Déclaration de Mme Roxana Maracineanu, ministre des sports, sur la prévention des violences dans le sport, Paris le 9 mars 2022.

Intervenant(s) :

Circonstance : 3ème convention nationale de prévention des violences dans le sport, à l'Assemblée nationale le 9 mars 2022

Prononcé le

Texte intégral

Monsieur le président de l'Assemblée nationale, cher Richard Ferrand
Monsieur le ministre de l'Education nationale, de la Jeunesse et des Sports, cher Jean-Michel Blanquer,
Monsieur le Garde des Sceaux, cher Eric Dupond-Moretti,
Monsieur le secrétaire d'Etat chargé de l'Enfance et des Familles, cher Adrien Taquet,
Mesdames et Messieurs les députés,
Mesdames et Messieurs les présidentes et présidents de fédérations,
Mesdames et messieurs,


J'aimerais vous dire mon émotion de me trouver parmi vous ce matin, de revoir ces visages devenus familiers et mêmes chers.

Sarah, Catherine, Isabelle, Audrey, Marie, Ludivine, Benjamin, Adrien... depuis deux ans, vos destins sont liés aux nôtres.

En deux ans, votre combat solitaire est devenu une mission partagée.

Celle de libérer la parole, de faire en sorte que nous soyons prêts à l'accueillir, à exercer, au quotidien, une vigilance bienveillante envers ceux qui nous entourent. 

Celle aussi, d'avoir le courage de signaler des comportements inconvenants voire répréhensibles lorsqu'on en est témoin.

Il y a deux ans, quand j'ai organisé cette première convention nationale au CNOSF, quelques jours après le témoignage de Sarah Abitbol, quelques années après celui de Catherine Moyon de Baecque et d'Isabelle Demongoet, ce que j'ai souhaité vous dire, c'est que nous changions d'ère.

Le temps de l'omerta, du silence, de la solitude est terminé. La souffrance ne disparaitra pas pour autant mais vous n'êtes plus seules.

Nous vous entendons, nous vous croyons et sommes prêts à vous accompagner.

Surtout, nous allons essayer d'avoir autant de courage que vous.

C'est tout cela que j'ai voulu vous dire, ainsi qu'à toutes les victimes, ce 20 février 2020 dans la Maison du Sport Français. Et c'est aussi cela que le monde du sport vous a dit ce jour-là.

Bien sûr, il a fallu convaincre et parfois être combative pour fédérer autour de cette cause. Autour de cette responsabilité, plutôt.

Mais deux ans après, je peux dire que je suis fière du chemin que nous avons parcouru tous ensemble.

Fière de ces sportives et sportifs qui ont osé prendre la parole.

Fière, aussi, du travail de mon ministère, des agents de la direction des sports comme des services déconcentrés et tout particulièrement de celles et ceux qui travaillent au sein de la cellule chargée de traiter les signalements de violences, parfois anciens, toujours douloureux, qui continuent d'arriver. Cette cellule, j'ai souhaité la constituer dès 2019 pour traiter les dizaines de témoignages révélés par une enquête journalistique. Je n'imaginais pas à l'époque qu'elle serait vouée à perdurer et même grossir jusqu'à instruire plus de 610 affaires mettant en cause 655 personnes. Et demain, probablement davantage. Et, paradoxalement, tant mieux !!! Je n'imaginais pas qu'il existait tant de situations dramatiques dans notre champ sportif moi qui ai eu la chance, au cours de ma carrière, de ne jamais vivre de telles atrocités.

Au fond, comment imaginer qu'une activité qui place le corps au centre de toutes les attentions soit épargnée par les maux de la société ? Comment croire qu'une relation entraîneur-entraîné, avec le rapport d'autorité et d'admiration qui y est lié, ne puisse jamais déraper alors qu'on accueille chaque jour des millions d'enfants ?

Nous avons mis du temps à ouvrir les yeux mais soyez assurés que nous ne les refermerons plus.

Et c'est, pour moi, un réel motif de fierté, d'espérance, de savoir le mouvement sportif français conscient que sa responsabilité première est de protéger les enfants, les jeunes filles et garçons qu'il accueille quotidiennement dans ses clubs, ses pôles, ses centres d'entraînement.

Avant même d'enseigner un geste sportif, le rôle d'un entraîneur est d'abord d'éduquer, de porter un regard bienveillant sur des jeunes, les aider à bien grandir, à devenir des citoyens épanouis.

L'immense majorité des éducateurs remplit ce rôle à merveille et je veux le défendre, le valoriser. C'est ce que je n'ai eu de cesse de faire, moi qui me suis construite grâce au sport, moi qui suis devenue citoyenne française grâce au sport.

Et c'est précisément parce que je voue un respect immense aux millions de bénévoles qui donnent leur temps sans compter pour les autres, aux milliers d'éducateurs qui aident chaque jour nos enfants à prendre confiance en eux, que j'ai voulu dénoncer les actes odieux qui salissent notre mission éducative, émancipatrice.

Aimer le sport ne doit pas nous empêcher de regarder en face ses vicissitudes. C'est le seul moyen de les combattre.

Depuis deux ans, le monde du sport se mobilise comme jamais auparavant. C'est une lame de fond qui ébranle nos certitudes mais qui nous rappelle à quel point la confiance accordée par des millions de familles est immense, précieuse. Elle nous oblige.

Je remercie donc du fond du coeur les présidentes et présidents de fédérations, leurs élus, leurs salariés, leurs bénévoles de prendre ce sujet à bras le corps. De bâtir avec courage et détermination de véritables stratégies pour éradiquer ce fléau et dresser un véritable cordon sanitaire autour des enfants, des pratiquants.

Je voudrais aussi saluer l'appui précieux que nous ont apporté le ministère de la Justice, celui de la Santé et tout particulièrement le secrétariat d'Etat à l'Enfance et aux familles, et naturellement celui de l'Education nationale. Merci à vous messieurs les ministres, cher Jean-Michel, cher Eric, cher Adrien de votre appui sans faille pour faire du sport un lieu plus sûr qu'hier pour nos enfants.

Je remercie tout particulièrement Richard Ferrand de nous ouvrir les portes de l'Assemblée nationale. Ce haut lieu de la République est un écrin digne du courage de toutes les victimes, digne de l'engagement du monde sportif pour combattre ces dérives.

Avant de laisser la parole à mon collègue Adrien Taquet qui m'a tant épaulée tout au long du mandat, j'aimerais lancer un appel aux agents du ministère, au mouvement sportif, aux collectivités engagées pour le sport et à tous les partenaires privés qui le soutiennent.

Poursuivez inlassablement ce travail. Soyez les garants de l'honorabilité de nos structures et encadrants. Continuez de porter ce flambeau coûte que coûte. Ne laissez aucune crise, aucune pression, aucune autre urgence prendre le pas sur cet engagement suprême qui doit rester au coeur des politiques publiques et des préoccupations de chacun.

L'espoir et la confiance que nous avons suscités en nous attaquant à ce fléau ne doivent pas être trahis. Le travail que nous avons engagé est immense mais la réalité, c'est qu'il reste encore énormément à faire.

Pour ma part, où que je sois, je continuerai à mener ce combat.


Je vous remercie.


Source https://www.sports.gouv.fr, le 11 mars 2022