Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la relance, à Europe 1 le 30 mars 2022, sur les conséquences économiques du conflit en Ukraine, la politique de l'énergie, la politique économique du gouvernement et l'élection présidentielle.

Texte intégral

SONIA MABROUK
Bienvenue sur Europe 1. Et bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Sonia MABROUK.

SONIA MABROUK
Pour la première fois depuis le début de la guerre en Ukraine, des signaux positifs ont été relevés après les pourparlers à Istanbul, même si le scepticisme est de rigueur. Est-ce que l'espoir d'un début d'accord est malgré tout à portée de main ?

BRUNO LE MAIRE
La prudence est de rigueur, et je dirais même la plus grande prudence. Tant mieux s'il y a des signaux positifs, le président de la République a eu un échange avec un certain nombre de ses homologues hier soir. Je recommande la plus grande prudence dans l'évaluation de la situation. L'urgence aujourd'hui, c'est un cessez-le-feu, c'est le retour à la paix en Ukraine, c'est la priorité absolue. Donc grande prudence sur ces annonces, on a été habitué à quelques déceptions dans les semaines passées.

SONIA MABROUK
Et que recommandez-vous à nos entreprises en Russie, Bruno LE MAIRE, en ce qui concerne la présence de nos grands groupes, hier, DECATHLON a annoncé suspendre donc ses activités, faute d'approvisionnement, tout en précisant qu'il ne s'agit pas de quitter le pays. Quelle est précisément, dites-nous ce matin, la position de la France, est-ce que vous dites à ces entreprises de se maintenir malgré les pressions subies ?

BRUNO LE MAIRE
La position de la France, elle est très claire, les sanctions, toutes les sanctions, et rien que les sanctions, c'est les responsables politiques, les chefs d'Etats qui décident des sanctions que nous imposons à la Russie et à l'Etat russe. Et nous avons décidé un train de sanctions qui, je le rappelle, est le plus vigoureux qui n'ait jamais été décidé contre un autre Etat. C'est des avoirs qui sont gelés, notamment ceux des oligarques, c'est des exportations, des importations qui sont interdites, c'est la déstabilisation du système financier russe, tout ça porte des coups très durs à l'économie. Et nous évaluons au fur et à mesure de la situation si d'autres sanctions sont nécessaires, la seule chose que nous demandons aux entreprises, c'est de respecter rigoureusement et scrupuleusement les sanctions décidées au niveau politique.

SONIA MABROUK
Elles le font, mais sur leur maintien, mais Bruno LE MAIRE, il y a des salariés qui sont insultés, il y a une question d'image, il y a, si vous voyez sur les réseaux sociaux ou ailleurs, des entreprises qui sont classées dans le camp du bien ou le camp du mal, qu'est-ce que vous leur dites, est-ce que la France leur apporte un soutien en leur disant : restez, résistez...

BRUNO LE MAIRE
C'est des entreprises qui...

SONIA MABROUK
Ou alors, non, vous devez partir...

BRUNO LE MAIRE
C'est des entreprises qui apprécient sur le terrain leur situation avec le nombre de salariés qu'elles ont en Russie, vous voyez que certaines ont pris des choix qui sont différents, RENAULT a fait un choix, AUCHAN en a fait un autre, nous, notre responsabilité, une fois encore, c'est de faire respecter les sanctions, on en a discuté avec les entreprises, je pense que notre position, une fois encore, est très claire, les sanctions, toutes les sanctions, rien que les sanctions.

SONIA MABROUK
Mais est-ce que les mots de ZELENSKY, qui a mis clairement la pression sur nos entreprises, il est allé trop loin, est-ce que c'est déplacé et démesuré, est-ce que ça fait prendre un risque à nos entreprises, ce sont quand même des salariés aussi qui sont sur place ?

BRUNO LE MAIRE
Je pense que l'objectif, il est extrêmement clair, c'est affaiblir le pouvoir russe...

SONIA MABROUK
Nous l'avons compris...

BRUNO LE MAIRE
Et donc prendre des sanctions qui soient les plus efficaces possibles, l'objectif n'est pas de faire mal à la population française, l'objectif est de faire mal au pouvoir russe et à l'Etat russe, et c'est comme ça que nous calibrons les sanctions...

SONIA MABROUK
Mais attendez, ni de faire mal à la population russe. Monsieur le Ministre, par exemple le patron d'AUCHAN qui dit dans le Journal du Dimanche : moi, je reste parce que de toute façon, on ne va pas priver la population russe de cela, il ne s'agit pas aussi de faire gonfler l'inflation, est-ce que vous dites qu'il a raison ?

BRUNO LE MAIRE
Je dis que chaque entreprise, en fonction de sa situation sur le terrain, peut prendre des décisions différentes et que nous, notre responsabilité d'Etat...

SONIA MABROUK
Pourquoi êtes-vous si prudent, ce sont quand même...

BRUNO LE MAIRE
Ce n'est pas une question de prudence...

SONIA MABROUK
Si nous, nous partons, quelles entreprises...

BRUNO LE MAIRE
Nous parlons...

SONIA MABROUK
D'autres entreprises vont nous remplacer...

BRUNO LE MAIRE
Nous parlons de guerre et de paix, et quand on parle de guerre et de paix, il vaut mieux avoir une stratégie qui soit très claire, la stratégie qui a été définie par le président de la République, c'est affaiblir le pouvoir russe et faire mal au pouvoir russe, et je considère que nous le faisons, regardez le cours de la rouble, regardez le système financier russe, regardez l'état de l'économie russe avec une récession qui s'annonce très sévère en 2021...

SONIA MABROUK
Oui, oui, mais est-ce qu'il faut faire mal, pardonnez-moi, à nos entreprises en retour ?

BRUNO LE MAIRE
Non, ce n'est pas notre objectif, je le redis, c'est de faire mal au pouvoir russe, donc nous tenons à cette ligne-là, dans le même temps, le président de la République est en tête des leaders européens pour amener Vladimir POUTINE à la négociation, il multiplie les contacts, il déploie tous les efforts nécessaires...

SONIA MABROUK
Monsieur LE MAIRE, oui, tout s'est passé à Istanbul...

BRUNO LE MAIRE
Pour ramener Vladimir POUTINE à la raison et essayer de trouver un accord de paix entre l'Ukraine et la Russie, c'est cette stratégie-là que nous déployons.

SONIA MABROUK
Les prix des carburants, ils sont hauts, Bruno LE MAIRE, au-dessus des 2 euros le litre, malgré une micro baisse hier, mais vraiment, elle ne se ressent pas, le gouvernement a donc promis une remise de 18 centimes le litre, là, ça sera dès vendredi, elle est déjà appliquée dans certaines stations, mais beaucoup de Français, que nous interrogeons à ce micro, nous disent : c'est dérisoire, on ne ressent rien, ça ne fait rien, un pansement sur une jambe de bois.

BRUNO LE MAIRE
Pour des millions de Français, la flambée des prix de l'essence est une difficulté quotidienne majeure, pour tous ceux qui sont obligés de prendre leur véhicule, je le vois dans ma circonscription de l'Eure, où vous êtes aide-soignant, vous êtes transporteur routier, votre vie professionnelle, c'est votre véhicule, donc évidemment que ça pèse terriblement sur des millions de nos compatriotes, mais ça n'est pas rien, l'aide que nous apportons, 18 centimes d'euros par litre, ça fait à peu près 11 euros par plein, vous pouvez ajouter les aides qui sont celles des distributeurs, ça peut vous amener à 20 centimes d'euros par litre. Vous pouvez amener, rajouter l'aide qu'apportent certains pétroliers, ça peut vous amener à 28 centimes d'euros par litre ; je ne dis pas que ça règle toute la difficulté, je dis que ça protège les Français qui sont confrontés à cette flambée des prix de l'essence. Et je dis aussi...

SONIA MABROUK
Pour beaucoup, ils tombent dans une précarité mobilité qui les touche de plein fouet...

BRUNO LE MAIRE
Je dis aussi, Sonia MABROUK, que ça s'ajoute à toute la politique de protection contre la flambée des prix de l'énergie, que nous avons prise dès l'automne, nous avons été le premier pays européen le faire, et le seul pays européen à le faire aussi massivement, car, non seulement, nous protégeons contre la flambée des prix de l'essence, le mieux possible, mais en plus, nous plafonnons les prix de l'électricité, et nous gelons les prix du gaz. Donc la protection qui est accordée aux Français pour qu'ils n'aient pas une facture d'électricité qui flambe, je rappelle qu'elle aurait dû augmenter de 40%, et qu'elle va augmenter uniquement de 4%, c'est toujours trop, mais c'est mieux que 40%. Je rappelle que les prix du gaz ont été multipliés par dix au cours des dernières semaines...

SONIA MABROUK
Bruno LE MAIRE, est-ce qu'il n'y a pas une distorsion, pardonnez-moi, entre ce que vous dites...

BRUNO LE MAIRE
Et qu'ils sont gelés, et les prix de l'essence, nous faisons un effort qui n'est pas négligeable, ça représente quand même 3 milliards d'euros de dépenses, pour essayer d'atténuer le choc sur nos compatriotes.

SONIA MABROUK
N'est-il pas une distorsion entre ce que vous nous dites ce matin, et je prends l'exemple de ceux qui ont interpellé le candidat Emmanuel MACRON à Dijon, en lui disant : ce n'est plus possible, il tentait de leur expliquer sans pouvoir donner de réponse, quelqu'un qui lui a dit : mais Monsieur le Président, Monsieur le candidat, ma mutuelle, il lui a dit : vous n'avez qu'à en changer, on a l'impression, parfois, qu'il y a une distension entre ce que vous présentez et ce que les gens ressentent sur le terrain.

BRUNO LE MAIRE
Mais nous faisons tout ce qui est possible pour protéger les Français contre l'explosion des prix de l'énergie, nous faisons plus que les autres pays européens, nous faisons le mieux possible, et nous adaptons les dispositifs au fur et à mesure pour répondre à ce qui se passe sur le marché de l'énergie, peut-être que, demain, il faudra un dispositif qui soit plus ciblé sur ceux qui n'ont pas d'autre choix que d'utiliser leur voiture pour travailler et qui auront besoin d'une aide plus importante, elle peut être plus ciblée et plus importante pour ceux qui font des dizaines de kilomètres chaque jour pour se rendre sur le lieu de travail, parfois même encore davantage. Mais ce que je veux dire aussi, rappeler avec beaucoup de force c'est, que, Emmanuel MACRON été pendant 5 ans le président du pouvoir d'achat. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est tous les instituts d'études économiques, nous avons soutenu le pouvoir d'achat en valorisant le travail, et pendant tout le quinquennat, avec la prime d'activité, avec la défiscalisation des heures supplémentaires, avec la prime défiscalisée, avec la baisse des charges au début 2017...

SONIA MABROUK
Pourquoi cela n'infuse pas suffisamment, Bruno LE MAIRE, par exemple, Marine LE PEN...

BRUNO LE MAIRE
Nous avons massivement amélioré le pouvoir d'achat de tous ceux qui travaillent...

SONIA MABROUK
Je vous cite d'autres candidats, Marine LE PEN...

BRUNO LE MAIRE
Emmanuel MACRON a été le président du pouvoir d'achat...

SONIA MABROUK
Nous le verrons dans les urnes...

BRUNO LE MAIRE
Et quand il y a eu, je veux quand même le rappeler avec beaucoup de force, quand il y a eu ensuite la crise du Covid, mais qui a pris la décision de payer par l'argent public les salaires des Français ? C'est Emmanuel MACRON, c'est la décision la plus protectrice du pouvoir d'achat qui n'ait jamais été prise en période de crise...

SONIA MABROUK
Toutefois, d'autres candidats, Bruno LE MAIRE, sont reconnus comme candidats du pouvoir d'achat, c'est le cas par exemple, je vous cite notamment Marine LE PEN qui va sur une autre proposition de baisse de la TVA, de 20 à 5,5, est-ce que ce n'est pas plus lisible ou plus significatif dans la tête de certains Français ?

BRUNO LE MAIRE
C'est plus lisible, c'est moins efficace, et c'est dangereux pour l'avenir du pays. Alors, oui, c'est plus lisible, c'est typiquement la proposition que peut faire Marine LE PEN. Ça fait la grande bleue dans le ciel, mais ensuite, ça n'est pas efficace, et c'est mauvais pour l'avenir du pays. Pourquoi ce n'est pas efficace, eh bien, d'abord, parce que les entreprises ne la payent pas la TVA, donc nous, quand on baisse de 18 centimes d'euro par litre, tout le monde en bénéficie, les ménages, les particuliers, mais aussi la PME, mais aussi l'entreprise du bâtiment, mais aussi l'entreprise des travaux publics, mais aussi les pêcheurs, mais aussi les agriculteurs ; visiblement, Marine LE PEN a oublié que tous ces entrepreneurs, ils ont aussi besoin que nous les protégions contre l'augmentation des prix des carburants. Nous, nous le faisons, et c'est plus efficace, et surtout, la proposition de Marine LE PEN, elle est, sur le long terme, dangereuse pour le pays...

SONIA MABROUK
Dangereuse ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, dangereuse, 15 milliards d'euros, 15 milliards d'euros, ça coûte par an, une fois que vous avez baissé la TVA sur l'essence, bon courage à celui qui voudra la remonter ensuite. Donc ça veut dire 15 milliards d'euros pour les énergies fossiles, 15 milliards d'euros pour les producteurs de pétrole, ça veut dire 150 milliards d'euros sur 10 ans, puisque vous ne pouvez pas revenir sur cette baisse de TVA. Alors, qu'est-ce que vous préférez...

SONIA MABROUK
Je croyais qu'il y avait un quoi qu'il en coûte énergétique aussi...

BRUNO LE MAIRE
Vous préférez... mais, Sonia MABROUK, le quoi qu'il en coûte, ce n'est pas le grand n'importe quoi, le quoi qu'il en coûte de Marine LE PEN, c'est le grand n'importe quoi, parce que claquer 150 milliards d'euros sur 10 ans, pour le pétrole, c'est-à-dire pour l'Arabie Saoudite et les producteurs de pétrole, au lieu de le faire pour les énergies renouvelables, pour le nucléaire, pour la transition climatique, pour aider les Français à acheter un véhicule qui consomme moins de carburant, pour aider les Français à transformer leur logement et avoir un logement moins énergivore, je pense que c'est dangereux pour le pays, et enfin c'est dangereux aussi, parce que c'est dangereux pour les finances publiques...

SONIA MABROUK
Ça, on va en parler...

BRUNO LE MAIRE
Donc vous le voyez, je préfère une proposition comme celle que nous faisons, c'est vrai qu'elle est moins éclatante, elle est moins « esparoutiffante », mais au moins, elle est responsable, elle protège les Français. Et surtout, c'est une proposition qui est cohérente avec ce que nous voulons pour l'avenir...

SONIA MABROUK
Bruno LE MAIRE, on va continuer à en parler...

BRUNO LE MAIRE
Ce que nous voulons pour l'avenir, c'est être indépendants en matière énergétique et accélérer la transition climatique.

SONIA MABROUK
Alors, vous dites indépendants en matière énergétique, quand bien même on essaierait, nous Européens, de nous passer du gaz russe, est-ce pertinent, Bruno LE MAIRE, de passer à une autre dépendance, au gaz de schiste américain ?

BRUNO LE MAIRE
Non, certainement pas, mais ce n'est pas ce que nous voulons…

SONIA MABROUK
C'est ce qui va être en tous les cas.

BRUNO LE MAIRE
Ce que nous voulons, nous voulons trouver des solutions immédiates, parce que ma responsabilité, notre responsabilité, avec le président de la République, c'est d'anticiper tous les scénarios, il peut y avoir un scénario dans lequel Vladimir POUTINE décide de couper le gaz pour la France et pour l'Europe, eh bien il vaut mieux avoir préparé ce scénario…

SONIA MABROUK
Ce scénario il est sur la table, sur votre table aussi ?

BRUNO LE MAIRE
Mais bien sûr que ce scénario est aussi sur la table, il faut le préparer, donc il faut se dire si jamais, dans un mois, ou deux, le président russe prend cette décision, quelle solution est-ce que vous avez sur la table ? Il faut avoir des solutions d'urgence, nous travaillons à des solutions d'urgence au cas où cette décision serait prise, ce n'est pas le scénario central, mais notre responsabilité d'envisager toutes les hypothèses.

SONIA MABROUK
Ce scénario il a été évoqué par la patronne du distributeur de gaz, GRDF, très concrètement, Bruno LE MAIRE, ça veut dire qu'il faut se préparer à de potentielles coupures de gaz l'hiver prochain.

BRUNO LE MAIRE
Je le redis, ce n'est pas le scénario central…

SONIA MABROUK
Non, mais ça peut arriver.

BRUNO LE MAIRE
C'est le scénario catastrophe, il faut l'avoir préparé, et dans ce cas-là nous prendrons toutes les décisions qui vont avec.

SONIA MABROUK
Alors, la campagne présidentielle, on vous a entendu très combatif à 11 jours du premier tour, le soupçon autour du cabinet de conseil McKinsey et du rôle d'Emmanuel MACRON pèse sur cette campagne, Bruno LE MAIRE, pourquoi autant de fébrilité chez les ministres et chez le président candidat quand on en parle, à l'évocation de ce simple nom, McKinsey ?

BRUNO LE MAIRE
Mais vous me trouvez fébrile ce matin ? Combatif oui, déterminé à soutenir la réélection d'Emmanuel MACRON, pour qu'enfin notre pays ait de la stabilité, ait de l'action sur le long terme, trois fois oui, mais fébrilité zéro.

SONIA MABROUK
Bien, alors vous répondrez peut-être avec beaucoup de clarté à certaines questions Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Je vais vous dire Sonia MABROUK, je vais vous répondre très clairement…

SONIA MABROUK
Je n'ai pas encore posé la question.

BRUNO LE MAIRE
Ceux qui sont fébriles – vous posez une question sur la fébrilité, la fébrilité c'est celle des oppositions, qu'est-ce que montre cette affaire McKinsey ? L'immense fébrilité…

SONIA MABROUK
On a vu Emmanuel MACRON très agacé rien qu'à l'évocation des questions.

BRUNO LE MAIRE
L'immense fébrilité des oppositions, mais je comprends qu'il soit agacé, enfin tout de même…

SONIA MABROUK
Pourquoi ?

BRUNO LE MAIRE
Mettez-vous à sa place…

SONIA MABROUK
Ce n'est pas mon rôle, mais…

BRUNO LE MAIRE
Essayez une seconde, Sonia MABROUK, de vous mettre à la place du président de la République…

SONIA MABROUK
Mais on pose les mêmes questions à tous.

BRUNO LE MAIRE
Il a pendant 5 ans, combattu l'évasion fiscale, combattu l'optimisation fiscale, il a mis sur pied la taxation des gens du digital, nous nous sommes pris, je le rappelle, des sanctions de Monsieur TRUMP à l'époque parce que nous portions justement cette justice fiscale, pour que les GOOGLE, les AMAZON, les FACEBOOK, payent bien leurs impôts en France. Il a été le chef d'Etat européen qui a porté avec le plus de force la taxation minimale sur les plus grandes entreprises, la taxation à 15%, pour lutter contre l'optimisation fiscale. Il est le président de la République qui a imposé l'amende la plus élevée…

SONIA MABROUK
Monsieur LE MAIRE, et cela empêcherait de lui poser des questions sur ces soupçons ?

BRUNO LE MAIRE
L'amende la plus élevée à GOOGLE, 1 milliard d'euros d'amende à GOOGLE, parce qu'ils localisaient leurs profits en Irlande au lieu de payer leurs impôts en France, donc je comprends que le président de la République, qui a été à la pointe du combat contre l'optimisation fiscale, et pour la justice fiscale internationale, soit un tantinet agacé…

SONIA MABROUK
Bien, donc il y a un agacement.

BRUNO LE MAIRE
Que les oppositions, n'ayant rien d'autre à se mettre sous la dent, aucune proposition à formuler, montent en épingle ce sujet.

SONIA MABROUK
Ce n'est pas une question, et je ne relaie pas l'opposition, je vous pose des questions en direct, d'ailleurs c'est « Le Canard Enchaîné » qui parle de cela, est-ce que Bercy a fermé les yeux sur des montages fiscaux qui auraient dû donner l'alerte, sonner l'alerte ?

BRUNO LE MAIRE
Bercy a imposé, je le rappelle, la plus grosse amende fiscale qui n'ait jamais été imposée à GOOGLE, 1 milliard d'euros, 500 millions d'euros de redressement fiscal, 500 millions d'euros d'amende…

SONIA MABROUK
Je ne parle pas de GOOGLE.

BRUNO LE MAIRE
Oui, mais on n'a pas de leçon à recevoir Sonia MABROUK, de qui que ce soit…

SONIA MABROUK
C'est une question, est-ce que vous avez fait des concessions fiscales à McKinsey ?

BRUNO LE MAIRE
En matière de lutte contre l'optimisation fiscale. Nous avons engagé une vérification fiscale sur McKinsey, pour être tout à fait précis, avant le rapport du Sénat, parce que nous avons bien vu, enfin nous ne sommes pas nés de la dernière pluie, on n'est pas des perdreaux de l'année, on le sait bien qu'il y a des grandes entreprises internationales, qu'est-ce qu'elles font, je reprends l'exemple de GOOGLE, elles font de très grands profits en France et puis elles disent « attendez mais, si on fait des profits en France, c'est parce que les consommateurs français sont intéressés par la marque, la marque GOOGLE », or la marque GOOGLE elle est localisée en Irlande, où, comme par hasard, le taux d'impôt sur les sociétés est beaucoup plus faible, donc tous les profits qu'on fait en France, on les rapatrie en Irlande, au nom de ces fameux prix de transfert, de paiement de la marque, et comme ça on paie beaucoup, beaucoup, beaucoup moins d'impôts, c'est révoltant, ça a été condamné et ça a été poursuivi. Je vais faire exactement la même chose, exactement la même chose, pour McKinsey, nous allons vérifier qu'il n'y a pas eu…

SONIA MABROUK
Après, après, vous le faites a posteriori.

BRUNO LE MAIRE
Mais, Sonia MABROUK…

SONIA MABROUK
Quand on passe, Monsieur le ministre, un marché public avec un cabinet…

BRUNO LE MAIRE
Non, non, Sonia MABROUK…

SONIA MABROUK
On ne s'assure pas qu'ils payent leurs impôts en France ?

BRUNO LE MAIRE
Non, Sonia MABROUK, trois fois non, pas après, avant le rapport du Sénat, donc remettons un peu de clarté et de raison dans ce dossier, où je vois, une fois encore, beaucoup de fébrilité, d'agacement, de la part des oppositions qui voient arriver le premier tour, qui se disent mais qu'est-ce qu'on pourrait faire pour essayer de déstabiliser Emmanuel MACRON, parce que dans le fond leur seul projet c'est d'affaiblir Emmanuel MACRON, donc moi je veux remettre…

SONIA MABROUK
Mais dites-nous clairement, est-ce que ce sont pour vous des boules puantes ?

BRUNO LE MAIRE
Je veux remettre…

SONIA MABROUK
Bruno LE MAIRE, il y a maintenant des soupçons sur le patrimoine d'Emmanuel MACRON, est-ce que vous dites ce matin boules puantes, il n'y a rien à voir, circulez ?

BRUNO LE MAIRE
C'est la preuve de l'immense désarroi des oppositions qui n'ont pas réussi à déstabiliser Emmanuel MACRON avec des propositions qui soient convaincantes pour les Français, et qui du coup montent en épingle des affaires qui n'existent pas. Je rappelle que nous avons engagé des vérifications fiscales sur McKinsey avant le rapport du Sénat, je rappelle que nous avons condamné GOOGLE pour ses pratiques comme jamais cela n'a été fait, et que nous engagerons toutes les vérifications fiscales nécessaires sur McKinsey, McKinsey paiera tous les impôts qu'ils doivent à la France, rubis sur l'ongle.

DIMITRI PAVLENKO
Bruno LE MAIRE, le ministre de l'Economie et soutien d'Emmanuel MACRON, est l'invité d'Europe Matin jusqu'à 9h. Mathieu BOCK-COTE nous a rejoints. Bonjour Mathieu.

MATHIEU BOCK-COTE
Bonjour.

DIMITRI PAVLENKO
A vous l'honneur !

MATHIEU BOCK-COTE
Alors depuis plusieurs mois, vous avez fait campagne avec d'autres figures de la majorité contre ce que vous appelez l'extrême-droite, dont vous redoutiez la présence au second tour, aujourd'hui, se dessine une possibilité autre, la présence de Jean-Luc MELENCHON au second tour contre Emmanuel MACRON. En quoi est-ce un adversaire différent, que représente-t-il pour vous ?

DIMITRI PAVLENKO
Silence éloquent !

BRUNO LE MAIRE
Oui, parce que je fais campagne pour un projet, pour le projet d'Emmanuel MACRON, pour la valorisation du travail, pour la compétitivité des entreprises, pour la construction européenne qui soit plus efficace, je ne fais pas campagne contre. Donc évidemment, je regarde les projets, j'ai dénoncé les de Marine LE PEN sur les carburants, pour montrer que nos propositions sont, je crois, plus solides, mais je ne me lève pas tous les matins en disant : mais qu'est-ce que je vais reprocher à Jean-Luc MELENCHON, qu'est-ce que je vais reprocher à Marine LE PEN, je me lève tous les matins en me disant comment expliquer aux Français que notre projet est le meilleur pour la nation française.

MATHIEU BOCK-COTE
Vous avez longtemps critiqué néanmoins ZEMMOUR, LE PEN, en disant : voilà pourquoi, telle, telle, telle raison, je ne me souciais pas, là, c'est un tout autre péril politique pour vous qui se présente donc. Néanmoins, comment le caractérisez-vous ? La politique, vous savez, c'est un peu le combat quelquefois...

BRUNO LE MAIRE
Bien sûr, mais je ne sens pas de péril politique, je ne pense pas qu'il y ait péril en la demeure dans cette élection, je pense qu'il faut rester mobilisé jusqu'au dernier jour, je suis convaincu que le projet qu'a présenté à Emmanuel MACRON est celui qui répond le mieux aux attentes des Français...

MATHIEU BOCK-COTE
Qu'est-ce que vous voulez dire par il n'y a pas péril en la demeure ? Quand vous dites : il n'y a pas péril en la demeure, qu'entendez-vous ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, je pense qu'il faut garder, jusqu'au dernier jour, sa totale détermination et son calme total, tout autant. Et que faire campagne, ça n'est pas s'agiter tous les matins, dont je vois beaucoup les oppositions, je le disais à Sonia MABROUK tout à l'heure, moi, je suis frappé de voir les oppositions qui n'ont qu'un seul mot à la bouche : battre Emmanuel MACRON, moi, mon objectif n'est pas de battre untel ou de battre untel, c'est que, Emmanuel MACRON puisse continuer l'action qu'il a menée au service des Français depuis 5 ans, et qui permet aujourd'hui à la France d'avoir une situation économique meilleure que celle de ses voisins, d'avoir un taux de chômage qui est l'un des plus bas depuis des décennies, un taux d'emploi le plus élevé depuis 1975, d'avoir retrouvé une attractivité que nous n'avons jamais connue, d'avoir une présence sur la scène internationale et sur la scène européenne que nous n'avions pas eue depuis des années ; c'est pour ça que je me bats ; ce n'est pas ; une fois encore, contre untel ou contre untel...

MATHIEU BOCK-COTE
Permettez-moi de vous rappeler que vous êtes en campagne néanmoins contre des adversaires qui vous critiquent aussi.

BRUNO LE MAIRE
Mais vous savez, j'ai fait beaucoup de campagnes, j'ai fait les campagnes de primaires...

MATHIEU BOCK-COTE
Peut-être pas en ce moment...

BRUNO LE MAIRE
J'ai fait les campagnes législatives, et j'avais une ligne de conduite à toutes les campagnes législatives que j'ai menées, c'est de ne jamais parler de mes adversaires, de parler de ce que je défendais pour les habitants de ma circonscription de l'Eure, ça m'a plutôt réussi.

MATHIEU BOCK-COTE
Et pourtant, vous en parlez...

BRUNO LE MAIRE
Donc j'estime que pour défendre Emmanuel MACRON, la meilleure façon de le faire, c'est quand il y a des propositions que je juge déplacées ou inefficaces, je les dénonce, mais je veux surtout porter des propositions du candidat.

MATHIEU BOCK-COTE
Et pourtant, vous parlez de vos adversaires assez souvent, de temps en temps, à tout le moins, que je vous ai souvent entendu dire les extrêmes, c'est le terme que vous utilisez pour parler de vos adversaires, vous connaissez la formule de Malraux, qui disait : entre nous et les communistes, il n'y a rien, en ce moment, on peut dire que La République En Marche, soit, tout le moins la coalition présidentielle, aura vidé d'abord le Parti socialiste, est en train de vider probablement une bonne partie des Républicains ; diriez-vous, demain ou après-demain, qu'entre votre, la coalition présidentielle, et les extrêmes, il n'y a rien ?

BRUNO LE MAIRE
Je pense que le procès qu'il y a derrière, c'est de nous expliquer que la recomposition politique qui était engagée en 2017 pourrait conduire à l'absence de débat politique, eh bien, je crois exactement l'inverse, je crois simplement que nous avons un débat politique qui est sur des bases qui vont être plus saines, le débat politique d'avant, c'était le débat entre la droite et la gauche, si vous demandez à un jeune de 18, 19, 20 ans, s'il se positionne à droite ou à gauche, il va vous regarder avec des grands yeux écarquillés, il se positionne pour le climat, il se positionne pour le travail, il se positionne pour ses conditions de travail et pour son avenir, donc il se positionne en fonction de sujets de fond, et c'est exactement ce qui est en train de se passer aujourd'hui. On sort de décennies où le positionnement se faisait autour de la droite et de la gauche pour aller vers un positionnement autour de trois grands pôles politiques, le pôle de la décroissance, le pôle du nationalisme et le pôle central, que représente Emmanuel MACRON, ça n'interdit pas le débat politique, ça fait reposer le débat politique sur des sujets de fond plutôt que sur des appartenances partisanes, et c'est mieux pour le pays.

MATHIEU BOCK-COTE
J'entends très bien, mais au deuxième tour, entre Emmanuel MACRON, d'un côté, nous ne doutons pas de sa présence, mais de l'autre côté, l'autre candidat, que vous associez, permettez-moi de le redire, vous avez une forme de continuité dans votre discours, aux extrêmes, vous parlez aujourd'hui de la décroissance des nationalistes, mais, les extrêmes est un terme que vous avez souvent utilisé. Au deuxième tour, donc avec Emmanuel MACRON, d'un côté, et les extrêmes de l'autre, est-ce que ça ne consiste pas à diviser les Français beaucoup plus qu'on ne le faisait d'habitude, parce que si la moitié des Français ou 45 % des français sont dans les extrêmes, c'est un pays au seuil de la crise ?

BRUNO LE MAIRE
Mais notre pays n'est pas au seuil de la crise, notre pays, il doit choisir ce qu'il veut pour les 5 prochaines années, et retirerons ces mots d'extrême, retirons toutes ces étiquettes qui, finalement, brouillent le débat, et regardons maintenant...

MATHIEU BOCK-COTE
Vous pensez qu'on a tort d'utiliser le terme les extrêmes quand on parle de vos adversaires ?

BRUNO LE MAIRE
Je pense que nous sommes à dix jours de l'élection présidentielle, et que la seule chose qu'il faut faire, c'est regarder ce que proposent les candidats sur les retraites, le travail, le climat, les entreprises, l'Europe, parce que contrairement à ce qu'on dit, et je veux en profiter pour dire à quel point, il est vital de voter, et à quel point l'abstention est un poison, la politique change les choses, la politique fait la différence, et suivant que vous votez pour Marine LE PEN, qui propose sur les retraites des solutions qui n'en sont pas, qui vont affaiblir le régime de retraite par répartition, et la solidarité entre les Français, ou que vous votez pour Emmanuel MACRON, pardon, mais ce n'est pas la même chose dans votre vie quotidienne, si vous votez pour Jean-Luc MELENCHON, qui propose une augmentation massive des impôts ou pour Emmanuel MACRON, qui a baissé massivement les impôts pendant 5 ans et qui propose à nouveau de baisser les impôts, votre vie quotidienne ne sera pas la même, si vous votez pour Marine LE PEN, qui propose de subventionner les carburants, et donc les énergies fossiles, et nous, qui proposons de flécher toutes les recettes fiscales issues des énergies fossiles, l'essence, le diesel, vers les énergies vertes, et vers la transition climatique, dans 10 ou dans 15 ans, ce ne sera pas...

DIMITRI PAVLENKO
Bruno LE MAIRE, c'est une promesse...

BRUNO LE MAIRE
... Ce ne sera pas la même France...
 30 mars 2022
13
DIMITRI PAVLENKO
... Du candidat MACRON ce que vous êtes en train de dire. Mais Bruno LE MAIRE, attendez, c'est une promesse du candidat MACRON que vous venez de faire, parce que c'était une recommandation du Conseil des prélèvements obligatoires, formulée, il y a quelques semaines de cela. Et vous la reprenez à votre compte au nom du candidat MACRON ce matin ?

BRUNO LE MAIRE
C'est une proposition...

DIMITRI PAVLENKO
Ce fléchage, je le rappelle, de la fiscalité énergétique vers les investissements verts...

BRUNO LE MAIRE
C'est une proposition que nous reprenons, il faut flécher les recettes fiscales vers les énergies vertes, il faut que la transition climatique soit financée, et je pense que le chef d'Etat européen, qui s'est le plus engagé pour l'accélération de cette transition climatique, c'est Emmanuel MACRON, et vous voyez bien que dans ce moment de guerre en Ukraine, c'est bien le vrai débat et le vrai sujet, est-ce que, au lendemain de cette guerre en Ukraine, à cause de la crise énergétique, nous revenons en arrière, nous rouvrons des centrales à charbon, nous nous rendons encore plus dépendants du gaz, encore plus dépendants du pétrole, nous renonçons nos investissements dans les énergies vertes, ou est-ce qu'au contraire, on en profite pour accélérer la transition climatique, procéder différemment en fléchant les recettes fiscales vers les énergies vertes, de façon à ce que la transition climatique soit accélérée, et que notre indépendance énergétique soit garantie ; c'est exactement ce que propose Emmanuel MACRON. Et de ce point de vue-là, oui, il faut du courage pour tenir sur les questions de taxation, pour avoir à chaque fois des solutions qui soient ciblées et efficaces, mais c'est ce qui préserve l'avenir de long terme des Français, je pense que c'est une des qualités majeures du président de la République, il ne pense pas uniquement au lendemain, il pense aussi à l'avenir de long terme de la nation française.

MATHIEU BOCK-COTE
Alors, vous avez dit quelque chose d'important il y a quelques instants, vous avez dit laissons de côté ces termes inutilement vexants, les extrêmes, j'utiliserai un autre terme que vous avez utilisé au fil du temps, j'ai eu l'occasion de vous interviewer à quelques reprises, les partis antirépublicain ou qui ne sont pas républicains, donc dans votre esprit, je devine Reconquête!, le Rassemblement national et La France Insoumise, c'est ce que vous suggériez...

BRUNO LE MAIRE
Je crois n'avoir... autant les extrêmes, c'est un mot que j'ai employé...

MATHIEU BOCK-COTE
Vous parliez des partis républicains et ceux qui ne l'étaient pas...

BRUNO LE MAIRE
Je crois n'avoir jamais distingué entre les partis républicains ou pas républicains, vous vérifierez...

MATHIEU BOCK-COTE
Avec plaisir...

BRUNO LE MAIRE
Je pense n'avoir jamais fait cette distinction.

MATHIEU BOCK-COTE
Donc je comprends que pour vous, tous les partis présents en ce moment, donc le Rassemblement national, Reconquête!, La France Insoumise, sont des partis républicains ?

BRUNO LE MAIRE
Vous savez, je pense que quand on commence à vouloir diffamer son adversaire, c'est qu'on n'a pas le courage de combattre ces idées, moi, je combats les idées du Front national, je combats les idées de l'extrême gauche, je combats les idées de La France Insoumise, mais je n'essaie pas de leur coller des étiquettes infamantes pour fuir le débat, je suis prêt à répondre sur chacune des propositions de ces partis politiques et de ces candidats pour montrer qu'elles ne sont pas appropriées pour la France.

MATHIEU BOCK-COTE
Donc quand vos collègues, quand vos alliés de La République En Marche ou de la coalition présidentielle utilisent de tels termes pour combattre leurs adversaires, ils ont tort, ils radicalisent le conflit ?

BRUNO LE MAIRE
Mais chacun fait campagne comme il le souhaite, moi, je suis...

MATHIEU BOCK-COTE
Mais ils sont dans la même campagne que vous...

BRUNO LE MAIRE
Je suis ici pour défendre le président de la République, et je pense que brandir des anathèmes, ça n'est pas la meilleure façon de gagner une élection, gagner une élection, ça se gagne avec son coeur, ça se gagne avec ses convictions, ça se gagne en dénonçant les propositions de ses adversaires, mais pas en essayant de leur mettre un anathème sur le dos.

DIMITRI PAVLENKO
Bruno LE MAIRE, ministre de l'Economie et soutien d'Emmanuel MACRON est l'invité d'Europe 1 jusqu'à 9h. Bruno LE MAIRE, dans cette fin de campagne une polémique surgit concernant le patrimoine d'Emmanuel MACRON, déclaré à hauteur de 500.000 euros auprès de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, certains s'interrogent, ce sont des journalistes notamment, dans une publication repris par le journal « l'Humanité », sur des montants que le président de la République aurait gagnés à l'époque où il travaillait à la banque Rothschild, montants dont il n'y a pas de trace. Considérez-vous que cette affaire pour laquelle, je le répète, il n'y a à ce stade pas de preuves, ce n'est pas encore documenté concrètement, mais voyez-vous là une épée de Damoclès politique malgré tout au-dessus de la tête du candidat MACRON, dans le sillage de ce qu'on disait tout à l'heure sur l'affaire McKinsey notamment ?

BRUNO LE MAIRE
Moi je vois surtout la multiplication de tristes polémiques d'une triste campagne. Quand on n'a pas de débat sur les sujets de fond, quand on n'arrive pas à déstabiliser son adversaire parce qu'on a travaillé sur le fond de ce qu'on a à proposer aux Français, eh bien tout d'un coup on vous sort McKinsey. Je pense avoir répondu clairement sur les vérifications fiscales que nous avions engagées sur cette entreprise, on sort le patrimoine du candidat, mais enfin tout ça ce sont des polémiques stériles, qui ne font pas avancer la vie quotidienne des Français, et c'est un peu dommage, quand un rendez-vous politique aussi important…

DIMITRI PAVLENKO
Tout de même, « L'argent caché d'Emmanuel MACRON », vous voyez les titres se profiler sur les réseaux sociaux…

BRUNO LE MAIRE
Mais bien sûr, mais vous pouvez aussi inventer tout et n'importe quoi pour faire le buzz, occuper les médias, occuper le devant de la scène, et puis ensuite vous avez une élection, qui ne se fait pas sur les bons sujets, et c'est l'avenir de la France qui en dépend, donc moi je voudrais simplement qu'on revienne, que tous ceux qui attaquent sur ce sujet-là, apportent des preuves, fassent les vérifications, et démontrent…

DIMITRI PAVLENKO
Qu'ils attaquent au pénal quoi !

BRUNO LE MAIRE
Voilà, il y a une justice, on est dans un Etat de droit, mais pour moi la politique c'est d'abord des propositions de fond pour les Français, ce n'est pas des attaques personnelles ciblées sur les candidats.

DIMITRI PAVLENKO
Depuis que vous êtes dans ce studio, Bruno LE MAIRE, vous avez mis en avant la technicité du bilan d'Emmanuel MACRON, le sérieux, le professionnalisme de l'équipe, loin des polémiques politiciennes stériles. Alors, parlons très concrètement, vous êtes ministre des Finances aujourd'hui, quand on fait le bilan du quinquennat on observe que les prélèvements obligatoires, l'ensemble des impôts, n'ont jamais été aussi élevés que pendant le quinquennat d'Emmanuel MACRON, 44,5% du PIB, de la richesse nationale, on paye beaucoup d'impôts et en même temps on voit que la dette a progressé de 26%, c'est 7 points de plus que la moyenne de la zone euro sur les cinq dernières années. Est-ce que vous admettez malgré tout une sorte d'échec, un laisser-aller, peut-être un manque de rigueur budgétaire, Bruno LE MAIRE ?

BRUNO LE MAIRE
Non, absolument pas, et vous savez vous-même, Dimitri PAVLENKO, que vos chiffres sont présentés de manière fallacieuse…

DIMITRI PAVLENKO
Ah bon ?

BRUNO LE MAIRE
Mais bien sûr.

DIMITRI PAVLENKO
Absolument pas !

BRUNO LE MAIRE
Mais si, vous pouvez toujours prendre un pourcentage de prélèvements obligatoires en prenant un PNB qui a été affecté par la crise, vous savez que c'est malhonnête, vous êtes suffisamment bon journaliste pour savoir que ce n'est pas honnête. Le chiffre qui est honnête…

DIMITRI PAVLENKO
Oui, sauf que l'écart se creuse notamment en période hors Covid, avant 2019.

BRUNO LE MAIRE
Mais, Dimitri PAVLENKO, le chiffre qui est intéressant, que vous connaissez aussi bien que moi, vous en souriez même, donc vous savez parfaitement que votre présentation…

DIMITRI PAVLENKO
Je suis un peu surpris que vous m'accusiez de présentation fallacieuse.

BRUNO LE MAIRE
Votre présentation n'est pas honnête, vous présentation serait plus honnête si vous disiez que, entre 2017 et 2022, Emmanuel MACRON a baissé les impôts des ménages de 26 milliards d'euros, qu'il a baissé l'impôt sur le revenu, qu'il a supprimé la taxe d'habitation, elle serait plus honnête si vous montriez que nous avons tenu bon sur la baisse de l'impôt sur les sociétés. Quelle autre majorité aurait tenu bon dans la crise pour dire l'impôt sur les sociétés était à 33,3%, Emmanuel MACRON a été élu, a dit " je les ramènerai à 25% ", nous sommes en 2022, reconnaissez…

DIMITRI PAVLENKO
Ce qui nous ramène dans la moyenne internationale.

BRUNO LE MAIRE
Bien sûr, ça je le reconnais bien volontiers.

DIMITRI PAVLENKO
Ce n'est pas mieux-disant !

BRUNO LE MAIRE
Mais il a tenu parole. Et je vais vous dire, ce qui fait la force d'Emmanuel MACRON c'est précisément que les engagements qu'il a pris, il les a tenus. Et sur les finances publiques, je rappelle qu'entre 2017 et 2018 nous avons sorti la France de la procédure pour déficit excessif, nous avons réduit le niveau de dette…

DIMITRI PAVLENKO
La dette est restée stable quand elle baissait chez nos voisins.

BRUNO LE MAIRE
Mais, je suis tout à fait d'accord, mais nous avons tenu notre engagement. Après nous avons fait un choix, pendant la crise du Covid, et ça c'est un vrai débat politique, moi je suis prêt à échanger avec n'importe qui sur ce sujet, avec ceux qui nous disent qu'on a cramé la caisse, avec ceux qui nous disent qu'on n'a pas fait assez, nous avons pris des décisions sages, responsables, qui ont sauvé l'économie française, et les restaurateurs qui nous écoutent, les hôteliers qui nous écoutent, les indépendants qui nous écoutent, dans le fond d'eux-mêmes ils le savent, et ils nous le disent, « merci d'avoir sauvé nos emplois », " merci d'avoir sauvé nous entreprises ", " merci d'avoir fait le quoi qu'il en coûte ", " parce que sans vous, non seulement l'économie française se serait effondrée, mais vous savez aussi parfaitement que nos finances publiques se seraient encore plus dégradées ", parce que ce qui coûte le plus cher ce n'est pas de protéger, c'est de réparer.

DIMITRI PAVLENKO
Alors malgré tout, je continue avec des chiffres que vous trouverez peut-être fallacieux…

BRUNO LE MAIRE
Mais on peut présenter des chiffres, vous le savez parfaitement, je vous reproche simplement votre présentation des chiffres.

DIMITRI PAVLENKO
Bon. Je vous cite des chiffres qui sortent de l'institut Molinari, qui publiait une étude hier, montrant que malgré les réformes du quinquennat en faveur de la compétitivité des entreprises, vous avez parlé aussi d'attractivité tout à l'heure, on est quand même encore loin d'avoir remonté le peloton européen du fait d'une fiscalité, pardonnez-moi d'insister, mais qui demeure plus forte chez nous qu'ailleurs, et il y a ce chiffre, la rentabilité des entreprises françaises, 17%, c'est 26% en moyenne dans l'Union européenne. Alors, comment on fait pour récupérer ces 9 point qui nous séparent encore des autres, Bruno LE MAIRE ?

BRUNO LE MAIRE
Ça, pour le coup, voyez, étant un garçon honnête, je ne le conteste pas, je suis tout à fait d'accord que ce que nous avons engagé c'est bien, ça donne des résultats, on le voit sur la croissance, on le voit sur l'emploi, qui est quand même le grand succès d'Emmanuel MACRON, le taux d'emploi le plus élevé depuis 1975, c'est lui qui l'a fait, ce n'est pas les oppositions, on a amélioré la compétitivité des entreprises, mais, reconnaissons-le, il faut aller plus loin. Et dans le projet d'Emmanuel MACRON, quand il propose de supprimer 7 milliards d'euros de contribution, la CVAE, donc un impôt de production, c'est pour essayer une fois encore de raccrocher les wagons avec nos concurrents, notamment l'Allemagne, qui ont des impôts de production qui sont beaucoup moins élevés.

DIMITRI PAVLENKO
Mais pourquoi voter Emmanuel MACRON, plein d'autres candidats proposent la baisse des impôts de production ?

BRUNO LE MAIRE
Mais pour une raison qui est simple, c'est que nous on l'a fait, et que lorsque j'ai proposé la baisse des impôts de production, c'est un combat que nous avons mené, avec le président de la République, depuis 2017, les mêmes, qui aujourd'hui demandent plus d'impôts de production, plus de baisse d'impôts de production, les mêmes, les mêmes, s'opposaient à cette baisse des impôts de production. Moi j'ai souvenir d'un François BAROIN, président de l'AMF, venant m'expliquer qu'il était hors de question de baisser les impôts de production, les Républicains, donc quand les Républicains ensuite viennent vous dire il faut baisser les impôts de production, c'est très sympathique, mais nous on l'a fait, on l'a fait contre eux, et on propose d'aller plus loin.

SONIA MABROUK
Bruno LE MAIRE, c'est important, vous parlez des communes, puisque vous avez parlé de l'AMF, il y a aussi pour les propriétaires l'envol de la taxe foncière, les communes affirment qu'elles n'ont pas d'autre choix aujourd'hui, vous ne leur avez pas laissé le choix en supprimant la taxe d'habitation sans compensation, c'est un vrai sujet. Il y a beaucoup de propriétaires, on ne parle pas de gens extrêmement riches, mais qui possèdent un bien, que dites-vous à tous ces Français aujourd'hui, et les communes qui vous disent " nous nous n'avons pas le choix, ça va…un montant record ! " ?

BRUNO LE MAIRE
Je dis que nous avons compensé, par exemple sur la baisse des impôts de production, nous avons compensé par des recettes de TVA, donc nous avons compensé à l'euro près la perte de recettes fiscales, et là je vois bien les inquiétudes des communes sur la nouvelle baisse des impôts de production, elle est indispensable pour réindustrialiser le pays, et on va le faire en dialoguant avec les communes, en dialoguant avec les maires, pour s'assurer qu'effectivement ils ne perdent pas, notamment c'est plutôt les régions qui sont concernées par la suppression de la CVAE, mais nous allons le faire en concertation et dans le dialogue avec eux. Mais je reviens à cette idée de long terme, qu'est-ce qu'on veut comme France sur le long terme, est-ce qu'on veut, oui ou non, la réindustrialisation du pays ? Est-ce qu'on veut enfin, comme nous avons commencé à le faire, mettre fin à des décennies de délocalisations ? vous ne pouvez pas le faire, et Dimitri PAVLENKO l'a très bien dit tout à l'heure, si vous n'êtes pas au même niveau de compétitivité, et d'offre en matière fiscale, que vous voisins allemands, italiens ou espagnols, c'est totalement impossible, donc il faut juste, dans ce débat présidentiel, qu'on sache quelle France nous voulons, à échéance de 15 ou 20 ans. Nous nous voulons une France qui a retrouvé sa puissance industrielle, nous voulons une France du plein emploi, où tout le monde a un travail, et nous voulons une France qui soit décarbonée, voilà les orientations qui justifient nos choix politiques actuels.

MATHIEU BOCK-COTE
Nous arrivons bientôt au terme de cet entretien. Nicolas SARKOZY, figure importante de la classe politique française, de la vie politique française, l'ancien président, ne sera pas présent au meeting de Valérie PECRESSE dimanche prochain, comment interprétez-vous cette absence ?

BRUNO LE MAIRE
Il a peut-être mieux à faire, mais je ne suis pas maître de l'agenda de Nicolas SARKOZY.

SONIA MABROUK
Vous êtes en contact avec lui ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, bien sûr.

SONIA MABROUK
Alors, vous n'allez pas nous dire vos échanges, mais c'est un contact régulier, nourri, nous dit-on, c'est le cas ?

BRUNO LE MAIRE
C'est un contact régulier…

DIMITRI PAVLENKO
" Le Point " nous apprend qu'il est venu déjeuner à Bercy avec vous récemment, c'est une information publique.

BRUNO LE MAIRE
J'ai travaillé pendant 5 ans avec Nicolas SARKOZY, j'ai été son secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, j'ai été son ministre de l'Agriculture, j'ai été heureux de travailler avec lui, et de travailler pour les Français avec Nicolas SARKOZY. Vous savez, quelles que soient les évolutions politiques, les recompositions politiques, il y a aussi des liens personnels, j'ai gardé un lien personnel très fort avec Dominique de VILLEPIN, j'ai travaillé avec lui pendant des années, ça a été une grande fierté pour moi de travailler avec lui, j'avais gardé un lien très fort avec Jacques CHIRAC, j'ai aussi gardé un lien d'amitié avec Nicolas SARKOZY, et je suis toujours heureux d'échanger avec lui. Après, la décision qu'il prendra…

SONIA MABROUK
D'échanger sur l'avenir, la reconstruction, des gens de droite qui viendront vers vous.

BRUNO LE MAIRE
Mais la décision qu'il prendra, pour les élections présidentielles, n'appartient qu'à lui, il est ancien président de la République, c'est un homme qui pèse dans le débat public, sa décision n'appartient qu'à lui.

DIMITRI PAVLENKO
Une toute dernière question. Le moral des ménages mesuré par l'INSEE, il est au plus bas depuis novembre 2020, en fait jamais les Français n'ont été aussi pessimistes sur la situation économique du pays à 10 jours d'une élection présidentielle, qu'est-ce que vous leur dites ce matin ?

BRUNO LE MAIRE
Je leur dis d'abord que je comprends cette anxiété, j'emploierais vraiment le terme d'anxiété plus l'inquiétude, il y a beaucoup de ménages qui se demandent comment est-ce qu'ils vont boucler les fins de mois, comment est-ce qu'ils vont payer leur plein d'essence, qui s'inquiètent de l'augmentation des prix alimentaires. Je leur dis également que nous sommes là pour les protéger, que nous l'avons fait sur le gaz, que nous l'avons fait sur l'électricité, que nous le faisons maintenant sur l'essence, et je leur dis également que sur le long terme il n'y a qu'une seule bonne réponse, c'est le plein emploi, le travail pour tous, un travail bien rémunéré, c'est la politique que nous avons menée depuis 5 ans avec Emmanuel MACRON, elle a donné des résultats, il faut la poursuivre.

DIMITRI PAVLENKO
Merci Bruno LE MAIRE.

SONIA MABROUK
Merci d'avoir été notre invité Bruno LE MAIRE.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 31 mars 2022