Il y a encore un QR Code…

MARLENE SCHIAPPA
J'essaie d'être en lien avec les Français. Alors, il n'y a pas de QR Code, mais pourquoi pas, puisque c'est quelque chose qui est un code pratique pour les jeunes. Et je vais vous dire, cette plateforme, elle rencontre un grand succès, en 3 semaines, nous avons eu 600.000 nouveaux inscrits sur les listes électorales, dont 400.000 par l'intermédiaire de cette plateforme que j'ai lancée. Donc je redonne l'URL, c'est " élections.interieur.gouv.fr ", vous avez toutes les informations sur les élections, et vous pouvez très rapidement en quelques minutes également vous inscrire sur les listes électorales.

APOLLINE DE MALHERBE
Jusqu'au 4 mars, on est bien d'accord…

MARLENE SCHIAPPA
On a jusqu'au 4 mars pour s'inscrire pour les présidentielles, et encore un peu plus pour les législatives.

APOLLINE DE MALHERBE
Le tout sans candidat ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, il y a plusieurs candidats…

APOLLINE DE MALHERBE
Enfin, de votre côté, il n'y a pas de candidat…

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, j'espère qu'il arrive.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais quand ?

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, écoutez, ça, c'est une décision très personnelle, vous savez que les candidats ont jusqu'à début mars pour se déclarer, donc d'ici début mars, et après, voilà, c'est une décision personnelle, l'élection présidentielle au suffrage universel direct, c'est vraiment, on appelle ça la rencontre entre une personne et le peuple français, donc c'est quelque chose d'intime. Ce n'est pas moi, Marlène SCHIAPPA, qui vais décider de la date de déclaration de candidature du président de la République…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais es-ce qu'il va faire campagne Emmanuel MACRON ?

MARLENE SCHIAPPA
S'il est candidat, oui, il fera campagne, bien sûr.

APOLLINE DE MALHERBE
Le plus court possible donc, la campagne ?

MARLENE SCHIAPPA
Ce n'est pas une question de le plus court possible, mais vous avez vu qu'il y a eu encore des nouveautés sur la… enfin, des nouveautés, ce n'est pas le terme, mais encore des événements autour de la crise ukrainienne très récemment, il était avec Vladimir POUTINE, il a ses responsabilités de chef d'Etat pour une durée d'un quinquennat, avec différentes crises simultanées à gérer, et d'ailleurs, j'observe qu'on le crédite en général d'avoir bien géré notamment d'un point de vue économique la période de crise, d'avoir protégé les Français. Donc il est au travail, en responsabilité à sa tâche.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais ça veut dire que si la crise ukrainienne dure, et de fait, elle est très aigue. Jean-Yves Le DRIAN a confirmé hier soir l'inquiétude, une guerre qui pourrait être imminente, est-ce que ça veut dire qu'Emmanuel MACRON, eh bien, va reporter d'autant, jusqu'à la dernière minute, le fait de se présenter ?

MARLENE SCHIAPPA
Bon, là, on est mi-février, on a jusqu'à début mars pour se présenter, ça nous laisse un laps de temps de 15 jours, donc il est permis, sans dévoiler quoi que ce soit, de se dire que dans les 15 jours, 3 semaines qui viennent, nous pourrions avoir une déclaration de candidature ?

APOLLINE DE MALHERBE
Mais est-ce qu'il n'est pas en train de priver les Français d'une campagne ?

MARLENE SCHIAPPA
Je ne crois pas, je pense que la campagne, elle est très dynamique, elle est très active, moi, je regarde beaucoup les meetings qui sont rediffusés sur votre antenne de différents candidats d'ailleurs, et des propositions qui sont faites, donc il y a une campagne, voilà, après, si vous voulez me faire dire que la campagne sera plus intéressante quand Emmanuel MACRON sera candidat, c'est fort probable.

APOLLINE DE MALHERBE
Parce qu'il y a presque quelque chose de la reconduction tacite, l'expression n'est pas de moi, et d'ailleurs, vous voyez que je bute dessus, je l'ai lue ce matin dans Le Figaro, j'ai trouvé ça vraiment intéressant cette idée qu'au fond, Emmanuel MACRON, il est en train un peu de jouer à une sorte de reconduction tacite, comme quand vous prenez un abonnement, et que, eh bien, tout seul, ça se remet en place, sans vraiment jouer le jeu de la campagne ?

MARLENE SCHIAPPA
Oh, je ne vois pas les choses comme ça, vous savez, j'ai eu le privilège de faire partie des Marcheurs de la première heure, comme on dit, j'ai fait campagne en 2016-2017 auprès d'Emmanuel MACRON, je sais que c'est une personne, au-delà du président de la République, ce sera un candidat qui nous surprendra et qui saura créer l'événement, et surtout, porter un véritable projet et une vision pour le pays, et je trouve que ça, ça manque un petit peu dans la campagne, de candidats qui ont une vraie vision pour le pays.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous avez dit que vous regardiez les meetings, vous avez regardé celui de Valérie PECRESSE dimanche…

MARLENE SCHIAPPA
Absolument.

APOLLINE DE MALHERBE
Comment vous l'avez trouvé ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi, si vous voulez, j'ai trouvé qu'il y avait… il y a deux parties, la forme et le fond, et sur la forme, vous me permettrez pour une fois de prendre un petit peu la défense de Valérie PECRESSE, j'ai trouvé que les commentaires étaient très durs, et je trouve que sur la forme, on en attend toujours beaucoup plus des femmes en politique que des hommes. Et j'ai trouvé que, en général, quand il s'agit de femmes politiques, que ce soit Valérie PECRESSE, mais Anne HIDALGO ou d'autres, on concentre les commentaires et les analyses sur des questions de forme, de voix, d'attitude, etc, et beaucoup moins sur le fond, moi, je suis un petit peu gênée par ça, parce que sur le fond, j'ai beaucoup de désaccords avec Valérie PECRESSE, et j'aimerais qu'on puisse en débattre, et je trouvais effectivement que certains commentaires étaient un peu sexistes dans la mesure où c'est ce double standard, on en attend toujours plus de la part des femmes.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que vous iriez jusqu'à dire, comme Valérie PECRESSE l'a dit sur BFM TV hier soir, il y a un phénomène médiatique machiste qui se met en place dans cette campagne ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, ce n'est pas ce que je dis, ce que je dis, ce que, en fait, c'est ce double standard, c'est-à-dire, il y a une présomption, et beaucoup de sociologues l'ont analysé avec brio, il y a une présomption de compétence pour les hommes et une présomption d'incompétence pour les femmes, sur un plateau de télévision, quand vous voyez arriver un homme avec un costume, une cravate, et de surcroît, s'il a un certain âge, vous dites : c'est sûrement un expert de quelque chose, et si vous voyez arriver une femme, et si, de surcroît, elle a des bijoux, du maquillage, les cheveux longs ou des signes de féminité, le réflexe, c'est de se dire qu'elle n'a pas sa place ici et qu'elle n'est probablement pas experte ; c'est ce qu'on appelle la présomption d'incompétence pour les femmes, et ça, c'est vrai pour toutes les femmes dans la vie politique.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que ça veut dire qu'on peut avoir des critiques politiques malgré tout, vous allez en avoir j'imagine sur fond, mais quand Valérie PECRESSE dit : on a des candidats hommes qui sont les favoris des médias, c'est aussi pour elle une critique des médias…

MARLENE SCHIAPPA
Non, moi, je ne dirais pas ça, je n'ai pas de critiques particulières à faire vis-à-vis des médias pendant cette campagne. Tous les meetings sont rediffusés, d'ailleurs, celui de Valérie PECRESSE l'a été en intégralité et un peu plus encore, tous ses soutiens ont eu la parole, qui sont des hommes, ont tous eu la parole d'ailleurs sur les émissions, donc moi, je ne dirais pas ça, ce que je dis, c'est qu'il faut faire attention aux critiques, qu'on fait et se demander si on ferait la même critique pour un homme, et ce que je dis, c'est que la forme, le vêtement, la vie personnelle, etc, est toujours beaucoup plus critiquée chez les femmes que chez les hommes. D'ailleurs, on lui reproche d'avoir fait des blagues pas drôles, etc, pardon, mais le nombre d'hommes politiques qui font des blagues absolument pas drôles à longueur de journée est quand même assez large et on ne leur en fait pas le reproche.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous disiez à l'instant, ses soutiens qui sont la plupart des hommes, vous avez regardé un peu à quoi ressemblait l'équipe de campagne d'Emmanuel MACRON ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui…

APOLLINE DE MALHERBE
C'est BFM TV qui le révèle ce matin, en donnant la plupart des visages, il n'y a pas une femme.

MARLENE SCHIAPPA
Alors, moi, je n'ai pas vu ce que disait BFM TV, j'ai vu une infographie du Monde, qui ne m'a pas semblé tout à fait exacte et qui a tendance, vous me pardonnerez de le dire, mais, à s'attarder sur des personnalités hommes justement, et ça, on l'a déjà vécu en 2016, et c'est un magazine Vanity Fair qui avait décidé de réunir toutes les femmes qui avaient un rôle de premier plan dans la campagne, nous n'avions jamais accès aux médias à l'époque, alors que nous avions un rôle important.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais il y a quand même aussi une histoire de nombre, j'ai regardé la même infographie que vous, alors, peut-être que vous pouvez dire que les femmes ont été mises sur le côté, mais il y a surtout pour 10 hommes 2 femmes.

MARLENE SCHIAPPA
Non, mais il y en a surtout qui n'ont pas été mises, c'est-à-dire qu'un homme qui discute de temps en temps avec le président, il est promulgué conseiller du président, alors qu'une femme qui a un rôle important en coulisses, enfin, vous me passerez le fait que je suis quand même assez présente dans les médias pour défendre le président de la République, que je travaille en tant que ministre et que je fais des notes…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais est-ce que vous serez dans l'équipe ?

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, est-ce que je serai retenue dans l'infographie, c'est une question, il n'y a pas que moi, dans les ministres…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais est-ce que vous serez retenue dans l'équipe ?

MARLENE SCHIAPPA
Mais ce n'est pas… vous savez, l'équipe, elle est vaste, et ça n'est pas quelque chose de cristallisé, mais je veux citer Amélie de MONTCHALIN, je veux citer Agnès PANNIER-RUNACHER, Sarah EL HAÏRY, Nathalie ELIMAS, Elisabeth BORNE, Florence PARLY, il y a pléthore de femmes, et toutes les autres bien sûr, il y a pléthore de femmes actives dans ce gouvernement et qui seront actives dans la campagne.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous disiez que sur le fond, vous n'étiez pas d'accord avec Valérie PECRESSE, est-ce que l'usage de l'expression, même si elle a dit que c'était précisément pour dire que ça ne l'intéressait pas, mais l'expression de grand remplacement vous a choquée ?

MARLENE SCHIAPPA
Ça m'a choquée, ce qui me choque, c'est qu'il y a des moments où on ne savait pas, et je mets la forme de côté, il y a des moments où on ne savait pas vraiment si c'était Valérie PECRESSE ou Marine LE PEN qui parlait, grand remplacement, oui, mais moi, ce qui m'a vraiment choquée, c'est l'expression Français de papier, Français de papier, vous savez que c'est une expression des années 30, assez maurrassienne, et qui vise à dire que les Français qui sont naturalisés ne seraient pas des vrais Français, ça renvoie à la détestable expression de Français de souche, moi, quand j'entends Français de papier alors que j'ai un arrière-grand-père italien qui est arrivé en France pour travailler et qui a eu sa nationalité française par ce biais, j'ai mal au coeur. Vous savez, tout à l'heure je serai à l'Opéra de Paris parce que je vais présider une cérémonie de naturalisation, j'ai proposé au président de la République qu'on puisse naturaliser les travailleurs Covid étranger, qui ont été médecins, nounous, pharmaciens, agents de sécurité, livreurs, et qui pendant qu'il y avait le confinement, beaucoup de gens chez eux, et c'était normal, eh bien eux ils tenaient le pays à bout de bras, ils ont un fait un pas vers la République, et donc c'est normal que la République fasse un pas vers eux, ils sont plus de 17.000 à avoir été naturalisés, ils sont français, comme vous, comme moi, comme Valérie PECRESSE, ni plus ni moins, ils ne sont pas français de papiers, ils sont français, point.

APOLLINE DE MALHERBE
Il y a un point sur lequel je voudrais qu'on revienne, c'est la question de la Loi sport, elle revient cette semaine au Sénat, puis à l'Assemblée la semaine prochaine, des " hijabeuses ", alors c'est-à-dire des joueuses de foot voilées, ont manifesté devant le Sénat et saisissent même le Conseil d'Etat, et je ne comprends pas, est-ce que vous êtes pour ou est-ce que vous êtes contre le voile dans le sport ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi je suis contre les signes religieux et le prosélytisme dans les compétitions sportives et c'est la position du gouvernement, le porte-parole du gouvernement l'a exprimé, le Premier ministre également, d'ailleurs je tiens à rappeler que nous avons toujours soutenu, notre position n'a pas varié, nous avons toujours soutenu la FFF, qui a eu le courage de prendre des dispositions…

APOLLINE DE MALHERBE
La Fédération française de football.

MARLENE SCHIAPPA
Exactement, merci, et c'est elle qui est attaquée aujourd'hui en justice par les « hijabeuses »…

APOLLINE DE MALHERBE
Et pourquoi vous n'en faites pas une loi alors, c'est-à-dire en fait, quand on voit que la majorité du gouvernement, et le gouvernement, ne soutiennent pas l'amendement qui interdit le voile dans le sport, pourquoi vous n'allez pas jusque-là ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors là il y a un petit peu de manipulation de la part du parti Les Républicains et de l'équipe de campagne justement de Valérie PECRESSE, parce que, en première lecture des débats ont eu lieu, des députés étaient présents, Monsieur CIOTTI n'était même pas présent d'ailleurs sur cette loi sport, ça a fait un petit peu de bruit, parce qu'il n'y avait que quelques dizaines de députés, Eric CIOTTI n'était pas là, et le sujet d'ailleurs, comme Eric CIOTTI, était absent des débats en première lecture. Pourquoi il était absent ? Parce que ça ne relève pas de la loi, vous savez très bien qu'il y a des choses qui relèvent du règlement, et là le règlement de la FFF, eh bien se suffit, et c'est pourquoi ce débat n'avait pas été porté lors de la première lecture.

APOLLINE DE MALHERBE
Ça c'est la FFF, mais qu'est-ce que vous dites au handball, au judo, qui du coup chacun, chaque fédération se retrouve toute seule face à cette ambiguïté ?

MARLENE SCHIAPPA
Elle n'est pas toute seule puisque que nous, ce que nous avons créé, c'est un contrat d'engagement républicain, qui a été créé dans la loi dite séparatisme, pour conforter les principes de la République, ce contrat d'engagement républicain nous le passons avec toutes les associations, et y compris les associations sportives et les fédérations, et il dit notamment qu'on doit respecter les valeurs de la République, et notamment ne pas faire de prosélytisme sur les terrains. Le prosélytisme n'a pas sa place dans le sport, nous sommes très clairs là-dessus.

APOLLINE DE MALHERBE
Eric CIOTTI était à votre fauteuil justement hier, voilà ce qu'il dit.

ERIC CIOTTI
Oui, Marianne n'est pas voilée, eh bien Monsieur MACRON, lui, laisse voiler les fillettes, laisse prospérer le burkini dans les piscines, il y a un soutien au communautarisme, à tout le moins…

APOLLINE DE MALHERBE
Un soutien, ce n'est pas juste un non combat, c'est pour vous un soutien ?

ERIC CIOTTI
Madame MORENO soutient le communautarisme islamiste puisqu'elle soutient les " hijabeuses ", qui sont dans une provocation, on voit bien qu'on teste la République.

APOLLINE DE MALHERBE
Elisabeth MORENO qui est donc votre ministre de l'Egalité femmes- hommes, poste que vous avez occupé avant elle.

MARLENE SCHIAPPA
Alors, elle a rectifié ses propos, il y a eu un propos un peu maladroit, comme ça peut arriver à chacun d'entre nous sur un plateau de télévision, le jour même elle a rectifié en disant que sa position était aussi celle du gouvernement et qu'elle ne soutenait pas l'action en justice des " hijabeuses " et qu'elle soutenait la FFF.

APOLLINE DE MALHERBE
Je suis un peu surprise que vous disiez que c'est juste une maladresse d'Elisabeth MORENO, parce que moi j'ai reçu la ministre des Sports, Roxana MARACINEANU, la semaine dernière sur RMC, et elle tenait exactement les mêmes propos qu'Elisabeth MORENO, donc ça peut pas être deux maladresses. voilà ce que me disait Roxana MARACINEANU, elle me disait, " au fond " – je la sentais même assez agacée par le sujet - elle disait que c'était un non-sujet à ses yeux, " la neutralité n'existe pas dans le sport ", voilà ce qu'a affirmé la ministre des Sports à mon micro, elle ne voyait donc aucun problème au port du voile, elle dit même " de toute façon le voile, la plupart du temps, ne se voit pas, puisqu'il est caché par des casques ", elle m'a dit " parler du voile en natation alors qu'on a un bonnet, ou du voile au ski alors qu'on a un casque, c'est un non-sujet. "

MARLENE SCHIAPPA
Sur la natation, elle a raison me semble-t-il, mais moi vous me dites ce que dit Eric CIOTTI, ce que dit Roxana MARACINEANU, ce que dit… moi je vous dis ce que dit Marlène SCHIAPPA, et je suis ministre chargée de la laïcité, donc en réalité la position que je vous donne c'est la position du gouvernement, qui a été d'ailleurs corroborée par le porte-parole du gouvernement, par le Premier ministre Jean CASTEX, et moi je renvoie chacun au discours des Mureaux, du président de la République, dans lequel il est très clair. Contrairement à Eric CIOTTI notre ennemi c'est l'islamisme radical, ce n'est pas l'islam, il y a des millions de musulmans qui vivent dans le plus profond respect des lois de la République et il faut les respecter, ne pas mener un combat contre eux comme le fait trop souvent Eric CIOTTI, en revanche nous luttons contre l'islamisme radical pied à pied, et je vous l'ai dit à plusieurs reprises, nous soutenons la FFF, nous ne soutenons pas l'action intentée en justice par les " hijabeuses ", le prosélytisme n'a pas sa place dans le sport, et je rappelle que le hijab ce n'est pas un vêtement anodin, il y a des femmes dans le monde…

APOLLINE DE MALHERBE
Il faudra peut-être que vous passiez un petit coup de fil à la ministre des Sports, parce qu'elle n'est pas…

MARLENE SCHIAPPA
C'est fait ; il y a des femmes dans le monde qui sont menacées de mort parce qu'elles refusent de porter le voile, je veux avoir une pensée pour Nasrin SOTOUDEH, avocate iranienne qui a été emprisonnée parce qu'elle a défendu des femmes qui voulaient sortir cheveux au vent dans la rue, on parlait encore d'Afghanistan ce matin, il y a des femmes qui fuient l'Afghanistan parce qu'elles risquent la lapidation si elles refusent de porter le voile. La France est un grand pays, qui a un rôle dans le monde, et je pense fondamental, en tant que ministre de la laïcité, et en tant que féministe, que nous défendions cette position.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous disiez c'est fait, vous avez parlé donc avec Roxana MARACINEANU…

MARLENE SCHIAPPA
Mais on se parle bien sûr…

APOLLINE DE MALHERBE
Donc ce n'est pas une surprise pour vous.

MARLENE SCHIAPPA
Dans le gouvernement, et Jean-Michel BLANQUER, qui est le ministre de l'Education et des Sports, s'est exprimé sur France Inter ce week-end sur ce sujet, et c'est lui qui est en charge du sujet à cet égard et qui a donné la position du gouvernement…

APOLLINE DE MALHERBE
C'est donc sa position à lui et pas celle de Roxana MARACINEANU qu'il faut se référer.

MARLENE SCHIAPPA
C'est la même que la mienne et c'est la même que celle du Premier ministre.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous parliez à l'instant de la question de l'Afghanistan, il y a aussi la question de la Syrie, je voudrais quand même qu'on revienne d'un mot sur la situation dramatique de ces 200 enfants français qui sont donc en ce moment même prisonniers dans les camps en Syrie, ces enfants ils sont citoyens français, ils sont évidemment les enfants de personnes qui sont parties là-bas faire la guerre. Boris CYRULNIK, qui a écrit, avec Emmanuel MACRON, le plan Petite enfance, s'adresse justement au président et il exhorte Emmanuel MACRON à rapatrier ces enfants, il dit c'est pour eux, pour les sauver, mais c'est aussi pour nous, pour nous ici sur le territoire français, il dit si on les laisse là-bas dans les conditions d'enfer alors ils aimeront moins la France et seront, je le cite, faciles à récupérer pour des idéologies extrêmes, on risque d'en faire des bombes.

MARLENE SCHIAPPA
C'est un sujet extraordinairement difficile, j'ai beaucoup échangé avec des organisations, notamment des familles, encore ce week-end il y avait un reportage sur la Syrie, je crois que c'est Arte, mais je ne suis pas sûre, qui montrait notamment un petit enfant, les pieds dans la boue, qui disait je veux retourner à Paris chez mon papy, j'ai une chambre qui m'attend, je veux aller au parc, etc., ça brise le coeur évidemment de voir ça, donc il y a évidemment cette question d'humanité, et cette question que soulève Boris CYRULNIK, après c'est vrai qu'il y a une question aussi pratique et une question de conséquences. J'ai échangé avec ces familles, j'ai aussi échangé avec notamment des familles d'accueil qui ont accueilli des enfants qui venaient de Syrie et qui eux n'avaient plus de famille, et qui m'ont raconté des choses terribles, qu'on ne peut pas imaginer.

APOLLINE DE MALHERBE
C'est-à-dire ?

MARLENE SCHIAPPA
C'est-à-dire qu'en fait en ayant été dans les camps en Syrie et en étant partis parfois avec les parents pour faire le djihad, ils ont assisté à des décapitations, ils ont assisté, ou étaient prêts à parti, à des choses horribles qui sont ancrées en eux…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais est-ce qu'on les laisse là-bas ou est-ce qu'on les ramène ?

MARLENE SCHIAPPA
Il y a un travail très fort. C'est un sujet qui relève du garde des Sceaux, qui est extrêmement grave, dont je vous ai donné…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais comme vous êtes ministre de la citoyenneté et que c'est vrai qu'ils ont un passeport français.

MARLENE SCHIAPPA
Absolument, mais c'est ce que je vous dis, et bien sûr ça brise le coeur de penser à ces enfants, mais il y a aussi une question de sécurité en France qui doit être prise en compte, je ne parle pas des petits enfants, des bébés, des enfants de 5, 6 ans, mais je parle aussi des adolescents qui ont peut-être 16, 17 ans, et qui ont vécu le djihad avec leurs parents, il y a aussi cette question à prendre en compte, et je sais que c'est extraordinairement difficile et particulièrement pour les familles, hélas pas de bonne solution.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Merci à vous.

APOLLINE DE MALHERBE
D'avoir répondu à mes questions ce matin, ministre déléguée auprès du ministre de l'Intérieur en charge de la Citoyenneté.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 février 2022