Déclaration de Mme Geneviève Darrieussecq, ministre chargée de la mémoire et des anciens combattants, en hommage aux soldats du 17ème Régiment de génie parachutiste victimes de l'attentat terroriste du 15 mars 2012, à Montauban le 15 mars 2022.

Intervenant(s) :

Circonstance : Cérémonie d'hommage aux soldats décédés du 17ème RGP

Prononcé le

Texte intégral

Madame la Préfète, Madame la ministre,
Mesdames et messieurs les parlementaires,
Monsieur le président du conseil départemental,
Madame la première adjointe à la mairie de Montauban,
Monsieur le représentant de l'association des maires,
Madame la représentante de la présidente du conseil régional,
Mesdames et Messieurs les élus,
Monsieur le directeur départemental de l'ONAC-VG,
Monsieur le délégué militaire départemental, mon colonel,
Monsieur le commandant en second du 17e régiment du génie parachutiste, colonel,
Chères familles,


Il était aux environs de 14h ce jeudi 15 mars 2012, dans une belle journée d'un printemps un peu en avance, une journée qui s'annonçait banale. Dans un après-midi ordinaire pour des hommes coutumiers de l'extraordinaire, pour des soldats habitués à prendre des risques, formés à risquer leur vie. On parlait néanmoins avec peine et interrogation d'un para assassiné quelques jours plus tôt à Toulouse.

Trois jeunes hommes, sapeurs du 17ème Régiment de génie parachutiste, venaient de sortir de la caserne Doumerc de Montauban, pour retirer de l'argent. Ici-même. Scène de la vie quotidienne, tellement banale, entre frères d'arme. Rien ne trahissait le basculement imminent vers le tragique, pour eux, pour leur famille, pour la France. Dans ce qui fut une exécution froide et fanatique, le caporal-chef Loïc LIBER, le caporal Abel CHENNOUF et le parachutiste de 1ère classe Mohamed LEGOUAD ont subi les assauts de la folie criminelle. La fusillade laisse deux morts sur le sol et un blessé grave.

La cible, c'était des soldats français. La cible, c'était l'uniforme, ses couleurs et ceux qui les portent. La cible, c'était l'armée française, ses valeurs, son ouverture, ses missions et sa diversité. En ciblant  l'armée, c'est la nation française dans son ensemble qui a été touchée. En ciblant des jeunes hommes qui avaient choisi de s'engager au service de la France, c'est la République qui a été atteinte. Atteinte oui, blessée oui et à de nombreuses reprises depuis, mais abattue jamais. Car le lien qui unit l'armée et la nation est d'une force peu commune et d'une résistance inégalée.

Aujourd'hui, ce jour d'infamie a dix ans. Dix ans ! c'est plus que l'âge de certaines victimes de l'école Ozar Hatorah de Toulouse. Je pense aussi à elles en ce moment.

Je veux d'abord adresser aux familles des trois soldats de Montauban, mais aussi à la famille du maréchal des Logis-chef lmad IBN ZIATEN, soldat victime de Toulouse, le plein soutien du Gouvernement et de la nation. Notre estime et notre affection.

Dix ans après, l'effroi n'a pas vieilli, la stupeur et la douleur transparaissent dans chaque larme. Leurs prénoms, leurs noms, leurs visages, le souvenir de leur sourire sont autant de rêves anéantis, de promesses détruites dans ce qui était l'aube de leur vie.

C'est pour cela que je suis venue vous dire que la France n'oubliera jamais l'idéologie criminelle et totalitaire qui a commis l'innommable. Parce qu’elle n'oublie pas, elle continuera à la combattre sans faillir.

C'est pour cela que je suis venue m'incliner devant les noms de ces soldats assassinés. C'est pour cela que, réunis aujourd'hui, nous lui témoignons notre fidélité et que nous ravivons leur mémoire. Notre hommage collectif est celui d'une nation française debout et fraternelle.

Le caporal Abel CHENNOUF était âgé de 26 ans et allait être père. Il était un élément précieux du 17ème Régiment de Génie Parachutiste. Il avait servi en opérations  extérieures, en Afghanistan et au Sénégal. Honneur !

Le sapeur Parachutiste de 1ère classe Mohamed LEGOUAD allait avoir 25 ans. Il était un camarade estimé. Cette vie au 17ème Régiment du génie parachutiste était sa vocation et il n'imaginait pas son existence sans elle. Il était parti en Nouvelle-Calédonie au cours d'une mission réussie. Honneur !

Le caporal-chef Loïc LIBER s'est engagé en 2008 et a servi brillamment en Guyane. Grièvement blessé le 15 mars 2012, il a lutté contre la mort. Nous admirons son courage, sa force et son abnégation. Honneur ! Je sais que, par-delà la distance, il nous entend et partage cet hommage avec ses éternels frères d'armes. Il est une leçon de courage et d'humanité pour chacun de nous. Je sais pouvoir compter sur le remarquable professionnalisme des équipes de l'Institution Nationale des Invalides pour poursuivre l'accompagnement que la nation doit à Loïc LIBER.

C'est aussi à tous leurs frères d'armes, d'hier et d'aujourd'hui, que je veux adresser ces quelques mots. Nombreux sont ceux qui, parmi vous, restent  marqués par cet évènement. Nombreux sont ceux qui, sans les avoir connus, portent le souvenir de leurs camarades. Les armées sont une grande famille, une famille que l'on choisit, qui est celle de la fraternité d'armes et de l'engagement. Aujourd'hui, c'est le ministère des Armées mais aussi toute la communauté militaire qui rend hommage à ces militaires tombés.

Nous sommes fiers de cette armée, de nos armées, de nos militaires dévoués et compétents, de leur sens du service et de leur faculté à réussir leur mission. Nous sommes fiers d'avoir une armée à l'image de notre société, d'une armée qui rassemble les différences sous l'uniforme.

Je veux rendre un hommage appuyé, à nos militaires, à leur combat pour la paix, contre le terrorisme, pour la défense de la France, des Français et de leurs intérêts. Nous sommes reconnaissants envers ceux qui honorent la France de leur engagement. Nous sommes reconnaissants envers ceux qui sont convaincus que nos valeurs républicaines valent que l'on se batte pour les défendre.

Nos valeurs et notre volonté de lutter pour les défendre sont bien plus fortes que la sauvagerie glaçante des semeurs de mort et des obscurantistes haineux capables d'achever leurs victimes, qu'il s'agisse d'une petite fille ou d'un soldat.

La barbarie terroriste n'a qu'une boussole, la haine, et qu'un chemin, la violence. Cette lutte contre le terrorisme et pour la protection de notre nation est militaire, avec les opérations extérieures, et celle du renseignement. Nous avons renforcé les moyens et jamais nous n'abandonnerons le combat. La détermination du président de la République sur ce sujet est totale.

Dix ans après, nous nous tenons debout, fidèle et solide. Nous menons sans relâche la lutte contre l'obscurantisme. Nous nous adaptons aux nouvelles formes du terrorisme. Car nous sommes des nations résilientes, mais déterminées, qui jamais ne céderont un pouce de leur volonté de vivre comme elles l'entendent. Face aux massacres des innocents, nous devons faire front commun, en France comme en Europe.

Nous devons poursuivre la lutte inlassable menée depuis plusieurs années contre la barbarie terroriste et contre l'hydre islamiste. Nous devons faire primer l'unité nationale sans écouter les sirènes malveillantes de ceux qui prêchent la guerre civile et qui cultivent les amalgames entre islamisme et communauté musulmane. Dix ans après, cette tragédie est toujours une leçon. Ecoutons-la.

Regardons les prénoms et les noms sur cette stèle. Ces fils de France sont les vigies de la République, ils sont les gardiens de notre conscience collective, ils sont la dignité face à la violence implacable, ils sont le rappel constant des offenses faites à notre pays et à la nation. Ils sont le symbole qu1aucun terroriste ne parviendra à fracturer définitivement notre communauté nationale.

La France n'est grande que dans l'unité. Nous le savons, les Français le savent.

La France n'est jamais aussi forte que rassemblée. Nous le savons, les Français le savent.

La France n'est jamais autant elle-même qu’en se tenant debout face à l’adversité.

Ainsi, nous sommes fidèles à notre histoire et à la mémoire des soldats tombés à Montauban.


Vive la République. Vive la France.


Source https://www.defense.gouv.fr, le 23 mars 2022