Interview de Mme Emmanuelle Wargon, ministre du logement, à Public Sénat le 9 mai 2022, sur l'accueil des réfugiés ukrainiens, le deuxième quinquennat d'Emmanuel Macron et les élections législatives.

Texte intégral

ORIANE MANCINI
Et notre invitée politique ce matin, c'est Emmanuelle WARGON, bonjour.

EMMANUELLE WARGON
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Merci beaucoup d'être avec nous. Ministre chargée du Logement, candidate aux législatives dans le Val-de-Marne et vous présidez le Conseil national de Territoires de progrès, c'est le mouvement qui représente l'aile gauche de la majorité. On va bien sûr parler de toutes ces questions, on est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse quotidienne régionale représentée par Fabrice VEYSSEYRE-REDON du groupe EBRA, bonjour Fabrice.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Bonjour Oriane.

ORIANE MANCINI
Le groupe EBRA, on ne le répète plus, ce sont les journaux régionaux de l'Est de la France. Un mot sur l'Ukraine, Emmanuelle WARGON, avant de parler des questions nationales, l'Ukraine, 515e jour de guerre aujourd'hui, avec évidemment des dizaines de milliers de réfugiés qui ont dû quitter le pays, combien de réfugiés ukrainiens sont actuellement hébergés en France ?

EMMANUELLE WARGON
Alors le nombre de réfugiés ukrainiens qui sont arrivés en France, c'est environ 75.000 personnes qu'on a enregistrées dans les passages frontière, mais tous ne restent pas en France, parce que la France est parfois un pays de transit, donc on a accordé en fait à peu près 50.000 titres de séjour temporaire, vous savez, les autorisations de séjour, de protection spéciale, et nous hébergeons en gros 30.000 personnes, les autres, ça veut dire qu'ils ont trouvé un accueil directement dans leur famille ou dans leur propre réseau d'amis…

ORIANE MANCINI
Donc environ c'est 30.000 personnes dans les structures de l'Etat, les autres sont chez des particuliers.

EMMANUELLE WARGON
En fait c'est 30.000 personnes dans des structures pilotées par l'Etat, qui sont soit des hébergements collectifs, type hôtels, ou campings, ou autres, soit de l'hébergement citoyen ou des logements que des collectivités ont pu mettre à disposition, et en gros, 13.000 enfants sont scolarisés, donc ça vous donne une idée du nombre de personnes qu'on accueille. La France n'est pas le premier pays d'accueil parce qu'évidemment on est un peu loin de l'Ukraine, donc les réfugiés sont d'abord dans les premiers pays limitrophes de l'Ukraine.

ORIANE MANCINI
Vous en attendez d'autres réfugiés, dans les prochains jours, dans les prochaines semaines ?

EMMANUELLE WARGON
C'est évidemment difficile à dire, ça a commencé fort, maintenant le nombre d'arrivées est un petit peu plus limité jour après jour, donc on n'est pas dans une progression très très forte, mais on est en capacité, et je voudrais de nouveau saluer l'élan de solidarité parce que sur la plateforme Internet pour l'accueil des Ukrainiens on a plus de 50.000 propositions d'hébergement citoyen, donc ça veut dire qu'on a encore des possibilités et qu'il y a vraiment eu un élan…

ORIANE MANCINI
Et dans les structures pilotées par l'Etat aujourd'hui il y a encore combien de places pour les… combien de places libres pour accueillir des Ukrainiens ?

EMMANUELLE WARGON
On avait identifié 70.000, 80.000 places, donc voyez on a de la marge par rapport aux 30.000 que nous accueillons aujourd'hui, après tout, notre enjeu c'est de ne pas laisser les gens trop longtemps dans des structures temporaires type hôtels, mobile-homes ou autres, ou centres de vacances, d'abord parce que les hôtels ou les centres de vacances ont vocation à accueillir des vacanciers cet été, et ensuite parce qu'une famille ukrainienne est mieux dans un vrai logement que dans une structure temporaire, et donc nous continuons à travailler pour permettre à ces personnes de passer du temporaire à quelque chose d'un petit peu plus stable, de type logement.

ORIANE MANCINI
Une dernière question là-dessus, est-ce que vous avez une idée du montant des aides de l'Etat pour l'hébergement de ces réfugiés ukrainiens depuis le début du conflit ?

EMMANUELLE WARGON
Alors, on n'a pas encore consolidé tous les chiffres, d'autant plus que le premier accueil est sous la responsabilité du ministère de l'Intérieur, donc ce n'est pas le budget du ministère du Logement, mais ça reste évidemment le budget de l'Etat, de notre côté on finance les aides au logement, on finance les associations qui font de l'intermédiation locative, ça sera quelques centaines de millions d'euros, mais on n'a pas de chiffres précis.

ORIANE MANCINI
On va parler d'Emmanuel MACRON. Emmanuel MACRON qui a été officiellement investi samedi, vous y étiez d'ailleurs, dans son discours, s'est défini comme un Président nouveau avec une méthode nouvelle, ça veut dire que la méthode du quinquennat MACRON 1 n'était pas la bonne ?

EMMANUELLE WARGON
Je crois qu'il a dit quelque chose de très fort qui est ce n'est pas la prolongation du mandat précédent, c'est un nouveau mandat qui commence, il l'a dit d'ailleurs, avec des Français qui sont eux-mêmes différents de ce qu'ils étaient il y a cinq ans. Je crois que le Président est très attaché maintenant à avoir une méthode de Gouvernement qui soit la plus associative possible, qui associe le plus possible les Français et les corps constitués. Il reconnaît que parfois il a peut-être voulu aller un peu vite au début du quinquennat précédent et qu'il faut travailler avec chacun, bien sûr avec les Français et avec tous ceux qui les représentent, donc ça s'exprimera très concrètement…

ORIANE MANCINI
Ça veut dire qu'il s'est trompé, il n'a pas assez consulté les syndicats, les élus locaux également, dans son premier quinquennat ?

EMMANUELLE WARGON
Vous savez que le quinquennat a été marqué, on le sait tous, par beaucoup de crises, et les choses ont évolué déjà en cours de quinquennat avec le grand débat national, que moi j'ai eu l'honneur de copiloter, et avec un travail avec les élus locaux avec lesquels on s'est beaucoup rapproché tout au long du quinquennat, donc l'idée c'est d'aller encore un cran plus loin et il le fera, sur les retraites, sur la refondation de l'école, sur la question de la santé et notamment la lutte contre les déserts médicaux, donc voilà, l'intention du Président est très claire et il l'a exprimée en tant que candidat, et c'était très important qu'il l'exprime en tant que Président réinvesti.

ORIANE MANCINI
On va revenir sur la réforme des retraites dans un instant, mais un dernier mot sur ce qui s'est passé samedi, vous avez entendu Laurent FABIUS, le président du Conseil constitutionnel, parler « d'un malaise démocratique préoccupant », le Président s'est engagé à une renaissance démocratique dont le pays a besoin, par quoi elle doit passer cette renaissance démocratique ?

EMMANUELLE WARGON
Je vous dis, par un travail probablement qui laisse le temps de la concertation, de la consultation, sur les grandes réformes, et puis vous savez que le Président s'est aussi engagé à mettre en place une commission transpartisane sur la réforme des institutions. La réforme des institutions avait été envisagée dans le premier quinquennat, elle n'était pas allée au bout, et là l'idée c'est de travailler directement avec les partis politiques du pays pour regarder si un consensus est possible sur les grandes lignes, avant ensuite de pouvoir écrire un texte, qui forcément passera à l'Assemblée et au Sénat.

ORIANE MANCINI
Et sur les fractures, parce qu'on a vu, Emmanuel MACRON, en 2017, s'était engagé à résorber les fractures du pays, or on l'a vu, en 2022, les fractures elles sont toujours aussi grandes, si ce n'est plus grandes qu'en 2017, comment vous les résorbez ces fractures territoriales, ces fractures sociales ?

EMMANUELLE WARGON
On les résorbe, je pense d'abord en essayant d'apporter des réponses les plus concrètes possibles aux préoccupations des Français, là évidemment le sujet du moment c'est le pouvoir d'achat, vous avez vu Bruno LE MAIRE consulte en ce moment et c'est très important, c'est aussi ce dont on parlait il y a cinq minutes, l'école, la santé, on les résorbe tous dans cette nouvelle méthode de gouvernance, en prenant le temps d'écouter, et puis après les fractures ont été fortes pendant ce quinquennat parce que les crises ont été fortes aussi, bien sûr que la crise sanitaire, avec les décisions qu'il a fallu prendre, qui étaient des décisions parfois difficiles, qui étaient des décisions dans lesquelles on a restreint notre capacité à tous à aller et venir, ça a forcément aussi créé des fractures.

ORIANE MANCINI
Et c'est uniquement les crises ou ce sont aussi les réformes, la politique d'Emmanuel MACRON, qui a donné le sentiment à certains Français de ne pas être écoutés, que le Gouvernement ne s'occupait pas d'eux ?

EMMANUELLE WARGON
Je pense qu'il y a depuis très longtemps un sentiment croissant auprès des Français que la politique est trop déconnectée de leurs besoins, que les hommes et les femmes politiques ne les comprennent pas, ne répondent pas à ce qu'ils vivent et d'une certaine manière vivent entre eux, je ne crois pas que ce soit né dans le premier quinquennat d'Emmanuel MACRON, je pense que ça vient de très loin en réalité, et que c'est probablement à nous de trouver une manière de réinventer la politique, de réinventer le lien entre les hommes et les femmes politiques et les Français, pour essayer de combler.

ORIANE MANCINI
Que vous n'avez pas encore trouvée ?

EMMANUELLE WARGON
On a fait ces exercices de démocratie directe pendant ce quinquennat qui ont été pour partie réussis et pour partie inachevés. Mais je voudrais juste dire un mot du grand débat national parce que j'y ai passé beaucoup de temps. On a en réalité pris beaucoup de décisions et appliqué beaucoup de mesures issues de ce qui s'est dit dans ce Grand débat, par exemple la généralisation des Maisons France Services, par exemple l'augmentation massive de la prime d'activité, par exemple le fait de dire désormais on ne fermera plus une classe sans demander son avis au maire, donc en fait on l'a fait, mais on ne l'a pas bien raconté, et donc les Français pensent, pour une partie d'entre eux, que ce grand débat a été un moment de respiration démocratique, mais qu'il n'en est pas sorti de décisions, alors que des décisions en sont sorties, et donc il faut qu'on retravaille la manière dont on pilote ces exercices, non seulement quand on va à la rencontre des Français dans ce type de démocratie directe, mais ensuite de savoir comment est-ce qu'on en tire des conséquences et comment est-ce qu'on en rend compte. D'une certaine manière, sur le plan de relance, on a bien raconté ce qu'on faisait avec le plan de relance et France relance, sur le grand débat, on n'a pas vraiment raconté ce qu'on en tirait, ou en tout cas pas assez, donc je pense qu'on a démarré des choses, y compris issues de crises, et que nous avons besoin pendant ce quinquennat d'inventer encore de nouvelles formes et puis surtout de trouver la place de ces formes de démocratie plus directe par rapport à la démocratie représentative.

ORIANE MANCINI
On va parler du pouvoir d'achat, préoccupation majeure des Français évidemment.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Avec une inflation à 5%, le Gouvernement qui va recevoir les associations de consommateurs cette semaine, et notamment celles qui s'intéressent au logement, ministère que vous connaissez bien, comment… vous vous souvenez, il y a cinq ans une mesure hautement symbolique était la réduction de 5 euros des APL, qui a donné d'ailleurs un coup d'envoi aux Insoumis contre le Gouvernement, est-ce qu'il faut revenir contre cette mesure, ça fait partie des demandes de certaines associations de consommateurs ?

EMMANUELLE WARGON
En fait on a redistribué beaucoup de pouvoir d'achat, dans le quinquennat précédent, après cette mesure APL, d'abord on a fait la réforme qu'on appelle APL en temps réel qui permet d'ajuster plus vite les APL à son niveau de revenu, et puis ensuite on a redistribué, je vous le disais, à la fois avec la prime d'activité pour tous ceux qui travaillent, à la fois pour les étudiants avec la suppression de la Sécurité sociale étudiante. Je pense que l'étape d‘après, et c'est l'une des très très belles mesures du programme du candidat, maintenant Président, c'est la solidarité à la source, parce que ça consiste à revoir les différents barèmes des prestations et à faciliter le fait que chacun ait accès à toutes les prestations auxquelles il ou elle a le droit. Vous savez qu'il y a une quinzaine de prestations sociales, les aides au logement en font partie, il y en a plein d'autres, et 15 prestations = 15 formulaires de demande = 15 manières différentes de calculer le revenu qui va vous permettre d'y avoir droit ou pas, la composition familiale, la date à laquelle on regarde tout ça, donc cette solidarité à la source qui va simplifier et qui va permettre de faire une demande et ensuite d'avoir un versement automatique, c'est, je pense, une bonne réponse, donc la réponse elle est plus globale.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Revenir sur les 5 euros, ce n'est pas à l'ordre du jour ?

EMMANUELLE WARGON
En tout cas à l'intérieur de cette réforme, on pourra regarder de nouveau les barèmes, mais je pense qu'il faut y aller plus globalement.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Autre question, toujours liée au logement, liée à l'inflation à et la hausse des taux, et notamment pour les crédits immobiliers, dont les taux ont augmenté, grosso modo, de 0,5 % depuis le début de l‘année, les revenus modestes sont les premiers impactés, que peut faire l'Etat, ça n'est pas fini manifestement cette hausse ?

EMMANUELLE WARGON
Alors, ce qui est sûr, c'est que le logement, c'est bien le premier poste de dépenses des ménages, donc, c'est très, très significatif. Que ce soit quand vous remboursez un emprunt immobilier ou que ce soit quand vous payez votre loyer. Sur les taux, on regarde ça aussi avec Bruno LE MAIRE de façon très rapprochée, pour l'instant, on n'a pas eu une explosion du montant des taux immobiliers. Mais bien sûr, on surveille. Il y a toujours un effet de vases communicants entre les taux et les prix, puisque dans la période dans laquelle les taux d'intérêt étaient très bas, en fait, les prix eux-mêmes de l'immobilier ont beaucoup monté, donc ce qu'il faut regarder, c'est le pouvoir d'investissement et qui mélange en fait le l'évolution du prix et le taux auquel vous vous endettez…

ORIANE MANCINI
… Les prix des logements vont baisser ?

EMMANUELLE WARGON
Les prix des logements ont plutôt, en tout cas, dans les zones dans lesquelles les prix sont les plus élevés, sont plutôt en train de se stabiliser, ils ont été très dynamiques plutôt dans les villes moyenne, dans les villes de province. On est en train de regarder comment tout ça évolue ; donc en fait, ce que je veux dire, c'est que, il faut analyser à la fois l'évolution des taux et l'évolution des prix. Et ensuite, il y a pour l'instant une aide qui est le prêt à taux zéro, et on s'est dit que le prêt à taux zéro, qui est moins intéressant quand les taux sont bas, on pouvait probablement essayer de le faire évoluer vers autre chose, donc voilà, ça fera partie des sujets sur la table…

ORIANE MANCINI
Donc vous allez réfléchir à de nouvelles mesures pour faire face à la hausse de…

EMMANUELLE WARGON
En tout cas, on va réfléchir à l'adaptation des mesures pour qu'elles soient cohérentes par rapport aux besoins des Français.

ORIANE MANCINI
Et ça, à partir de quand, très vite ?

EMMANUELLE WARGON
Le nouveau Gouvernement, quand il sera en place, ça fera partie de ces sujets…

ORIANE MANCINI
Donc dans les premières semaines de ce nouveau Gouvernement. Justement, puisqu'on parle de calendrier et de temps, alors, il y a le taux de l'immobilier, mais vous le voyez, les Français, ils ont du mal à faire leurs courses, ils ont du mal à faire leur plein d'essence, Emmanuel MACRON promet une loi exceptionnelle de pouvoir d'achat, mais seulement à l'été, est-ce que ce n'est pas trop tard, est-ce qu'il n'y a pas des mesures à prendre avant ?

EMMANUELLE WARGON
Eh bien, l'été, ça arrive bientôt quand même, et c'est important d'avoir une première loi sur le pouvoir d'achat, dans laquelle on aura la réindexation des retraites sur l'inflation, dans laquelle on aura le résultat de la négociation sur l'évolution du point d'indice des fonctionnaires, et d'autres mesures de pouvoir d'achat si nécessaire, à commencer par la prolongation du bouclier tarifaire sur le gaz et l'électricité, vous savez qu'on est le seul pays à le faire en Europe, et qu'on protège vraiment très fortement le budget des ménages en ayant bloqué le prix du gaz et l'augmentation du prix de l'électricité, donc tout ça, ça va arriver très vite. Et c'est aussi pour ça qu'il faut de nouveaux députés dans la campagne législative, parce qu'il faut des députés avec une majorité pour le président de la République pour pouvoir voter tout ça.

ORIANE MANCINI
Et on va en parler, mais d'abord, un mot sur la réforme des retraites.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
La retraite à 65 ans, vous estimez que la mesure proposée par Jean-Luc MELENCHON, la retraite à 60 ans n'est pas finançable, vous pensez que la retraite à 65 ans, c'est un passage obligé ?

EMMANUELLE WARGON
Eh bien, d'abord, la proposition de cette alliance qui s'appelle NUPES ou « NUPS », et que, moi, j'appelle dupe, parce que je pense qu'il n'y a rien derrière, c'est une proposition qui revient à la retraite à 60 ans sans qu'on sache très bien avec combien d'annuités, donc, qui, en réalité….

ORIANE MANCINI
40…

EMMANUELLE WARGON
Oui, 40, alors qu'aujourd'hui, on est déjà à 42 et qu'on est en train d'augmenter progressivement, donc c'est une proposition qui accroît très, très massivement le déficit de nos régimes de retraite, et, oui, j'assume tout à fait de dire qu'elle est démagogique et pas finançable. De notre côté, ce que le Président souhaite, et là aussi, il laissera largement la place à la concertation, c'est d'assurer l'équilibre de moyen, long terme du régime des retraites avec le maintien de la répartition, ce qui veut dire probablement travailler un peu plus longtemps en utilisant pour ça l'outil de l'âge légal, mais cette discussion va avoir lieu, et ça va avec ce qu'on disait au début, une volonté de tendre la main et de prendre le temps de discuter. Donc, je ne préjuge pas de la…

ORIANE MANCINI
Mais discuter jusqu'où ? Est-ce qu'il faut un référendum sur cette question, c'est ce que dit notamment François BAYROU ?

EMMANUELLE WARGON
Attendons déjà de voir comment les discussions tournent et si finalement, on arrive à un point qui est considéré comme un point de compromis positif, donc pas forcément, pas forcément, en revanche, il faut prendre le temps de discuter avec les acteurs.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Vous êtes une femme de gauche, on le rappelle, vous assumez pleinement le fait aujourd'hui de dire que, on peut être de gauche et appeler les Français à travailler plus et plus tard ?

EMMANUELLE WARGON
Mais en fait, le travail, c'est une valeur autant de droite que de gauche, et c'est quand même historiquement vraiment une valeur de gauche, et l'un des éléments dont moi je suis la plus fière collectivement du bilan de ce quinquennat, c'est la baisse du chômage, parce que l'augmentation du pouvoir d'achat, ça commence par la baisse du chômage, ça commence par le fait d'avoir plus de Français qui ont un emploi de qualité, qui leur permet de bien vivre de leur salaire, un chômage qui est passé de 10% à 7%, c'est évidemment une augmentation massive du pouvoir d'achat, et donc, oui, on a besoin de continuer à travailler dans ce pays, à la fois pendant toute la vie active, et donc c'est pour ça que le Président vise le plein emploi, et viser le plein emploi, ça veut dire plus de formation professionnelle, plus d'insertion professionnelle, la capacité à aller accompagner ceux qui sont le plus éloignés aujourd'hui du marché du travail, et répondre aux besoins des entreprises, qui n'arrivent pas à embaucher, et ça veut dire aussi probablement sur une vie professionnelle travailler plus longtemps, sauf dans les cas de carrière pénible, et c'est ça aussi sur lequel, il faut qu'on rouvre la discussion, le Président l'a dit, la question de la pénibilité, comment est-ce qu'on la prend en compte pour garder une justice sociale qui fait que ce n'est pas la même chose de travailler pendant toute sa vie professionnelle dans un bureau ou dans le secteur du bâtiment, évidemment, sur des chantiers, ça, c'est un sujet qu'il faut qu'on rouvre à l'intérieur de cette réforme retraite…

ORIANE MANCINI
Mais sur cette question de la gauche, parce qu'on a beaucoup entendu Emmanuel MACRON dans l'entre-deux tours se tourner vers les électeurs de gauche, avec un certain nombre de propositions, notamment sur l'écologie, pour peut-être attirer à lui ces électeurs dans le dans le cadre du second tour, est-ce qu'aujourd'hui, vous qui représentez la jambe gauche de la majorité, vous avez l'impression d'être assez entendue au sein de la Macronie ?

EMMANUELLE WARGON
Mais d'abord, on voit bien dans ce qui se passe aujourd'hui qu'il y a 2 gauches irréconciliables, Jean-Luc MELENCHON dit le contraire, mais ce n'est pas vrai, il y a la gauche qui se compromet dans cette alliance avec l'extrême gauche de LFI, et puis, il y a la gauche qui garde ses valeurs rocardistes, les valeurs de Jacques DELORS, qui est la gauche sociale-démocrate qui, elle, est en réalité très près d'Emmanuel MACRON.

ORIANE MANCINI
Donc ça veut dire qu'un socialiste qui dénonce l'accord, qui dénonce la NUPES, vous les appelez à vous rejoindre… ?

EMMANUELLE WARGON
Moi, je les appelle à travailler avec nous, ils ont toute leur place dans une coalition de progrès et dans une réflexion avec les hommes et les femmes de bonne volonté qui travaillent autour du Président, on a en réalité des valeurs qui sont extrêmement proches, évidemment, je discute très régulièrement avec François REBSAMEN par exemple, et moi, j'invite tous ceux…

ORIANE MANCINI
Mais qui n'a pas voulu rejoindre Territoires de progrès, pourquoi ?

EMMANUELLE WARGON
Mais en fait, la question de l'organisation de la majorité est une question qui est une question politique qui va se rouvrir avec la création du parti Renaissance, et qui sera l'occasion aussi de regarder comment tout ça se structure, mais en tout cas, sur le plan des idées et des valeurs, du combat politique, parce qu'on fait de la politique pour défendre ses idées, on fait de la politique parce qu'on veut améliorer les choses, et on veut les améliorer avec une vision politique du pays, sur le plan des valeurs et des idées, cette gauche c'est une gauche qui en fait se ressemble beaucoup, c'est une gauche effectivement qui est attachée à la valeur travail, qui est attachée à l'équilibre des comptes néanmoins, qui pense qu'il faut à la fois produire et redistribuer, qui est attachée à la justice sociale, à l'idéal européen. Cette gauche-là, elle a beaucoup de choses à faire ensemble. Et je pense que nous aurons ces discussions sur le fond.

ORIANE MANCINI
Mais aujourd'hui, vous appelez François HOLLANDE, Bernard CAZENEUVE, à vous rejoindre, à travailler avec vous ?

EMMANUELLE WARGON
Moi, j'appelle Bernard CAZENEUVE en particulier pour qui j'ai beaucoup de respect, et j'étais assez indignée de voir, comment, je crois que c'est Alexis CORBIERE qui l'a qualifié d'horloge parlante, j'ai trouvé ça scandaleux pour être honnête…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Et François HOLLANDE, non ?

ORIANE MANCINI
Il a dit, ça ferait autant de bruit que le départ de… c'est la fin de l'horloge parlante…

EMMANUELLE WARGON
Oui, c'est ça, c'est quand même vraiment une marque de mépris, donc oui…

ORIANE MANCINI
Bon, donc, Bernard CAZENEUVE, mais pas François HOLLANDE ?

EMMANUELLE WARGON
Eh bien, Bernard CAZENEUVE, François HOLLANDE, tous ceux qui ont envie de travailler à une refondation, à faire vivre ces valeurs, je pense que c'est important que ce dialogue ait lieu.

ORIANE MANCINI
Un mot là-dessus, Fabrice ?

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Là, on a vu une photo tout à l'heure, où on voyait Edouard PHILIPPE, Richard FERRAND, François BAYROU, le patron de La République En Marche…

ORIANE MANCINI
Stanislas GUERINI…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Voilà, lequel incarne, là, dans cette équipe la sociale démocratie pour vous ?

EMMANUELLE WARGON
Alors, d'abord, ce qu'on ne voit pas sur cette photo, c'est que, avec Barbara POMPILI, nous étions au premier rang lors de cette conférence de presse.

ORIANE MANCINI
Eh bien, j'allais vous le dire, ça manque un peu de modernité dans cette photo !

EMMANUELLE WARGON
Je suis d'accord, mais en fait, on était juste à côté. Et après, je pense que, que ce soit Richard FERRAND qui rappelait à cette occasion qu'il avait été membre du Parti socialiste pendant, je crois, 40 ans ou Stanislas GUERINI, voilà, ce sont des personnalités qui portent ces valeurs, mais il n'y a pas d'a contrario, c'est-à-dire, on a fait le choix collectivement de travailler ensemble, d'Edouard PHILIPPE à Richard FERRAND avec François BAYROU et Stanislas GUERINI pour le pays. Et ces sensibilités, elles s'expriment au sein d'une majorité qui a montré qu'elle était prête à gouverner, prête à gouverner, c'est-à-dire prête à affronter la réalité. Et moi, je me retrouve tout à fait dans cette majorité, Territoires de progrès aussi, et après, en ce qui concerne la structuration de tout ça, c'est un chantier…

ORIANE MANCINI
Mais Territoires de progrès, c'est dans " Ensemble ", parce que [sic] pourquoi vous n'étiez pas aux côtés d'Edouard PHILIPPE, de Richard FERRAND…

EMMANUELLE WARGON
Eh bien, ce n'est pas moi qui fais la scénarisation et l'organisation et les photos. Mais en tout cas, on sera évidemment dans cette majorité.

ORIANE MANCINI
Mais au même titre que Horizons ou que le MoDem ?

EMMANUELLE WARGON
Oui, on sera en fait dans la refondation de La République En Marche, dans la création de ce nouveau parti, qui va s'appeler Renaissance, qui sera l'occasion de structurer la participation de l'aile gauche à cette majorité.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Et il faut un Premier ministre de gauche ?

EMMANUELLE WARGON
Il faut un Premier ministre qui incarne la jambe droite et la jambe gauche, et le dépassement, et si vous voulez, j'ai travaillé avec Edouard PHILIPPE, j'ai eu la chance d'être dans son Gouvernement, et avec Jean CASTEX. Jean CASTEX a une sensibilité sociale très forte, il est issu de la droite, mais en réalité, il a beaucoup soutenu le logement, l'hébergement d'urgence, etc, donc au-delà des étiquettes, il faut quelqu'un qui porte cette sensibilité, et évidemment il faut que ces deux sensibilités, la sensibilité centre-droit et centre-gauche soit bien représentée, et je pense qu'elle le sera de toute façon dans la composition du Gouvernement.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Aujourd'hui, vous critiquez cette alliance, la NUPES, cette nouvelle formation que vous appelez dupe, ça veut dire qu'elle vous inquiète, que vous êtes inquiète sur le fait que votre majorité puisse gagner ces législatives ?

EMMANUELLE WARGON
Ah, mais je pense que chaque circonscription compte, chaque siège de député aux législatives compte, et qu'on a absolument besoin d'avoir une majorité claire pour le président de la République, Jean-Luc MELENCHON a déjà perdu 3 fois la présidentielle, il l'a perdue au premier tour cette fois-ci, il essaie de nous faire croire qu'en réalité, il l'a gagnée. [Mais] il l'a perdue. Néanmoins, cette alliance qui, pour moi, est une alliance démagogique et qui est sur un projet de fond qui ne tient pas la route, cette alliance, ce sera une proposition politique nouvelle, et donc moi, je pense que nous devons faire une campagne très énergique pour dire aux électeurs, aux Français qu'il y a un vrai choix politique à faire, et que, donc, cette élection est importante.

ORIANE MANCINI
Mais c'est votre adversaire aujourd'hui dans cette campagne des législatives Jean-Luc MELENCHON, c'est l'adversaire de la majorité ?

EMMANUELLE WARGON
En tout cas c'est celui…

ORIANE MANCINI
On ne vous entend plus parler du Rassemblement national, on a l'impression que c'est haro sur Jean-Luc MELENCHON de la part de la majorité.

EMMANUELLE WARGON
Le Rassemblement national a été battu au deuxième tour et donc, en fait, comme vous le savez en général, on fait plutôt des campagnes positives dans lesquelles on propose un projet, plutôt forcément que d'être en négatif sur nos adversaires, mais en tout cas celui qui se positionne comme l'adversaire principal c'est Jean-Luc MELENCHON et il ne faut pas sous-estimer le risque pour le pays si cette coalition avait une majorité. Je ne crois pas que ça se produira, mais encore une fois…

ORIANE MANCINI
Ça sera quoi le risque, pourquoi il y a un risque, si jamais Jean-Luc MELENCHON gagne ?

EMMANUELLE WARGON
Parce que je considère que son programme, qui est en réalité anti-européen, qui n'est pas clair sur le plan international, j'étais face à Manon AUBRY dans un débat, elle veut toujours sortir de l'OTAN, donc on considère que son programme est un programme qui porte beaucoup de risques pour le pays.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Il y a un mot commun dans la bouche d'Emmanuel MACRON et dans la bouche de Jean-Luc MELENCHON, c'est le mot colère, est-ce que vous la comprenez cette colère ?

EMMANUELLE WARGON
En tout cas moi je l'entends, pour avoir fait beaucoup de terrain pendant la campagne présidentielle et pour en faire maintenant beaucoup dans la campagne législative, ce sentiment d'être mal représenté ou mal entendu est un sentiment sur lequel il faut qu'on travaille, c'est très dangereux démocratiquement qu'une partie des Français se sente délaissée par la ou les politiques, donc le fait d'aller à la rencontre, le fait d'écouter tous les Français, le fait de construire avec eux et pas seulement dans les grandes villes, c'est vraiment indispensable. C'est évidemment un risque démocratique majeur que de laisser une partie du pays penser qu'il a été, ils ont été, ils ou elles, délaissés par la politique qui ne s'intéresse pas à eux, et c'est vrai pendant les campagnes, et c'est très important de continuer après les élections pour ne pas donner l'impression que, au moment des élections vous voyez passer tous les candidats qui s'intéressent à vous et puis juste après les élections, ils disparaissent du paysage, et donc c'est l'exercice des mandats politiques, c'est ce que j'ai fait en tant que ministre du Logement en faisant beaucoup beaucoup de terrain, beaucoup beaucoup de déplacements pour aller à la rencontre des Français, par exemple sur MaPrimeRénov', si ça marche c'est aussi parce que je suis allée beaucoup écouter les gens, et c'est ce que je ferai si je suis élue députée.

ORIANE MANCINI
Merci beaucoup.

EMMANUELLE WARGON
Merci.

ORIANE MANCINI
Merci Emmanuelle WARGON d'avoir été notre invitée, merci Fabrice.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 mai 2022