Interview de M. Clément Beaune, secrétaire d'Etat aux affaires européennes, à CNews le 25 avril 2022, sur la réélection d'Emmanuel Macron à la Présidence de la République française.

Texte intégral

ROMAIN DESARBRES
Nous sommes avec Clément BEAUNE, bonjour Monsieur le Ministre.

CLEMENT BEAUNE
Bonjour.

ROMAIN DESARBRES
Secrétaire d'Etat en charge des Affaires européennes. Déjà comment est-ce que vous qualifiez le résultat d'hier soir, 58,5% pour Emmanuel MACRON et 41,5% pour Marine LE PEN ?

CLEMENT BEAUNE
Il y a une victoire très nette sans ambiguïté avec un écart important et vous l'avez rappelé c'est la première fois que hors cohabitation un président sortant est réélu, ça n'est pas rien. C'est une victoire nette, mais ne veut pas dire une victoire arrogante, il y a des millions de Français, 13 millions je crois, qui ont voté pour Marine LE PEN, il faut évidemment écoutez ceux-là, il y a sans doute d'ailleurs des raisons très différentes dans ce vote, colère, adhésion, adhésion aux projets en particulier, donc il faut comprendre cela, sur la question sociale peut-être en particulier. Les gens qui se sont abstenus, mais tout ça ne remet en aucune façon en cause une élection et le jeu démocratique. Quand j'entends Jean-Luc MELENCHON ou quelques autres contester, répandre des…

ROMAIN DESARBRES
Il ne conteste pas l'élection, il dit qu'Emmanuel MACRON a été le président le moins bien élu.

CLEMENT BEAUNE
Eh bien c'est une fake news, ce n'est pas vrai. c'est un mensonge pour le dire encore plus clairement parce que sur aucun des critères d'une élection ni le pourcentage des voix, ni le nombre de voix, ni même le pourcentage des inscrits, ça n'est le cas et monsieur MELENCHON, je trouve qu'il n'a pas été à la hauteur des institutions et de ses propres électeurs puisqu'il a commencé sur les élections législatives il y a quelques jours, à tracter même le week-end dernier alors qu'on aurait aimé comme l'a été d'ailleurs une bonne partie de la gauche monsieur ROUSSEL, Madame HIDALGO et leur soutien pour battre l'extrême droite et soutenir le projet d'Emmanuel MACRON.

ROMAIN DESARBRES
Voilà pour le verre à moitié plein, pour le verre à moitié vide, on a le sentiment d'une réélection sans état de grâce, ça va être compliqué ?

CLEMENT BEAUNE
Vous avez le débat sur l'état de grâce, c'est comme le débat sur les 100 jours il est éternel. Je crois qu'il y a dans nos démocraties contemporaines soumises à l'urgence un contexte international très difficile jamais vraiment d'état de grâce. Donc on ne compte pas sur une espèce de magie extérieure, il faut se mettre au boulot tout de suite, donner des signaux de rassemblement, d'écoute tout de suite.

ROMAIN DESARBRES
Vous y avez fait allusion, Emmanuel MACRON a dit hier soir qu'il pensait à ceux qui avaient voté Marine LE PEN, qu'est-ce que ça veut dire très concrètement, vous allez aller sur le pouvoir d'achat peut-être, est-ce que vous avez pensé également sur les questions de… est-ce que vous allez y penser également sur les questions d'immigration ?

CLEMENT BEAUNE
Oui sur toutes ces questions et d'autres, la question de l'écologie. Je ne pense pas que l'électorat de Marine LE PEN y soit insensible. Ça veut dire que sur les grands chantiers que le président a annoncés il faut se lancer rapidement.

ROMAIN DESARBRES
Mais vous savez bien que ce n'est pas son point de force.

CLEMENT BEAUNE
Bien sûr mais j'y viens, le pouvoir d'achat qui a été très important dans la campagne notamment pour Marine LE PEN, mais chez tout le monde, ça veut dire mettre en place les mesures d'indexation des retraites, de prolongation du bouclier cet été sur les tarifs et notamment les prix de l'énergie, sur le point de rémunération des fonctionnaires, sur tous ces sujets, ça veut dire qu'il faut avoir une majorité parlementaire aussi pour avancer dès le début de l'été.

ROMAIN DESARBRES
Et sur le régalien ?

CLEMENT BEAUNE
Sur le régalien il y a des choses qui...

ROMAIN DESARBRES
Sécurité, immigration.

CLEMENT BEAUNE
Il y a une loi sécurité programmation sur plusieurs années qui a été annoncée par le candidat, 200 brigades de gendarmerie, continuer à augmenter la présence policière sur le terrain, la doubler dans les 5 ans qui viennent, tout ça va nécessiter aussi une action législative au Parlement et donc il faut cette majorité de soutien et d'action très vite avec ces élections du mois de juin.

ROMAIN DESARBRES
Clément BEAUNE, je voulais vous entendre également sur le résultat de notre sondage, c'est extrêmement intéressant, ça ne vous aura certainement pas échappé peut-être ce sondage, c'est un sondage qu'on révèle ce matin. 63% des Français ne veulent pas donner de majorité à Emmanuel MACRON, la majorité à LREM, Sondage de Frédéric MICHEAU qui est à votre droite, sondage OpinionWay, c'est dire le sérieux. Qu'est-ce que ça vous inspire comme commentaire, ça risque d'être très compliqué.

CLEMENT BEAUNE
Il y a toujours sans doute après un 2nd tour qui est forcément un 2nd tour, le choix relatif, ça toujours été comme ça nos institutions entre 2 projets il y a des Français qui n'auraient pas, n'avaient pas choisi initialement ce projet. Ça veut dire qu'il y a dans notre vieille démocratie toujours un souci d'équilibre. Et puis après à nous de démontrer ce que veut dire, on était hier soir dans le feu de l'action de la présidentielle, ce que voudrait dire une cohabitation, ça veut dire justement sur tous les sujets, la sécurité, le pouvoir d'achat, l'écologie, l'Europe une incapacité à agir par rapport au projet que 58 % des Français ont clairement choisi hier. Donc si on veut que le président puisse répondre à ces attentes, à ces impatiences parfois ces colères, il faudra lui donner une majorité. C'est la bataille qui commence maintenant, on a joué les choses dans l'ordre parce qu'il faut respecter nos institutions et respecter les Français. Jean-Luc MELENCHON ne l'a pas fait, ses électeurs eux l'ont fait, maintenant vient la bataille du Parlement et des législatives, il faudra nous expliquer et convaincre, ça n'est pas automatique, c'est une autre élection, qu'il faut cette majorité parlementaire pour mettre en oeuvre ces mesures importantes.

PAUL SUGIER
C'est possible que cher Monsieur le Ministre, l'Assemblée nationale ne soit pas réellement à l'image de ce qu'on a vu de la France à l'égard, à l'issue de ces 2 tours des élections. C'est-à-dire qu'on a vu émerger des forces politiques considérables qui risquent d'être sous représentées au Parlement et d'ailleurs Emmanuel MACRON le sait puisqu'il a remis encore une fois sur la table la question de la proportionnelle. Comment est-ce que vous allez faire pour gouverner un pays dans lequel cette frustration politique va être aussi vive et on a déjà vu hier soir à quel point elle s'est exprimée ?

CLEMENT BEAUNE
D'abord le respect de la démocratie des Français, ce n'est pas bidouiller ou changer les règles du jeu, il y a des élections parlementaires, les en sont connus 12 et 19 juin avec le mode de scrutin traditionnel, le mode de scrutin majoritaire, c'est un fait et c'est là-dessus que tout le monde va mener cette campagne législative. Maintenant moi je crois très profondément qu'en effet le chantier des institutions, de la représentation politique fait partie des urgences. On a toujours tendance à penser quand on regarde les sondages etc que ça n'intéresse pas les Français, je pense que ça n'intéresse peut-être pas explicitement mais c'est ressenti très fortement dans notre société. et donc la question de la proportionnelle ou d'autres, le président candidat a évoqué l'idée peut-être d'un septennat avec un rendez-vous à mi-mandat comme on l'avait connu d'une autre manière dans le passé, cela implique un consensus transpartisan parce que certaines de ces options, pas la proportionnelle mais celle-ci par exemple nécessiterait un changement constitutionnel et donc il faudra très vite là aussi dans les chantiers ouvrir ce travail transpartisan, toutes les forces politiques constructives dans les prochaines semaines pour réfléchir à ces options, mais je crois fondamentalement en effet qu'on a un sujet de représentation, on ne peut pas continuer comme ça.

ROMAIN DESARBRES
Clément BEAUNE, une dernière question, qui à Matignon, on parle d'Elisabeth BORNE ?

CLEMENT BEAUNE
Je ne le sais absolument pas à l'heure où nous parlons.

ROMAIN DESARBRES
Je connaissais votre réponse, mais je voulais voir votre regard.

CLEMENT BEAUNE
Je ne vous dirai pas grand-chose de très intéressant puisque ça n'appartient qu'à une seule personne qui est le président réélu.

ROMAIN DESARBRES
Le président de la République bien sûr. Merci beaucoup Clément BEAUNE.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 avril 2022