Déclaration de M. Emmanuel Macron, président de la République, sur la coopération internationale en matière de lutte contre la Covid-19, à Bruxelles le 18 février 2022.

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Circonstance : Evénement d'annonce des premiers bénéficiaires du centre de transfert de technologie pour les vaccins à ARN-messager

Prononcé le

Texte intégral

Merci beaucoup chers amis,

Mesdames, messieurs les présidentes et présidents,
Mesdames, messieurs,


Tout a été dit et je vais aller droit au but. Cette crise a été l'occasion d'une coopération entre l'Afrique et l'Europe totalement inédite. Dès le printemps 2020, c'est entre l'Union africaine et l'Union européenne que nous avons bâti l'initiative ACT-A. Nous avons ensuite été convaincre les autres membres du G20. Et par cette initiative, nous avons pu déployer des coopérations inédites pour exporter, fournir des doses, apporter aussi des kits de test et soutenir des systèmes de santé primaires, il faut bien le dire, que nous avions parfois abandonnés ces dernières décennies. Les résultats ont été là, et je veux dire combien l'Europe a été présente, je rappelais les chiffres hier, en produisant de plus en plus et en exportant et donnant beaucoup plus que toutes les autres puissances, y compris au pic de la crise.

La deuxième étape, c'est évidemment de construire les moyens pour le continent africain d'être plus souverain. Et cet agenda de souveraineté auquel je crois pour l'Europe, j'y crois de la même manière pour l'Afrique dans le cadre d'un partenariat équitable. Nous connaissons les chiffres. Nous étions ensemble en mai dernier avec le président RAMAPHOSA sur ce sujet pour lancer les prémices de ce hub. Le continent africain ne veut pas simplement, il l'a rappelé, qu'on lui donne les doses, qu'on les transfère. Il veut pouvoir les produire sur son sol. Et un mois plus tard, docteur TEDROS, cher Président, vous lanciez cette initiative qui se concrétise aujourd'hui. Et donc, je veux vraiment d'abord féliciter les six présidents du continent africain ici présents pour leur engagement, leur mobilisation, car ils vont avoir justement sur leur sol ces antennes du hub de transfert de technologie ARN messager.

Ensuite, je veux remercier l'ensemble de la Commission européenne et les pays européens partenaires, la France contribuera à hauteur de 20 millions d'euros sur nos financements et vous pouvez compter sur la mobilisation, évidemment, de nos experts de l'Agence française de développement et je pense qu'on a là aussi une formidable occasion de coopérations nouvelles entre des académiques sud-africains pour le premier hub, cela a été rappelé, avec Afrigen, des industriels, Biovac, bientôt Sanofi Pasteur, l'Organisation mondiale de la santé, les financements européens et le Medicines Patent Pool. Je veux vraiment saluer le travail des équipes et en particulier de Marie-Paule KIENY, qui a fait un travail formidable et sans qui ce projet ne pourrait pas avoir lieu.

Parce qu'il faut être très clair à court terme, ce qui empêcherait de produire, je le dis avec beaucoup de netteté, n'est pas le sujet de la propriété intellectuelle. C'est le sujet du transfert de technologie. C'est d'avoir les experts qui vont faire tourner des usines. Avant même de se poser la question de savoir où va l'argent, c'est de développer ces capacités que beaucoup de pays européens n'ont pas encore. Donc, on fait les choses dans le bon ordre. On a fait les dons de doses, tout fait pour aider à vacciner. On doit continuer. Maintenant, on lance ces hubs de transfert de technologie parce que c'est la clé pour développer les usines et les capacités de production des vaccins ARN messager. Et donc, il faut y aller à plein et maintenant, on a besoin, la présidente VON DER LEYEN a raison, il faut la meilleure coopération de tous les industriels qui s'engagent et il faut qu'ils transfèrent le savoir-faire, y compris le plus confidentiel, pour que dans ces six centres régionaux, on puisse produire le plus vite possible.

Il faut ensuite qu'on ait l'engagement d'achats, des achats locaux, mais également les achats internationaux et je pense que dans la durée, le point qu'a soulevé le président RAMAPHOSA est très important, c'est-à-dire qu'on n'explique pas qu'on va continuer à acheter ailleurs les doses qui sont pour le continent africain. Ces centres locaux de production doivent devenir prioritaires.

Et puis, on a la question de la propriété intellectuelle sur laquelle j'espère que les discussions de ce matin permettront d'avancer. Je pense que l'objectif qu'on doit poursuivre, c'est que jamais la propriété intellectuelle ne doit être un rempart à la production et la diffusion de vaccins partout où ils sont nécessaires. C'est ça l'objectif. Et donc, on connaît le sujet. J'ai exprimé ma position quand j'étais en Afrique du Sud, elle n'a pas changé. Nous on peut tout à fait avancer là-dessus. Maintenant, je le dis d'autant plus facilement, vous m'entendez souvent répéter cette phrase, qu'il n'y a pas d'industriels français qui est concerné. Donc, j'ai le beau rôle, mais il faut être cohérent avec tous. On doit protéger la propriété intellectuelle parce que c'est très important pour qu'on continue à créer, à innover et inventer, il faut respecter ça. Il faut que jamais cette propriété intellectuelle ne soit un frein à la diffusion du savoir et à la construction de ces capacités. C'est ça le chemin. Et je pense que l'idée des licences obligatoires qu'a évoquée madame la présidente, les propositions que travaille l'Organisation mondiale de la santé avec l'Organisation mondiale du commerce sont des voies pertinentes et surtout, il faut maintenant qu'on puisse conclure.

Mais voilà ce que je voulais ici récapituler. On a réussi ensemble sur les dons de doses. On est en train de réussir sur le transfert de technologie, la production avec les hubs et vous pouvez compter sur notre mobilisation, les transferts de talents et le financement. Et on doit réussir dans la durée pour faire que la propriété intellectuelle ne soit jamais un rempart à la solidarité et à l'accès de tous les peuples, en particulier du continent africain, aux vaccins, à l'innovation. Parce qu'au-delà de la bataille du Covid-19, nous avons la bataille contre toutes les pandémies qui traversent le continent africain. J'étais avec plusieurs d'entre vous il y a maintenant quelques années pour justement compléter le Fonds mondial et essayer d'avancer sur ces pandémies. Nous ne devons pas perdre de vue que même si on arrive à vaincre le Covid, et j'espère plus tôt que tard, le continent africain a encore aujourd'hui beaucoup de pathologies qu'on pourrait vaincre avec plus de vaccination et beaucoup de pathologies qu'on doit pouvoir vaincre dans les prochaines années grâce à de nouveaux vaccins. Et donc le combat que nous menons aujourd'hui, c'est aussi un combat pour demain, au-delà du Covid-19. Je vous remercie.