Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la relance, à France Info le 7 avril 2022, sur le recours aux cabinets de conseil, le programme électoral d'Emmanuel Macron, la réforme des retraites, le pouvoir d'achat et les sanctions économiques contre la Russie.

Texte intégral


MARC FAUVELLE
Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Marc FAUVELLE.

MARC FAUVELLE
Vous n'êtes pas candidat à l'élection présidentielle, cette fois-ci…

BRUNO LE MAIRE
Je vous le confirme…

MARC FAUVELLE
Mais c'est vous qui êtes chargé de représenter le candidat Emmanuel MACRON ce matin, car il a décliné toutes nos invitations qui étaient pourtant extrêmement nombreuses, à trois jours du premier tour, c'est donc vous qui allez répondre tout à l'heure aux auditeurs et aux téléspectateurs de France Info, qui peuvent nous appeler dès maintenant au 0809 40 41 42 au prix d'un appel local. L'actualité tout d'abord, c'est le Parquet financier qui a décidé d'ouvrir une enquête pour blanchiment aggravé de fraude fiscale contre le cabinet de conseil américain McKinsey, accusé par un rapport du Sénat de ne pas avoir payé d'impôt sur les sociétés pendant dix ans. Est-ce que vous vous en réjouissez ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne commente jamais les décisions de justice, c'est un principe, je répète toujours la même phrase, mais…

MARC FAUVELLE
Emmanuel MACRON l'a fait hier soir.

BRUNO LE MAIRE
Mais c'est le rôle de la justice de se saisir des affaires dont elle estime qu'elle doit se saisir. Elle a un soupçon de blanchiment de fraude fiscale, pour prendre les termes exacts, elle mène l'enquête, c'est le rôle de la justice. Nous, de notre côté, je tiens juste à rappeler que l'administration fiscale, qui est sous mon autorité, a engagé une vérification fiscale sur le cabinet McKinsey en novembre dernier, en novembre 2021, avant que les sénateurs produisent leur rapport…

MARC FAUVELLE
Avant le rapport du Sénat, donc…

BRUNO LE MAIRE
Donc qu'on ne laisse pas dire que l'administration fiscale ne ferait pas son travail, que l'administration fiscale ne vérifierait pas que toutes les entreprises qui doivent payer leur part d'impôts paient bien leur part d'impôts. Nous l'avons fait sur d'autres entreprises, on le fait sur GOOGLE, nous avons imposé une amende d'un milliard d'euros à GOOGLE, qui ne payait pas suffisamment d'impôts en France. Nous avons engagé le même type de vérification sur McKinsey.

SALHIA BRAKHLIA
Bruno LE MAIRE, ça veut dire que vous, depuis le mois de novembre, vous saviez que McKinsey ne payait pas d'impôts depuis dix ans ?

BRUNO LE MAIRE
Mais je ne sais pas s'ils ne paient pas d'impôts, nous avons un doute, et quand il y a un doute, il doit être levé, on engage les vérifications, et ensuite, c'est la Direction générale des Finances publiques qui établira si oui ou non, McKinsey a payé sa juste part d'impôts en France. Mais je le redis avec beaucoup de gravité, parce que je comprends l'émotion qui peut être celle des Français qui se disent : mais attendez, il y a des entreprises, elles ont des contrats avec l'administration, et elles ne paient pas d'impôts au Trésor public, je comprends cette émotion. Donc je veux le dire avec beaucoup de gravité, McKinsey paiera tout ce qu'ils doivent comme impôts au Trésor public français.

MARC FAUVELLE
Est-ce que vous entendez, Bruno LE MAIRE, les arguments de l'opposition qui dit que ce cabinet a travaillé gratuitement, à plusieurs reprises, pour Emmanuel MACRON, y compris lorsqu'il était candidat, il y a cinq ans, et que c'est ensuite comme ça qu'il a pu obtenir des marchés publics, il y a quelque chose qui ressemble à du renvoi d'ascenseur.

BRUNO LE MAIRE
Non, autant je peux comprendre l'émotion des Français qui se disent : attendez vérifier quand même que ce cabinet, qui donne des conseils à l'Etat, paie bien ses impôts, ça, je le comprends, et nous avons fait le nécessaire avant le rapport du Sénat. Je comprends que certains disent : est-ce que vous n'allez pas trop loin dans l'utilisation des cabinets de conseil, ça peut se comprendre sur les conseils informatiques, sur d'autres choses, il y a des hauts fonctionnaires de qualité qui peuvent peut-être faire le travail, je le comprends, et le Premier ministre…

SALHIA BRAKHLIA
Donc il y a eu des abus ?

BRUNO LE MAIRE
On va vérifier s'il n'y a pas un moyen d'employer moins ces cabinets de conseil, je peux parfaitement comprendre cela, qu'il y ait un meilleur équilibre entre ce que peuvent apporter ces cabinets de conseil et ce que peut faire l'administration. En revanche, la mauvaise foi des oppositions qui nous tombent dessus très souvent d'ailleurs de la part de responsables politiques qui ont utilisé ces mêmes cabinets de conseil, quand ils sont responsables politiques locaux, tout ça n'est pas très honnête, n'est pas très solide, et la ficelle est un peu grosse.

SALHIA BRAKHLIA
Bruno LE MAIRE, vous disiez tout à l'heure : on va vérifier s'il y a eu des abus dans le recours aux cabinets de conseil, lors de son meeting, le week-end dernier, Emmanuel MACRON s'est vanté d'avoir fait appel au grand neuropsychiatre Boris CYRULNIK pour travailler sur la petite enfance, et donc pour sa mission, Boris CYRULNIK a fait appel aux plus grands experts français, sauf que l'on apprend, grâce au magazine L'Obs, qu'en parallèle, le gouvernement a mandaté un cabinet de conseil pour travailler sur le même sujet, coût de la facture : 425.565,60 euros. Vous trouvez ça normal ?

BRUNO LE MAIRE
Chacun peut apporter des choses différentes, moi, je ne suis pas spécialiste de ces questions-là, je pense qu'il faut en rester au niveau des principes, c'est comme ça qu'on gouverne bien l'Etat. Les impôts qui sont dus par les entreprises doivent être payés, et les vérifications ont été engagées, et je tiens à rappeler au passage que s'il y a bien un président de la République qui s'est engagé contre l'optimisation fiscale, c'est Emmanuel MACRON. La taxation minimale à l'impôt sur les sociétés des grandes entreprises, c'est nous, la taxation des géants du digital, c'est nous, les 11 milliards d'euros de récupérés sur la fraude fiscale chaque année, c'est nous…

SALHIA BRAKHLIA
Mais là, ce n'est pas ma question, la question d'utilisation des deniers de l'Etat…

BRUNO LE MAIRE
Non, non, mais je veux simplement poser des choses sur le plan des principes, il y a la question des impôts, nous sommes…

SALHIA BRAKHLIA
… Deux groupes, un gratuit et un à 425.000 euros…

BRUNO LE MAIRE
Nous sommes totalement engagés sur la lutte contre l'optimisation et la fraude fiscale, comme aucune autre majorité ne l'a été jusqu'à présent, en l'élargissant au niveau international.

MARC FAUVELLE
Boris CYRULNIK, Bruno LE MAIRE, dit…

BRUNO LE MAIRE
… Le recours aux cabinets de conseil et aux conseils qui peuvent être donnés, je le redis, ces cabinets de conseil, ils peuvent être utiles sur certaines prestations, je pense par exemple aux prestations informatiques où il vaut mieux avoir des spécialistes extérieurs qui peuvent connaître des technologies que nous ne connaissons pas…

MARC FAUVELLE
Là, c'était sur la petite enfance…

BRUNO LE MAIRE
Et sur la petite enfance, nous regarderons, ça fait partie des choses qu'on peut vérifier, est-ce que c'était utile, est-ce que ça n'était pas utile qu'on utilise les cabinets de conseil spécifiquement là, où ils ont une valeur ajoutée, oui, que ça redouble le travail de l'administration, non.

MARC FAUVELLE
Allez, le programme d'Emmanuel MACRON, Bruno LE MAIRE, plus besoin d'être marié ou pacsé, Emmanuel MACRON veut permettre aux couples qui sont en union libre de faire une déclaration fiscale commune, ça tombe bien, ça commence à partir d'aujourd'hui les déclarations, pour payer moins d'impôts. Est-ce qu'il faudra apporter une preuve qu'on est en couple ?

BRUNO LE MAIRE
Eh bien, ça, ça reste à décider, mais il faudra évidemment, quelles preuves, je ne sais pas, mais il faudra apporter une preuve à l'administration fiscale…

MARC FAUVELLE
Par exemple, est-ce qu'il faudra nécessairement habiter sous le même toit ?

BRUNO LE MAIRE
Mais ça, ça reste à déterminer, ce sera déterminé lorsque la loi définira ce régime fiscal, l'objectif, c'est quoi, c'est que nous continuions à aller vers une baisse des impôts pour les ménages, quelle que soit leur situation, que vous soyez marié, que vous soyez pacsé ou que vous soyez en concubinage, aujourd'hui, marié ou pacsé, vous pouvez bénéficier d'un régime fiscal plus favorable, le concubinage, non, ce sera le cas, avec quelles preuves pour l'administration fiscale, ça, ça reste à déterminer.

SALHIA BRAKHLIA
Parce que vous voyez bien l'usine à gaz qui risque d'être mise en place, il y a des couples par exemple qui ne vivent pas sous le même toit, et pourtant, ils sont en couple depuis plusieurs années…

BRUNO LE MAIRE
Je vois parfaitement…

MARC FAUVELLE
Il y a même des personnes qui…

BRUNO LE MAIRE
Ça ne m'a pas échappé…

SALHIA BRAKHLIA
Vous êtes ministre de l'Economie, donc vous savez bien que…

BRUNO LE MAIRE
Je ne vous dis pas que ça va être simple à mettre en place, parce qu'effectivement, il peut y avoir des couples en concubinage qui n'habitent pas sous le même toit, c'est bien pour ça que je ne peux pas vous donner…

SALHIA BRAKHLIA
Il peut y avoir des colocataires qui peuvent dire qu'ils sont en couple alors que pas du tout…

BRUNO LE MAIRE
Il y a plein de situations toutes diverses…

SALHIA BRAKHLIA
Eh oui, donc, il y a des risques d'abus aussi…

BRUNO LE MAIRE
Et elles sont toutes parfaitement respectables, il y a des risques d'abus, bien entendu, c'est pour ça qu'il y aura forcément une preuve à apporter à l'administration fiscale, laquelle, nous la déterminerons plus tard.

SALHIA BRAKHLIA
Toujours avec Bruno LE MAIRE, ministre de l'Economie et soutien du candidat Macron. D'ailleurs ç'a été l'une des premières propositions mises sur la table par votre candidat et elle est loin de faire l'unanimité même chez ses électeurs : la retraite à 65 ans. Laurent BERGER, le patron de la CFDT, dit que c'est une réforme inutile car le système n'est pas fragile. Qu'est-ce que vous lui répondez ?

BRUNO LE MAIRE
Je réponds que si, le système est fragile quand il n'est pas financé. Le système est fragile quand on ne dégage pas les moyens suffisants pour financer la dépendance qui va être, on le sait tous, une des grandes questions du XXIème siècle. Nous vivons plus longtemps. Nous avons devant nous des années après la retraite plus importantes. Il faudra financer cette dépendance, c'est une question sociale absolument majeure.

MARC FAUVELLE
C'est le régime des retraites qui financera la réforme de la dépendance ?

BRUNO LE MAIRE
Le régime des retraites s'il est équilibré, s'il dégage des moyens financiers peut nous permettre de financer une dépendance digne. On en est loin, on l'a bien vu avec le scandale ORPEA. On a bien vu la façon dont on traitait les personnes les plus âgées dans notre pays. Est-ce que vous pensez vraiment que nous sommes au niveau de ce que la France doit accorder à ses aînés ? Moi ma réponse est très claire, c'est non. Et ma deuxième remarque, c'est que tout ça va coûter très cher et que donc, la politique de l'autruche qui consiste à dire : " il y a des déficits chaque année sur le régime de retraite mais ce n'est pas grave, on va continuer comme ça " c'est une politique qui est irresponsable. Nous vivons plus longtemps, nous devrons tous travailler plus longtemps avec des exceptions…

SALHIA BRAKHLIA
Parce que le Conseil d'orientation des retraites dit que la trajectoire est maîtrisée.

BRUNO LE MAIRE
Mais trajectoire maîtrisée, oui, avec des déficits.

MARC FAUVELLE
Il dit qu'il va y avoir des déficits jusqu'en 2030 mais après ça s'arrange.

BRUNO LE MAIRE
Mais c'est formidable, cette idée de trajectoire maîtrisée avec des déficits, moi c'est quelque chose qui m'échappe. Je suis quelqu'un de simple : quand il y a des déficits, il y a des déficits et il vaut mieux les combler. Quand il y a une dette, il y en a pour la France, il vaut mieux faire en sorte de la rembourser. Et quand on a des dépenses devant soi que l'on connaît, la responsabilité politique c'est de voir loin. De se dire que la dépendance sera une des grandes questions, que l'accompagnement des personnes âgées sera une des questions sociales majeures, et que nous devons garantir, à nos enfants à nos petits-enfants le respect du principe de solidarité dans les retraites. C'est pour cela que nous voulons faire cette réforme, et nous voulons la faire de manière juste. Ça ne veut pas dire que la personne qui a commencé tôt dans sa vie professionnelle va, elle, partir à la retraite à 65 ans. Elle pourra partir plus tôt. Bien entendu qu'on va tenir compte des carrières longues.

SALHIA BRAKHLIA
Toujours à 60 ans ?

MARC FAUVELLE
Aujourd'hui on peut partir à 60 ans quand on a commencé…

BRUNO LE MAIRE
Je termine juste Marc FAUVELLE. On va le faire de manière juste en tenant compte de l'âge d'entrée dans la vie active et on va le faire de manière progressive. La première génération qui va effectivement partir à la retraite à 65 ans, c'est la mienne, la génération de 1969, sinon c'est 4 mois par an supplémentaires. Donc vous voyez que ça va se faire de manière très progressive.

MARC FAUVELLE
Question très simple effectivement, aujourd'hui pour ceux qui ont commencé à travailler avant 20 ans, l'âge de départ c'est 60 ans. Est-ce qu'on va toucher à cet âge-là ? Est-ce que ce sera 62, 63, 64 ?

BRUNO LE MAIRE
Sur les carrières longues, oui, l'âge ne sera pas nécessairement 60 ans mais ça ne sera pas 65.

MARC FAUVELLE
Ce sera entre 60 et 65.

BRUNO LE MAIRE
C'est ce qui va être à définir.

MARC FAUVELLE
On repousse de trois ans comme pour les autres ? 63 plutôt ?

BRUNO LE MAIRE
On verra de combien d'années nous repoussons, mais nous tiendrons compte de l'âge d'entrée dans la vie active parce que c'est une question de justice.

MARC FAUVELLE
Donc ils devront travailler plus.

BRUNO LE MAIRE
Si vous avez démarré à 18 ans, 19 ans et que vous avez eu une carrière plus longue que les autres, donc vous avez plus travaillé, il est légitime qu'on vous dise : « vous allez pouvoir partir à la retraite avant ». Ça peut représenter jusqu'à un quart des personnes qui partent à la retraite, toutes ces personnes qui ont démarré très tôt dans la vie active. Nous voulons tenir compte de l'âge d'entrée dans la vie active. Et je réinsiste sur un autre point : il est très important, ça va se faire de manière progressive. Enfin en 2023, tout le monde ne va pas partir à 65 ans à la retraite, ça va se faire progressivement sans brutalité.

SALHIA BRAKHLIA
Enfin, ça nous concerne par exemple Marc et moi-même.

BRUNO LE MAIRE
Ça vous concerne moins que moi qui suis probablement plus âgé et qui donc vais partir à la retraite à 65 ans.

SALHIA BRAKHLIA
Aujourd'hui le départ à taux plein est à 67 ans même si on n'a pas cotisé suffisamment. Est-ce que cet âge-là aussi vous pourriez y toucher ?

BRUNO LE MAIRE
Non, cet âge-là il n'a pas vocation à être modifié. 67 ans, c'est la fin de la décote. En revanche 65 ans, c'est l'âge légal de départ sauf pour ceux qui sont partis plus jeune. Et sur l'âge des 60 ans dont vous avez parlé, il faudra définir si ce sera 61, 62. Tout ça méritera d'être défini dans le dialogue et dans la concertation avec les partenaires sociaux.

MARC FAUVELLE
Emmanuel MACRON a dit hier soir sur TF1 qu'il souhaitait que les pensions des retraites soient indexées sur l'inflation à partir de cet été et pas simplement au 1er janvier prochain comme c'est normalement la règle. Elle serait de combien cette hausse des pensions des retraités cet été ?

BRUNO LE MAIRE
Pour le moment elle est de 1%.

MARC FAUVELLE
Oui, mais l'inflation entre temps s'est emballée.

BRUNO LE MAIRE
Je veux vraiment insister sur l'importance de cette mesure, de cette décision du président de la République et du candidat. Nous avons aujourd'hui une indexation des pensions sur l'inflation qui se fait chaque mois de janvier. C'est normal. Depuis 15 ans, 20 ans, nous avons un niveau d'inflation qui est très faible, donc une revalorisation annuelle ne pose pas de problème. Là nous avons voulu protéger tous les Français : les consommateurs sur l'énergie, les salariés avec le SMIC et aussi les retraités contre cette augmentation des prix mais qui pèse sur la vie quotidienne de tous les Français. Les prix alimentaires, les prix de l'essence, les prix du diesel, tout coûte plus cher. Donc la décision que propose le candidat, c'est de dire : à l'été prochain, on ne se contente pas des 1% de revalorisation des pensions de retraite en janvier 2022, on fera une nouvelle revalorisation à la hauteur de l'inflation. L'inflation aujourd'hui au moment où je vous parle elle est à un peu plus de 4%, donc ce sera dans cet ordre de grandeur-là. Je ne peux vous donner le chiffre précis parce que ça dépendra de l'évolution de l'inflation dans les semaines qui viennent, mais vous voyez bien notre détermination totale avec Emmanuel MACRON à protéger les Français contre les conséquences de l'augmentation des prix.

MARC FAUVELLE
Mais du coup, il n'y aura pas de nouvelle indexation en janvier prochain.

BRUNO LE MAIRE
Il peut parfaitement y avoir une nouvelle indexation en janvier prochain.

MARC FAUVELLE
Il peut y en avoir une cet été de 4% et une autre en janvier prochain.

BRUNO LE MAIRE
Là, c'est une mesure d'urgence, une mesure de justice. La personne qui a 66, 67 ans, qui touche la pension de retraite, elle n'a aucun moyen d'augmenter ses revenus. Donc elle va au supermarché, elle paye son paquet de pâtes, ça a augmenté. Elle prend sa voiture, elle fait son plein, il y a eu la ristourne de 18 centimes mais malgré tout le prix a augmenté. Tout coûte plus cher et vos revenus sont les mêmes parce que vous êtes retraité. C'est angoissant. Et je connais beaucoup de retraités qui ont le sentiment d'être pris à la gorge par l'inflation donc nous leur disons : en juillet prochain on ajuste vos pensions de retraite sur le niveau d'inflation, et je pense qu'il faudra ouvrir une réflexion plus globale. Maintenant que nous rentrons dans une ère d'inflation plus élevée, comment est-ce que nous indexons de manière plus juste et plus protectrice les pensions de retraite de nos aînés ? Il faut protéger en priorité nos aînés contre l'augmentation des prix.

MARC FAUVELLE
Ça veut dire par exemple que vous prenez l'engagement en cas de deuxième quinquennat d'indexer systématiquement les pensions de retraites sur l'inflation, ce qui n'a pas toujours été le cas ces dernières années. Une indexation automatique ?

BRUNO LE MAIRE
Ça veut dire qu'on ne pourra pas se contenter d'une indexation à l'été prochain. Ce qui a été annoncé par le président de la République est absolument majeur. Je pense qu'il faudra ouvre une réflexion plus globale. Maintenant que nous entrons après des années et des années d'inflation très faible dans une ère d'inflation plus élevée, même si on n'aura pas les pics d'inflation que nous connaissons maintenant tout le temps - je pense qu'à partir de 2023, on devrait revenir à des niveaux d'inflation plus modérée mais plus élevée qu'avant la crise - que faisons-nous sur les retraites pour que nos aînés ne soient pas pénalisés par cette nouvelle ère d'inflation plus élevée ? Je pense que cette question est fondamentale.

SALHIA BRAKHLIA
En parlant de pouvoir d'achat, vous avez annoncé une super prime Macron de 6 000 euros sans charge ni impôt pour les salariés. Combien de Français pourront la toucher ?

BRUNO LE MAIRE
Aujourd'hui, c'est environ 5 millions de Français. Je souhaite que ce soit beaucoup plus. Et 6 000 euros, c'est pour toutes les entreprises qui signent aussi un accord d'intéressement. Quel est l'objectif global ? C'est que le travail paye. C'est que toutes les entreprises prennent véritablement conscience que leur plus grande richesse, et elles le savent, c'est leurs salariés. Et donc quand il y a des bons résultats, il faut qu'ils y soient associés par l'intéressement et par cette prime totalement défiscalisée qui pourra aller jusqu'à 6 000 euros. Aujourd'hui c'est 5 millions de salariés pour 500 euros en moyenne.

SALHIA BRAKHLIA
Alors justement, on parle de quelles entreprises Bruno LE MAIRE ? Quelles entreprises peuvent donner 6 000 euros de prime à leurs salariés ? C'est quoi ? C'est les plus grandes entreprises parce que les TPE et les PME, elles ne peuvent pas.

BRUNO LE MAIRE
C'est celles qui ont les moyens de le faire, dont les résultats… Ça dépend, vous avez des PME qui sont ultra-performantes, qui sont dans des secteurs…

MARC FAUVELLE
Il n'y en a que 15% aujourd'hui qui versent la prime Macron.

BRUNO LE MAIRE
Oui. Tout le sujet au-delà de la prime et de l'intéressement que nous voulons développer, parce que là aussi c'est une question de justice que les salariés soient les premiers rémunérés par les bons résultats de l'entreprise, c'est de faire descendre tous ces dispositifs sur l'intéressement, la participation, les primes défiscalisées des plus grandes entreprises vers les plus petites. On a simplifié le dispositif d'intéressement, on a supprimé la taxe à 20% sur l'intéressement - je le redis à tous les entrepreneurs qui nous écoutent. On peut aller encore vers davantage de simplification et nous sommes prêts à simplifier encore davantage intéressement et participation, pour que tous ces dispositifs qui associent le salarié aux bons résultats de l'entreprise ne touchent pas simplement les très grandes entreprises mais les PME, les TPE, les plus petites entreprises.

SALHIA BRAKHLIA
Et en même temps, faire ça c'est empêcher les augmentations de salaires.

BRUNO LE MAIRE
Non, je vois bien le risque…

SALHIA BRAKHLIA
Ça n'incite pas en tout cas.

BRUNO LE MAIRE
Je vois bien le risque qu'il peut y avoir, celle d'une substitution de la prime à l'augmentation de salaire. La prime ne doit pas se substituer aux négociations salariales qui restent indispensables.

MARC FAUVELLE
Toujours avec Bruno LE MAIRE. La dernière fois que vous êtes venu sur ce plateau, Bruno LE MAIRE, vous aviez promis l'effondrement de l'économie russe grâce ou à cause des sanctions européennes, visiblement on est encore très loin d'un effondrement, est-ce que vous diriez que ces sanctions sont un succès ?

BRUNO LE MAIRE
10 % de récession en Russie, vous n'appelez pas ça un effondrement de l'économie russe ? Il y a un effondrement de l'économie russe. Il y a une complexité sur les traitements financiers considérable, une vie plus difficile aujourd'hui en Russie, un pouvoir russe qui est affaibli par ces sanctions. Est-ce que ça suffit ? Certainement pas, puisque la guerre continue aujourd'hui en Ukraine. Est-ce qu'il faut renforcer les sanctions ? Certainement.

MARC FAUVELLE
Donc on se passe au gaz russe, par exemple, ou pas ? Vous savez lu, comme nous, cette étude cette semaine qui chiffre le coût pour l'économie française si nous devions nous passer du gaz russe, entre 70 et 100 euros par français, pour couper définitivement ce robinet qui finance en grande partie la guerre, est-ce qu'on le fait ou pas ?

BRUNO LE MAIRE
Le président de la République a toujours été très clair, toutes les options sont sur la table, la réalité c'est que ce qui ferait le plus mal à la Russie c'est le pétrole, c'est arrêter l'importation de pétrole venu de Russie. Emmanuel MACRON a dit lundi dernier que nous nous étions prêts, nous Français, à ce qu'il y ait une interdiction d'importation, non seulement du charbon, c'est sur la table aujourd'hui, mais aussi du pétrole russe. C'est du pétrole que la Russie tire ses revenus les plus importants en matière énergétique. Après il faut convaincre les autres Etats membres.

MARC FAUVELLE
On ne peut pas le faire tout seul ?

BRUNO LE MAIRE
Le faire tout seul ça n'a absolument aucun sens, ça veut dire qu'on serait les seuls pénalisés…

MARC FAUVELLE
Trois pays baltes viennent par exemple de décider de s'en passer.

BRUNO LE MAIRE
Oui, mais ce qui fait notre force c'est d'agir à 27, d'agir de manière unie, parce que c'est ça qui frappe le plus durement l'Etat russe et Vladimir POUTINE, donc je préfère que nous prenions quelques semaines de plus pour que nous aboutissions à une interdiction d'importation de pétrole russe, mais que nous le fassions ensemble, de manière coordonnée, plutôt que de le faire de manière dispersée et moins efficace.

SALHIA BRAKHLIA
Bruno LE MAIRE, Marine LE PEN réduit de jour en jour son écart avec Emmanuel MACRON, plus que 5 points dans notre baromètre IPSOS Sopra-Steria, est-ce qu'elle peut être élue ?

BRUNO LE MAIRE
Moi ce n'est pas mon sujet, mon sujet c'est de faire gagner Emmanuel MACRON, moi je ne suis pas là pour commenter les sondages, je suis là pour me battre pour qu'Emmanuel MACRON soit réélu. Je veux juste qu'on réalise une seconde ce que serait la vie en France sous Marine LE PEN, d'abord ce serait moins de protection contre l'inflation, ce qu'elle propose sur la baisse de la TVA serait moins protecteur que ce que nous avons décidé, nous avons décidé par exemple le plafonnement des prix de l'électricité à 4%, la baisse de la TVA c'est 19% d'augmentation de la facture des Français en matière d'électricité. Ce serait plus d'impôts, parce qu'il faut bien financer ces dépenses somptuaires comme les 40 ou 50 milliards d'euros de dépensés, de jetés par la fenêtre, pour racheter les autoroutes. Ce serait moins de production industrielle, puisqu'elle propose le rétablissement d'un impôt sur le capital, un impôt sur la fortune financière, c'est-à-dire sur le capital des PME, c'est-à-dire sur l'industrie. Ce serait moins de souveraineté, puisque nous serions aujourd'hui les alliés de la Russie, les alliés de Vladimir POUTINE, nous serions dans le camp de Vladimir POUTINE contre le camp de ZELENSKY, dont elle a dit elle-même qu'elle n'avait pas beaucoup d'admiration pour lui, et nous serions tous ici vaccinés au Sputnik. Enfin ça serait plus de divisions entre les Français, plus de querelles, plus de tensions, moins de solidarité, moins d'unité de la nation française. Je veux que chacun, au moment d'aller voter, à trois jours du vote, réalise l'importance de ce scrutin et comprenne que celui qui a montré le plus de détermination, le plus de savoir-faire, et obtenu les meilleurs résultats, sur l'emploi, sur l'attractivité de la France, sur la réindustrialisation, c'est Emmanuel MACRON.

MARC FAUVELLE
Vous avez peur, vous avez peur qu'elle gagne ?

BRUNO LE MAIRE
La peur ne fait pas partie des sentiments qui m'habitent à quelques jours d'une élection aussi grave que celle-là.

MARC FAUVELLE
Je vous pose la question parce qu'on a le sentiment, Bruno LE MAIRE, qu'Emmanuel MACRON a un peu sous-estimé cette menace en entrant dans cette campagne très tardivement, en oubliant semble-t-il certaines règles de temps d'antenne, tout simplement vous avez vu comme nous son unique meeting de campagne n'a pas pu être retransmis par la plupart des chaînes mardi pour des questions de temps d'antenne, de temps de parole, il a refusé le débat et aujourd'hui les courbes sont peut-être en train de se croiser.

BRUNO LE MAIRE
Il est président de la République et il est candidat, il doit mener les deux de front, mais je peux vous dire que tous autour de lui nous nous battons pour sa réélection, et quand vous employez le mot de peur ce n'est pas le bon mot, et je pense que ça s'entend dans ma voix, c'est de la gravité. Ce qui se joue dimanche prochain, et dans 15 jours, est grave, je viens de vous décrire la France sous Marine LE PEN, je veux que nous dénoncions systématiquement toutes ses propositions, qui ont l'air formidables comme ça, mais dès qu'on les regarde de plus près elles ne tiennent pas la route. Regardez sa proposition de supprimer l'impôt sur les revenus pour les moins de 30 ans, elle se prétend la candidate du peuple, il n'y a pas plus injuste et moins populaire que de supprimer l'impôt sur le revenu pour les moins de 30 ans, parce que ça veut dire que le commerçant qui a travaillé toute sa vie, le boucher qui m'écoute, le menuisier, l'artisan du bâtiment et travaux publics, qui a 50 ans, qui a deux ou trois enfants, qui doit payer ses dettes, qui doit rembourser l'achat de sa maison, qui doit financer les études de ses enfants, lui il paye des impôts, mais celui qui a fait des études extraordinaires, qui est trader, qui a créé sa start-up, qui gagne des milliers d'euros par mois, et qui a 28 ans, ne va pas payer d'impôts, voilà ce que c'est la réalité du programme de Madame LE PEN, l'inefficacité, l'incompétence et l'injustice.

SALHIA BRAKHLIA
Depuis qu'Emmanuel MACRON est entré en campagne il perd des points, il y a zéro dynamique derrière lui, est-ce que vous craignez qu'il soit éliminé dès le premier tour ?

BRUNO LE MAIRE
Moi ce que je constate c'est qu'il reste à des niveaux d'intentions de vote qui sont très élevées pour un candidat sortant, enfin la réalité de la Ve République c'est qu'aucun président de la République, hors période de cohabitation, n'a été réélu, donc le défi que nous nous sommes tous fixé est un défi qui est très élevé, dont il faut mesurer, qui est extraordinairement difficile à atteindre et qui va demander la mobilisation de tous.

SALHIA BRAKHLIA
Mais vous voyez bien ce qu'il a essayé de faire dans son dernier meeting, dans son seul et unique meeting d'ailleurs, Emmanuel MACRON a multiplié les clins d'oeil à gauche, en citant par exemple les slogans de François MITTERRAND " la France tranquille ", ou en reprenant celui du NPA " nos vies valent plus que leurs profits ", franchement cette manière de faire est-ce que ce n'est pas trop gros sabots ? Je le dis comme ça.

BRUNO LE MAIRE
Je crois que sa manière de faire elle est la même depuis 2017, et c'est celle qui nous permet de nous retrouver autour de sa candidature, c'est le dépassement de ces clivages, le dépassement du clivage droite-gauche qui, je pense, ne dit plus grand-chose à grand monde…

MARC FAUVELLE
Mais il y a une partie des électeurs de gauche aujourd'hui, Bruno LE MAIRE, qui n'est pas prête à revoter pour Emmanuel MACRON, vous l'entendez, vous le voyez dans les sondages…

BRUNO LE MAIRE
Je le vois, mais…

MARC FAUVELLE
Qu'est-ce que vous, en quelques mots si vous le permettez, parce qu'on va poursuivre juste après avec les auditeurs, qu'est-ce que vous, homme de droite, vous avez à dire à ces électeurs de gauche qui ne veulent plus mettre un bulletin MACRON ?

BRUNO LE MAIRE
D'abord je ne me définis pas comme homme de droite, je me définis comme quelqu'un qui regarde…

MARC FAUVELLE
Alors c'est moi qui vous définis comme ça, qu'est-ce que vous leur dites ?

BRUNO LE MAIRE
Qui regarde la France, et qui me dis que ce qui est bon pour la France c'est le travail et l'emploi, le président de la République a créé du travail et des emplois, c'est la justice, c'est ce que nous venons de faire sur l'indexation des retraites de tous les Français, c'est la réindustrialisation, nous sommes la seule majorité à avoir industrialisé le pays, c'est une France qui pèse en Europe, nous venons d'obtenir des résultats sur le front européen, la taxe carbone aux frontières, c'est nous, c'est la France. Donc, nous avons certainement fait des erreurs, il y a certainement des choses qu'on n'a pas fait bien, on n'a pas réussi à faire passer notre réforme des retraites, c'est un échec, parfois il y a eu des mots malheureux, bien entendu, parfois on n'a pas fait suffisamment attention à certaines parties de la population, c'est évident. Mais lorsqu'il a fallu protéger face à l'inflation, quel est le pays qui aujourd'hui a le niveau d'inflation le plus faible de la zone euro ? C'est la France. Quand il a fallu tenir les promesses sur l'emploi ou sur l'industrie, nous avons fait le travail. Je ne dis pas que nous sommes parfaits, je dis que nous avons fait des erreurs, que nous voulons faire mieux, mais que nous gardons la même énergie et la même conviction que le dépassement politique donne des résultats.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 avril 2022