Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre de l'industrie, à BFM Business le 8 mars 2022, sur les conséquences économiques du conflit en Ukraine et l'action en faveur de l'égalité femmes-hommes.

Texte intégral

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
La ministre déléguée chargée de l'Industrie, Agnès PANNIER-RUNACHER, est avec nous. Bonjour.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour Christophe JAKUBYSZYN.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et Sandra GANDOIN. On va parler donc ensemble forcément de la situation ukrainienne, et ce que le gouvernement peut faire pour aider les entreprises à traverser, évidemment, il y a ce drame humain, ce drame militaire, mais aussi, sans doute un chamboulement économique, on le voit avec les prix de l'énergie, qui flambent, des matières premières, vous avez vu le nickel, plus 70% hier, l'acier aussi qui perturbe le BTP, on en a parlé ce matin. Concrètement, je sais que vous jouez un peu les pompiers en ce moment, mais qu'est-ce qu'on peut faire pour accompagner les entreprises dans ce qui s'annonce comme un choc économique ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, d'abord, il faut que les entreprises se tournent vers l'Etat pour avoir toutes les informations, on a mis en place des points de contact pour comprendre les sanctions et pouvoir bien les appliquer, des points de contact sur la cyber-vigilance, puisqu'on craint aussi des attaques cyber, des points de contact sur les risques sur les approvisionnements en matières premières.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il y a un numéro de téléphone ou un site Internet ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Il y a une adresse mail, donc vous allez sur le site du ministère de l'Economie et des finances et de la relance, tout est expliqué, vous avez différentes adresses mails où on vous répond, vous expliquez très concrètement votre difficulté, j'ai un fournisseur russe, je ne sais pas comment le payer, est-ce que j'ai le droit, est-ce que je n'ai pas le droit, et on vous répond. Ça, c'est vraiment essentiel, parce qu'on voit que beaucoup de PME ne savent pas très bien où mettre les pieds. Deuxième chose, c'est l'augmentation des coûts de l'électricité, là, les entreprises peuvent se prévaloir des décisions qu'a prises l'Etat en début d'année de remettre 20 térawatt-heures sur le marché à un prix défiant toute concurrence, 46 euros.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc il faut négocier auprès de son fournisseur ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et donc, il faut demander à son fournisseur comment ça s'applique sur son contrat. Et si le fournisseur est peu enclin à répondre, ne pas hésiter à saisir le médiateur de l'énergie, voire carrément, l'autorité de régulation de l'électricité, la CRE. Et là, encore, tous les numéros figurent sur le site…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est un combat de chaque moment, là, sur les prix de l'énergie…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Voilà, mais il faut le faire. Il faut le faire, parce qu'on a fait cet effort, ça coûte plusieurs milliards d'euros, et c'est vraiment pour les entreprises et les particuliers, toutes les entreprises, il n'y a pas de cas particulier. Donc il faut le faire…

SANDRA GANDOIN
Et il n'y a pas de secteurs particuliers ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, c'est : vous devez bénéficier de cet élément de protection sur votre contrat énergétique. Donc il faut le faire. Et puis, troisième chose, ces matières premières, là, on a mis en place une task force, qui démarre, eh bien, juste maintenant, 07h45, première réunion avec…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Sous l'oeil de Philippe VARIN…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Philippe VARIN. Ça fait six mois qu'il travaille sur l'approvisionnement sur les matières premières critiques, ça tombe assez bien, là, on en a vraiment besoin. Et c'est d'aller chercher toutes les alternatives sur le titane, sur le palladium, sur les différentes matières premières où l'Ukraine où la Russie sont fortes, pour avoir des alternatives.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est son rôle à Philippe VARIN de trouver des solutions alternatives ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Son rôle, c'est de faire en sorte d'animer le collectif des industriels, à la fois pour connaître leurs besoins, et pour définir des solutions, puisque les mines et métallurgies peuvent apporter des solutions, les industriels ont des besoins, et nous, on est en appui avec l'Etat pour trouver des solutions, aussi parfois réglementaires, diplomatiques, puisque au Canada, vous avez des ressources de matières premières, en Afrique du Sud, pour aller vite.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, comment on fait quand même, on l'a dit ce matin notamment avec Matthieu PECHBERTY, on le sait, on n'y arrivera pas à remplacer du gaz russe à court terme, on n'a pas les terminaux méthaniers pour re-gazéifier le gaz qui viendrait des Etats-Unis, on n'a pas… on n'y arrivera pas pour l'hiver prochain, c'est ce que nous dit aussi Patrick POUYANNE sur ce plateau la semaine dernière ; comment on fait, qu'est-ce que vous allez faire avec l'Europe, qu'est-ce que vous allez faire à Versailles lors du sommet pour redéfinir la stratégie énergétique de l'Europe à court et à moyen termes ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
La première chose, c'est de déconnecter le prix d'électricité du prix du gaz, puisqu'au fond, et on le voit, en France, c'est particulièrement vrai, l'essentiel de notre électricité est décarbonée et d'origine nucléaire, une grosse partie est ensuite d'origine renouvelable, rien à voir avec le gaz, on a une petite partie d'origine gaz naturel, et pourtant, le prix est sur le gaz…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais pour faire ça, il faut déconnecter la France du reste de l'Europe, il faut dire : mais notre prix, c'est le prix de l'électricité nucléaire…

AGNES PANNIER-RUNACHER
On n'est pas les seuls dans cette situation, et le sujet, c'est de trouver une logique qui fasse que, parce que vous avez des pays qui sont quasiment 100%... enfin, avec beaucoup d'énergies renouvelables, des pays nucléaires, des pays au charbon, ce n'est peut-être pas très bon environnementalement, mais ça n'a rien à voir avec le gaz…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais vous voulez casser la solidarité européenne ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce n'est pas une question de solidarité, c'est une question de logique de marché, c'est-à-dire que le prix du gaz aujourd'hui ayant atteint des niveaux qui sont, je dirais déraisonnables, ça ne correspond même pas aux livraisons physiques, je veux quand même rappeler que, aujourd'hui, les livraisons de gaz continuent à être faites, c'est-à-dire, on n'a pas d'impasse en termes d'approvisionnement de gaz, les prix se sont envolés parce que chacun imagine qu'à un moment, ça va s'arrêter.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Les Américains veulent un embargo sur le gaz russe par exemple, est-ce que vous le voulez, vous ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ecoutez, je pense que nous, notre enjeu, c'est de garder une solidarité européenne très forte, et l'enjeu, c'est de faire mal à l'économie russe, ce n'est pas de faire mal à l'économie européenne. Et la deuxième chose, c'est qu'on soit très clair, les mesures de sanctions, elles doivent être autant que possible égales ou correctement partagées entre les différents continents qui les appliquent, entre les Etats-Unis et l'Europe, c'est un peu facile…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ça, c'est la réponse que vous apportez aux Américains, vous faites comme…

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est un peu facile de promouvoir des sanctions qui ne s'appliquent que sur un continent et qui ne feraient aucun dommage sur un autre continent…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ça, c'est un message aux Américains que vous envoyez…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Il faut que chacun partage l'effort, et c'est normal.

SANDRA GANDOIN
On voulait revenir également sur ce sujet, outre l'Ukraine, cet index de l'égalité femmes-hommes, qui a été publié hier, 4ème édition, ça avance, mais ça avance très, très lentement. Vous publiez ce livre, vos 20 propositions pour faire progresser cette égalité " Notre combat pour l'égalité réelle " avec Elisabeth MORENO. Concrètement, qu'est-ce qu'on peut retenir très, très vite de ce que vous proposez, de ce que vous avancez pour que ça aille plus vite cette évolution ?

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
La mesure pour faire réussir l'égalité femmes-hommes en quelque sorte.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, je dirais que la première mesure, c'est que plus les femmes seront autonomes économiquement, plus ce sera facile pour elles de résoudre les autres problèmes, les violences sexuelles, les violences sexistes, etc., et pour être autonome économiquement, ça commence dès le plus jeune âge, et c'est l'accès à des métiers qui soient plus de techniciens, plus d'ingénieurs, plus dans les sciences dures, ça commence là, ça, c'est probablement la mère des batailles, mais vous avez plein d'autres façons de faire en sorte que les femmes puissent être plus autonomes. Et dans les propositions que nous faisons, il y a l'idée de mettre en place un principe de non-régression sur le droit des femmes, et lorsqu'on entend certains candidats, on comprend que c'est utile, et lorsqu'on regarde ce qui se passe dans d'autres pays qui reviennent sur des droits des femmes, et deuxième élément, on propose aussi de faire en sorte que dans les métiers qui sont très féminisés, de les revaloriser, mais de les revaloriser pas simplement en donnant de l'argent, mais en reconnaissant la complétude de ce qu'il y a dans ces métiers, c'est-à-dire que, souvent, une infirmière fait plus que le métier d'une infirmière, souvent une aide à domicile fait plus que ce que fait une aide à domicile, et donc, c'est de valoriser ces acquis de l'expérience comme des compétences et de les payer au juste prix, et ça, ce n'est pas l'aumône, c'est la reconnaissance de la place des femmes dans l'économie.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Merci Agnès PANNIER-RUNACHER, ministre déléguée chargée de l'Industrie, d'avoir été l'invitée de Good Morning Business.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 mars 2022