Interview de M. Olivier Véran, ministre des solidarités et de la santé, à France Bleu Isère le 11 février 2022, sur la « Déclaration de Grenoble » et la politique nationale sanitaire.

Texte intégral

THEO HETSCH
Bonjour Olivier VERAN.

OLIVIER VERAN
Bonjour. Très content d'être avec vous, très content d'être dans vos nouveaux locaux et longue vie à France Bleu Isère.

THEO HETSCH
Merci d'être avec nous ce matin, interview en deux parties, on va évoquer d'abord la politique nationale, sanitaire, et puis dans un deuxième temps on évoquera les sujets isérois grenoblois. Alors hier vous avez accueilli les ministres de la Santé de l'Union européenne, concrètement sur quoi avez-vous avancé, vous parlez d'une « Déclaration de Grenoble. »

OLIVIER VERAN
La « Déclaration de Grenoble », oui, que j'ai proposée à mes 26 homologues européens, réunis hier à Grenoble, c'est une première, faire venir 27 ministres à Grenoble, j'étais très fier de leur montrer la ville, ils ont d'ailleurs énormément apprécié. Une « Déclaration » qui se veut promouvoir une Union de la santé européenne. Qu'est-ce que ça veut dire ? ça veut dire que depuis des années et des années on dit la santé c'est l'apanage des Etats, ce n'est pas une question qui concerne l'Europe, et la crise sanitaire est arrivée, il a fallu qu'on achète des vaccins en commun, il a fallu qu'on soit capable des médicaments, il a fallu qu'on soit capable qu'on se coordonne pour avoir un pass européen, et de là est née l'idée, que j'avais déjà profondément en moi, qu'on est plus fort ensemble que quand on est isolé. Pour la rechercher pour les cancers pédiatriques, il vaut mieux qu'on fasse de la recherche européenne, ou que chacun recherche dans son coin ? Evidemment il faut de l'Europe. Pour être souverain vis-à-vis des médicaments dont on a besoin, est-ce qu'il faut que chacun passe des commandes avec la Chine et le Pakistan, ou est-ce qu'il faut que, à l'échelle européenne, on soit capable de reconstruire des usines pour pouvoir retrouver cette souveraineté ? C'est l'objet de l'intention que comporte la « Déclaration de Grenoble », qui sera donc proposée dans chaque Etat, et dans quelques jours nous verrons si le consensus est réuni, ce que je peux vous dire c'est que du côté de mes homologues de la Santé tout le monde était convaincu.

THEO HETSCH
Il y avait une manifestation cependant en marge de la réunion, il y a aussi ces convois de la liberté, venus de toute la France, qui promettent de manifester autour de Paris contre les restrictions sanitaires, comment vous voyez ces contestations, vous sentez un ras-le-bol qui monte ?

OLIVIER VERAN
D'abord je ne ferais pas du tout la comparaison avec le Canada, les convois de la liberté au Canada, pour une bonne et simple raison, c'est que nous faisons précisément l'inverse que ce qu'a fait le Canada. Là-bas vous avez des camionneurs qui ont été contraints de se vacciner, avec une obligation vaccinale, parce que la couverture vaccinale y était trop faible, d'ailleurs c'est essentiellement des camionneurs américains qui ont passé la frontière au Canada, en France nous avons fait le choix de ne pas mettre la vaccination obligatoire, on me l'a reproché, nous avons choisi un dispositif, le pass vaccinal, qui permet à chacun de pouvoir se rendre librement dans des établissements lorsqu'il est protégé et vacciné sans avoir de risque de contaminer les autres ou de se faire contaminer.

THEO HETSCH
Il y a tout de même des contestations.

OLIVIER VERAN
Il y aura toujours des contestations. Vous savez, à chaque fois que je fais un déplacement, et j'en fais des dizaines et des dizaines, vous avez toujours 5, 10 ou 15 personnes, avec des drapeaux bariolés, avec des thématiques différentes, qui sont dans la contestation. Vous avez, parmi ces personnes, des gens qui sont contre le vaccin, parce qu'ils considèrent qu'on veut les empoisonner, je me dis qu'on est passé à côté de quelque chose, non pas dans cette crise sanitaire, mais depuis des années dans notre pays, dans notre société, pour que des gens se sentent tellement en marge, tellement en décalage de la connaissance scientifique, du monde politique, de vous, du monde médiatique, qu'ils considèrent que, alors qu'on veut les protéger, nous serions à la tête d'un complot visant à leur nuire. Vous avez des gens qui contestent aussi les politiques gouvernementales…

THEO HETSCH
Voilà, il n'y a pas que ces complotistes.

OLIVIER VERAN
Non, mais là vous aviez quoi, 50 personnes, parmi ces 50 j'ai vu qu'il y en avait 15 qui étaient des Gilets jaunes, il y en avait 10 qui étaient contre le vaccin, il y en avait 15 qui étaient contre le pass, 5 ou 10 qui étaient pour l'hôpital, etc., donc je veux dire, vous voyez bien, donc il y a toujours de la contestation, d'ailleurs ce qui prouve qu'on est en démocratie, c'est que les gens peuvent circuler, manifester et contester, et je ne leur retire pas ce droit, par contre on ne bloquera pas le pays, ça c'est évident.

THEO HETSCH
Est-ce qu'il ne faut pas les entendre tout de même et peut-être avancer certaines levées de restrictions, Gabriel ATTAL parlait de fin mars, est-ce que là-dessus vous pouvez nous donner des éléments, est-ce qu'il y aura des restrictions qui seront levées, plus tôt peut-être ?

OLIVIER VERAN
Alors d'abord notre raisonnement ne se fait pas à partir des personnes qui contestent la légitimité du vaccin pour les protéger, jamais, notre raisonnement il est fondé sur les bases de la science, note raisonnement il nous a conduit à ne pas refermer notre pays, à ne pas refermer les écoles, à ne pas refermer les bars et les restaurants, là où tout autour de nous, en Europe justement, et nous en avons parlé hier, pour faire un retour d'expérience, la plupart des pays européens, dans les six derniers mois, ont fermé bars et restaurants pendant au moins trois ou quatre mois, et ont mis en place des couvre-feu, ce qui n'a pas été le cas en France. D'ailleurs, un de mes homologues d'un grand pays voisin, je ne le citerai pas, me disait « j'en ai marre, à chaque fois qu'on prend des décisions dans notre pays on nous dit faites comme les Français, regardez ce que font les Français », comme quoi nul n'est prophète en son pays, mais ce n'est pas un problème européen. Nous allégerons des mesures, mercredi, ce sont des mesures qui ont été prévues pour être allégées, vous savez, les discothèques, les bars dansant, la capacité de remanger dans les trains, etc. Nous allégeons les contraintes sur les enfants dans le cadre scolaire, ça va être annoncé par le ministre de l'Education nationale, avec un planning, pour donner de la visibilité aux parents, restera donc ensuite le pass vaccinal. Nous allégerons le pass vaccinal, je l'ai toujours dit moi-même, lorsque les conditions seront réunies, c'est-à-dire qu'on n'aura plus besoin de déprogrammer des soins pour les Français faute de place en réanimation, parce qu'il y aurait trop de malades atteints du Covid, non vacciné, en réa, et lorsque le taux d'incidence, la circulation du virus, le permettra, avec la garantie qu'il n'y ait pas un nouveau virus, si on faisait du « stop and go », si on arrêtait dans trois semaines pour remettre dans six semaines parce qu'il y aurait un nouveau variant, vous nous le reprocheriez et vous aurez raison. Donc, nous considérons que les conditions pourraient être réunies d'ici au printemps, ce qui sera évidemment une bonne nouvelle, moi vous savez que…

THEO HETSCH
Donc concrètement, les enfants, est-ce qu'ils pourront retirer le masque, en extérieur au moins, à la rentrée des vacances ?

OLIVIER VERAN
Je vais me permettre de ne pas faire les annonces qui relèvent du ministre de l'Education nationale, vous aurez bien compris pourquoi.

THEO HETSCH
Une question issue de notre plateforme de consultation citoyenne « Ma France », Olivier VERAN, une plateforme participative sur francebleu.fr. Annie, 70 ans, nous dit il faut des contrôles surprises dans les EHPAD pour remédier à la maltraitance sous toutes ses formes, évidemment ça fait écho au scandale ORPEA, est-ce que les contrôles doivent être renforcés selon vous ?

OLIVIER VERAN
Oui, bien sûr qu'il y a un enjeu de contrôles, d'ailleurs il y a des contrôles surprises qui sont diligentés, qui ne sont pas systématiques, il y a plus de 7000 établissements dans notre pays. Moi je crois à la certification, ce qu'on demande aux hôpitaux, c'est-à-dire de remplir des cahiers des charges, avec une autoévaluation par les équipes, ça permet de mobiliser les équipes autour d'objectif, de qualité, de sécurité, de continuité. Je crois aussi qu'il nous faut dessiner, je le dis comme je le pense, un nouveau modèle pour la prise en charge en institution, de celles et ceux de nos aînés qui ne peuvent plus rester à la maison. Vous savez que notre objectif prioritaire c'est ce qu'on appelle le virage domiciliaire, permettre aux personnes âgées de vieillir chez elles.

THEO HETSCH
Rester à domicile.

OLIVIER VERAN
Nous mettons le paquet, mais vraiment, avec les lois que nous avons votées depuis deux ans, les budgets que nous avons réussi à obtenir, 2,5 milliards d'euros de plus par an, ce qui est beaucoup, nous mettons le paquet pour permettre aux personnes âgées de vieillir chez elles, et quand il n'y a plus le choix et qu'il faut aller en institution, je pense qu'un modèle d'EHPAD de demain sera un modèle à taille peut-être plus humaine, avec des plus petites unités de vie, que des très gros établissements dans lesquels il peut se poser des problèmes si vous manquez d'effectifs ou si, etc. Donc nous continuons d'avancer, nous avons fait déjà beaucoup, je le dis, depuis deux ans, alors ce n'est pas toujours visible, quand j'ai annoncé la rénovation de 3000 EHPAD dans notre pays, ou la reprise de dettes de 3000 EHPAD pour leur permettre d'investir, ce n'est pas visible du jour au lendemain, et pourtant nous l'avons fait. Lorsque nous avons salarié déjà 10.000 soignants de plus, 40.000 pendant la crise sanitaire, que nous déployons des infirmières de nuit, pour pouvoir venir au secours des aides-soignants la nuit quand il y a un problème sanitaire…

THEO HETSCH
C'est des moyens…

OLIVIER VERAN
Nous augmentons les moyens médicaux aux EHPAD, pour qu'il y ait plus de temps médical, tout cela n'est pas visible tout de suite, mais ce sont déjà des changements profonds et que nous n'avons pas attendu le scandale ORPEA pour pouvoir avancer, mais j'entends qu'il y a nécessité d'aller plus vite, plus loin, et c'est une thématique, vous le savez, qui m'est chère, j'ai travaillé dans beaucoup d'EHPAD, comme aide-soignant, du territoire isérois.

THEO HETSCH
Retour justement dans le territoire isérois, j'imagine qu'avant la fin de votre mandat, Olivier VERAN, vous aimeriez bien inaugurer le nouvel hôpital de Voiron, un hôpital flambant neuf, mais qui manque de personnel, à tel point que les urgences adultes doivent régulièrement fermer la nuit, est-ce que vous arriverez à l'inaugurer avant la fin du quinquennat cet hôpital ?

OLIVIER VERAN
Je le souhaite, en tout cas je suis disponible pour le faire. Je suis de très très près, vous l'imaginez, je suis de très près la situation de la continuité des soins sur tout le territoire national, c'est aussi mon rôle, mais j'ai évidemment un prisme particulier pour l'Isère, pour le sud Isère. S'agissant des urgences des différents établissements de l'agglomération, nous en sommes, depuis quelques semaines, à +14 recrutements versus 5 départs, donc la situation s'améliore, nous avions atteint un niveau de tension très fort. Je sais qu'aux urgences de Grenoble il y a eu une nuit, en début de semaine, parce que l'activité a commencé, elle est assez vive, ils ont eu une nuit où ils étaient à plus de 120 malades à un moment donné aux urgences, pour avoir porté la blouse aux urgences j'imagine la difficulté, la tension, qu'ont connu les équipes, donc nous travaillons véritablement d'arrache-pied pour pouvoir à la fois déployer une offre de soins non programmés, d'offre de soins non programmés en ville, mais aussi renforcer les services d'urgences et l'aval de l'hôpital, qui est aussi beaucoup bouché, et lorsqu'il n'y a plus de place en aval, eh bien vous gardez les malades en amont, aux urgences plus longtemps, donc c'est pour ça… alors, avec la réduction de l'activité Covid, avec la réduction de la charge sanitaire Covid, les choses vont rentrer dans l'ordre, mais nous faisons tout en oeuvre, vraiment, pour l'accélérer.

THEO HETSCH
On vous voit de temps en temps le week-end à Grenoble Olivier VERAN, quand est-ce que vous allez revenir peut-être un peu plus souvent pour faire campagne pour les législatives, vous avez un siège à défendre.

OLIVIER VERAN
Alors d'abord je reviens à Grenoble parce que mes enfants sont scolarisés à l'école du village de Corenc, parce que j'ai mon appartement à Grenoble, que j'y ai mes copains, à La Tronche, à Meylan, à Grenoble, donc j'y reviens dès que je le peux. Je n'ai pas pu revenir pendant des semaines pendant les confinements, chacun peut comprendre les raisons, et donc c'est toujours un plaisir évidemment que de pouvoir revenir sur mes terres, je suis aussi l'activité grenobloise et l'actualité politique iséroise avec vigilance, et parfois inquiétude, comme beaucoup d'habitants de cette ville. L'heure n'est pas venue de vous dire si je suis candidat aux législatives, vous comprendrez pourquoi, je suis aussi ministre en exercice, ce matin, juste après avoir quitté vos studios, je vais voir un cabinet dentaire, ensuite un opticien, ensuite un audioprothésiste, parce que je vais défendre la réforme 100 % santé, que nous avons mise en place, qui permet à 10 millions de Français aujourd'hui de ne plus payer du tout, pour bien voir, bien entendre, bien manger, bien sourire, c'est une très belle réforme sociale…

THEO HETSCH
Le temps est encore à être ministre de la Santé.

OLIVIER VERAN
Vous comprendrez pourquoi. Vous avez commencé par m'interroger sur les mesures sanitaires, donc aujourd'hui c'est mon costume de ministre que je porte, ce qui ne veut pas dire que la politique a cessé de m'intéresser, bien au contraire.

THEO HETSCH
Merci Olivier VERAN, ministre de la Santé, merci d'avoir été avec nous ce matin, belle journée à vous.

OLIVIER VERAN
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 février 2022