Déclaration de M. Jean Castex, Premier ministre, en réponse à des questions portant sur les relations entre la France et la junte malienne et la lutte contre le terrorisme, Sénat, 2 février 2022.

Intervenant(s) :

Circonstance : Questions au Gouvernement posées par M. Patrick Kanner, sénateur (président du groupe Socialiste, Écologiste et Républicain) du Nord, et M. Christian Cambon, sénateur (LR) du Val-de-Marne, Sénat, 2 février 2022

Prononcé le

Texte intégral

Monsieur le Président Kanner, vous avez raison, la situation au Mali, au Sahel et, en général, dans cette partie de l'Afrique, est extrêmement préoccupante. Je n'ai pas besoin de rappeler ici, au Sénat, que l'engagement de la France dans ces territoires depuis plusieurs années est lié à la volonté de notre pays de participer à la lutte contre le terrorisme, qui sévit dans cette partie du monde et menace directement nos intérêts.

S'agissant de la situation plus particulière du Mali, vous dites que ce pays n'est pas le seul responsable. Mais si, Monsieur le Président Kanner ! Vous le savez, toutes et tous, Mesdames, Messieurs les Sénateurs, un coup d'État, qui a porté au pouvoir une junte, a eu lieu au Mali à l'été 2020. La France et la communauté internationale ont condamné ce coup d'État.

Cette même communauté internationale, à commencer par la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et les États africains, a demandé que la junte s'engage le plus vite possible à mettre en œuvre un processus aboutissant à des élections, pour rétablir le fonctionnement régulier des pouvoirs publics maliens.

Après s'y être engagée et avoir fixé des délais, la junte malienne, vous le savez aussi, est revenue sur sa parole.

C'est cette même junte qui a sollicité un groupe dont je n'ai pas ici besoin de citer le nom, mais qui s'est déjà illustré dans d'autres États africains par des exactions totalement condamnables.

C'est cette même junte qui a fait l'objet d'une condamnation unanime, notamment de la CEDEAO, pour la gestion de son processus démocratique.

C'est cette même junte qui a expulsé notre ambassadeur et le représentant de la CEDEAO, ainsi que le Danemark de la force Takuba.

Le pays s'isole et cherche la confrontation. Vous m'interrogez sur la position de la France : elle a été rappelée par le Président de la République. C'est d'abord, comme toujours, la recherche d'une réponse multilatérale avec les États africains principalement concernés, et c'est ce à quoi nous nous employons avec l'Union européenne. Je vous rappelle que, depuis l'engagement initial de la France, nous avons su fédérer autour de nous plusieurs États européens - sans parler du rôle joué par les Nations unies.

Monsieur le Président Kanner, avec votre autorisation, je compléterai ma réponse dans un instant lorsque je répondrai à la question du président Cambon.


Monsieur le Président Cambon, je reprends la parole sur ce sujet après avoir répondu au président Kanner.

Vous avez parlé d'humiliation. Il y a incontestablement une très grave crise politique avec le Mali.

Que vouliez-vous que notre pays fît d'autre ?

La France, dont je réponds devant vous de l'action, a très fermement condamné, elle n'est d'ailleurs pas la seule, tout ce que vous avez précisément décrit et qui doit être imputé à la seule junte militaire malienne. Effectivement, ce régime a, entre autres, décidé de renvoyer notre ambassadeur.

Je vous rappelle que le représentant de la CEDEAO au Mali a également été renvoyé, et que le Danemark a été éconduit, comme vous l'avez rappelé, Monsieur le président Cambon.

Mais permettez-moi de dire qu'il ne s'agit pas d'une humiliation !

Je le redis, que vouliez-vous que notre pays fît d'autre ?

Auriez-vous voulu que l'on approuve le coup d'État ? Le fait que le régime malien renvoie notre ambassadeur montre que nous avons parfaitement bien fait en condamnant les événements avec la fermeté dont nous avons fait preuve !

Certes, le renvoi de notre ambassadeur est un élément nouveau dans la stratégie globale de notre présence dans cette région du monde. Nous devons faire évoluer notre dispositif opérationnel pour lutter contre le terrorisme, non seulement au Mali, mais aussi dans d'autres pays de la région, comme le Niger.

J'insiste sur ce point : le problème concerne non pas uniquement les relations entre la France et le Mali, mais la lutte contre le terrorisme international. L'Europe est au rendez-vous : les ministres des affaires étrangères des pays de l'Union européenne, réunis le 24 janvier, vont prendre des sanctions contre le Mali. La CEDEAO s'est également réunie, comme vous le savez. Dans ce cadre multilatéral, nous travaillons pour déterminer la nature de notre réaction et faire évoluer notre dispositif.

Je reviens à la question qu'a posée le président Kanner. Le Parlement mérite évidemment d'être parfaitement informé de cette situation. Je le dis : sur ce sujet extrêmement important, en plus des travaux des commissions parlementaires, le Gouvernement organisera un débat sur la base de l'article 50-1 de la Constitution.

Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 15 février 2022