Déclaration de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat au tourisme, aux Français de l'étranger, à la francophonie et chargé des petites et moyennes entreprises, sur le tourisme au sein de l'Union européenne, à Dijon le 18 mars 2022

Intervenant(s) :

  • Jean-Baptiste Lemoyne - Secrétaire d'Etat au tourisme, aux Français de l'étranger, à la francophonie et chargé des petites et moyennes entreprises

Circonstance : Conférence des ministres du tourisme de l'Union européenne

Prononcé le

Texte intégral


Monsieur le Préfet,
Mesdames et Messieurs,


Avec le commissaire au marché intérieur, Thierry Breton, nous venons vous rendre compte des travaux de cette réunion ministérielle informelle des ministres du tourisme de l'Union européenne réunis aujourd'hui à Dijon, dans un contexte forcément particulier au regard des événements qui ont percuté nos vies, qui ont percuté le continent européen avec, naturellement, cette invasion russe en Ukraine qui, je crois, a touché chaque Européen et pour laquelle, d'ailleurs, l'Europe, ça a été dit, au cours des échanges, a été au rendez-vous des résultats, de l'action, de façon unie, de façon ferme et de façon rapide.

Je veux évoquer, à ce sujet de la guerre en Ukraine, la solidarité en actes des acteurs du tourisme. Une fois encore, parce que je rappelle que lorsque la crise sanitaire elle-aussi a percuté nos vies, les acteurs du tourisme ont répondu présent. Vous le savez, ils ont parfois, justement, ouvert leurs hôtels pour accueillir des personnes qui devaient être en quarantaine, ou des patients qui étaient en rémission etc. Et aujourd'hui encore, ces acteurs du tourisme montrent toute leur capacité à se mobiliser. Cela prend plusieurs formes. C'est dans l'urgence, des acteurs majeurs, petits et grands, qui offrent à titre gracieux des capacités d'hébergement. Des auberges de jeunesse ont mis plus de 1000 lits à disposition. Ce sont 8000 personnes qui ont, d'ores et déjà, transité par la chaîne d'hôtels Accor et je pourrais multiplier les exemples.

C'est également des actions de solidarité très concrètes. J'ai en tête, par exemple, Logis-Hôtels, en Corrèze, qui a mis en place de la collecte, de l'acheminement de produits de première nécessité ; il y a près de deux tonnes qui sont en route du coup pour l'Ukraine. Et puis, au-delà de ces actions initiées, je dirais dans le même élan de générosité que l'ensemble des Européens, nous structurons dans la durée cet appui, ce soutien du secteur du tourisme pour faire face à ce défi de l'accueil des déplacés, des réfugiés. Nous travaillons d'ailleurs à une charte commune, avec le secteur de l'hôtellerie, avec mes collègues Marlène Schiappa et Emmanuelle Wargon. Le secteur du tourisme, d'ailleurs, au-delà de la dimension accueil, naturellement, se mobilisera aussi, j'en suis sûr, pour les éventuels besoins d'insertion dans l'emploi, puisqu'il y a là des personnes qui, aussi, sont jeunes avec des enfants, vont avoir besoin de pouvoir trouver à s'employer ; et ce secteur, naturellement, y veillera et les accompagnera.

Ça, c'était pour le contexte qui forcément n'était pas prévu lorsque nous avions lancé les invitations pour cette conférence ministérielle, et pour laquelle nous avions donc inscrit à l'ordre du jour deux thématiques, en particulier, l'une d'entre elles qui était le tourisme des Européens en Europe et la seconde qui était relative au fait de faire de l'Europe la première destination mondiale en termes de tourisme durable. Alors pourquoi ces deux thèmes ?

On a vu que l'Europe, depuis deux ans, depuis le début de la crise sanitaire - on en est au deuxième anniversaire quasiment -, déconfinement quasiment généralisé, on s'en souvient, de ce mois de mars 2020, le secteur du tourisme a été percuté de plein fouet à l'époque. Nous avons tous mis en place un certain nombre de dispositifs de soutien, d'appui au secteur. Si je prends le cas français c'est 38 milliards d'euros d'aides qui ont été mises en place pour le secteur du tourisme, et petit à petit, lorsque l'étau s'est desserré et que nous avons pu juguler le virus, rouvrir les activités, on a vu que le tourisme européen avait globalement mieux résisté que le tourisme des autres grandes régions du monde, que l'Asie-Pacifique, que les Amériques par exemple, que l'Afrique ; tout cela parce que nous avions le bénéfice d'une clientèle domestique nationale et européenne de proximité qui était très importante et qui a redécouvert finalement ses territoires, ses régions, ses pays, l'Europe.

Je pense que c'est une dimension qui va s'inscrire dans la durée et on voit qu'avec les événements géopolitiques actuels que, finalement, ce thème a vraiment une importance majeure. Je m'explique : vu des Etats-Unis ou de l'Asie, Paris, Berlin, Rome, Vienne, c'est l'Europe, et qu'on soit aux frontières de l'Ukraine ou bien au contraire en face de New York, du côté de l'Atlantique ou du Finistère, on est perçu comme ce tout. Par conséquent, ce qui arrive en Ukraine peut induire une perception aussi peut-être de destination moins sûre pour l'ensemble des destinations européennes, et c'est pourquoi il est important que nous rassurions, naturellement, pour toutes ces clientèles hors de l'Union européenne, sur le fait que l'Europe est une destination sûre à tous égards, y compris en termes de sécurité sanitaire, nous l'avons prouvé, avec tous les outils mis en place. Et là-aussi, l'Europe a été réactive. Je vous rappelle les travaux mis en oeuvre pour arriver au certificat numérique Covid qui a permis de rétablir des liaisons au sein de l'UE. Et on voit bien que si, vu de loin, certains peuvent avoir des craintes, il est important aussi de stimuler notre base domestique européenne pour, encore une fois, résister, si des aléas se faisaient encore sentir.

Donc ce tourisme des Européens en Europe, je crois qu'il y a eu un grand consensus pour, effectivement, le développer, à travers un certain nombre d'outils, la numérisation pour mieux faire connaître et rendre visible tout l'offre touristique européenne, à travers également la connectivité, faciliter les déplacements, avec un engouement pour le ferroviaire qui est là. Vous avez vu le rétablissement d'un certain nombre de lignes de trains de nuit sur l'ensemble de l'Europe, de petites liaisons ferroviaires qui permettent par capillarité d'aller, y compris dans des destinations méconnues. Cela participe aussi de ce tourisme durable pour lequel je vais dire un mot juste après.

Et puis, naturellement, cela veut dire aussi, ce tourisme des Européens en Europe, c'est, finalement, renforcer le sentiment d'appartenance à cette Union européenne parce qu'en allant découvrir le patrimoine, les cultures des pays voisins, on se rend compte de tout ce qu'on a en commun en termes de civilisation et puis de destin. Cela tombe bien, vous avez vu le Président de la République avait placé cette présidence française sous les trois mots, justement, de relance, d'appartenance et de puissance. Donc l'appartenance, on y est aussi à travers ce tourisme des Européens en Europe qui indéniablement renforce ce sentiment d'unité.

Le deuxième thème que nous avions retenu était celui de faire de l'Europe la première destination mondiale en termes de tourisme durable. Longtemps, les pays européens faisaient un peu la course entre eux pour savoir qui aurait le plus de touristes internationaux accueillis. Il faut dire que nous n'étions pas en reste, les Français, puisqu'on était sur le podium, numéro un, mais je crois que la crise sanitaire a été un révélateur et un accélérateur : les attentes des consommateurs ont évolué. Je crois qu'on a redécouvert, on l'a dit, nos territoires. Il y a cette attente d'un tourisme plus en circuit court, qui soit toujours plus respectueux des territoires, des populations qui accueillent.

Et donc aujourd'hui, j'ai bien senti qu'il y avait là aussi une grande convergence de vues pour se dire que nous devions avant tout nous positionner comme première destination du tourisme durable, nous, les Européens. Et cela passe par une sensibilisation, naturellement, des prestataires. Cela passe par l'investissement pour rénover nos infrastructures d'hébergement, infrastructures également ferroviaires, de transports etc., les véloroutes. Cela passe également par la formation ; faire en sorte que, dès les écoles hôtelières, cette dimension-là soit prise en compte. Et puis aussi dans la promotion que nous faisons de l'Europe à l'international. Insister sur cette dimension-là et ça a été finalement un grand consensus en ayant en tête que le tourisme durable ce n'est pas seulement la dimension environnementale. C'est naturellement la dimension environnementale, mais la durabilité, c'est aussi dans la dimension sociale, dans la dimension de l'emploi, dans la dimension territoriale. Sociale pour que les emplois soient de qualité. Et donc, il y a un caractère totalement transversal à cette dimension durable pour le tourisme.

Donc voilà, en quelques mots, les échanges qui se sont tenus ce matin. Moi, je me réjouis d'une chose c'est que pour la première fois les ministres du tourisme de l'Union européenne, depuis longtemps, se retrouvaient en présentiel. En fait, cela fait seulement deux ans que les ministres du tourisme de l'Union européenne se retrouvent tout court. Il a fallu attendre la crise pour que, à ce moment-là, on passe en mode gestion de crise, on se dise : il faut qu'on travaille ensemble pour trouver des solutions. Souvenez-vous des frontières, les passages de frontières, c'était compliqué. Auparavant, finalement, chacun faisait un peu la course dans son coin et moi, je me réjouis que depuis deux ans il y ait ce travail en commun qui était conduit avec la Commission, naturellement, avec les Etats membres, et il y a véritablement une filière du tourisme qui se structure à l'échelle européenne alors qu'auparavant, finalement, elle était plutôt éclatée et ça c'est un des acquis, si je puis dire, s'il ne fallait en avoir qu'un, de la crise. Tout ça va faire que nous allons sûrement pouvoir aller plus loin ensemble, plus vite ensemble, et pour cela, je peux vous dire, c'est un grand motif de satisfaction. On l'a vu à l'échelle nationale, cette structuration d'une filière tourisme avec la crise et c'est valable au niveau européen. Grande prise de conscience du fait que nos destins sont unis, y compris pour la dimension touristique qui est si importante dans l'économie européenne - le commissaire y reviendra peut-être - et dans l'économie de nos territoires, et tout simplement dans nos vies ; parce qu'on a bien vu ce que cela faisait que vivre en ne pouvant plus avoir accès à ce qui fait notre art de vivre, les restaurants, les activités de loisirs, l'accès à un certain nombre de territoires qui d'un coup d'un seul étaient fermés.

Et donc, pour cela, nous sommes déterminés à faire cette relance ensemble, une relance du tourisme qui s'inscrive donc dans une dimension, vous l'avez compris, durable. Il ne s'agit pas de repartir comme avant, mais de faire mieux qu'avant.


Q - Monsieur le commissaire, vous parliez d'une forte mobilisation des acteurs du tourisme pour accueillir les réfugiés ukrainiens. Comment l'encourager, voire la poursuivre au niveau de l'Union européenne ?

(...)

R - À titre national, vous le savez, a été mis en place, installé, une cellule ministérielle de crise, une CIC qui est présidée par le préfet Joseph Zimet, et qui permet justement de s'assurer de la bonne prise en charge de toutes ces personnes déplacées et, dans ce cadre-là, la CIC est en train d'examiner le projet de chartre qui est en discussion avec les fédérations d'hôtellerie - l'UMIH, le GNI, etc. - pour que nous puissions, dans la durée, justement, faire face en mobilisant un certain nombre de lits, d'établissements, et avec naturellement une contrepartie financière, puisqu'il y a le temps de l'urgence, de la solidarité et de la générosité qui peut se manifester, néanmoins on est aussi là avec des acteurs économiques qui ont besoin d'être accompagnés pour les prestations offertes. Donc voilà, on est en train de s'outiller et cela sera finalisé vraiment maintenant très prochainement.

Q - Je sais qu'il était question de la révision de la directive "voyages à forfait", et aussi d'une future proposition pour les locations de courte durée. C'était l'occasion pour la Commission de prendre la température sur ces deux sujets. J'aurais juste voulu faire un petit point sur ces 2 questions ; savoir où on en était, s'il y avait des orientations, des divergences ?

R - Juste un mot, au préalable, pour signaler que dans nos thématiques retenues pour cette conférence interministérielle, vous l'avez vu, c'était donc le tourisme des Européens en Europe et l'Europe, première destination du tourisme durable en ayant pour appui le document qui était en discussion. C'est ce document-là qui s'appelle "parcours de transition pour le tourisme", qui vise à bâtir un agenda 2030, en fait, pour le tourisme européen, qui se présente un peu sous forme de boite à outils, avec 27 propositions d'action. Après, les conférences ministérielles informelles, il y a bien la mention d'informelle, c'est qu'elles ont aussi cette capacité à nous permettre de pouvoir - pas de façon, justement, formelle, comme son nom l'indique - en marge de nos thématique, procéder à des échanges de vues. Mais les sujets que vous évoquez, tant directive "voyages à forfait" de 2015 avec d'éventuels correctifs et tout ce qui est location de courte durée, sont en consultation de la part de la Commission. Donc les ministres des Etats membres n'ont pas encore de base sur laquelle émettre des positions. Mais il est clair que ces sujets ont été dans les conversations encore une fois, informelles, notamment hier soir, lors du dîner d'accueil, parce que c'est tout simplement dans la vie quotidienne des territoires ou de la crise sanitaire, des sujets qui se sont posés. Mais vous comprenez qu'on aura besoin d'avoir un texte à un moment pour se prononcer. Peut-être cela sera-t-il sous cette présidence, mais peut-être que cela prendra un peu plus de temps. Mais cela, Monsieur le commissaire, je vous laisse compléter.

(...)

Q - Monsieur le ministre et Monsieur le commissaire, ma question va rejoindre un peu celle de mon confrère juste avant, je voulais savoir quelle direction a été donnée quant à la position de l'Europe sur la caisse de garantie dans l'aérien ? Est-ce que l'exemple danois pourra être étendu à toute l'Europe ?

R - Là aussi, comme pour la précédente question, ce n'était pas formellement à l'ordre du jour des débats, mais l'intérêt de se retrouver, cela permet aussi de partager des vues. En tout cas, tout le monde a bien en tête l'impact qu'il y a eu pour soit des voyagistes, soit des consommateurs qui avaient acheté des prestations sèches dans l'aérien, avec la crise du Covid ; là aussi, il y a un travail qui est engagé dans le cadre de la révision éventuelle de la directive "voyages à forfait", et on doute qu'au-delà du "voyages à forfait"... les ministres à un moment évoqueront ce type de situation. Mais aujourd'hui on ne peut pas faire état en tous les cas de position puisqu'encore une fois, il n'y a pas de texte sur la table.

[...]

R - Un petit mot peut-être à destination de Dijon, des Dijonnais, des Côte-d'Oriens, des Bourguignons, parce que je dois dire, et je me fais interprète unanime des collègues qui ont été enchantés, ravis par l'accueil qui leur a été témoigné ici à Dijon. C'est vrai que certains ont fait parfois de longs voyages pour venir des pays baltes, pour venir, parfois des Balkans, de l'Europe centrale orientale, de Scandinavie, mais je peux vous dire qu'ils n'ont pas été déçus du voyage. Pour beaucoup, c'était la première fois qu'ils venaient à Dijon ; mon petit doigt me dit que ce ne sera pas la dernière. Sans vouloir exagérer, je crois qu'ils avaient véritablement des étoiles dans les yeux, et je veux remercier à cet égard l'accueil qui a été prodigué par la municipalité, François Rebsamen, le maire et président de l'agglomération, par M. le préfet, naturellement, de la région, et tout ça d'ailleurs vient conforter l'ADN international de Dijon. Il y a quelques mois, j'étais déjà ici, dans cette salle, et vous vous en souvenez peut-être, c'était une grande victoire pour Dijon, puisque les Etats membres de l'Organisation internationale de la vigne et du vin avaient accepté de transférer leur siège ici ; cette ONU du vin a pris ses quartiers d'ores et déjà, ses personnels, une bonne partie sont installés en attendant de prendre possession à l'échéance 2024 de l'Hôtel Bouchu d'Esterno, mais vous voyez qu'en six mois de temps, deux grands évènements à dimension internationale se sont tenus ici. Je pense que c'est utile pour le rayonnement international de Dijon et là aussi, vraiment, merci du fond du coeur, parce que pour les habitants je sais que c'est aussi parfois quelques contraintes en termes de circulation, etc. À la fois on s'en excuse et en même temps je peux vous dire que vous avez des délégations des 27 pays de l'Union européenne qui repartent en étant des ambassadeurs de Dijon. Et donc ça, eh bien, ça compte aussi.

[...]

Il y avait là un duo bourguignon qui était à la manoeuvre et donc rien n'est innocent dans ce choix, mais je voulais dire aussi que tout simplement... [...] c'est que la Bourgogne est cette région qui est dans le top 10 des régions à découvrir, selon le guide "Lonely Planet" 2022, qui vous savez, est un peu cette Bible du voyage, et également qui a été classée sixième destination à découvrir dans le monde par CNN. Donc, j'espère que tout ça contribuera à faire venir ces clientèles internationales que nous avons hâte de voir revenir. Merci beaucoup.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr,le 24 mars 2022