Interview de M. Bruno Le Maire, ministère de l'économie, des finances et de la relance, à BFM TV le 23 février 2022, sur les tensions avec la Russie et ses conséquences économiques.

Texte intégral

PHILIPPE CORBE
Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Philippe CORBE.

PHILIPPE CORBE
Merci d'être notre invité ce matin sur BFM TV et RMC, ministre de l'Economie et des Finances. Les Européens et les Américains ont pris ces dernières heures un premier train de sanctions contre la Russie après la décision de Vladimir POUTINE de reconnaître deux républiques séparatistes à l'est de l'Ukraine. Est-ce que ça va avoir des conséquences aussi sur nous, sur notre portefeuille ? Est-ce qu'il faut s'attendre à ce que le prix du gaz, le prix de l'essence, le prix du pain augmentent dans les prochaines semaines ou les prochains mois ?

BRUNO LE MAIRE
C'est d'abord des sanctions qui vont avoir un impact sur la Russie. C'est des sanctions qui sont coordonnées entre les Etats du G7. Ce sont des sanctions qui sont ciblées sur les personnalités politiques, les personnalités économiques, sur le système financier, qui vont empêcher la Russie de se financer sur le marché européen, donc ce sont des sanctions qui sont pénalisantes pour la Russie et qui auront un impact sur la Russie.

PHILIPPE CORBE
Mais aussi pour nous.

BRUNO LE MAIRE
Et je veux dire aussi très clairement sur ce sujet que nous nous réservons d'infliger à la Russie des sanctions beaucoup plus pénalisantes si jamais Vladimir POUTINE persistait dans sa politique de violation du droit international. Nous y travaillons et nous aurons vendredi et samedi une réunion des ministres des Finances européens qui continueront à travailler sur ces sujets.

PHILIPPE CORBE
Y compris en ciblant Vladimir POUTINE lui-même et sa famille ? Ce qui n'est pas le cas.

BRUNO LE MAIRE
On ne va pas dévoiler les batteries de sanctions mais je veux être très clair sur ce sujet. Nous avons en réserve une batterie de sanctions infiniment plus pénalisantes contre les intérêts russes pour répondre à l'attitude inacceptable de Vladimir POUTINE, qui viole le droit et qui viole ses engagements.

PHILIPPE CORBE
On se souvient en 2014 quand il y a eu les sanctions après la Crimée, il y a eu des effets très nets sur l'économie française, par exemple sur l'agriculture. Est-ce qu'on va subir les contrecoups de ces sanctions contre la Russie cette année ?

BRUNO LE MAIRE
Nous sommes peu exposés au marché russe. Vous avez rappelé les chiffres ce matin : c'est un à 2 % des exportations et des importations françaises. Je le dis très simplement, le marché russe n'est pas un marché stratégique pour la France.

PHILIPPE CORBE
C'est un nain économique la Russie ? C'est le PIB de l'Espagne. Ce n'est pas un petit ? Ce n'est pas un acteur économique majeur.

BRUNO LE MAIRE
La Russie a la force des Etats faibles, c'est-à-dire des Etats qui vous menacent et qui ont un pouvoir de nuisance. Les véritables pouvoirs de la Russie et de Vladimir POUTINE sont des pouvoirs de nuisance. Nuisance militaire et nuisance énergétique. Voilà les deux armes que Vladimir POUTINE a entre les mains. Mais pour le reste, ça n'est pas un état économique majeur pour la France donc l'impact sera limité.

PHILIPPE CORBE
C'est quand même le premier exportateur de gaz, de blé et deuxième exportateur de pétrole. C'est une des raisons pour lesquelles les prix sont élevés ces derniers mois, donc si la situation s'aggrave ça risque d'augmenter. C'est ce que se disent les Français.

BRUNO LE MAIRE
C'est exactement ce que je vous dis. C'est que sur l'énergie effectivement, ça peut avoir un impact. Je reviens juste sur les conséquences directes sur le marché français, elles seront limitées. Ce n'est pas pour autant qu'on ne va rien faire. Moi je suis prêt à recevoir Christiane LAMBERT de la FNSEA et regarder les risques d'impact sur l'agriculture. Il y a quelques entreprises, notamment dans les domaines énergétiques, qui peuvent avoir des difficultés. Il y aura des PME, des sous-traitants. Plutôt que de TOTAL, c'est surtout les PME et les sous-traitants qui m'inquiètent. Nous les recevrons également pour voir comment les accompagner. Mais je le redis, l'impact sur l'économie française, les conséquences économiques seront limitées, les conséquences de ces sanctions. Après il y a un impact beaucoup plus stratégique mais qui est lié, dans le fond, aux tensions entre l'Ukraine et la Russie sur les prix de l'énergie. Oui, les prix du gaz sont élevés mais ils sont élevés depuis des mois parce qu'il y a des tensions entre l'Ukraine et la Russie. Ça valide totalement la stratégie que nous défendons depuis maintenant plusieurs mois avec le président de la République sur le gaz. 1) II faut stocker le gaz et il faut diversifier notre approvisionnement. Nous le disons depuis des mois. 2) Il faut que nous ayons des contrats de long terme pour avoir un prix qui soit un prix stable plutôt que d'avoir des contrats à spots, comme on dit, où on achète sur le marché en fonction de l'évolution du prix, ce qui nous expose à des fortes augmentations du prix. Et 3) Il faut que nous soyons plus indépendants, c'est ce sur quoi nous travaillons en ayant des sources d'énergie qui soient différentes de celle du gaz.

PHILIPPE CORBE
Est-ce que ça veut dire qu'on va devoir acheter moins de gaz russe et peut-être plus de gaz américain, du gaz liquéfié ?

BRUNO LE MAIRE
Ill faut diversifier notre approvisionnement. Ça peut être les Etats-Unis, ça peut être le Qatar, ça peut être d'autres sources possibles, mais en tout état de cause cela valide les choix stratégiques que nous avons faits avec le président de la République. Juste quelques chiffres, Philippe CORBE, pour que nos auditeurs aient bien ça en tête. La France est exposée à 20% au gaz russe, l'Europe 40%, l'Allemagne 60%.

PHILIPPE CORBE
20% de notre gaz vient de Russie.

BRUNO LE MAIRE
Exactement. Donc vous voyez que ça reste très limité et que la France n'est pas en première ligne sur ces questions d'approvisionnement de gaz. Mais sur le prix en revanche, effectivement il peut y avoir une augmentation mais je veux être très clair avec l'ensemble des Français qui nous écoutent. Nous avons pris un engagement avec le Premier ministre de gel du prix du gaz, cet engagement sera respecté pour les particuliers.

PHILIPPE CORBE
Mais est-ce que ça veut dire que ce bouclier tarifaire pour simplifier pourrait être prolongé ? Il faut se préparer à ce qu'on ne soit pas dans une période courte de gel du prix mais que ça aille jusqu'à l'hiver prochain par exemple.

BRUNO LE MAIRE
Pour ce qui me concerne, je considère qu'il est indispensable de continuer à protéger les Français contre les risques d'augmentation des prix du gaz. Que le gel du prix du gaz décidé par le Premier ministre et le Président de la République était une excellente décision. Il court jusqu'à l'été 2022. Si jamais il faut le prolonger parce que nous voyons une explosion des prix du gaz, ça me paraît indispensable de le faire. Nous avons la responsabilité de protéger les Français face à l'augmentation des prix de l'énergie. Aucun autre Etat européen n'a fait autant que nous sur les prix de l'électricité, sur le gaz que ce que nous faisons et c'étaient des bonnes décisions.

PHILIPPE CORBE
Justement sur l'énergie - sur le pétrole, pardon - puisqu'on voit que le baril arrive à 100 dollars, il y a un certain nombre de professionnels, je pense notamment aux transporteurs routiers, aux ambulanciers, qui s'inquiètent et qui demandent de l'aide. Est-ce que vous allez aider spécifiquement les professionnels qui sont touchés par l'augmentation des prix des carburants ?

BRUNO LE MAIRE
Je regarde tous les jours le prix à la pompe du litre de carburant, que ce soit le diesel ou le super sans plomb. Quand ça approche 1,70 euro, 1,80 euro, parfois plus quand on va sur les autoroutes ou quand on est en métropole, bien entendu qu'il faut être extraordinairement attentif. Donc je regarde ça avec beaucoup d'attention, nous regarderons quelle sera l'évolution des prix en fonction de l'évolution de la situation géopolitique entre la Russie et l'Ukraine. Je suis ça, je le redis avec beaucoup de vigilance et beaucoup d'attention. Je ne vais pas vous dire que j'écarte quelque option que ce soit parce que nous ne savons pas ce que sera la décision de Vladimir POUTINE dans les semaines qui viennent. Nous ne savons pas jusqu'où le prix du baril pourra augmenter donc il faut continuer à suivre ça avec attention.

PHILIPPE CORBE
On parlait du gaz et vous évoquiez le chiffre de l'Allemagne. Il y a aussi cet enjeu qui peut sembler lointain mais qui nous concerne indirectement de Nord Stream, qui est un gros gazoduc à gros tuyaux entre la Russie et l'Allemagne, qui est fini - enfin qui est prêt - qui doit être mis en activité. L'Allemagne a suspendu l'autorisation de Nord Stream. Est-ce que ça veut dire que ce gazoduc pourrait ne jamais être ouvert entre la Russie et l'Allemagne, et que c'est l'un des enjeux de la situation actuellement en Ukraine ?

BRUNO LE MAIRE
D'abord j'estime que c'est une bonne décision et une sage décision qui a été prise par le chancelier Olaf SCHOLZ.

PHILIPPE CORBE
Courageuse ?

BRUNO LE MAIRE
C'est une décision courageuse mais l'Allemagne réalise que l'indépendance énergétique n'a pas de prix. Et que ce qui est au coeur, je l'ai expliqué à plusieurs reprises à mes homologues allemands depuis des années, ce qui est au coeur de la politique française qui est l'indépendance énergétique, on est en train de voir aujourd'hui avec le nucléaire, avec le renouveau table, on est en train de voir aujourd'hui que c'est une nécessité absolue, et que ça doit être une priorité absolue de l'Union européenne : être indépendant en matière énergétique. Nord Stream, c'est une sage décision et c'est une décision courageuse. Nord Stream pourra ouvrir le jour où le pouvoir russe respectera ses engagements internationaux et respectera l'intégralité d'un territoire comme l'Ukraine. Nous en sommes très loin aujourd'hui.

PHILIPPE CORBE
Je reviens sur un des aspects, une des conséquences possibles qu'on évoquait sur le prix du blé puisque la Russie le premier exportateur de blé. Le prix du blé est relativement élevé en ce moment, et pas seulement en raison de la situation en Russie mais à cause de mauvaises récoltes dans d'autres pays, pour des raisons climatiques. Est-ce que ça veut dire que le prix du pain, des pâtes et un certain nombre d'utilisations du blé dans l'économie et notamment dans l'agriculture, tout ça ça peut avoir des conséquences sur les prix pour les consommateurs ?

BRUNO LE MAIRE
Il y a déjà une augmentation des prix du blé. On ne va pas rentrer dans la technique des différentes formes de blé. Ceux qui servent pour le pain, ceux qui ne servent pas, ceux qui sont dans la région du Donbass et qui ne pourront plus être exportés, ces blés-là ne pourront plus ça n'aura pas d'impact sur le prix. Nous sommes prêts à regarder cela. Les cours ont augmenté et toute personne qui nous écoute ce matin sait déjà qu'un certain nombre de produits alimentaires, en raison de ces difficultés sur le blé dur, ont augmenté. Prenez le prix des pâtes et en particulier les pâtes premier prix, celles dans lesquelles la marque ne compte pas et c'est uniquement la matière première qui compte. Vous regardez le prix de pâtes premier prix, il a augmenté de 35 à 40%. Donc croyez-moi, je regarde tous ces prix avec la plus grande attention. Je sais que c'est dur pour des millions de Français qui voient qu'à la pompe, les prix ont fortement augmenté, que sur les prix alimentaires notamment les pâtes à cause de ces problèmes d'approvisionnement en blé dur, il y a eu aussi des augmentations. Nous, nous répondons par la protection la plus forte possible. Je redis à quel point les décisions qui ont été prises sur l'électricité : gel à 4 % ; sur le gaz, gel des prix du gaz. Enfin, vous voyez aujourd'hui de manière éclatante que cette décision qui a été prise il y a maintenant plusieurs mois était une anticipation des difficultés, est une décision particulièrement responsable et protectrice pour les Français.

PHILIPPE CORBE
Mais qui coûte cher aux finances publiques.

BRUNO LE MAIRE
Alors pour l'instant, on a provisionné 1,2 milliard pour compenser les entreprises qui vont perdre de l'argent sur les prix du gaz, puisque c'est nous qui payons le plafonnement et le gel des prix du gaz pour les particuliers français. Il va de soi que si nous prolongions ce gel du prix du gaz jusqu'à la fin de l'année 2022, il faudrait plus compenser les entreprises qui perdent de l'argent, ça aurait un impact sur les finances publiques. Je pense qu'il est beaucoup moins fort que l'impact qu'il pourrait avoir sur les ménages français, sur leur pouvoir d'achat et sur la situation sociale de la France.

PHILIPPE CORBE
Bruno LE MAIRE, vous étiez avec le Président de la République lundi soir lors d'un conseil de défense exceptionnel après que Vladimir POUTINE l'a appelé pour lui annoncer sa décision, au moment où Vladimir POUTINE parlait à la télévision russe, et dans la foulée l'Elysée a eu une déclaration qui nous a surpris en tout cas dans le ton. L'Elysée a parlé d'une dérive idéologique de Vladimir POUTINE et a même utilisé le mot paranoïaque. En quoi Vladimir POUTINE est-il aujourd'hui paranoïaque ?

BRUNO LE MAIRE
D'abord, c'est un mot que je n'ai jamais entendu dans la bouche du président de la République…

PHILIPPE CORBE
Non, pas du président, c'est l'Elysée, des conseillers de l'Elysée qui ont utilisé ce mot…

BRUNO LE MAIRE
Voilà, enfin, les conseillers sont les conseillers, les responsables politiques sont les responsables politiques. Et les seuls qui s'adressent aux Français, ce ne sont pas les conseillers, dont on lit parfois les commentaires et les off à longueur de journal…

PHILIPPE CORBE
Ce ne sont pas des off, mais en réalité, ce sont des mots qui ont été publiés dans un communiqué de l'Elysée…

BRUNO LE MAIRE
Mais les seuls responsables sont les responsables politiques élus par le peuple français. Seule la parole de ces responsables politiques compte, et je n'ai jamais…

PHILIPPE CORBE
Donc vous ne reprenez pas ce mot paranoïaque…

BRUNO LE MAIRE
Non, je ne reprends pas ce mot, je n'ai jamais entendu président de la République l'utiliser à l'égard de Vladimir POUTINE, par ailleurs…

PHILIPPE CORBE
Il n'y a pas de doute sur l'état de santé, la santé mentale même du dirigeant russe ?

BRUNO LE MAIRE
Mais, on n'est pas là pour juger la santé mentale de qui que ce soit, vous savez, j'ai rencontré Vladimir POUTINE pour la première fois avec Jacques CHIRAC, il y a maintenant 20 ans, en 2002, à un sommet de l'OTAN, et j'ai eu des occasions innombrables de rencontrer le président POUTINE avec d'autres présidents de la République…

PHILIPPE CORBE
Il n'a pas changé, il n'a pas changé, il n'est pas constant…

BRUNO LE MAIRE
… La politique de Vladimir POUTINE, c'est l'affirmation de la nation russe, quand c'est pour les intérêts russes, très bien, quand c'est au détriment des autres nations, et en particulier de la nation ukrainienne ou de quelle qu'autre nation que ce soit en Europe, nous devons faire savoir à Vladimir POUTINE, de la manière la plus claire, comme nous le faisons aujourd'hui, que nous ne supporterons aucune atteinte à l'intégrité d'aucun territoire.

PHILIPPE CORBE
Donc il n'a pas changé, il n'est pas plus… il ne s'est pas enfermé dans cette obsession-là ?

BRUNO LE MAIRE
Mais je ne peux pas vous le dire, et je ne suis pas là pour juger la psychologie de Vladimir POUTINE, je suis un responsable politique qui doit prendre des décisions et qui dit, de manière très claire, ce matin, que le comportement politique de Vladimir POUTINE porte atteinte à l'intégrité d'un territoire, qui est le territoire ukrainien, que cela appelle des sanctions, que nous avons commencé à prendre des sanctions coordonnées, progressives et ciblées, et surtout, je veux que ce message soit bien entendu, que l'ensemble des ministres des Finances européens travaillent à un train de sanctions infiniment plus pénalisant pour les intérêts russes, pour les intérêts du peuple russe et pour les intérêts de l'économie russe ; nous ne laisserons pas l'intégrité d'un territoire être menacée par Vladimir POUTINE, parce que, derrière, dans le fond, c'est de savoir si l'Europe est prête à défendre le principe de liberté ou non, la libre détermination d'un peuple, ça ne se conteste pas et ça ne s'attaque pas.

PHILIPPE CORBE
Il y a quelque chose qui me frappe en vous écoutant quand vous décrivez ce qui se passe, en parlant, en utilisant le mot intégrité, vous n'utilisez pas le mot invasion, Joe BIDEN, hier soir, à la Maison-Blanche, a parlé d'un début d'invasion, ce n'est pas un mot que reprennent les Européens pour l'instant, pourquoi est-ce que ça n'est pas, selon vous, selon la France, selon les Européens, un début d'invasion ?

BRUNO LE MAIRE
Parce que les mots ont un sens, Philippe CORBE, et que dans ces périodes de crise, qui sont des crises importantes, il faut savoir peser ses mots et faire preuve de sang-froid, une invasion, c'est une invasion.

PHILIPPE CORBE
Les Américains vont trop loin, Joe BIDEN va trop loin quand il parle d'un début d'invasion ?

BRUNO LE MAIRE
Je pense que ce n'est pas le mot approprié, nous verrons ce que seront les décisions du président russe dans les prochaines semaines ou dans les prochains jours, ou dans les prochaines heures, mais au moment où je vous parle, c'est une atteinte à l'intégrité du territoire ukrainien et une remise en cause des accords internationaux auxquels Vladimir POUTINE a souscrits, voilà exactement les décisions qui ont été prises, elles appellent donc des sanctions qui sont pour l'instant ciblées et proportionnées, j'entends certains qui nous disent : ce n'est pas suffisant, ce sera efficace, et ça n'est qu'une première étape, si, effectivement, Vladimir POUTINE devait aller plus loin, ce que nous avons en stock sera infiniment plus dur pour la Russie.

PHILIPPE CORBE
Bruno LE MAIRE, François HOLLANDE, l'ancien président, était à votre place hier matin au micro de BFM TV et de RMC, et il parlait – je cite – d'une certaine complaisance de certains candidats à la présidentielle en France, vis-à-vis du pouvoir russe, et il citait Jean-Luc MELENCHON, Eric ZEMMOUR, Marine LE PEN. Est-ce que vous aussi, vous vous inquiétez du fait que des arguments développés par le Kremlin soient repris par des candidats à la présidentielle en France ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne suis pas là pour juger les uns et les autres, moi, je constate simplement les faits, vous avez un certain nombre de personnalités politiques qui vous ont dit : jamais Vladimir POUTINE ne portera atteinte à l'intégrité du territoire ukrainien…

PHILIPPE CORBE
Ce que disait Marine LE PEN par exemple…

BRUNO LE MAIRE
Eh bien, désolé, les faits sont les faits, ils sont têtus, et les faits montrent que Vladimir POUTINE veut porter atteinte et commence à porter atteinte à l'intégrité du territoire ukrainien. Et je pense que sur les principes, il ne faut rien céder, que les principes, les valeurs, notamment de liberté, sont au coeur du projet politique européen, et que si vous commencez à abandonner le principe de liberté, si vous commencez à faire preuve de lâcheté ou à relativiser les décisions du président POUTINE, c'est toute l'Europe, et tout le projet européen que vous fragilisez. Moi, je veux saluer l'action qui a été menée par le président de la République, parce que jusqu'au bout, il a tenté la paix, jusqu'au bout, il a essayé de ramener Vladimir POUTINE à la raison, mais au moment où Vladimir POUTINE prend la décision d'enfreindre ses propres engagements, eh bien, la main du président de la République ne tremble pas, celle du gouvernement ne tremble pas, celle des Européens ne tremble pas, nous prenons les sanctions nécessaires, et nous en préparons de nouvelles.

PHILIPPE CORBE
J'ouvre une parenthèse, on va continuer à parler de politique, mais j'ouvre une parenthèse, Bruno LE MAIRE, parce qu'il y a un sujet qui concerne beaucoup de nos auditeurs, notamment les restaurateurs, vous avez assoupli pendant la crise Covid les règles concernant les Tickets Restaurants, il y a un plafond qui est passé de 19 à 38 euros. Cet assouplissement est valable jusqu'à la fin du mois de février, donc lundi soir, est-ce que vous allez prolonger ce dispositif ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, alors, je vais le prolonger, on peut penser qu'on est très loin de la crise ukrainienne, je veux juste, là aussi rassurer…

PHILIPPE CORBE
C'est un sujet qui concerne beaucoup nos auditeurs et téléspectateurs…

BRUNO LE MAIRE
Rassurer tous ceux qui nous écoutent, ce n'est pas parce qu'il y a une crise entre l'Ukraine et la Russie que nous oublions de traiter les sujets quotidiens majeurs des Français, la vigilance sur le prix de l'essence, la vigilance sur les prix à la consommation, les prix alimentaires, tout ça fait partie de mon quotidien, et c'est essentiel à mes yeux. Les Tickets Restaurants, c'est très important pour nos amis restaurateurs, ils ont encore été pénalisés les semaines dernières par des contraintes…

PHILIPPE CORBE
Des restrictions

BRUNO LE MAIRE
Des restrictions, donc nous avons pris la décision de prolonger jusqu'à l'été 2022 le doublement…

PHILIPPE CORBE
Jusqu'à la fin de l'été ?

BRUNO LE MAIRE
Jusqu'en juin, fin juin, le doublement du plafond des Tickets Restaurants, il est passé de 19 à 38 euros, il sera maintenu à 38 euros jusqu'à la fin juin, et ils pourront être utilisés le week-end, samedi et dimanche, ce qui va permettre à tous ceux qui ont des tickets restaurant 2022 de les dépenser jusqu'à 38 euros, ça fait une note plus intéressante pour les restaurateurs, de les utiliser le week-end, jusqu'à la fin du mois de juin. Je pense que nos amis restaurateurs le méritent bien.

PHILIPPE CORBE
On referme cette parenthèse, on revient à la politique, puisqu'on est à quelques jours de la fin du dépôt des parrainages, et il y a 3 candidats importants qui sont au-delà de 10% dans les sondages, potentiellement au second tour, qui n'ont pas leurs parrainages, il en manque 58 à Jean-Luc MELENCHON, 107 à Marine LE PEN, qui suspend d'ailleurs sa campagne, et 150 à Eric ZEMMOUR. Qu'est-ce qui va se passer si dans 10 jours, l'un de ces 3 candidats majeurs n'a pas ses parrainages ?

BRUNO LE MAIRE
Ces 3 candidats auront…

PHILIPPE CORBE
C'est un séisme ?

BRUNO LE MAIRE
Auront leurs parrainages.

PHILIPPE CORBE
Comment vous le savez ?

BRUNO LE MAIRE
Parce qu'il ne peut pas en aller autrement.

PHILIPPE CORBE
Vous pensez qu'ils exagèrent, ils dramatisent, comme Marine LE PEN, quand elle suspend sa campagne de terrain ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne sais pas s'ils exagèrent ou s'ils dramatisent, mais il ne peut pas en aller autrement, des candidats dont on peut penser ce qu'on veut de leur programme, mais dans lesquels des millions de Français se retrouvent doivent pouvoir se présenter à cette élection…

PHILIPPE CORBE
Mais comment vous pouvez être assuré qu'ils les auront, s'ils ne les auront pas, ça peut se jouer à deux, trois…

BRUNO LE MAIRE
Il y a eu un certain nombre de décisions qui ont été prises, regardez la très bonne initiative qui a été prise par François BAYROU, il y a des appels qui sont lancés par certains maires, je suis convaincu que la situation se débloquera…

PHILIPPE CORBE
Donc vous n'êtes pas inquiet ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne suis pas inquiet, mais j'en tire tout de même une conséquence que je tire depuis maintenant des années, nos institutions sont dépassées, et elles doivent être totalement refondées, dans le fond, cette histoire de parrainage, c'est l'arbre qui cache la forêt, et la forêt, c'est des institutions françaises qui doivent être refondées de fond en comble, pour répondre aux besoins démocratiques qu'ont les Français, de plus de proximité, de plus de participation à la vie démocratique, de plus de simplicité dans le vote, l'examen de nos lois, de meilleure représentation au Parlement, toutes ces questions-là aujourd'hui, elles doivent être tranchées, et j'espère qu'elles pourront l'être dans les années qui viennent, parce qu'il y a une urgence désormais, si nous ne voulons pas aller vers une crise de régime, à refonder les institutions françaises vers plus de simplicité, plus d'efficacité et une meilleure représentation du peuple.

PHILIPPE CORBE
Bruno LE MAIRE, vous avez longtemps été à l'UMP, puis, aux Républicains avec Valérie PECRESSE, dernier sondage ELABE ce matin pour BFM TV, elle est à 11,5% dans les sondages, et elle perd deux points et demi en une semaine, où est le problème selon vous, est-ce que c'est Valérie PECRESSE ou c'est la droite qui n'a pas d'espace ?

BRUNO LE MAIRE
Le problème, c'est le choix qu'ont fait Les Républicains en 2017, c'est tout. Ça n'est que la poursuite de cette lente décomposition de l'espace politique des Républicains qui n'existe pas…

PHILIPPE CORBE
La droite est morte ou va vers la mort ?

BRUNO LE MAIRE
Mais oui, la droite et la gauche sont morts, parce que les Français ne veulent plus de la droite et de la gauche, ça ne les intéresse pas la droite et la gauche…

PHILIPPE CORBE
Mais il y a plein de Français qui…

BRUNO LE MAIRE
Mais Philippe CORBE, ça vous intéresse vraiment, vous, la droite et la gauche, moi, ça ne m'intéresse pas, vous croyez que ça intéresse mes enfants, la droite et la gauche, vous croyez qu'il y a des millions de Français qui s'intéressent à la droite et la gauche, mais ils n'en ont rien à faire de la droite et la gauche, ils veulent savoir comment est-ce qu'ils vont payer leur fin de mois, ils veulent savoir comment est-ce que nous allons affronter le défi climatique, ils veulent savoir comment on va résister à la montée en puissance des géants du numérique, ce n'est pas une question de droite ou de gauche de savoir comment est-ce qu'on répond aux défis posés par les géants du numérique. Philippe CORBE, ça n'est pas une question de droite ou de gauche de savoir s'il faut choisir le nucléaire ou ne pas choisir le nucléaire.

PHILIPPE CORBE
Valérie PECRESSE elle-même, dans ce contexte-là que vous décrivez depuis 2017, Valérie PECRESSE elle-même qui perd 2,5 points en une semaine à 11,5%, qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi est-ce qu'elle décroche selon vous ?

BRUNO LE MAIRE
Mais je ne vais pas…

PHILIPPE CORBE
Ce n'est pas elle le problème selon vous ?

BRUNO LE MAIRE
Mais vous savez, je connais Valérie PECRESSE depuis des années. Je ne vais pas tout d'un coup me mettre à taper sur Valérie PECRESSE qui est une femme pour laquelle j'ai beaucoup de respect. Ce que je décris, c'est qu'il n'y a plus d'espace politique pour les Républicains. Que les socialistes vont mourir parce qu'il n'y a plus d'espace pour les socialistes. Que les Républicains vont mourir parce qu'il n'y a plus d'espace pour les Républicains. Et que les Français ont toujours le dernier mot : c'est eux qui décident, c'est eux qui sont souverains. On est en démocratie, c'est le peuple qui décide. Et le peuple a décidé que la droite et la gauche, il n'en avait plus rien à faire. Que les querelles politiciennes, il n'en avait plus rien à faire et que, dans le fond, certains voulaient de la décroissance et plus de redistribution, c'est un espace politique. Certains veulent du nationalisme, c'est un autre espace politique. Certains veulent se tourner vers l'avenir, croient dans l'économie de marché, croient dans le projet européen, il est incarné par Emmanuel MACRON. C'est cet espace-là dans lequel Valérie PECRESSE et beaucoup des amis de Valérie PECRESSE devraient se retrouver aujourd'hui.

PHILIPPE CORBE
Bruno LE MAIRE, invité ce matin de BFM TV et de RMC. Bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 février 2022

Thématiques :