Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'État auprès du Premier ministre, porte-parole du gouvernement, à BFM TV le 25 avril 2022, sur la réélection d'Emmanuel Macron à la Présidence de la République française et les objectifs de son deuxième quinquennat.

Texte intégral

 

APOLLINE DE MALHERBE
Bonjour Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Bonjour Apolline de MALHERBE.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci de répondre à mes questions ce matin, vous êtes porte-parole du gouvernement, et c'est un jour historique bien sûr puisque c'est le début d'un nouveau quinquennat, et on va voir la suite avec vous, à quoi vont ressembler les cinq années qui viennent. 11 minutes de discours hier soir, on va faire l'explication de texte avec vous, il promet la rupture, Emmanuel MACRON, qu'est-ce qui va changer, quel programme et quel calendrier. Une victoire nette d'abord, 58,4 % des voix, même si, même si, c'est aussi face à lui le plus gros score jamais obtenu par Marine LE PEN. " Cette ère nouvelle ne sera pas la continuité du quinquennat qui s'achève, ce sera une invention collective pour 5 années de mieux ", ça veut dire quoi ?

GABRIEL ATTAL
Ça veut dire que sur le fond on veut aller beaucoup plus loin, beaucoup plus fort, sur un certain nombre d'enjeux, notamment la question du pouvoir d'achat qui a été au coeur de cette élection, mais aussi l'enjeu climatique, on a entendu un message très fort notamment de la jeunesse, notamment au premier tour, autour de cette question, et puis les enjeux de sécurité, bref de protection des Français. Et puis dans la méthode, ça veut dire qu'on veut, oui inventer une méthode nouvelle, qui permet d'associer beaucoup plus largement et beaucoup plus directement les Français dans les décisions qui sont prises.

APOLLINE DE MALHERBE
Alors on va voir ce que ça veut dire…

GABRIEL ATTAL
C'est le fameux « avec vous », dont on a beaucoup parlé pendant cette campagne, autour de grands chantiers, en tout cas deux grands chantiers, la question de la santé, la question de l'éducation, on veut construire les solutions avec les Français, au plus près du terrain, et avec les acteurs concernés, ça veut dire inventer quelque chose de nouveau, et c'est ce à quoi on est prêt aujourd'hui.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous avez quand même commencé par me dire que ça voulait dire aller plus loin, plus fort, pour moi plus loin, plus fort, c'est de la continuité !

GABRIEL ATTAL
Non, ça veut dire qu'on veut investir davantage un certain nombre d'enjeux. Il y a de toute façon une forme de stabilité, je pense que c'est ce que les Français ont cherché aussi en réélisant Emmanuel MACRON, mais il y a un message très clair qui a été passé, il suffit d'échanger avec les Français au quotidien pour voir aussi qu'il y a des attentes très fortes sur ces différents sujets.

APOLLINE DE MALHERBE
Gabriel ATTAL, vous dites méthode, on va inventer une méthode pour associer plus largement et c'est le sens du " avec vous ", ça passe par quoi, est-ce qu'il va y avoir des référendums d'initiative citoyenne, est-ce qu'il va y avoir des consultations, est-ce qu'il va y avoir des échanges avec les journalistes, est-ce qu'il va y avoir des échanges avec les Français, concrètement quels seront les outils pour pouvoir dialoguer de manière plus directe ? Ce n'était pas franchement le cas du premier quinquennat.

GABRIEL ATTAL
Ça passe d'abord par de la pratique politique. Il y a deux chantiers majeurs qui ont été portés, qu'on a porté dans le cadre de cette campagne, je le disais à l'instant, la question de la santé, notamment de l'accès aux soins partout sur le territoire, et la question de l'éducation, et on a dit que sur ces deux grands chantiers on voulait construire des solutions avec les Français, regardez…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais ça passe par quoi ?

GABRIEL ATTAL
Eh bien ça passe par…

APOLLINE DE MALHERBE
On va faire des pétitions, on va faire des référendums ?

GABRIEL ATTAL
Ça va passer par une association plus près du terrain, si je prends l'éducation par exemple, des parents d'élèves, des enseignants, des directeurs d'établissements, peut-être parfois des élèves aussi, pour identifier avec eux, au plus près du terrain, des idées, des innovations, des solutions, parfois elles existent d'ailleurs sur le terrain, parfois elles demandent qu'à être déployées plus largement dans notre pays sur le territoire national, parfois elles restent à inventer, mais en tout cas avoir, oui, cette capacité de chacun à participer à la décision politique. Ensuite, Apolline de MALHERBE…

APOLLINE DE MALHERBE
Non, mais attendez, arrêtons-nous un instant sur ce que vous dites, vous dites l'éducation, est-ce qu'on peut imaginer que, je ne sais pas, un lycée, où il y a des choses qui ne fonctionnent pas, les lycéens font une association, ils s'adressent à qui, qui va les écouter, comment est-ce que ça remonte, enfin, vous dites au plus près du terrain, mais ça va marcher comment ?

GABRIEL ATTAL
Il y a un gouvernement qui va être nommé et puis cette méthode elle sera déclinée par les ministres qui seront chargés de ces sujets-là, mais oui, je pense que ce que vous dites est très juste, c'est-à-dire qu'on peut avoir, au niveau local, une communauté éducative, des parents, des enseignants, des élèves, qui peuvent se réunir, formuler des idées, il y aura évidemment un cadre national avec des grands enjeux sur lesquels on veut avancer, on les a déclinés dans le cadre de la campagne, et puis ensuite que chacun puisse participer et proposer des innovations.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais dans le cadre de la santé, par exemple, ils ne vous ont pas attendu pour se monter en associations, il y a des collectifs d'infirmiers et de médecins, avant même d'ailleurs le Covid, qui avaient interpellé Emmanuel MACRON, pourquoi vous ne les écoutiez pas et puis maintenant vous les écouteriez ?

GABRIEL ATTAL
Mais, vous savez, aussi vous aviez sur le terrain d'ailleurs des collectifs, comme vous disiez, des associations, des médecins libéraux, qui se sont regroupés depuis longtemps, avec des infirmières libérales, avec des paramédicaux, et qui précisément sur le terrain inventent des solutions, permettent aux Français d'accéder plus facilement aux soins, s'organisent entre eux, et vous avez, partout sur le territoire, des Français, des acteurs de la santé, qui innovent, qui ont des idées, et je pense que ça doit nourrir la décision politique, et l'enjeu, et la responsabilité du gouvernement, de l'exécutif, c'est de permettre à tout ça de se déployer, de s'étendre partout sur le territoire, donc oui je pense que c'est un formidable chantier qui s'ouvre sur tous ces sujets.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous ne nous aviez pas déjà fait le coup avec la Convention citoyenne sur le climat, ce n'était pas justement une consultation citoyenne ?

GABRIEL ATTAL
Mais la Convention citoyenne sur le climat ça a été une formidable innovation démocratique.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais qu'est-ce qu'il en est sorti ?

GABRIEL ATTAL
Il en est sorti une loi avec beaucoup d'avancées qui étaient proposées par les citoyens, alors évidemment…

APOLLINE DE MALHERBE
Non, mais Emmanuel MACRON lui-même a reconnu, d'ailleurs, qu'un certain nombre des propositions de cette Convention citoyenne n'avaient pas été entendues.

GABRIEL ATTAL
Oui, il y a notamment trois propositions qui avaient été retirées, d'autres qui ont été adaptées, mais je veux dire c'est aussi ça le processus, c'est que vous avez des citoyens qui se réunissent, qui font des propositions, et ensuite vous avez un Parlement qui décide, et vous avez beaucoup de mesures, sur la lutte contre l'artificialisation des sols, c'était dans la Convention citoyenne, sur l'interdiction des vols intérieurs quand il y a une alternative en train à moins de 2 heures 30, c'était dans la Convention citoyenne, sur les mesures pour continuer à accompagner les Français pour changer de véhicule, pour mieux isoler leur logement en matière énergétique, pour lutter contre… enfin pour réduire la consommation d'énergie, améliorer le pouvoir d'achat, c'était dans la Convention citoyenne, sur la question de la publicité, vous avez énormément de mesures qui faisaient partie de cette Convention citoyenne. Ensuite il y a un enjeu plus large qui est celui des institutions, qui a aussi été abordé dans le cadre de cette campagne, et sur ce sujet je crois que le président a montré qu'il était très ouvert pour avancer.

APOLLINE DE MALHERBE
Sur la question des institutions, ça veut dire quoi ? Il y a eu notamment deux propositions dont il a beaucoup parlé pendant cette courte campagne, c'était la question du septennat et la question de la proportionnelle, commençons par le septennat. Est-ce qu'on pourrait imaginer qu'Emmanuel MACRON en fait a été élu hier soir pour 7 ans ?

GABRIEL ATTAL
Ah non je ne crois pas, non, non, je ne pense pas, je pense que quand il y a ce type de réforme ça vaut pour l'avenir, les Français donnent un mandat, dans une élection, et la durée du mandat évidemment est prévue au moment de l'élection.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous pourriez envisager en revanche que le prochain président, ou présidente, soit élu pour 7 ans ?

GABRIEL ATTAL
Ce qu'on a dit c'est qu'on voulait réunir les forces politiques pour bâtir avec elles une forme de consensus qui permette d'avancer, parce que les institutions on a voulu les faire évoluer dans le quinquennat qui s'achève, on a fait, on a proposé une réforme institutionnelle sur la base d'ailleurs des engagements qui avaient été pris par le candidat Emmanuel MACRON en 2017, cette réforme a été bloquée au Parlement, parce que vous savez que pour pouvoir passer une réforme institutionnelle…

APOLLINE DE MALHERBE
Vous avez besoin, en effet…

GABRIEL ATTAL
Il faut qu'elle puisse être adoptée…

APOLLINE DE MALHERBE
Des deux Assemblées.

GABRIEL ATTAL
Par les deux chambres du Parlement, ça n'a pas été le cas, on a été bloqué, il y avait notamment une dose de proportionnelle, il y avait la limitation du cumul des mandats dans le temps, il y avait la réduction du nombre de parlementaires, bref il y avait beaucoup d'évolutions institutionnelles.

APOLLINE DE MALHERBE
On reprend à peu près les mêmes contours cette fois-ci ou est-ce qu'on irait plus loin ?

GABRIEL ATTAL
Ce qu'il faut c'est réunir les forces politiques, moi je pense qu'il y a aussi, dans le cadre de cette campagne, on l'a perçu, des forces politiques qui étaient peut-être traditionnellement assez réticentes à l'idée de faire évoluer nos institutions, qui ont peut-être évolué, parce qu'on voit aussi qu'il y a une demande des Français de pouvoir participer davantage, qu'il y a des demandes de respiration démocratique au cours des mandats, et donc je pense qu'on peut avancer sur ces questions-là.

APOLLINE DE MALHERBE
Quand vous dites réunir les forces politiques, c'est qui les forces politiques aujourd'hui, c'est donc le Rassemblement national et la France insoumise ?

GABRIEL ATTAL
Vous avez des forces politiques, qui avaient des candidats à l'élection présidentielle, il y aura des élections législatives, il y aura donc des forces politiques représentées au Parlement aussi, je pense qu'il faut voir les choses assez largement, mais l'objectif c'est de pouvoir avancer.

APOLLINE DE MALHERBE
La proportionnelle vous pourriez en effet, vous en avez peut-être reparlé avec le président, avec le Premier ministre, vous pourriez aller en effet jusqu'à une proportionnelle intégrale ?

GABRIEL ATTAL
Le président candidat s'est exprimé dans le cadre de la campagne, il a dit qu'à titre personnel il était favorable à avancer en ce sens, mais encore une fois, si on veut avancer en ce sens il faut pouvoir rassembler des forces politiques qui s'accordent pour avancer dans cette direction, c'est tout l'enjeu des prochains mois.

APOLLINE DE MALHERBE
" Je sais ce à quoi cela m'oblige ", voilà une des premières phrases aussi d'Emmanuel MACRON hier soir, à quoi cela l'oblige ?

GABRIEL ATTAL
Je crois qu'il l'a dit, il y a évidemment de sa part une reconnaissance pour les Français qui l'ont réélu et qui à ce titre-là ont fait un choix historique, jamais dans l'histoire de la Ve République, depuis le Général de GAULLE, un président sortant a été réélu en dehors d'une cohabitation, les présidents qui avaient été réélus ils sortaient d'une cohabitation, là le président de la République a été réélu alors même qu'il avait une majorité, c'est inédit dans l'histoire de la Ve République, les Français l'avait d'ailleurs placé nettement en tête dès le premier tour de l'élection présidentielle. Et puis il y a aussi une responsabilité, à résultat historique, responsabilité historique. C'est évidemment de tenir compte du climat politique, de ce qu'on a perçu dans ces élections, c'est ce qu'on évoquait tout à l'heure sur la question de la méthode, et sur le fond aussi.

APOLLINE DE MALHERBE
Il dit d'ailleurs qu'il a entendu les abstentionnistes, on le sait il y a eu une abstention record hier, ça dit quoi du pays pour vous et comment les entendre, et comment vous pouvez traduire cela dans les années qui viennent ?

GABRIEL ATTAL
Il y a eu une abstention importante, mais je ne crois pas record, et puis on revient de loin quand on a vu les dernières…

APOLLINE DE MALHERBE
Enfin record dans un deuxième tour depuis 1969 !

GABRIEL ATTAL
On revient de loin aussi avec les dernières élections locales notamment, où on avait une très très forte abstention, on pouvait craindre vraiment le pire, mais oui il y a eu une abstention…

APOLLINE DE MALHERBE
Le pire n'est pas arrivé, d'après vous ?

GABRIEL ATTAL
Non, il y a eu une abstention importante dont il faut tenir compte, et donc ça veut dire quoi ? Ça veut dire tenir ses engagements, et ça veut dire associer davantage les Français à la décision.

APOLLINE DE MALHERBE
Le pire n'est pas arrivé, il y a un ouf de soulagement quand même, on le voit, on l'entendait, on le percevait aussi quand même chez Emmanuel MACRON, pas tant dans son discours que quand il est descendu et que des micros traînaient à droite, à gauche, il y avait un ouf de soulagement.

GABRIEL ATTAL
Moi, vous savez, je suis soulagé et heureux pour mon pays. Je suis soulagé et heureux que mon pays puisse rester dans les années à venir dans l'Union européenne et continue à changer l'Union européenne de l'Intérieur. Je suis soulagé et heureux pour mon pays qu'on continue à lutter contre le réchauffement climatique et à protéger l'environnement. Je suis soulagé et heureux pour mon pays qu'on reste fidèle à nos valeurs, qu'on cherche à rassembler les Français, à créer l'unité plutôt qu'à stigmatiser et à diviser. Je suis soulagé et heureux pour mon pays qu'on puisse agir efficacement pour le pouvoir d'achat des Français, et pour l'emploi. On a le taux de chômage le plus bas depuis 15 ans, on peut arriver au plein emploi dans 5 ans, pourvu qu'on continue à investir pour l'emploi dans notre pays, dans la formation pour des entreprises plus compétitives, c'était ce que proposait Emmanuel MACRON dans le cadre de cette campagne, et ça va nous permettre d'agir.

APOLLINE DE MALHERBE
Quand vous dites, avec vous, est-ce que ce sera aussi avec ceux qui ont voté pour vous, pour faire barrage à Marine LE PEN. 38% des électeurs qui avaient voté Jean-Luc MELENCHON au 1er tour ont voté Emmanuel MACRON. Vous leur dites quoi, est-ce qu'il y aura des gestes pour eux ?

GABRIEL ATTAL
D'abord, le président l'a dit hier. Il a dit a dit…

APOLLINE DE MALHERBE
Il a dit merci.

GABRIEL ATTAL
Oui, il a remercié, il a dit qu'il tenait compte évidemment du fait que des Français se sont déplacé, ont voté pour lui…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais au-delà de l'expression " en tenir compte ", est-ce qu'il y aura des gestes, est-ce qu'il y aura des preuves d'amour ou de remerciements ?

GABRIEL ATTAL
Il ne vous aura pas échappé que dès l'entre-deux-tours, Emmanuel MACRON a tenu compte de ce qui s'est exprimé au 1e tour, avec des Français, notamment des jeunes qui ont dit avoir voté pour la candidature de Jean-Luc MELENCHON, pour envoyer un message notamment sur la question climatique, sur la question de la protection de l'environnement. Il y a eu un discours important du président de la République, qui a donné des perspectives importantes.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc ça sera sur l'environnement, les gestes, ce sera sur quoi, peut être sur un assouplissement des 65 ans ?

GABRIEL ATTAL
Mais, ensuite le président aura l'occasion de s'exprimer, le gouvernement aussi. On est au lendemain de l'élection, les résultats n'ont même pas encore été proclamés par le Conseil constitutionnel, mais…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais il y aura des gestes ?

GABRIEL ATTAL
On tient toujours compte des enseignements d'une élection, Apolline de MALHERBE. Moi je redis que cette élection est historique. On nous a expliqué ces dernières années qu'on avait toutes les chances contre nous, qu'un président sortant n'avait jamais été réélu en dehors d'une cohabitation, on avait vu ces dernières années les mouvements extrémistes, populistes, l'emporter et les pays basculer. On a vécu en plus des crises inédites dans ce quinquennat, crise des Gilets jaunes qui venaient de loin, le Covid, la guerre en Ukraine, et que pour toutes ces raisons Emmanuel MACRON avait quand même très peu de chances de pouvoir être réélu. Il a été réélu, les Français lui ont fait confiance, mais évidemment que ça nous oblige, parce qu'il y a un contexte politique qu'on connaît, sur lequel on est lucide. Il y a des Français qui attendent beaucoup, parce qu'il y a des Français qui vivent encore des difficultés dans notre pays. Je donnais tout à l'heure l'exemple du chômage, on a beaucoup avancé sur cette question-là, des millions de Français qui ont pu retrouver un emploi ces dernières années grâce à notre action, mais il reste évidemment des Français qui connaissent des difficultés, il reste des Français qui travaillent, qui ont du mal à joindre les deux bouts, c'est pour ça que la question du pouvoir d'achat, est probablement la question sur laquelle on va avancer le plus rapidement.

APOLLINE DE MALHERBE
C'est là-dessus que vous allez avancer le plus rapidement, ça pourrait être dans les jours qui viennent ?

GABRIEL ATTAL
Le président avait pris des engagements dans le cadre de la campagne, notamment pour le pouvoir d'achat des retraités, dès le mois de juillet…

APOLLINE DE MALHERBE
Indexer les retraites.

GABRIEL ATTAL
…les pensions soient revalorisées avec l'inflation. On a aussi dit qu'on travaillait sur un nouveau dispositif pour les Français qui travaillent, qui doivent utiliser leur véhicule et qui sont confrontés à la hausse des prix du carburant pour mieux cibler une aide en direction de ces Français qui travaillent et qui ont du mal à joindre les deux bouts.

APOLLINE DE MALHERBE
Il y aura d'autres gestes, dans les jours qui viennent ?

GABRIEL ATTAL
On avait dit que l'on travaillait à une nouvelle solution, précisément pour ces Français, donc oui on va continuer à agir pour le pouvoir d'achat, et c'est ce que les Français attendent de nous.

APOLLINE DE MALHERBE
Ça veut dire, Gabriel ATTAL, que les 7 semaines qui viennent, qui sont les 7 semaines entre maintenant et les élections législatives, ce n'est pas 7 semaines de pause, vous pourriez agir dès maintenant, quelle que soit l'issue des législatives.

GABRIEL ATTAL
Non, il n'y a pas de pause, on va continuer à agir évidemment, c'est ce qu'attendent de nous les Français. Et moi, encore une fois je pense aussi qu'une grande partie des Français, en faisant le choix de réélire Emmanuel MACRON, a aussi recherché une forme de stabilité, notamment dans les crises, voilà, et je pense qu'il y a beaucoup de Français qui d'ailleurs avaient choisi Emmanuel MACRON en 2017, déjà pour cette raison, cette raison c'est qu'ils ont voulu sortir d'un pays, d'un système politique, où tous les 5 ans vous aviez une majorité différente qui défaisait ce que la majorité précédente avait fait. Et puis ensuite encore une majorité différente qui venait défaire ce que les précédents avaient fait. La politique c'est aussi du temps long, Apolline de MALHERBE, c'est aussi des actions qui nécessitent, oui, de prendre du temps, d'investir pour l'avenir. Et c'est ce que l'on va continuer à faire.

APOLLINE DE MALHERBE
5 ans, on va avoir le temps évidemment de voir venir, mais les prochains jours ça va ressembler à quoi ? Vous allez rester porte-parole du gouvernement ?

GABRIEL ATTAL
Ça je n'en sais rien, ça ne dépend pas de moi. Ça n'est pas ma décision, donc vous voyez, je ne peux pas vous répondre sur cette question.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous allez forcément vivre un peu au jour le jour. Emmanuel MACRON qui a considéré qu'en tout cas Jean CASTEX resterait Premier ministre jusqu'au 1er mai. Au-delà, est-ce qu'il pourrait être renouvelé jusqu'aux législatives ?

GABRIEL ATTAL
Vraiment, je ne peux pas répondre à ces questions-là, qui encore une fois ne dépendent pas de moi.

APOLLINE DE MALHERBE
Sauf que, évidemment, ça ne dépend pas complètement de vous, mais un peu tout de même, parce que vous allez chacun être en campagne, en campagne aussi pour les législatives. Vous le disiez à l'instant, 38 % des électeurs de La France Insoumise ont certes voté Emmanuel MACRON, et pour autant on a eu cet échange par exemple hier soir sur le plateau de BFM TV, entre une Raquel GARRIDO du camp d'Emmanuel MACRON (sic), qui s'adressait à Elisabeth BORNE, du gouvernement, et qui lui disait : « on va vous chasser ».

GABRIEL ATTAL
Alors, d'abord Raquel GARRIDO, mais je pense que c'est un lapsus, n'est pas du camp d'Emmanuel MACRON, mais de Jean-Luc MELENCHON…

APOLLINE DE MALHERBE
De Jean-Luc MELENCHON, bien entendu.

GABRIEL ATTAL
Je précise pour les téléspectateurs, je ne veux pas qu'il y ait de doute sur ce sujet-là. Oui, il y a des élections législatives. Il y a des élections législatives et il y aura des Français qui iront voter aux élections législatives…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous prenez ce genre de menace au sérieux " on va vous chasser " ?

GABRIEL ATTAL
Mais, vous savez, moi j'entends à chaque élection présidentielle, c'est toujours la même chose, ceux qui n'ont pas été élus ou ceux qui n'ont pas été au 2e tour, expliquent qu'il y a un 3e tour, que les Français vont inverser leur choix au 3e tour en leur donnant une majorité. C'est assez classique. C'est d'autant plus classique venant de la part de Jean-Luc MELENCHON, qu'on a entendu dès l'entre-deux-tours.

APOLLINE DE MALHERBE
Ça n'est qu'une rengaine ?

GABRIEL ATTAL
Mais non, mais dès l'entre-deux tours on a entendu Jean-Luc MELENCHON considérer quasiment qu'il n'y avait pas de 2e tour et que la question maintenant c'était les élections législatives. Déjà en 2017, voilà, on l'avait entendu remettre en cause l'élection, parce qu'il n'était pas qualifié au 2e tour. Voilà, pour Jean-Luc MELENCHON, une élection qu'il ne gagne pas, est une élection qui n'existe pas. Voilà, donc on a cette habitude-là maintenant. Il y aura une campagne pour les élections législatives, moi je suis convaincu que les Français donneront au président de la République les moyens d'agir pour les protéger, avec une majorité.

APOLLINE DE MALHERBE
Presque 42 % des électeurs ont pour Marine LE PEN, c'était du jamais vu, qu'est-ce que vous en ressentez, vous, ce matin ?

GABRIEL ATTAL
J'en ressens qu'il y a des Français qui se sentent abandonnés depuis des décennies, ça vient de loin. Qu'il y a des fractures, qu'il y a des inquiétudes, des doutes, des angoisses, vis-à-vis de l'avenir.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous ne les avez pas rassurés, en 5 ans ils sont plus nombreux.

GABRIEL ATTAL
Je pense qu'on a beaucoup agi dans ces 5 ans pour réduire les fractures, notamment la fracture entre ceux qui travaillent et ceux qui ne travaillent pas. Le taux de chômage le plus bas depuis 15 ans. La fracture entre les territoires ruraux et les territoires urbains, on a massivement réinvesti pour la ruralité, pour nos campagnes, en matière numérique, en matière d'emploi, en matière de services publics, 2 000 Maisons France services qui ont ouvert partout sur le territoire pour que les Français puissent accéder un bouquet de services publics avec quelqu'un en face d'eux qui peut les accompagner dans leurs démarches. On a beaucoup agi aussi sur la question de la sécurité. Mais sur tout ça, on n'a évidemment pas résorbé l'intégralité des fractures, c'est de toute façon pas possible en 5 ans, c'est pour ça que je vous parlais de temps long, et c'est pour ça qu'il faut continuer à aller plus loin. Il y a eu aussi des crises dans ce quinquennat, qui ont alimenté là aussi des angoisses, des peurs, des doutes, et on sait que l'extrême-droite, le Rassemblement national, prospère aussi sur…

APOLLINE DE MALHERBE
Il y a eu les crises extérieures et puis il y a eu les crises intérieures. Les crises extérieures c'est évidemment le Covid, l'Ukraine, que notre pays a subies comme tous les autres, mais il y a eu aussi les Gilets jaunes, ça c'est une crise qui a été presque générée par notre pays lui-même. Est-ce que vous dites aujourd'hui : nous savons cette crise derrière nous, ou est-ce que vous redoutez les mois et les semaines qui viennent ?

GABRIEL ATTAL
Je pense d'abord que c'est une crise, et beaucoup m'ont dit à l'époque qu'ils venaient de très loin. Ça faisait longtemps qu'on entendait des Français à bas bruit dire : je travaille et pourtant je n'arrive pas à boucler le mois. Ça faisait longtemps qu'on entendait des Français dire : les services publics, je les ai vus reculer, là où j'habite, j'accède moins facilement aux services publics, alors que je paie des impôts. Donc oui, c'est quelque chose qui a « explosé » dans ce quinquennat mais qui venait de très loin. Je pense qu'on a commencé à y répondre massivement après le grand débat national, avec des décisions qui ont été prises sur le pouvoir d'achat, augmentation de la prime d'activité, baisse des charges. Pour quelqu'un qui travaille au smic, c'est un 13e et un quasi 14e mois financé par l'Etat. Mais il faut continuer à aller plus loin, évidemment aussi sur la question des services publics.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais quand il dit je ne suis plus le président d'un camp, mais le président de toutes et tous, quand vous regardez que par exemple 70% des ouvriers ont voté Marine LE PEN, que la majeure partie de ceux qui gagnent le moins leur vie ont voté Marine LE PEN, est-ce que vous n'êtes pas quand même un camp contre l'autre, une France contre l'autre ?

GABRIEL ATTAL
Moi, vous savez, il n'y a pas deux France irréconciliables, ou l'une contre l'autre, parce qu'il n'y a pas de Français irréconciliables, ou les uns contre les autres, moi je ne vois qu'une France qui est rurale, urbaine, périurbaine, qui est industrielle, qui est dans l'artisanat, qui est dans l'économie numérique, qui a envie d'avancer, qui a envie qu'on s'en sort, et qui est réunie par des valeurs, voilà, et je pense que l'enjeu pour nous maintenant c'est de continuer à les unir, c'est de les rassembler et c'est de tout faire pour qu'on aille de l'avant ensemble…

APOLLINE DE MALHERBE
Et vous y arriverez ?

GABRIEL ATTAL
Eh bien oui, je le crois profondément, sinon je ne ferais pas ce que je fais aujourd'hui, je ne m'engagerai pas en politique, parce que je crois profondément qu'on peut changer les choses.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous avez envie de continuer quand même à être porte-parole ?

GABRIEL ATTAL
Moi j'ai envie, enfin moi je continuerai à travailler avec Emmanuel MACRON évidemment.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que vous pouvez dire ce matin que vous êtes heureux ?

GABRIEL ATTAL
Encore une fois, oui, je suis heureux pour mon pays, je suis heureux pour mon pays qu'il ait fait ce choix de réélire Emmanuel MACRON, de lui permettre de continuer à protéger les Français et d'être fidèle à nos valeurs, et je crois à celle d'une grande majorité des Français, maintenant je suis aussi conscient de la responsabilité qui est la nôtre, le président l'a dit hier, je pense qu'on est attendu sur beaucoup de sujets.

APOLLINE DE MALHERBE
On a senti hier cette ambivalence, à la fois se réjouir dans votre camp, et en même temps tenter de faire un discours très court, pas forcément de fête, aller se réfugier derrière les portes de la Lanterne, est-ce que vous redoutez de vous réjouir trop vite ?

GABRIEL ATTAL
Non, mais je pense qu'il faut être à la hauteur de ce qui est attendu par les Français, de la responsabilité qui est attendue par les Français, voilà, on a le droit évidemment de se réjouir pour le pays, et c'est ce que je vous indiquait il y a un instant, mais il faut aussi être, oui au niveau de la responsabilité immense qui est celle aujourd'hui du président, de la majorité, parce qu'encore une fois c'est un choix inédit, historique, dans l'histoire de la Ve République, que de faire confiance à un président sortant en dehors d'une cohabitation, il faut être à la hauteur, on sera à la hauteur pour les Français.

APOLLINE DE MALHERBE
Gabriel ATTAL, porte-parole du gouvernement, encore en exercice donc au moment où l'on se parle, il est 8h52, merci d'avoir dessiné avec nous la suite et ce qui nous attend pour les 5 ans qui viennent.

GABRIEL ATTAL
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 avril 2022