Interview de Mme Élisabeth Borne, ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, à RTL le 25 avril 2022, sur le résultat des élections présidentielles et la réforme des retraites.

Texte intégral

ALBA VENTURA
Bonjour Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

ALBA VENTURA
Que répondez-vous à ceux qui disent qu'Emmanuel MACRON est un président mal élu ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je pense qu'il faut respecter l'expression du vote qu'on a eu hier. Emmanuel MACRON, il est le premier président depuis qu'on élit le président au suffrage universel à avoir été réélu, donc ça montre aussi qu'une partie des Français sont conscients qu'on a agi tout au long du quinquennat pour l'emploi, pour le pouvoir d'achat, pour l'écologie…

ALBA VENTURA
Avec tout de même 28 % d'abstention, une Marine LE PEN à plus de 41 %.

ELISABETH BORNE
Bien sûr, mais c'est tout de même une reconnaissance de cette action aussi. Ensuite, vous l'avez dit, il y a une abstention dont personne ne peut se satisfaire. Il y a aussi une partie des Français qui ont voté Emmanuel MACRON qui ne l'ont pas fait par adhésion. Il y a une partie aussi de ceux qui se sont tournés vers Marine LE PEN qui ne partagent pas ses idées. Donc on a dans les semaines qui viennent, et notamment dans la perspective des législatives, à répondre à ces Français, à les convaincre qu'on a un projet qui peut améliorer leur quotidien et je pense que c'est effectivement dans les préoccupations de beaucoup de Français. Plus d'écologie, plus d'égalité des chances…

ALBA VENTURA
Parce qu'il n'y aura pas d'état de grâce Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Je pense qu'on est bien conscient qu'il y a effectivement un contexte dans le pays où il y a des fractures auxquelles il faut répondre. On s'y est attaché au cours du quinquennat, ensuite il y a eu beaucoup de crises notamment la crise sanitaire qui a mobilisé beaucoup d'énergie mais qui a été aussi l'occasion de montrer aux Français qu'on savait les protéger face à des crises inédites et dans les semaines qui viennent effectivement, il va falloir convaincre ces Français. D'abord ceux qui n'ont pas été voter que la politique, elle peut améliorer leur quotidien ; à ceux qui ont des difficultés en termes de pouvoir d'achat ou qui ont des inquiétudes…

ALBA VENTURA
Mais quand ils votent à 41 % pour Marine LE PEN ou à 22 % pour Jean-Luc MELENCHON au premier tour, ça signifie qu'ils n'ont pas trouvé les réponses chez Emmanuel MACRON.

ELISABETH BORNE
Ça veut dire qu'il faut sans doute accélérer, aller plus loin sur un certain nombre de sujets. Je vous dis, il y a beaucoup de Français qui attendent des mesures plus fortes sur l'écologie et Emmanuel MACRON a eu l'occasion d'en parler notamment à Marseille. On a doublé dans ce quinquennat le rythme de réduction des émissions de gaz à effet de serre, il faut aller encore deux fois plus vite. Il faut répondre aux inquiétudes sur le pouvoir d'achat qui était une des préoccupations fortes. Naturellement avec la guerre en Ukraine qui a engendré une flambée du prix des matières premières, aussi de certains biens essentiels au niveau de l'alimentation, il faut apporter des réponses rapides et c'est bien pour ça que, dès le mois de juillet, on va indexer les pensions. Je rappelle aussi qu'au 1er mai, le SMIC sera revalorisé de 2,65 % et puis cet été aussi, une revalorisation des minima sociaux. Cet enjeu de pouvoir d'achat, je peux vous assurer qu'Emmanuel MACRON en est bien conscient.

ALBA VENTURA
« Ce vote m'oblige » dit-il d'ailleurs « pour les années à venir ». Le président MACRON a parlé souvent pendant la campagne d'heures de changer de méthode. Changer de méthode, ça veut dire quoi ?

ELISABETH BORNE
Ça veut dire notamment tirer les leçons de la crise sanitaire. Vous savez, on a su territoire par territoire travailler ensemble, sortir des silos, d'abord au sein de l'Etat et puis entre l'Etat, les collectivités, les entreprises, les syndicats, trouver territoire par territoire les bonnes solutions. Je pense que c'est un important.

ALBA VENTURA
Ça veut dire qu'on va enfin écouter les territoires, les corps intermédiaires ; c'est ça que ça veut dire ?

ELISABETH BORNE
Alors on l'a fait tout au long de la crise. Vous savez, on n'a jamais autant travaillé avec les organisations patronales, syndicales. On a beaucoup parlé du couple maire-préfet pour apporter des réponses adaptées territoire par territoire. Il faut certainement aller plus loin, notamment sur des chantiers importants qu'Emmanuel MACRON veut lancer sur l'école, sur la santé, donner des marges de manoeuvre au plan local pour répondre au mieux aux préoccupations de nos concitoyens.

ALBA VENTURA
Mais lui, quel président doit-il être ? Parce qu'hier, il a parlé de bienveillance, de respect dans son discours.

ELISABETH BORNE
Je pense qu'il est parfaitement conscient qu'il y a besoin d'apaiser, de rassembler dans le pays. C'est aussi ça que le vote d'hier exprime, le fait qu'une partie des Français peuvent être inquiets pour l'avenir. Naturellement quand on sort d'une crise sanitaire, qu'on est aujourd'hui avec la guerre aux portes de l'Europe, on imagine que ça peut évidemment créer de l'inquiétude chez beaucoup de Français, il faut rassurer les Français, redire qu'on a su les protéger dans la crise sanitaire et qu'on sait les protéger aujourd'hui avec des mesures très efficaces, par exemple sur le pouvoir d'achat, vous savez le bouclier tarifaire sur le gaz et l'électricité. La France est le seul pays au monde à avoir une mesure qui garantit aux Français quelles que soient les évolutions de cette guerre en Ukraine qu'ils seront protégés sur le prix du gaz et de l'électricité qui n'augmentera pas.

ALBA VENTURA
Depuis qu'on a débuté cette interview, je vous ai entendu parler d'écologie, de santé, d'éducation, de pouvoir d'achat, je ne vous ai pas encore entendu parler de la réforme des retraites. Elle devra avoir lieu, elle devra se faire rapidement si vous ne voulez pas que ce dossier s'enlise ?

ELISABETH BORNE
Mais vous savez, elle fait partie du programme qui a été porté par Emmanuel MACRON pour une raison simple : c'est qu'on veut tout d'abord revaloriser les retraites, d'abord les revaloriser pour tenir compte de l'inflation en juillet et puis ensuite faire que chaque Français qui a cotisé tout au long de sa vie ait une retraite d'au moins 1 100 euros. Il ne faut pas faire croire aux Français que ça pourrait se faire sans augmenter les cotisations et donc faire perdre du pouvoir d'achat aux Français ou sans baisser les pensions ; donc si on veut augmenter les pensions, ne pas augmenter les cotisations, il faudra progressivement travailler un peu plus longtemps. Donc c'est effectivement une réforme…

ALBA VENTURA
À 64 ou 65 ans. La CFDT va s'opposer à cette réforme.

ELISABETH BORNE
Il y a, Emmanuel MACRON l'a dit, une place importante pour de la concertation. Notamment on a d'ores et déjà dit que ceux qui ont commencé à travailler plus tôt évidemment continueraient à partir plus tôt que ceux qui sont dans des métiers où il y a de l'usure professionnelle, de la pénibilité aussi pourraient partir plus tôt. Il faut évidemment avoir des concertations avec les organisations patronales et syndicales sur tous ces sujets.

ALBA VENTURA
Il faut la faire dans les cent premiers jours ? Il faut la démarrer dans les cent premiers jours ? Il faut qu'elle puisse avoir un objectif…

ELISABETH BORNE
Vous avez compris qu'Emmanuel MACRON ne s'enferme pas dans ces cent premiers jours. Cette réforme, elle est nécessaire pour assurer la pérennité d'un système de retraite et donc elle est importante. Il faudra effectivement mener cette réforme.

ALBA VENTURA
Vous craignez un troisième tour social ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, moi je ne vais pas écouter tous ceux qui nous annoncent un troisième tour avant le deuxième tour et un certain nombre l'ont fait, ce que je ne trouve pas très respectueux des échéances démocratiques. Il y a des élections législatives qui sont dans les prochaines semaines, au mois de juin, et ensuite on veut évidemment dialoguer, continuer comme on l'a fait depuis le début de la crise avec les organisations patronales et syndicales pour répondre aux préoccupations des salariés et des Français en général.

ALBA VENTURA
Ce matin, l'institut Ipsos dit que 77 % des Français pensent qu'il y aura des débordements, des tensions. Est-ce que vous, vous vous attendez franchement à des secousses ? Ou vous pensez que ce sera tranquille ?

ELISABETH BORNE
Je pense qu'il faut écouter les inquiétudes, les tensions qui existent dans notre pays et apporter des réponses. Je pense qu'on a montré, par exemple dans la crise sanitaire ou face aux conséquences de la guerre en Ukraine, qu'on savait entendre les préoccupations des Français et y répondre. C'est ce qu'il faut continuer à faire.

ALBA VENTURA
Les jeunes ont moins voté pour Emmanuel MACRON cette fois-ci. 71 % en 2017, 59 % en 2022 selon Harris Interactive.

ELISABETH BORNE
Ecoutez, c'est important que les jeunes qui attendent beaucoup sur l'écologie, qui aussi sont concernés par une entrée dans la vie professionnelle qui est souvent trop difficile aient pu noter très majoritairement que ces préoccupations étaient portées par Emmanuel MACRON. Il va falloir continuer à agir sur tous ces sujets, sur l'orientation, sur la formation, sur l'entrée dans la vie professionnelle, comme on l'a fait avec le plan 1 jeune 1 solution tout au long de ces derniers mois, et comme on le fait aujourd'hui avec le contrat d'engagement jeune. Il faut aider les jeunes à rentrer plus facilement dans la vie professionnelle et à gagner leur autonomie grâce au travail.

ALBA VENTURA
Elisabeth BORNE, changer de méthode ça veut dire aussi un gouvernement plus ouvert ?

ELISABETH BORNE
Je pense qu'Emmanuel MACRON là aussi l'a dit : tous ceux qui se retrouvent derrière son projet qui est résolument écologique, résolument social, résolument européen peuvent rejoindre la majorité qu'il constituera.

ALBA VENTURA
Devrais-je vous appeler Madame la Première ministre ou Madame le Premier ministre dans les prochains jours ?

ELISABETH BORNE
Je crois que ce n'est pas le sujet. Vous savez, je pense que ce qui est important c'est d'entendre le message des Français, leurs inquiétudes sur le pouvoir d'achat, leurs attentes sur l'écologie et je n'ai pas de doute qu'Emmanuel MACRON trouvera l'équipe pour mener ce projet.

ALBA VENTURA
Mais si on vous confiait une telle responsabilité, vous ne pouvez pas dire non.

ELISABETH BORNE
Je vous dis, ce n'est pas la question. Je pense que ce qui est important, c'est qu'on puisse mettre en oeuvre le projet qui a été porté par Emmanuel MACRON, qu'il a pu enrichir notamment avec son discours très fort sur l'écologie à Marseille, et qu'on montre qu'on est vraiment en réaction très vite pour répondre aux inquiétudes des Français sur le pouvoir d'achat.

ALBA VENTURA
Vous serez encore là la semaine prochaine.

ELISABETH BORNE
On se dit tout cela cette semaine.

ALBA VENTURA
Merci beaucoup Elisabeth BORNE.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 avril 2022