Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la relance, à LCI le 14 mars 2022, sur les sanctions économiques contre la Russie et ses conséquences pour l'économie française et européenne.

Texte intégral

ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Elizabeth MARTICHOUX.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup d'être ce matin sur le plateau de LCI. Vous êtes ministre de l'Economie, des Finances et de la Relance, vous avez travaillé sur la mesure carburant, 15 centimes de moins sur le litre à partir du 1er avril, on va évidemment en parler dans quelques instants mais d'abord la guerre en Ukraine, 19e jour. Vladimir POUTINE continue, Monsieur le Ministre de la faire cette guerre comme si de rien n'était, pire il terrorise de plus en plus les Ukrainiens et juste avant d'arriver dans le studio on a appris qu'il y avait au moins 2 morts dans une frappe contre un immeuble de Kiev, pour Kiev les opérations les plus douloureuses commencent peut-être aujourd'hui. Manifestement les sanctions économiques ne le font pas plier, elles sont inefficaces à ce stade sur le cours de la guerre ?

BRUNO LE MAIRE
Elles sont efficaces sur l'objectif qu'elles poursuivent, c'est-à-dire affaiblir l'économie russe et faire payer un prix à la guerre, à Vladimir POUTINE et aux autorités russes. Quand on regarde aujourd'hui les résultats, ils sont massifs. Vous avez un PIB qui devrait s'effondrer de 8% en Russie, vous avez la monnaie russe, le rouble qui a perdu 30 %. Vous avez une désorganisation totale du système financier russe, donc nous portons des coups à l'économie russe et des coups qui sont très rudes pour que le prix de la guerre soit le plus élevé possible pour Vladimir POUTINE, c'est le choix que nous avons fait avec tous les pays européens, c'est le choix qu'a fait président de la République, c'est le seul choix responsable et je le redis il est efficace.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors l'objectif, vous dites, c'est d'affaiblir évidemment l'économie russe, l'objectif ultime c'est de peser sur l'action de Vladimir POUTINE. Des sanctions supplémentaires ont été annoncées sur quoi porteront-elles, vous allez en parler à Bruxelles demain avec vos homologues européens ?

BRUNO LE MAIRE
Alors nous y avons travaillé tout ce week-end puisque le président de la République a été très clair lors du sommet de Versailles toutes les options sont sur la table et nous pouvons poursuivre le durcissement des sanctions contre la Russie.

ELIZABETH MARTICHOUX
Sur quoi, quels sont les leviers ?

BRUNO LE MAIRE
D'abord sur les oligarques qui sont visés, toutes les personnalités russes qui sont proches de Vladimir POUTINE. Il y a une liste qui a été fournie par l'Union européenne que nous avons commencé à regarder attentivement ici à Paris pour voir s'il y avait des ressortissants russes qui étaient en France qui avaient des biens, des avoirs qui devaient être gelés.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y en a beaucoup ?

BRUNO LE MAIRE
Et puis nous nous avons fait surtout le travail inverse, c'est-à-dire que tous les services de renseignement financier français, plus le Trésor, plus la direction générale des finances publiques, plus les douanes ont fait un examen et un criblage très précis de l'ensemble des personnalités russes proches du pouvoir de Vladimir POUTINE qui se trouveraient en France ou auraient des biens en France, eux, leurs proches, leurs familles, leurs sociétés écrans, c'est un travail de fourmi qui était engagé mais qui a donné des résultats.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais ça concerne combien de personnes ?

BRUNO LE MAIRE
Je transmettrais aujourd'hui plusieurs dizaines de noms.

ELIZABETH MARTICHOUX
Plusieurs dizaines de noms.

BRUNO LE MAIRE
Plusieurs dizaines de noms qui vont être inscrits dans la liste de sanctions européennes de façon à ce que les biens de ces personnes puissent être gelés. C'est un travail, je le redis de fourmi, qui est très long, qui très difficile mais à la suite de ce travail qui a été fait remarquablement par les services que j'ai indiqués nous allons transmettre plusieurs dizaines de noms de personnalités russes à la Commission européenne pour qu'ils soient placés sous sanctions, ça c'est le 1er volet du renforcement. Le 2e, c'est un durcissement des interdictions de restrictions d'exportation, je pense aux biens de luxe, je pense à tous les biens qui servent à l'exploitation des carburants du pétrole ou du gaz. Et enfin 3e élément des sanctions qui est très important, nous allons retirer à la Russie le statut de clause de la nation la plus favorisée à l'Organisation mondiale du commerce, ce qui fait que nous allons pouvoir augmenter les droits de douane pour tous les biens en provenance de Russie. Voilà les 3 décisions qui figureront dans le paquet de sanctions qui est en cours d'examen à Bruxelles.

ELIZABETH MARTICHOUX
On dit qu'il y a encore un 5e ou un 6e paquet possible, donc vous en avez encore sous le pied comme on le dit, mais il y a un débat.

BRUNO LE MAIRE
Il y en a encore sous le pied tout simplement parce qu'en fonction de l'évolution de la situation sur le terrain, le président de la République, les autres dirigeants européens se gardent la possibilité de monter encore d'un cran le niveau de sanctions.

ELIZABETH MARTICHOUX
On va parler du sujet débat le plus brûlant si je puis dire, le plus grand public aussi c'est l'hypothèse de fermer le robinet de gaz russe, est-ce que c'est toujours exclu ?

BRUNO LE MAIRE
Le président de la République n'a exclu aucune option et aucune option ne doit être exclue. quand vous prenez la décision stratégique d'affaiblir une économie pour faire comprendre à son dirigeant que les choix politiques qu'i a fait sont inacceptables, parce que je voudrais quand même dire un mot sur le sentiment de révolte profond que m'inspire ce conflit en Ukraine, sur le déchirement que nous vivons tous à regarder ces images de femmes, d'enfants qui sont sous les bombes de ces villes, qui sont des villes martyres et cette immense régression qui est le retour de la guerre sur le territoire européen, pour nous qui avons bâti tout notre projet politique sur l'affirmation de la paix et de la liberté des peuples, c'est ces deux principes-là sont bafoués par Vladimir POUTINE, plus de paix mais la guerre et plus de liberté des peuples à disposer d'eux-mêmes et avoir leur propre souveraineté, mais tout simplement une invasion militaire. Donc nous voulons faire payer le prix économique à Vladimir POUTINE. Nous n'excluons aucune option, le président de la République n'a laissé aucune ambiguïté là-dessus.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord mais pour l'instant il n'en est pas question, l'Europe armes les Ukrainiens et en même temps elle finance la guerre de leurs bourreaux, POUTINE, à hauteur, vous le savez mieux que moi de 600 millions d'euros par jour, 600 millions d'euros par jour sont donnés aux Européens à POUTINE, ça lui permet de financer sa guerre. Comment vous qualifiez cela, cette réalité ? C'est absurde, c'est surréaliste, c'est skizophrénique, c'est insupportable, c'est de la politique réaliste ?

BRUNO LE MAIRE
C'est le fruit de choix inadaptés, il y a maintenant plusieurs années ou plusieurs décennies, je rappelle juste que ce n'est pas les choix qu'a fait la France ? La France a fait des choix différents, elle a fait le choix de l'indépendance énergétique et elle a toujours défendu ce principe d'indépendance énergétique, par le nucléaire, par les renouvelables, par la production d'énergie sur notre sol. Aujourd'hui on voit bien que ce principe d'indépendance énergétique est la clé de notre puissance et de notre souveraineté. Ça amène beaucoup d'Etats à changer leur fusil d'épaule et à aller vers cette indépendance énergétique.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais cette réalité européenne là vous la qualifiez comment ?

BRUNO LE MAIRE
Mais cette réalité-là…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc supportable à long terme, tenable.

BRUNO LE MAIRE
Nous voulons en sortir, elle n'est pas tenable, chacun le voit bien et lorsque je regarde les discussions qui ont eu lieu au Conseil européen, le cap qui a été fixé est bien celui de l'indépendance énergétique la plus rapide possible de tous les pays européens pour sortir de la dépendance au gaz russe qui est une dépendance à l'égard de Vladimir POUTINE.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous avez peut-être entendu Dominique de VILLEPIN, vous le connaissez un peu je crois pour avoir travaillé avec lui quelques années, il l'a dit très clairement hier chez nos confrères de France 2, il n'a pas tourné autour du pot, ancien ministre des Affaires étrangères, il faut couper maintenant le robinet de gaz russe. Il connaît les réalités diplomatiques.

BRUNO LE MAIRE
Oui je connais aussi les réalités économiques et les réalités sociales. Il y a des Etats en Europe, ce n'est pas le cas de la France, qui dépendent à 97% du gaz russe. Vous voyez en Finlande 97% de l'approvisionnement du gaz vient de Russie pour chauffer, pour chauffer les crèches, pour chauffer les hôpitaux, pour chauffer les écoles. Vous savez je suis un ministre concret donc je me dis demain qu'est-ce qui va chauffer les hôpitaux finlandais si on coupe le gaz russe et il faut avoir la simplicité de reconnaître que nous nous sommes mis un certain nombre d'Etats européens dans une situation de dépendance vis-à-vis de la Russie, qu'il faut en sortir le plus vite possible.

ELIZABETH MARTICHOUX
Quand alors, à la fin de l'année ?

BRUNO LE MAIRE
Mais comme responsable politique français et européen je suis obligé de tenir compte du fait que beaucoup de pays européens en dépendent à 50, 60, 70 près de 100% du gaz russe pour se chauffer, pour se déplacer, et tout simplement pour faire fonctionner leurs services.

ELIZABETH MARTICHOUX
Le plus important, c'est l'unité européenne, c'est la solidarité européenne, que vous défendez, vous connaissez bien l'Allemagne, est-ce que l'Allemagne peut changer de point de vue sur cette question ?

BRUNO LE MAIRE
Il y a un débat en Allemagne. L'Allemagne est un grand pays démocratique, vous voyez bien qu'il y a un débat en Allemagne et que les Allemands eux-mêmes sont déchirés par cette question, déchirés je veux dire intérieurement, ils ont conscience des chiffres que vous donnez, mais ils savent aussi, je le redis, qu'au-delà des seuls intérêts économiques il y a la question de la vie de la société. Je redis que pour les hôpitaux, pour les crèches, pour les collèges, pour les écoles, pour les universités, il faut bien du chauffage et que ce chauffage là il est aujourd'hui fourni par le gaz russe.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et ça peut être compensé d'ici à combien de temps.

BRUNO LE MAIRE
Pour que le fonctionnement d'industrie absolument essentiel à la santé par exemple, au fonctionnement du système de santé, il y a besoin de gaz donc que chacun veuille accélérer pour être moins dépendant du gaz russe bien sûr, les Allemands ont dit qu'ils allaient construire des nouveaux terminaux, ils ont pas de terminaux pour recevoir de gaz liquéfiés, ils vont construire c'est une prise de conscience. Nous, nous allons moderniser les nôtres et essayer de les rendre encore plus efficace, c'est une prise de conscience. Nous allons accélérer le stockage pour que le stockage de gaz soit disponible le plus tôt possible et engager dès l'été pour qu'à la rentrée prochaine on ait 85 à 90% de remplissage des stocks de gaz, c'est une autre décision. Nous allons diversifier l'approvisionnement, on va regarder avec le Qatar, avec les Etats-Unis, avec d'autres pays où nous pouvons trouver un autre approvisionnement de gaz. Donc ce que je veux dire par là, Elizabeth MARTICHOUX, c'est que face à cette situation de dépendance de certains pays européens, nous ne restons pas les bras croisés, il y a une prise de conscience et des actions lancées dans toutes les directions.

ELIZABETH MARTICHOUX
Qui permettrait d'en sortir quand, à la fin de cette année 2022 ?

BRUNO LE MAIRE
… pour devenir le plus rapidement possible indépendant.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce qu'à la fin de cette année 2022…

BRUNO LE MAIRE
Le tournant, c'est fin 2022, début 2023, ça se fait pas d'un claquement de doigts, un terminal. Le gaz liquéfié, il faut un an à deux pour le construire.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc c'est trop facile de dire de son fauteuil, il faut maintenant couper le robinet de gaz, dans le fond vous dites…

BRUNO LE MAIRE
Je dis juste qu'il faut savoir être responsable et quand on prend une décision lourde, mesurer les conséquences très pratiques et concrètes qu'il y a derrière, c'est trop facile de faire des déclarations péremptoires, il est plus difficile de gouverner et de faire attention aux intérêts de ses compatriotes et de nos concitoyens européens.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est dit. Encore une question à l'ancien diplomate que vous êtes, les Occidentaux n'ont pas tracé pour l'instant de ligne rouge à POUTINE, pire, selon certains le président américain Joe BIDEN nous a coupé les ailes en affirmant avant même que ne commencent les hostilités que les Occidentaux n'iraient pas mourir pour Kiev. Est-ce que Joe BIDEN nous a privé d'une arme que constitue en elle-même la menace d'intervention ?

BRUNO LE MAIRE
Je vais vous dire Elizabeth MARTICHOUX, je ne suis pas ministre des Affaires étrangères, il y a un remarquable ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves LE DRIAN, il y a une ligne diplomatique qui est fixée par la seule personne qui a la légitimité pour le faire, le président de la République, cette ligne diplomatique me semble la plus sage, la plus responsable parce que à la fois, elle fait payer un prix exorbitant à Vladimir POUTINE et aux dirigeants russes à cette guerre avec des sanctions massives comme jamais l'Union européenne, jamais n'en a prononcé durant son existence et elle laisse malgré tout la porte ouverte à une désescalade en maintenant le fil même tenu de la discussion avec Vladimir POUTINE.

ELIZABETH MARTICHOUX
Je vous la pose parce que tout le monde se pose cette question un peu, mais je vous en resoumets une autre plus générale, on n'est pas du tout dans la désescalade sur le terrain, quel est votre sentiment, est-ce que vous avez des craintes que ça aille encore au-delà ?

BRUNO LE MAIRE
Mais on a tous cette crainte. Et je peux vous dire que nous ne travaillerons pas sous l'autorité du président de la République avec les autres ministres des Finances européens, que j'ai quasiment appelés tout ce week-end pour essayer de voir comment est-ce qu'on pouvait durcir les sanctions, faire en sorte qu'elles soient les plus efficaces possibles, animer la task force du ministère des Finances, pour vraiment aller traquer tous les oligarques proches de POUTINE, aller saisir ou geler leurs biens, essayer à chaque fois d'avoir la réponse la plus efficace. Si nous n'avions pas au fond de nous-mêmes la même crainte, nous avons tous cette crainte d'escalade…

ELIZABETH MARTICHOUX
Laquelle ?

BRUNO LE MAIRE
Nous l'avons tous présent à l'esprit, nous savons de quoi il s'agit, il s'agit de la guerre et de la paix, nous travaillons sous l'autorité du président de la République pour essayer d'amener un dirigeant, Vladimir POUTINE, à engager cette désescalade, chacun le fait dans son domaine, moi, je le fais dans celui qui est le mien, l'Economie et les finances, avec la plus grande détermination possible, et je l'espère, le plus grand sens des responsabilités possibles.

ELIZABETH MARTICHOUX
On sent que vous pesez tous vos mots, ce matin, vous vous aviez dit : on mène une guerre totale à la Russie, vous avez retiré le mot guerre, mais où est la vérité, sinon celle-là, qu'on mène une guerre économique, où est la vérité sinon celle-là ?

BRUNO LE MAIRE
La vérité, c'est que nous voulons, il faut faire très attention, vous le dites parfaitement aux mots qu'on emploie, parce qu'ils sont réutilisés par ceux précisément que nous combattons.

ELIZABETH MARTICHOUX
Qui nous mène la guerre ?

BRUNO LE MAIRE
Ceux qui mènent la guerre, c'est Vladimir POUTINE, celui qui a déclenché les hostilités militaires contre l'Ukraine, un pays souverain avec des frontières, avec un peuple, avec une histoire, c'est Vladimir POUTINE, c'est lui le seul et unique responsable de ces hostilités militaires et du retour de la guerre en Europe.

ELIZABETH MARTICHOUX
TotalEnergies demeure en Russie, reste un investisseur sur place, vous avez pointé un problème de principe, il y a quelques jours, un problème d'éthique, vous en avez parlé Patrick POUYANNE, est-ce c'est tenable ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, bien sûr, j'ai des discussions très régulières avec le dirigeant de TOTAL, ce que nous demandons aux entreprises, et ne pas faire un cas particulier de TOTAL ou d'autres entreprises, c'est de respecter rigoureusement et scrupuleusement les sanctions, et c'est ce qu'elles font…

ELIZABETH MARTICHOUX
Yannick JADOT dit il est complice de… je crois que sa formule, j'espère que je ne me trompe pas, complice de crimes de guerre…

BRUNO LE MAIRE
Toutes ces accusations en période aussi sensible, je les mets sous le coup de l'émotion, je pense que la responsabilité des membres du gouvernement, c'est de faire preuve de sang-froid, et de ne pas s'exprimer sous le coup de l'émotion, comme peuvent le faire certains membres de l'opposition, nous demandons aux entreprises françaises de respecter rigoureusement et scrupuleusement les sanctions, si, demain, nous devions aller encore plus loin dans les sanctions, puisque je le redis, toutes les options sont sur la table…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc là, TOTAL n'est pas en contravention avec les règles mêmes éthiques que vous souhaitez instaurer ?

BRUNO LE MAIRE
TOTAL n'est pas en contravention avec les sanctions telles que nous les avons décidées.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et moralement, il n'est pas en contravention avec les principes…

BRUNO LE MAIRE
Mais on peut parfaitement envisager, un moment ou à un autre, que les sanctions soient durcies, que la situation change.

ELIZABETH MARTICHOUX
Jean CASTEX, on va parler de la vie des Français et les conséquences concrètes, a annoncé pour 4 mois une baisse de 15 centimes par litre à compter du 1er avril en France. Bruno LE MAIRE, c'est une mesure générale, 100 % des automobilistes qui iront à la caisse seront concernés. Ce n'est pas une baisse ciblée, ce qu'on avait cru comprendre au départ, pourquoi ce changement de pied ?

BRUNO LE MAIRE
Tout simplement parce que c'est la mesure la plus efficace dans les délais les plus rapides, et que la situation est intenable pour des millions de Français, donc à situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle, nous serons d'ailleurs, je vous le dis ce matin, pas les seuls en Europe à prendre ce genre de mesure, je le redis, j'ai discuté avec quasiment tous mes homologues au cours des derniers jours, nous faisons tous le même constat, la flambée des prix du carburant est insupportable, insupportable, intenable. pour des millions de gens, vous savez que je suis élu dans l'Eure, je vais revenir à mon territoire d'élection, je connais des centaines et des centaines d'amis, de proches qui sont dans l'Eure, qui prennent leur véhicule tous les jours, qui font 60, 70 kilomètres aller-retour, je connais des aides-soignantes qui n'ont pas d'autre choix que de prendre leur voiture, et qui perdent les 200, 300 euros de marge qu'elles peuvent faire uniquement dans le carburant ; donc ce n'est pas tenable, ce n'est pas tenable pour des artisans du bâtiment, ce n'est pas tenable pour des gens qui, pour se rendre dans leur usine ou dans leur bureau, n'ont pas de transport en commun. Donc à un moment donné, situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles, parce que les gens sont pris à la gorge, ils sont tout simplement pris à la gorge, et la responsabilité du gouvernement, c'est de desserrer l'étau et de leur dire : oui, c'est intenable, nous prenons une mesure d'urgence, elle est exceptionnelle dans des circonstances exceptionnelles.

ELIZABETH MARTICHOUX
Exceptionnelles, on y reviendra. Mais vous prenez une mesure, l'opposition, bien sûr, souligne le fait que ce soit un 1er avril, donc c'est dans deux semaines et demie, alors que c'est dès maintenant, vous le dites, que les Français souffrent, est-ce que ce n'est pas une mesure électoraliste ?

BRUNO LE MAIRE
L'opposition, c'est la même qui réclamait qu'on prenne ce genre de mesure, le jour où on prend la mesure, elle nous le reproche, c'est dire à quel point cette opposition est déboussolée. La réalité est que pour mettre en place cette mesure, 15 centimes de rabais à la pompe, 9 euros pour un plein de 60 litres, il faut un peu de temps, il faut discuter avec les distributeurs, il faut discuter avec les producteurs, avec les pétroliers, il faut discuter avec les petites stations-services rurales, parce que c'est plus compliqué pour elles à mettre en oeuvre. Donc ces discussions vont s'ouvrir demain sous l'égide de la ministre de l'Environnement, Barbara POMPILI, nous allons regarder aussi avec mes services comment est-ce qu'on peut mettre ça en oeuvre le plus facilement possible, je pense en particulier aux petites stations-services rurales, ce sera plus difficile pour elles que pour les grands distributeurs ou que pour les grands pétroliers qui sont sur autoroutes…

ELIZABETH MARTICHOUX
Parce qu'il faut qu'à la caisse, les 15 centimes par litre soient calculés immédiatement…

BRUNO LE MAIRE
Voilà, il faut que les 15 centimes, il faut qu'au pied de facture, le Français puisse voir, chacun de nos compatriotes qu'effectivement par litre de carburant, il va payer 15 centimes de moins…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc, d'autant que le prix sera affiché, il ne sera pas bougé sur les enseignes ?

BRUNO LE MAIRE
Non, il faut afficher le prix tel qu'il est…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais on le verra à la caisse…

BRUNO LE MAIRE
Mais il faut qu'à la caisse, en pied de facture, chaque Français puisse voir que son carburant lui coûte moins cher, parce que, pourquoi est-ce que nous avons pris cette mesure, je veux dire, comme ministre des Finances, dépenser plus de 2 milliards d'euros sur des carburants fossiles, ce n'est pas une décision facile à prendre, mais elle est indispensable…

ELIZABETH MARTICHOUX
Elle ne coûte pas, elle ne coûte rien, puisque vous engrangez la même somme en recettes supplémentaires depuis la hausse des prix sur les recettes fiscales, donc…

BRUNO LE MAIRE
Oui, j'aime bien ces calculs aussi de…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est 15 centimes que vous prenez en moins sur le total des taxes que vous percevez déjà…

BRUNO LE MAIRE
Je rappelle juste, parce que j'entends beaucoup dire que pendant cette crise énergétique, l'Etat s'en met plein les poches, je l'entends dire de la part de personnes qui aspirent à diriger le pays.

ELIZABETH MARTICHOUX
Par exemple ?

BRUNO LE MAIRE
Donc à diriger les finances du pays…

ELIZABETH MARTICHOUX
Par exemple, qui ?

BRUNO LE MAIRE
Eh bien, c'est Marine LE PEN, c'est madame PECRESSE, c'est monsieur MELENCHON, enfin tout le monde y va de son petit couplet sur le thème : l'Etat sur mes plein les poches pendant la crise énergétique. Je ne trouve pas ça responsable de la part de gens qui appellent à diriger l'Etat, et donc les finances de l'Etat. Et je leur rappelle juste que la France est le pays qui a le plus dépensé l'argent public depuis le début de l'année pour protéger justement ses compatriotes contre la flambée des prix de l'énergie, que nous avons mis en place un plafonnement du prix du gaz qui va nous coûter près de 10 milliards d'euros cette année, que nous avons gelé les prix du gaz, plafonné les prix électricité à 4%, mis en place une indemnité inflation, renforcé le chèque énergie, et que la totalité de ces mesures va coûter plus de 20 milliards d'euros aux finances publiques dans l'année 2022. Je pense que ce sont de bonnes mesures parce qu'elles protègent nos compatriotes contre une flambée inacceptable et intolérable des prix de l‘énergie…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous l'avez dit, mais il n'en reste pas moins que ces 15 centimes…

BRUNO LE MAIRE
Mais qu'on ne nous dise pas, Elizabeth MARTICHOUX, qu'on ne nous dise pas, Elizabeth MARTICHOUX, que l'Etat s'en met plein les poches alors qu'il va avoir quelques milliards d'euros de recettes de TVA supplémentaires, mais plus de 20 milliards d'euros de dépenses de protection énergétique de l'autre côté ; je trouve que c'est ni juste ; ni responsable de la part de l'opposition.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord, donc c'est compensé par les recettes supplémentaires, mais vous dites : on a dépensé suffisamment à côté pour qu'il n'y ait pas ce discours. Un mot quand même sur ce que vous a demandé Marine LE PEN ce week-end, qui d'ailleurs qualifie les pétroliers de profiteurs de guerre, elle trouve ça un peu suspect ces marges, et elle demande au gouvernement de mettre en oeuvre une enquête de la DGCCRF, la direction générale de la concurrence et de la répression des fraudes, pour vérifier dans quelles conditions on voit s'envoler les prix à la pompe. Est-ce que vous ouvrez cette enquête, est-ce que vous êtes d'accord avec elle, les marges sont peut-être un peu suspectes ?

BRUNO LE MAIRE
Mais on ouvre des enquêtes contre les fraudeurs, donc laissons à la DGCCRF le soin de traquer les fraudeurs, pas forcément les compagnies nationales, ça ne me paraît pas ce qu'il y a de plus opportun, mais je vois des propositions qui sont faites aussi de la part de Marine LE PEN, de la part de monsieur ZEMMOUR…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc pas d'ouverture d'enquête au passage…

BRUNO LE MAIRE
Sur le blocage des prix, en disant : il faut bloquer à 1,40 euro, 1,80 euro, mais de deux choses l'une, soit, dans cas-là, on compense, et tout ce qu'il y a au-dessus, quand le prix des carburants est à 2 euros, 2,10 euros, c'est l'Etat qui paye, et là, on engage des dizaines et des dizaines de milliards d'euros de dépenses publiques supplémentaires, veut-on vraiment dépenser des dizaines et des dizaines de milliards d'euros supplémentaires pour payer du pétrole produit par des pays étrangers ? Ma réponse est non. Ou alors, on ne compense pas, c'est une autre option, on dit : eh bien, écoutez, débrouillez-vous, c'est plafonné à 1,40 euro, 1,80 euro, et puis, l'Etat ne compensera pas, qu'est-ce qui va se passer ? Vous n'aurez plus de carburant, parce que les pétroliers iront vendre leur pétrole ailleurs. Donc vous voyez qu'avant de sortir des propositions qui ne tiennent pas la route, il vaut mieux regarder de près la situation et essayer, ce que nous faisons avec Jean CASTEX et avec le président de la République, d'apporter des réponses qui protègent les Français, mais qui restent responsables.

ELIZABETH MARTICHOUX
Sans aucune arrière-pensée électoraliste, le 1er avril ?

BRUNO LE MAIRE
Non, avec simplement le souci de protéger les Français quand les prix des carburants s'envolent, tout en travaillant, je le dis tout de suite, à des solutions qui soient plus ciblées à l'avenir…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça sera dans le plan de résilience ? Ce sera des mesures plus ciblées à l'avenir, ce serait dans le plan de résilience de cette semaine ?

BRUNO LE MAIRE
Ce ne sera pas dans le plan de résilience, mais à la demande du Premier ministre, j'ai commencé à travailler, c'est compliqué, parce qu'il faut arriver à avoir toutes les données pour savoir qui a un véhicule, qui utilise son véhicule, qui utilise beaucoup son véhicule, qui l'utilise pour aller sur son travail et qui n'a pas de solution alternative, mais il faut que nous puissions disposer d'ici quelques mois d'un système qui permette de mieux cibler les aides sur les personnes qui utilisent leur véhicule pour aller travailler, qui sont de gros rouleurs, tout en tenant compte de leur niveau de revenus pour aider évidemment ceux qui ont le plus de difficultés financières. Donc nous travaillons à ce dispositif d'urgence.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça peut être quoi ? D'urgence, dans quelques mois ?

BRUNO LE MAIRE
Un dispositif qui serait déclenché dans l'urgence, quand les prix du carburant s'envolent, qu'on puisse avoir un dispositif qui soit plus ciblé sur les gros rouleurs, qui ont des revenus modestes ou qui sont particulièrement pénalisés par la flambée des prix du carburant, et qui n'ont pas d'autre choix que de prendre leur voiture pour aller travailler.

ELIZABETH MARTICHOUX
Je comprends. Alors, de façon à plus court terme ou moyen terme, est-ce qu'il peut y avoir une aide supplémentaire pour les routiers, en plus de ces 15 centimes ?

BRUNO LE MAIRE
Mais il y a déjà une indemnité qui a été mise en place sur le barème kilométrique. Donc j'estime…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc moins 10 % fin janvier ?

BRUNO LE MAIRE
10% d'augmentation sur le barème kilométrique, nous nous estimons que ça couvre la demande qui a été faite par certains gros rouleurs, après, je travaille sur le plan de résilience, nous sommes en train de le finaliser, nous le présenterons dans les jours qui viennent avec le Premier ministre…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mercredi ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne vais pas vous donner de date exacte, dans les jours qui viennent. En tout cas, nous y travaillons activement. Donc nous aurons les réponses à toutes ces questions.

ELIZABETH MARTICHOUX
Comment vous qualifiez l'impact sur la croissance de la guerre en Ukraine, Bruno LE MAIRE ?

BRUNO LE MAIRE
Alors, c'est un impact réel, mais ce qui est frappant, c'est que la croissance française résiste, et elle résiste bien, parce que les fondamentaux de la croissance française sont solides, quand vous regardez les chiffres de l'attractivité qui sont tombés ce matin, la France reste le pays le plus attractif pour les investissements étrangers en Europe, plus de 1.600 projets d'investissements en France, 45.000 emplois qui ont été créés ou maintenus en 2021 grâce à l'attractivité de la France. Ce que nous voyons aujourd'hui, notamment avec les chiffres qui ont été donnés par la BANQUE DE FRANCE, c'est que la croissance française est solide. Elle résiste. Elle sera évidemment impactée par la crise en Ukraine, mais les fondamentaux restent solides.

ELIZABETH MARTICHOUX
Jusqu'à un point, jusqu'à une baisse d'un point ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne donnerai pas de chiffre, parce que, tout va dépendre…

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, c'est ce que dit la BANQUE DE FRANCE…

BRUNO LE MAIRE
Mais la BANQUE DE FRANCE est dans son rôle, elle a fait un certain nombre de scénarios, je travaille aussi avec la direction du Trésor à un certain nombre de scénarios, mais tant que le conflit en Ukraine n'est pas terminé, il est très difficile de donner le moindre chiffre.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous diriez que la croissance française, malgré tout, alors, on n'a pas encore, on verra si on bloque le gaz par exemple, ce sera plus compliqué sans doute que mêmes les scénarios la BANQUE DE FRANCE ce matin, mais à ce stade, la croissance française reste solide.

BRUNO LE MAIRE
La croissance française résiste, elle reste solide, et c'est cette capacité de résistance qui doit tous aujourd'hui nous interpeller, parce qu'elle montre que tout le travail qui a été fait depuis près de 5 ans, les réformes fiscales, l'amélioration de la compétitivité, la formation, la qualification, la transformation en profondeur de l'économie ont permis à l'économie française de mieux résister aux chocs, elle est ressortie plus vite et plus forte de la crise du Covid, et aujourd'hui, est confrontée à nouveau à une nouvelle épreuve, une épreuve complexe, une épreuve difficile à gérer, elle résiste bien, et c'est cela aujourd'hui qui doit nous donner confiance.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord. Mais vous, vous allez réviser les prévisions de croissance quand ?

BRUNO LE MAIRE
Je réviserai les prévisions de croissance dès que nous aurons une vue plus clair de ce qui peut se passer sur les marchés de l'énergie, aujourd'hui, il est trop tôt pour faire la moindre évaluation de croissance ; je consulte les économistes, je regarde toutes les statistiques de l'INSEE ou de la direction du Trésor, et je ne veux pas donner de chiffres avant d'avoir un environnement qui soit plus stable, admettons avec beaucoup d'humilité qu'il y a aujourd'hui trop d'incertitudes pour mettre un chiffre sur la table, mais quand je regarde la situation au moment où je m'exprime, je le redis, ce qui me frappe, c'est la capacité de résistance de l'économie française. Et toutes les décisions que nous allons prendre dans quelques heures ou quelques jours avec le Premier ministre et le président de la République vont permettre justement de protéger encore mieux notre économie, en protégeant les entreprises qui sont les plus exposées à la consommation de gaz ou les plus exposées au marché russe, en accompagnant les ménages et en préparant le renforcement de l'indépendance de l'économie française.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, en percutant peut-être encore les comptes publics, le candidat Emmanuel MACRON annonce qu'il va proposer la retraite à 65 ans dans ses propositions de campagne, il va sans doute en parler ce soir sur TF1, c'est la première fois qu'il sera interrogé ce soir sur TF1 à partir de 20h20, tous les candidats défileront, dont le président-candidat, bref, la retraite à 65 ans, faut-il aussi la fin des régimes spéciaux, est-ce que ça va avec ?

BRUNO LE MAIRE
Il faut aussi la fin des régimes spéciaux, mais l'objectif, qui est celui de la retraite à 65 ans, c'est quoi, c'est préserver notre système de retraite par répartition auquel nous sommes tous attachés…

ELIZABETH MARTICHOUX
Parce qu'on a abandonné l'alternative…

BRUNO LE MAIRE
C'est garantir une retraite à 1.100 euros, c'est le chiffre qu'a donné le président de la République, une retraite à 1.100 euros dès lors qu'on a l'intégralité de ses cotisations, et c'est faire en sorte que tous ceux qui ont une carrière plus difficile, qui ont démarré plus tôt, qui ont eu des métiers plus difficiles que d'autres, puissent avoir une situation différente, je ne vais pas aller plus dans les détails, le président de la République précisera cela. Mais c'est une mesure de justice pour garantir notre système de retraite par répartition…

ELIZABETH MARTICHOUX
Décision injuste, vient de dire Laurent BERGER, le patron de la CFDT, la retraite à 65 ans, c'est une décision injuste parce que…

BRUNO LE MAIRE
Ce qui serait injuste, Elizabeth MARTICHOUX, c'est de se désintéresser de l'avenir du système de retraite par répartition, de laisser croire aux Français que nous pouvons continuer à avoir la même prospérité, le même niveau de vie, tout en ayant un volume global de travail tout au long de la vie moins élevé que celui de nos voisins européens. Je pense que ce serait injuste vis-à-vis des générations qui viennent, je pense que ce serait injuste de ne pas se donner des moyens justement de permettre à ceux qui ont eu des métiers plus difficiles de partir plus tôt, je pense que ce serait injuste de ne pas nous donner les moyens financiers avec un départ à la retraite à 65 ans de garantir cette pension à 1.100 euros pour tous ceux qui ont eu un travail tout au long de leur vie. C'est ça la justice…

ELIZABETH MARTICHOUX
Bruno LE MAIRE, c'est juste d'annoncer la retraite à 65 ans alors qu'un nombre très élevé de seniors en France n'ont plus de boulot à 65 ans ? Ils sont au chômage.

BRUNO LE MAIRE
Mais je vous rejoins parfaitement et ne caricaturons pas là aussi la position du président de la République. Notre inspiration est une aspiration de justice, qu'il faille faire en sorte que tous ceux qui ont plus de 52, 53 ans puissent garder leur travail, prolonger leur activité, quand ils le souhaitent et qu'on sorte de ce gigantesque gâchis social qui est de dire aux gens de plus de 52, 53 ans vous ne servez à rien, c'est aussi un des enjeux de la réforme des retraites.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y aura des mesures qui doivent aider…

BRUNO LE MAIRE
Notre réforme n'est pas une mesure couperet où on se contenterait de dire la retraite à 65 ans pour tous, circulez y a rien à voir ce n'est pas ça notre projet. Notre projet c'est de dire que nous voulons garantir la prospérité aux enfants qui viennent et aux générations qui viennent, nous voulons préserver notre système de répartition et nous voulons aider ceux qui ont eu les métiers les plus difficiles au moment où ils partent à la retraite.

ELIZABETH MARTICHOUX
On verra comment ça se décline ce soir sur TF1. Dernière question Emmanuel MACRON est à 30 % dans les sondages sans faire campagne. Pourquoi faire campagne dans ces conditions ?

BRUNO LE MAIRE
Mais ce n'est pas vrai qu'il ne fait pas campagne. Ce n'est pas vrai, il est allé à Poissy, il aura des déplacements de campagne, simplement il est président de la République dans une situation internationale exceptionnelle. Je pense que ce qu'attendent les Français du président de la République, c'est qu'il explique son projet quand il est candidat, il va le faire, mais c'est aussi que dans ces circonstances exceptionnelles il nous protège et c'est ce qu'il fait dans son rôle de président de la République.

ELIZABETH MARTICHOUX
Une campagne de favori en tout cas, c'est le moins qu'on puisse dire pour l'instant si on en croit les intentions de vote. C'est compliqué une campagne de favori, ça peut réserver des mauvaises surprises ?

BRUNO LE MAIRE
Ce n'est pas la première campagne présidentielle à laquelle je participe, ce n'est pas la première élection que je connais. Je peux vous garantir que notre état d'esprit c'est que jusqu'à la dernière heure du dernier jour de campagne nous devons nous mobiliser pour le président de la République et faire campagne pour lui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il ne peut pas faire de débat, ce n'est pas du mépris pour les Français et ses adversaires ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne crois pas du tout. Je pense que son débat il est avec les Français, c'est le débat le plus important. Les derniers débats que j'ai vu, Elizabeth MARTICHOUX ne m'ont pas inspiré un sentiment de meilleure compréhension des enjeux de la campagne.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous parlez de ZEMMOUR et de PECRESSE, pardon Valérie PECRESSE et Eric ZEMMOUR.

BRUNO LE MAIRE
Oui j'ai vu un affrontement d'une violence absolument stupéfiante qui ne correspond pas à l'idée que je me fais d'un débat démocratique serein, posé qui permet de poser concrètement les enjeux qui attendent le pays pour les années qui viennent.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous n'avez pas trouvé ça à niveau.

BRUNO LE MAIRE
C'est pas une question de niveau, c'est que je pense que cette violence, cette brutalité en politique, cet affrontement sans grand sens dans le fond ça dégoûte les Français de la politique et ça ne leur permet pas de se poser les questions auxquelles ils veulent des réponses pour les 5 années à venir.

ELIZABETH MARTICHOUX
Rendez-vous ce soir en tout cas 20h20 pour voir et entendre tous les candidats, les huit candidats pardon, 8 candidats à la présidentielle de 2022. Merci Bruno LE MAIRE d'avoir été ce matin sur LCI.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 mars 2022

Thématiques :