Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'État, porte-parole du gouvernement, à BFM TV le 18 février 2022, notamment sur la grève pour les salaires à la SNCF et à la RATP, le passe sanitaire et le rôle des cabinets de conseil.

Texte intégral

APOLLINE DE MALHERBE
Bonjour Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Bonjour. APOLLINE DE MALHERBE
Merci de répondre à mes questions ce matin. Vous êtes porte-parole du gouvernement. On va parler de la campagne bien sûr, très moche, très moche pour tout le monde. C'est une campagne vulgaire et violente, voilà ce qu'en dit Anne HIDALGO. Elle est particulièrement en souffrance, il faut le dire. Alors, on va s'interroger ensemble sur la responsabilité éventuelle même d'Emmanuel MACRON à ne toujours pas se déclarer, et à planer un peu comme un fantôme sur cette campagne. Mais d'abord je voudrais vous interroger sur la grève, la grève qui va toucher la RATP et la SNCF aujourd'hui. C'est un jour de vacances pour les uns, de départs en vacances pour une partie, et pourtant ça sera un jour de galère, encore un. RATP, une grève extrêmement suivie, la SNCF c'est désormais quasiment tous les vendredis de vacances, et ce sera la région Ouest et Sud-ouest qui sera très fortement touchée. Il est où le service minimum ? On l'a un peu oublié non ?

GABRIEL ATTAL
Non. Il s'applique avec des plans de transport qui sont communiqués évidemment en amont, c'était le cas je crois mercredi pour la RATP. On communique aussi en amont le mieux possible pour la SNCF. Moi j'avoue que je ne comprends pas ces grèves. Je pense que notre pays depuis 2 ans a traversé des moments très difficiles, et d'ailleurs il faut le dire, les agents de la SNCF, de la RATP, ont été au rendez-vous. Mais là, les Français ils aspirent à quoi ? Pour ceux qui le peuvent, à partir en vacances, et là tout d'un coup grève. On reprend le travail avec le télétravail qui s'arrête dans beaucoup d'entreprises, les Français sont contents de pouvoir retourner sur le lieu de travail, grève à la RATP. Ça avait déjà été le cas en décembre au moment des vacances, où il y avait déjà eu une grève d'une partie de la SNCF.

APOLLINE DE MALHERBE
Et à la Toussaint en effet, un c'est vraiment maintenant les vendredis de vacances.

GABRIEL ATTAL
Oui, il y a une forme de grève réflexe que moi je ne comprends pas.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais ils disent que s'ils ne le font pas… Voilà, vous ne la comprenez pas cette grève, mais eux ils disent : si on ne fait pas grève ces jours-là, on n'est pas entendu.

GABRIEL ATTAL
Non, parce qu'il y a un dialogue social justement. Si, il y a un dialogue social, il y a des choses qui sont mises sur la table, qui sont annoncées par la SNCF et par la RATP. Quand on annonce une augmentation des salaires en moyenne de 2,7%, c'est supérieur à ce que constatent beaucoup des Français pour leur salaire. J'ai dit qu'ils avaient été très mobilisés, les agents, et c'est vrai pendant la crise Covid, il y a eu des primes qui ont été mises en place pour le Covid, pour leur mobilisation, je crois que c'était entre 300 et 600 € pour la SNCF, 1 000 € pour la RATP. Je veux dire, voilà, il y a évidemment un dialogue social. Il y a des annonces qui sont annoncées par la SNCF et par la RATP, avec des mesures fortes pour les salariés. Je pense qu'il faut donner sa chance au dialogue, continuer à discuter plutôt qu'impacter les Français qui évidemment souhaitent pouvoir vivre le plus normalement possible, encore plus après les 2 ans que l'on vient de vivre.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous dites 2,7%, mais c'est bien moins que l'inflation.

GABRIEL ATTAL
Eh bien d'abord, on a une inflation en France qui est beaucoup plus faible que le reste de l'Europe…

APOLLINE DE MALHERBE
Non, mais quand vous regardez, sur la suite, elle est à à 2,5, ça veut dire qu'en fait ça ne suivrait que l'inflation. Ce n'est pas une vraie augmentation.

GABRIEL ATTAL
D'accord Apolline de MALHERBE, mais est-ce que tous les Français qui nous écoutent, qui travaillent dans le privé, ils connaissent la même augmentation de leur salaire ?

APOLLINE DE MALHERBE
Eh bien oui, mais, c'est peut-être dommage, justement, non ?

GABRIEL ATTAL
Est-ce que le salaire médian…

APOLLINE DE MALHERBE
C'est peut-être ça le problème ?

GABRIEL ATTAL
Est-ce que le salaire médian dans ces entreprises, SNCF, RATP, est inférieur au salaire médian en France ? Non, il est plutôt supérieur. Donc vous avez un phénomène d'inflation. On fait tout, on fait tout pour le limiter. Je rappelle qu'on a pris des mesures pour limiter l'augmentation du prix de l'électricité, la bloquer à 4%, là où ça devait augmenter à 45%. On a bloqué l'augmentation des tarifs du gaz qui devaient augmenter de 30%. On a mis en place une indemnité inflation pour tous les Français qui gagnent moins de 2 000 € par mois, 100 € qu'ils ont reçus, pour la plupart, les retraités vont la recevoir, pour pouvoir compenser l'effet de cette inflation. Et je ne parle pas de toutes les mesures qu'on a prises pour l'ensemble des Français depuis le début du quinquennat, avec l'augmentation de la prime d'activité, la baisse des cotisations salariales, la défiscalisation des heures supplémentaires, suppression de la taxe d'habitation…

APOLLINE DE MALHERBE
Donc vous dites un peu : "ça va quoi, c'est bon, on a fait assez".

GABRIEL ATTAL
Non, je ne dis pas "ça va". Je ne dis pas "ça va", parce qu'il y a beaucoup de Français qui ont du mal à boucler leurs fins de mois, qui sont pris à la gorge notamment par l'augmentation des prix de l'essence, par exemple, c'est pour ça qu'on a annoncé des mesures supplémentaires sur le barème kilométrique. On continuera évidemment toujours à agir pour la rémunération des Français qui travaillent, pour le pouvoir d'achat des Français.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais regardez, quand on prend l'exemple d'un aiguilleur de la SNCF, c'est eux notamment qui font grève dans le Sud-ouest. Ils touchent 1 300 € en Ile-de-France par exemple, 1 300 €, avec une responsabilité très importante sur la sécurité, leur travail est absolument essentiel, ils travaillent aux 3/8, ils ont donc des horaires décalés, ils travaillent le week-end, et ils ont aussi une responsabilité pénale s'il arrive quoi que ce soit. 1 300 €, quand on vit en Ile-de-France, qu'on a ces horaires décalés, vous trouvez que c'est suffisant ?

GABRIEL ATTAL
Mais c'est pour ça qu'il y a un dialogue social, Apolline de MALHERBE, dans les entreprises, et c'est pour ça évidemment que pour certains métiers, certaines fonctions qui sont plus exposées, qui sont peut-être moins bien rémunérées, on doit trouver des solutions. Et je crois que c'est ce que font la SNCF et la RATP en faisant des propositions spécifiques. Quand je parlais d'une augmentation de 2,7%, c'est en moyenne, mais vous avez une partie importante des salariés qui auront une augmentation supérieure à ça, précisément parce qu'ils ont de l'ancienneté ou parce qu'ils sont sur des fonctions qui sont plus exposées. Moi je pense, encore une fois, qu'il faut donner sa chance au dialogue, et j'espère vraiment que le dialogue va pouvoir progresser, encore une fois, parce qu'on parle de la vie quotidienne des Français.

APOLLINE DE MALHERBE
Si on reste sur la question des transports, on l'apprend à l'instant, c'est Bruno LE MAIRE, votre confrère du gouvernement, le ministre de l'Economie qui l'annonce, "l'État français se tient prêt à soutenir AIR FRANCE-KLM, si la compagnie aérienne décide de procéder à une recapitalisation. Nous serons toujours aux côtés d'AIR FRANCE, comme nous le sommes depuis le début de cette crise". Ça veut dire qu'on va encore mettre des milliards sur la table ?

GABRIEL ATTAL
Ça veut dire qu'on a effectivement toujours été aux côtés d'AIR FRANCE, pour éviter que cette grande entreprise française se casse la figure à cause de la crise, dans un contexte où vous savez le transport aérien s'est effondré à plusieurs moments depuis 2 ans. Evidemment et heureusement les choses ont repris et sont en train de reprendre, mais oui on continuera à être aux côtés de cette entreprise, pour lui permettre de passer ce cap difficile.

APOLLINE DE MALHERBE
Jusqu'à quelle hauteur, est-ce que vous avez un ordre de prix ?

GABRIEL ATTAL
Non, je n'ai pas de précision à donner aujourd'hui, et je crois que Bruno LE MAIRE a rappelé une position de principe sur le fait qu'on va continuer évidemment à soutenir AIR FRANCE-KLM.

APOLLINE DE MALHERBE
AIR FRANCE-KLM qui annonce prévoir de lever jusqu'à 4 milliards d'euros. Est-ce que vous pourriez, l'État pourrait porter jusqu'à 4 milliards d'euros ?

GABRIEL ATTAL
En tout cas, on continuera à les accompagner. Je ne donne pas plus de précisions, je ne les ai pas moi-même, moi j'essaie de communiquer des informations aux Français quand je les ai, plutôt que de faire des prévisions.

APOLLINE DE MALHERBE
Parlons du sanitaire, parce qu'on est un peu, on a un peu l'impression d'être tiraillé entre deux logiques, d'un côté on nous dit que le Pass vaccinal se renforce avec ce délai raccourci entre les deux premières doses et la dose de rappel, raccourci à 4 mois, ce qui fait que 4,5 millions de Français ont perdu leur Pass vaccinal. Et puis de l'autre, on a rouvert les boîtes de nuit et on nous annonce que le masque va tomber. Qu'est-ce qu'il faut comprendre ?

GABRIEL ATTAL
Ce qu'il faut comprendre aujourd'hui, c'est qu'on a une réduction très forte de la circulation du virus en France. Ça baisse de l'ordre de 45% par semaine, c'est un très bon signe, parce qu'on sait que quand il y a moins de contaminations, quelques semaines plus tard il y a moins d'hospitalisations. Et d'ailleurs on a commencé ces dernières semaines à voir un début de baisse réelle à l'hôpital. Pour autant on part d'un niveau très élevé. Je rappelle qu'il y a 2, 3 semaines, on était au niveau, le plus haut historique, de patients atteints du Covid, hospitalisés, depuis le début de la crise, plus de 31 000 Français hospitalisés du fait du Covid en France. Donc il faut que ça continue à baisser à l'hôpital, on va tout faire pour. Moi je veux saluer vraiment tous les efforts qui ont été faits par les Français, tous les efforts de nos soignant dans les hôpitaux, pour les prendre en charge, pour les soigner, et évidemment on va continuer à alléger les restrictions, alléger les mesures, au fur et à mesure que la situation continuera à s'améliorer.

APOLLINE DE MALHERBE
30 578 personnes qui sont hospitalisées, mais en effet tous les indicateurs vont dans le bon sens. Pourquoi attendre ? Pourquoi attendre fin mars, début avril, pour lever le Pass vaccinal, le masque ? Pourquoi ?

GABRIEL ATTAL
Vous savez, moi je constate qu'il y a quelques semaines, quand j'étais venu sur les plateaux, après les annonces du calendrier par le Premier ministre, on m'avait dit qu'on allait trop vite. Maintenant, certains disent qu'on va trop lentement. Moi je pense qu'on fait comme à chaque fois, c'est-à-dire qu'on prend, on essaie de prendre les bonnes décisions, au bon moment. Il n'y aurait rien de pire que de lever les mesures trop vite, et qu'ensuite ça reparte, c'est ce qu'on a constaté dans certains pays, je pense au Danemark notamment, où ils ont tout levé d'un coup, et d'ailleurs c'est reparti très fort, ils sont à 7 000 pour 100 000 habitants, de taux d'incidence. On part par ailleurs en France, je veux quand même le rappeler, d'un niveau de restrictions qui est inférieur à ce qu'on constate chez beaucoup de nos voisins. Si vous regardez autour de nous, en Allemagne, en Autriche, aux Pays-Bas, en Irlande, au Portugal, en Italie, en Belgique, vous avez là-bas des citoyens qui, soit n'ont pas pu aller fêter Noël en famille parce qu'ils n'avaient pas le droit de circuler dans leur pays, soit étaient confinés, soit avaient un couvre-feu, soit les bars, les restaurants étaient fermés…

APOLLINE DE MALHERBE
Donc vous dites : on a plutôt bien joué quoi.

GABRIEL ATTAL
Eh bien cet hiver on n'a pas pris ces mesures en France, encore une fois, parce qu'on a pris d'autres mesures, le Pass sanitaire, puis le Pass vaccinal, qui nous ont permis d'avoir une couverture très large.

APOLLINE DE MALHERBE
Sauf qu'il y a quand même une question, c'est qu'en France on a aussi un calendrier politique, et on a quand même l'impression que votre calendrier de décisions, il est plus politique que sanitaire.

GABRIEL ATTAL
Eh bien, le calendrier, il suit le calendrier du virus, Apolline de MALHERBE. Les Allemands…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais Gilles PIALOUX, qui était à votre place mercredi, il disait : non, le calendrier là, tel qu'il est présenté, il ne repose pas sur des critères précis sanitaires.

GABRIEL ATTAL
Non, je suis ravi de l'entendre, moi j'écoute ce que disent le Haut Conseil à la santé publique, le Conseil scientifique, monsieur DELFRAISSY, le professeur DELFRAISSY s'est exprimé sur le sujet. En Allemagne, ils lèvent comme nous l'essentiel des mesures, en mars. Ils ne le font pas parce qu'il y a des élections en France. Je veux dire, on suit la circulation du virus. Il n'y n'aurait rien de pire quand la situation s'améliore que de ne pas nous adapter en allégeant les mesures qu'on peut alléger. Donc oui, on espère qu'à la mi-mars on pourra alléger le Pass, on pourra alléger le port du masque en intérieur.

APOLLINE DE MALHERBE
Fin du masque, partout, au travail, dans les transports, quand on aura atteint le seuil de 1 500 personnes en réanimation, c'est ce qu'a annoncé hier le ministre de la Santé. En ce moment donc on est à peu près à 3 000…

GABRIEL ATTAL
Un peu au-dessus de 3 000.

APOLLINE DE MALHERBE
3 126, si on est très précis, personnes en soins critiques. Est-ce que vous commencez à avoir une idée du moment où ça pourrait être ?

GABRIEL ATTAL
Eh bien c'est ce qu'a dit Olivier VERAN, c'est-à-dire autour de la mi-mars, probablement, on pourrait commencer à alléger les mesures, et puis ensuite, fin mars, début avril, peut-être les lever totalement. C'est ça l'objectif qui est le nôtre, c'est ça le calendrier sur lequel on travaille. Encore une fois, guidés aussi par des recommandations scientifiques. Le professeur FISCHER est le premier à avoir parlé de cette échéance, le professeur DELFRAISSY…

APOLLINE DE MALHERBE
Il avait évoqué la date du 28 février, est-ce que on est d'accord là-dessus, 28 février fin du masque en intérieur ?

GABRIEL ATTAL
Le 28 février, on n'arrête l'obligation du port du masque en intérieur, dans les lieux où il y a le Pass vaccinal. Ça veut dire que…

APOLLINE DE MALHERBE
Sauf dans les transports.

GABRIEL ATTAL
Sauf dans les transports.

APOLLINE DE MALHERBE
Pourquoi ?

GABRIEL ATTAL
Oui, parce que dans les transports on sait qu'il y a un brassage encore plus important, qu'il y a souvent une proximité très forte…

APOLLINE DE MALHERBE
Et pas dans les bars.

GABRIEL ATTAL
Donc on le fera ensuite. Eh bien dans les bars, vous savez qu'il y a de toute façon une consommation qui se fait.

APOLLINE DE MALHERBE
Non mais il y a quand même un certain nombre d'incohérences, encore.

GABRIEL ATTAL
Eh bien ça c'est sûr, mais vous avez, dans tous les pays vous trouverez des incohérences, et vous avez les mêmes débats que ceux qu'on est en train d'avoir.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc, comme ils ne font pas mieux ailleurs, ce n'est pas grave.

GABRIEL ATTAL
Non, on fait tous au mieux. Et d'ailleurs on s'est amélioré je crois depuis le début de cette crise. Evidemment que tout n'a pas été parfait. Evidemment que toutes nos mesures n'ont pas été idéales. Je crois que l'on a essayé d'apprendre progressivement. Mais moi, ce que je constate encore une fois, c'est que cet hiver on a pu traverser cette 5e vague Omicron, sans prendre les mesures qui ont été prises dans les pays voisins. Encore une fois, fermeture des bars, des restaurants confinement, couvre-feu, interdiction de regroupements. On n'a pas connu ça en France cet hiver, les Français ils ont pu fêter Noël en famille quasiment normalement.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce qu'on peut espérer que quand le Pass vaccinal va être levé, là, fin mars, début avril, il sera levé pour de bon ?

GABRIEL ATTAL
Eh bien évidemment. On peut l'espérer, on le souhaite tous. Maintenant, moi je ne peux pas vous dire quelle sera la situation du virus dans X mois ou X années. Là, moi j'écoute les scientifiques et ce qu'ils disent. Encore une fois je pense que l'important pour que les Français puissent accepter des mesures, qui quand même depuis 2 ans entravent la vie quotidienne des uns et des autres, je pense qu'il faut qu'ils sachent et qu'ils voient que nous les prenons quand c'est nécessaire. Il ne faut pas une mesure de plus que nécessaire, pas un jour de plus que nécessaire. C'est ça le mantra qui nous guide. Et je pense que c'est pour ça qu'on va devoir et qu'on va pouvoir alléger les mesures dans les semaines qui viennent.

APOLLINE DE MALHERBE
Gabriel ATTAL, on apprend à la fois par une enquête qui est menée par le Sénat, mais aussi par une enquête de journalistes, qui s'appelle "Les infiltrés", que les cabinets de conseil McKinsey, Accenture, Boston Consulting Group, CapGemini, les cabinets de conseil ont reçu des centaines de millions d'euros du gouvernement pour gérer cette crise. Le premier contrat qui a été signé avec ces cabinets de conseil, au moment de cette crise sanitaire c'était le 12 mars 2020, pour connaître l'état des stocks de masques en France. On a été demander à un cabinet anglo-saxon de pouvoir nous dire quel était l'état des stocks, alors qu'on a Santé publique France, qui est une agence de l'État. Ça vous parait logique ?

GABRIEL ATTAL
Alors, d'abord, sur le principe, moi je ne fais pas partie de ceux qui considèrent que pour l'État, d'avoir recours à des conseils de cabinets privés, c'est un gros mot. Voilà. Je ne fais pas partie de ceux qui considèrent que l'État est omnipotent, omniscient, qu'il sait tout sur tout, et je pense que le privé peut apporter à l'État pour effectivement améliorer un certain nombre de choses. Ensuite, il ne vous aura pas échappé que quand cette crise est arrivée en France, oui ça a mis au jour un certain nombre de difficultés, un certain nombre de failles, et évidemment ça nous fait réfléchir pour l'avenir. Sur la question des masques par exemple, vous savez que la doctrine avait évolué, les années précédentes on demandait à toutes les institutions de s'équiper en masques, et effectivement qu'il n'y avait pas de connaissances fines au niveau national du nombre de masques qui était en France. Par exemple on a trouvé 40 000 masques à la Cour des comptes, voyez.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais la France qui a une administration pléthorique, n'est pas capable de faire ça, et va donner des millions d'euros à un cabinet anglo-saxon pour compter nos masques ?

GABRIEL ATTAL
Ce que je vous dis, Apolline de MALHERBE, c'est que moi je ne nie pas le fait que quand cette crise est arrivée, elle a réveillé des failles dans notre organisation. Ce que je dis, c'est que face à cette situation, évidemment que le gouvernement a pris toutes les mesures nécessaires pour être capable de réagir face à la crise. Maintenant, évidemment que c'est des enseignements pour la suite. D'ailleurs, sur le cabinet de conseil, on a pris un certain nombre de mesures, je rappelle qu'ils sont surtout intervenus, les cabinets de conseils, sur la campagne de vaccination, pour nous accompagner, pour qu'on soit le plus efficace possible.

APOLLINE DE MALHERBE
Pardon, mais quand vous dit cette phrase, vous dites : sur les cabinets de conseil on a pris un certain nombre de mesures, c'est-à-dire qu'on vous y a pris, mais on ne vous y prendra plus ?

GABRIEL ATTAL
Non, ce n'est pas ça, ça veut dire que d'abord ce n'est pas nouveau le recours aux cabinets de conseil dans notre pays. Ça fait des années…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais il a explosé là.

GABRIEL ATTAL
Ça fait des années, voire des décennies, qu'il a lieu. En 2018, donc avant la crise sanitaire, on a pris, le gouvernement, un accord-cadre pour encadrer les choses justement. Il n'y avait pas d'encadrement avant. Ça avait explosé avant. Et ce qu'on constate c'est une stabilisation des dépenses, depuis qu'on a pris cet accord-cadre avant donc la crise. Et ensuite on a annoncé des mesures pour l'avenir, notamment un marché commun pour l'ensemble des ministères, et puis le fait que les cabinets de conseil doivent évidemment être sollicités, dès lors que c'est pour des compétences qu'on ne trouve pas au sein de l'État. Et d'ailleurs on veut développer aussi une forme de cabinet de conseil de l'État en interne, qui peut venir en appui aux administrations.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous allez créer un cabinet de conseil interne.

GABRIEL ATTAL
Oui, tout ça c'est le travail de ma collègue Amélie de MONTCHALIN, pour que l'on ait un État plus efficace et plus performant. Mais je vais vous dire, ça veut dire évidemment qu'on va continuer à s'appuyer sur des compétences et des éclairages du privé, qui peuvent, sur certains points, sur des questions informatiques, numériques, par exemple, nous permettre de nous améliorer et d'améliorer notre organisation.

APOLLINE DE MALHERBE
Sur le numérique, on redécouvre à la faveur de cette enquête, qu'en effet il y a pratiquement plus d'informaticiens au sein de l'État.

GABRIEL ATTAL
Je n'irais peut-être pas jusque-là Apolline de MALHERBE, mais encore une fois je pense qu'on peut toujours s'améliorer. Il faut le faire encore une fois de manière encadrée, avec mesures.

APOLLINE DE MALHERBE
Et s'améliorer peut-être pour la suite. Si vous plaidez pour un second mandat d'Emmanuel MACRON, il attend quoi ?

GABRIEL ATTAL
Vous voyez bien la situation dans laquelle on est, les sujets dont on vient de parler, et ceux d'ailleurs dont on n'a pas parlé, notamment les sujets internationaux…

APOLLINE DE MALHERBE
J'allais y venir.

GABRIEL ATTAL
… l'adaptation de notre force au Sahel. Ce qui se passe en Ukraine et en Russie en ce moment, la situation sanitaire où évidemment qu'on travaille encore à l'allègement des restrictions et au suivi de la situation sanitaire dans notre pays. Moi j'entends bien ce…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais ce n'est pas moi qui vais vous apprendre que des crises vous en avez traversé, et vous en traverserez toujours.

GABRIEL ATTAL
Bien sûr, mais ça ne veut pas dire qu'on ne doit pas tout faire jusqu'au bout pour concentrer l'essentiel de nos efforts, la totalité de nos efforts, à la gestion de cette crise. La campagne officielle pour l'élection présidentielle, elle démarre le 28 mars. La date limite pour se porter candidat elle est fixée au 4 mars. Vous avez des candidats qui ont pris de l'avance sur cette date, certains qui sont candidats depuis 2 ans, d'autres qui sont candidats depuis 6 mois, certains qui sont candidats depuis 4 mois…

APOLLINE DE MALHERBE
C'est trop ?

GABRIEL ATTAL
Non, je n'ai pas de commentaire à faire là-dessus. Eux ils ne sont pas aux responsabilités, c'est nous qui avons cette charge-là, cette belle responsabilité que de protéger les Français, et nous, notre souhait, c'est évidemment, jusqu'au bout, de pouvoir prendre toutes les mesures nécessaires. Et donc oui, ça veut dire que le président de la République n'a pas présenté sa candidature aussi tôt que d'autres candidats. Mais encore une fois c'est leur choix eux, et nous on a une responsabilité, et je constate d'ailleurs que les présidents sortants qui se sont représentés, ont toujours annoncé leur candidature très tard, ça a toujours été comme ça, parce qu'ils voulaient effectivement pouvoir agir le plus possible jusqu'au bout. Est-ce qu'on a en ce moment moins de raisons de vouloir agir jusqu'au bout qu'à l'époque de Nicolas SARKOZY, de Jacques CHIRAC ? Evidemment non ! On a même, je crois, plus de raisons, vu la situation internationale et la situation sanitaire. Donc tout viendra au moment venu. Moi, je souhaite évidemment que le président soit candidat et je ferai sa campagne !

APOLLINE DE MALHERBE
Nos reporters étaient à Digne-les-Bains cette semaine et sur RMC ce matin, il y avait Philippe qui a dit à notre micro d'Emmanuel MACRON : "Emmanuel MACRON, il fait le mort il compte les points. C'est une stratégie machiavélique." Est-ce que vous n'avez pas une forme de responsabilité dans, on le voit bien, ce climat de campagne qui est quand même un climat, tout le monde s'accordera à dire qui est un climat assez détestable, est-ce que vous avez une responsabilité dans le fait que le débat d'idées ne puisse pas en vérité se mettre en place puisqu'il y a quand même un énorme tabou au milieu qui est qu'il n'y pas le candidat MACRON ?

GABRIEL ATTAL
Le débat d'idées de la campagne présidentielle, il est d'abord de la responsabilité des candidats à l'élection présidentielle. Moi, je me souviens il y a 10 ans, en 2012, Nicolas SARKOZY avait annoncé sa candidature très tard ; enfin, il y avait un débat d'idées les mois précédents. Alors on peut penser ce qu'on veut de la candidature de François HOLLANDE à l'époque ; il n'empêche qu'à partir du discours du Bourget, je crois que c'était le 14 janvier, il y avait un vrai débat d'idées autour de ces propositions. Donc si aujourd'hui, vous n'avez pas de vrai débat d'idées autour des propositions des candidats, c'est d'abord de la responsabilité des candidats qui font campagne aujourd'hui. Moi, ce que je constate, c'est qu'ils ont décidé de faire une campagne avec un espèce de pessimisme morbide, expliquer en permanence que tout va mal, être toujours défaitiste, pessimiste, tout va mal dans le pays, tout ira mal demain, tout était mieux avant !

APOLLINE DE MALHERBE
Tout va bien ?

GABRIEL ATTAL
Non, je ne dis pas que tout va bien mais je dis qu'on a quand même des raisons quand même de regarder l'avenir avec confiance !

APOLLINE DE MALHERBE
Il y a d'ailleurs une très bonne raison pour le coup de vous réjouir qui est le chiffre du chômage, 7,4%, c'est le plus bas depuis 15 ans. Ça sera votre argument de campagne ?

GABRIEL ATTAL
L'essentiel, c'est-ce que ça change dans la vie des Français, on a le taux de chômage le plus bas depuis 15 ans, alors certains disent dans les oppositions parce qu'ils se sentent obligés d'expliquer que tout est nul, ils disent, en fait c'est automatique, parce qu'il y a eu la crise avant mais qu'ils regardent dans les pays autour de nous : on ne constate pas la même situation, on ne constate pas le même taux de croissance que celui qu'on constate en France et on a effectivement un taux de chômage au plus bas depuis 15 ans. Il y a d'autres chiffres qui sont très intéressants dans les données qu'a communiquées l'INSEE parce qu'on dit souvent "oui le chômage baisse mais il faut que ce soit des emplois de qualité". La part des emplois à temps partiel dans les emplois, elle diminue aussi fortement en France, très fortement en France, ça montre qu'on a davantage d'emplois de qualité, c'est exactement ce pourquoi on se bat.

APOLLINE DE MALHERBE
Ainsi que la part de chômage de longue durée.

GABRIEL ATTAL
Moi, je ne suis pas en train de vous dire que tout va bien, il y a des gens qui nous écoutent, encore une fois je le disais tout à l'heure qui ont du mal à boucler leurs fins de mois, pour qui c'est très difficile, il y a des problèmes d'insécurité dans notre pays. Sur tout ça, on agit mais quand vous avez des candidats qui expliquent matin midi et soir que tout va mal, que tout ira encore plus mal demain moi, j'ai envie de dire je me mets à la place des Français mais je sais pas s'ils ont envie de s'intéresser à l'élection présidentielle et ce qui est certain, c'est que si le président de la République est candidat et quand il annoncera sa candidature et ensuite, nous on portera une autre vision, une autre ligne, pas en étant des Bisounours en expliquant que tout va bien et que tout ira bien mais qu'on a des raisons d'y croire ; la France, elle en a sous le capot. Voilà on a aujourd'hui de très belles raisons d'espérer que notre pays redevienne leader sur un certain nombre de secteurs, qu'on rattrape notre retard sur d'autres secteurs, qu'on crée encore des emplois pour les Français ; on n'a jamais autant considéré dans notre pays que l'objectif du plein emploi était atteignable. C'est quand même une raison de se dire on peut regarder l'avenir avec confiance.

APOLLINE DE MALHERBE
Et vous le disiez, il fallait attendre aussi que les crises internationales soient passées, est-ce qu'aujourd'hui, vous considérez que la crise ukrainienne est derrière nous ?

GABRIEL ATTAL
Pas du tout, pas du tout, il y a une situation qui reste très tendue. Ce qui est certain, c'est que nous, on sera toujours des jusqu'au-boutistes de la diplomatie ; en termes de dialogue, de diplomatie, on est à la fois les plus fervents croyants et pratiquants. Emmanuel MACRON a pris beaucoup d'initiatives pour essayer d'arriver à enrayer l'escalade qu'on a constatée ces dernières semaines, il a ré-initié un dialogue avec le président POUTINE en se rendant sur place, il a ré-initié un dialogue dans le cadre de ce qu'on appelle le format Normandie qui avait un peu vécu, dans lequel il y a France, Allemagne Ukraine, Russie pour arriver à enrayer cette escalade, on constate qu'il y a une situation qui est encore très tendue et donc évidemment, on continue à privilégier cette voie du dialogue et de la diplomatie.

APOLLINE DE MALHERBE
Du côté du Mali, il y a eu quand même globalement une harmonie politique derrière la décision. Alors le timing n'aurait pas été exactement le même pour vos opposants mais globalement, tout le monde était d'accord pour dire qu'il fallait partir.

GABRIEL ATTAL
Oui, c'est une décision rendue nécessaire, on va continuer à agir pour lutter contre le terrorisme au Sahel mais évidemment, on adapte notre présence sur place pour des raisons à la fois politiques opérationnelles. Moi, je veux rendre hommage évidemment à nos soldats, qui ont été engagés dans les opérations Serval et Barkhane depuis le début, à ceux qui sont morts pour la France dans le cadre de ces opérations, qui sont morts pour protéger évidemment les populations locales mais aussi pour protéger les Français parce que quand on lutte contre le terrorisme sur place, on protège les Français en France parce qu'il y a beaucoup de projets terroristes qu'on a connus dans notre pays qui avaient été pensés, organisés depuis l'étranger et quand on a éliminé le leader de la branche AQMI sur place, monsieur DROUKDAL je peux vous dire que c'est un BEN LADEN en puissance qui a été éliminé ; quand on a éliminé monsieur SAHRAOUI qui était le leader de Daesh au Grand Sahara, je peux vous dire que là aussi, c'est un coup très dur, très fort porté aux terroristes sur place et ça, on le doit à la mobilisation de nos soldats avec évidemment les partenaires européens et africains, on va continuer à agir en adaptant notre présence.

APOLLINE DE MALHERBE
Et différemment. Merci Gabriel ATTAL d'avoir répondu à mes questions 51 jours avant le premier tour et puis peut-être que quelques jours avant l'annonce candidature ?

GABRIEL ATTAL
Je l'espère, j'espère que je reviendrai vers vous dans quelques semaines pour en parler.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 février 2022