Interview de M. Stanislas Guerini, ministre de la transformation et de la fonction publiques, à LCI le 3 juin 2022, sur le conflit en Ukraine, l'augmentation du point d'indice des fonctionnaires, la réforme des retraites, les hauts fonctionnaires et les élections législatives.

Texte intégral


ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour et bienvenue, Stanislas GUERINI.

STANISLAS GUERINI
Bonjour.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous êtes délégué général, toujours délégué général de la République En Marche.

STANISLAS GUERINI
Aux dernières nouvelles, oui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça n'a pas changé, et ministre de la Fonction publique, ça c'est plus nouveau. Avant de plonger dans les délices de votre ministère, des gros dossiers où il sera question tout à l'heure de Michel SARDOU, vous verrez comment. Un mot quand même sur l'Ukraine. 100e jour de guerre, et c'est vrai que le 24 février, quand l'offensive a été lancée par POUTINE, on n'imaginait pas qu'on en serait encore là, que le calvaire des Ukrainiens serait aussi long. Un mot : " J'irai à Kiev en temps utile ", a encore dit Emmanuel MACRON mardi dernier. Est-ce que ce serait utile qu'il y aille la semaine prochaine ? Est-ce que ça aurait un sens ?

STANISLAS GUERINI
La volonté du président, c'est d'y aller quand sa visite permettra de débloquer quelque chose. On voit bien qu'on est sur un conflit qui est un conflit long, qui est un conflit qui est en train de s'enliser, dont on va avoir les conséquences pour des mois, des années en réalité. Donc je crois que la visite du président de la République c'est quand il y a peut-être un geste de désescalade, un moment décisif dans le conflit. Je ne suis pas sûr que les conditions soient encore réunies. On voit bien que ce conflit il est en train de s'enliser, donc c'est lui qui décidera, en fonction des informations, que je n'ai pas, je veux le dire avec humilité aujourd'hui, mais le sens de sa visite ça doit être pour débloquer quelque chose.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il serait bon que monsieur MACRON vienne pendant la présidence française de l'Union européenne, il la préside jusqu'au 30 juin, donc le temps est un peu compté quand même, nous somme le 3. Ça, ça aurait un sens. Ça c'est une phrase du ministre des Affaires étrangères ukrainien.

STANISLAS GUERINI
Bien sûr, mais vous savez, les contacts ils sont permanents avec le président ZELENSKY, qui sont d'ailleurs reconnus par les autorités ukrainiennes. Ce qui compte ce sont les actes, et les actes c'est d'aider les Ukrainiens. Nous, nous continuons de nous battre en européens, pour envoyer des armes, pour envoyer aussi de l'aide humanitaire, et puis pour répondre aux conséquences de la guerre en Ukraine, là aussi en européens, pour monter les sanctions, pour protéger aussi les Européens des conséquences, notamment sur l'énergie, que ça aura. Donc nous, nous croyons à l'Europe, nous croyons à l'aide aux Ukrainiens, ce n'est pas partagé par tous dans cette campagne, et ce sont ces actes-là qui comptent je crois.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce que je retiens de ce que vous nous dites ce matin, c'est que pour vous et pour Emmanuel MACRON, par exemple, une étape décisive dans la désescalade, ça, ça donnerait du sens à sa visite ?

STANISLAS GUERINI
Oui, ça ne doit pas être que symbolique, la visite ça doit être effectif. Il est président de la République, il a la charge et l'honneur de présider l'Union européenne, dans le moment, nous ce que nous voulons c'est d'agir concrètement auprès des Européens… des Ukrainiens pardon.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous êtes ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, Stanislas GUERINI, certains observent que vous avez fait toute votre carrière professionnelle avant d'être en politique, dans privé, est-ce que vous êtes préparé à être le ministre des fonctionnaires ?

STANISLAS GUERINI
Je suis ministre de la Fonction publique, mais avant tout je suis le ministre des agents de la Fonction publique, c'est-à-dire ceux qui ont permis au pays de tenir pendant la crise. Je serai à leurs côtés. Je suis admiratif du travail qui est fait, je suis confiant qu'on puisse aussi les aider, parce qu'ils ont des difficultés, je pense aux agents de guichets qui portent le poids de la complexité des choses, je pense aux agents en administration centrale qui veulent changer l'administration, qui veulent bouger pour mieux servir les usagers. Eh bien tous ceux-là je les aiderai. Ils ont des difficultés économiques aussi, il faudra y répondre. Je suis en train de travailler à la préparation du projet de loi sur le pouvoir d'achat, pour tenir les engagements que nous avons pris vis-à-vis d'eux, ça sera un 1er acte, je crois, de confiance et de soutien aux agents de la Fonction publique.

ELIZABETH MARTICHOUX
L'engagement c'est le dégel du point d'indice, c'était une promesse de campagne d'Emmanuel MACRON. Vous confirmez, ce sera une mesure générale ?

STANISLAS GUERINI
Bien sûr. C'est l'engagement qu'on a pris pendant la campagne…

ELIZABETH MARTICHOUX
Quel sera le niveau de la hausse ?

STANISLAS GUERINI
On le tiendra. Moi, vous savez, j'ai rencontré dans les toutes premières heures de mon arrivée au ministère, toutes les organisations syndicales. Je viens de rencontrer les 9 organisations syndicales de la Fonction publique. Je vais passer du temps avec eux, pour discuter de ce qui nous attend immédiatement et de ce qui nous attend à venir. Et donc je construis avec eux justement ce dégel du point d'indice. Je ne vous annoncerai pas en montant ce matin, tout simplement parce que ça ne sera pas respectueux du dialogue social que je mène avec eux.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, mais est-ce que c'est tranché ?

STANISLAS GUERINI
Pas encore, nous avons des discussions, moi je veux m'engager pour que ça se voit sur la fiche de paie, c'est l'engagement que j'ai pris…

ELIZABETH MARTICHOUX
A partir de quel niveau ça se voit ?

STANISLAS GUERINI
Vraiment, sincèrement je ne vous donnerai pas de chiffres aujourd'hui, tout simplement parce qu'on veut construire cette méthode, qui est une méthode de dialogue…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais elle sera limitée, elle sera moyenne et elle sera substantielle, cette hausse…

STANISLAS GUERINI
Je veux que ça soit le plus significatif possible, et que ça se voie sur la fiche de paie. Ça c'est ce que j'essaie de construire avec les organisations syndicales, mais en respectant une méthode qui est d'abord celle du dialogue, de la construction et ensuite des annonces politiques, mais ce que je peux vous dire ce matin, c'est que nous travaillons, et tout le gouvernement travaille à préparer ce projet de loi sur le pouvoir d'achat, parce que c'est ça l'urgence, pour les Français et pour les agents de la Fonction publique, donc nous serons…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça tarde, quand est-ce qu'il sera présenté ?

STANISLAS GUERINI
L'objectif c'est qu'il soit présenté au lendemain des élections législatives. Peut-être en Conseil des ministres fin juin. Il y a un conseil des ministres le 29 juin.

ELIZABETH MARTICHOUX
Attendez, on nous avait dit, pardon, on nous avait dit que ce serait présenté avant les législatives, en Conseil des ministres, finalement non ?

STANISLAS GUERINI
Vous savez, Elizabeth MARTICHOUX, vous le savez bien, pour voter un texte de loi il faut une majorité à l'Assemblée. C'est ça le sens de l'élection législative. Alors, que le gouvernement, au travail dès les premières minutes de son installation, prépare ce texte, le fasse passer en Conseil des ministres dès le lendemain des élections législatives…

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, mais ça fait longtemps qu'on nous l'annonce.

STANISLAS GUERINI
… et qu'on puisse le voter dès le mois de juillet, eh bien écoutez je crois qu'on répond à l'urgence qui a été manifestée dans cette élection. Et nous tiendrons, je veux vraiment vous le dire sur le fond, parce que dans la campagne c'est ça que les gens nous demandent, nous tiendrons tous nos engagements. Le dégel du point d'indice, l'indexation des retraites, la baisse des charges pour les indépendants…

ELIZABETH MARTICHOUX
Je reste sur le dégel…

STANISLAS GUERINI
Oui mais ce sont des choses qui sont très concrètes.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais bien sûr, mais je reste sur le dégel. Ça c'est très concret.

STANISLAS GUERINI
Bien sûr.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce qu'avant le 2e tour, ce sera peut-être, ça donnera lieu à une communication en Conseil des ministres avant d'être, à défaut d'être vraiment présenté comme un projet de loi, est-ce qu'avant le 2e tour on aura le montant du dégel du point d'indice ?

STANISLAS GUERINI
Moi je suis respectueux de deux choses. Un, des règles de la campagne électorale, vous le savez, il y a une période de réserve qui empêche d'une certaine façon de faire des annonces qui pourraient influencer l'élection, donc ce que je peux vous dire aujourd'hui c'est que nous tiendrons nos engagements. Celles, ceux qui ont été annoncés pendant l'élection présidentielle, et nous dégèlerons le point d'indice, oui c'est un objectif, et puis je suis respectueux, je vous l'ai dit, du dialogue avec les organisations syndicales. Il y a cet équilibre-là à trouer, nous le trouverons…

ELIZABETH MARTICHOUX
Je vous demande juste : quand ?

STANISLAS GUERINI
Et ça se verra sur la fiche de paie, ça je peux vous le dire ce matin.

ELIZABETH MARTICHOUX
Je vous demande juste : quand est-ce qu'on le saura ?

STANISLAS GUERINI
Au lendemain des élections législatives.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc on ne saura rien avant le 19.

STANISLAS GUERINI
Puisque c'est le temps du dialogue social.

ELIZABETH MARTICHOUX
Pour la CFDT Fonction publique, vous l'avez donc reçue…

STANISLAS GUERINI
Bien sûr.

ELIZABETH MARTICHOUX
Cette hausse doit être bien supérieure…

STANISLAS GUERINI
Je les revois aujourd'hui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Eh bien elle doit être bien supérieure à 3%, ils ont dû vous le dire. On rappelle qu'on a une inflation comme jamais, énorme, 5,8%…

STANISLAS GUERINI
Bien sûr, bien sûr.

ELIZABETH MARTICHOUX
Que selon l'INSEE, de 2009 à 2019 les salaires des agents publics ont diminué de 0,7%, quand ceux du privé ont augmenté de 4,8. Quand on met tout ça côte-à-côte, évidemment on se dit ce sera au moins de 3 %, la hausse.

STANISLAS GUERINI
On se dit que nous devons être au rendez-vous de l'urgence et du pouvoir d'achat. Je ne peux pas vous dire plus aujourd'hui. Il y a une inflation qui est très élevée, je le fais aussi remarquer, qui est moins élevée que chez nos voisins européens, il a 19 pilotes la zone euro, la France est le 18e en matière d'inflation. Pourquoi ? Parce qu'on n'a pas attendu les élections pour agir, pour bloquer les prix de l'énergie, et tout ça, ça compte évidemment, mais nous serons au rendez-vous, il y a beaucoup de mesures qui sont très concrètes dans ce texte pour le pouvoir d'achat. Certaines qui concernent les agents de la Fonction publique, d'autres qui concernent tous les Français. Poursuivre le bouclier tarifaire sur l'énergie, c'est une mesure qui est évidemment très importante…

ELIZABETH MARTICHOUX
On va rester sur votre ministère. Il n'y a pas une…

STANISLAS GUERINI
…Bien entendu, mais tout ça nous le ferons et nous tiendrons nos engagements.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, pas de mesures générales, mais des mesures catégorielles pendant tout le quinquennat précédent, c'était presque une philosophie, c'était une règle, il fallait rompre avec les mesures générales. Combien de fonctionnaires, pardon, question précise, combien de fonctionnaires ont bénéficié sous le dernier quinquennat de mesures catégorielles ?

STANISLAS GUERINI
Je vais vous dire, il y a 5,7 millions de fonctionnaires, tous les fonctionnaires, tous les fonctionnaires et contractuels d'ailleurs, tous les agents de la fonction publique ont bénéficié d'augmentation de salaires, parce qu'il y a des augmentations, des avancements de salaire pour tout le monde, c'était à peu près 1 point, 1,5 point par an en dehors de ce qui est fait par le point d'indice. Il y a des mesures catégorielles qui ont été prises…

ELIZABETH MARTICHOUX
Rien n'a été fait, il est gelé depuis 2016…

STANISLAS GUERINI
Le point d'indice, oui, il y a quand même eu des augmentations de salaires, mais vous avez tout à fait raison, ça fait des années que le point d'indice, c'est-à-dire la mesure la plus générale pour tous les agents, c'est gelé. Qu'est-ce qui a été fait dans le quinquennat précédent ? Des mesures spécifiques, je vais vous répondre très précisément…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais combien ?

STANISLAS GUERINI
Je vais vous répondre très précisément ; des mesures spécifiques pour les agents de la fonction publique qui gagnent le moins, les fonctionnaires de catégorie C, ce sont 45% des fonctionnaires, quasiment la moitié des fonctionnaires, de ces 5,7 millions de fonctionnaires, ce sont des agents de catégorie C, c'est sur ceux-là qu'ont été concentrées les mesures d'augmentation de salaires. Et puis il y a eu des mesures catégorielles, vous l'avez parfaitement dit, pour ceux qui étaient très très défavorisés dans le système, je pense aux soignants, évidemment, avec le Ségur de la santé ça a été très net, quasiment 200 euros d'augmentation par mois pour les agents de la fonction publique hospitalière, pour les agents du secteur médico-social. Il y a eu un début d'augmentation pour les professeurs…

ELIZABETH MARTICHOUX
On le sait, je vous demande…

STANISLAS GUERINI
Oui, mais c'est très important, parce que…

ELIZABETH MARTICHOUX
Je voudrais savoir si l'administration est aveugle ou pas. Est-ce que vous savez, sur les 5,7 millions, combien ont bénéficié, ou pas, de mesures catégorielles ?

STANISLAS GUERINI
Je viens de vous le dire, puisque des mesures ont été prises sur les catégories C, c'est-à-dire un peu moins de la moitié, 45% des agents de la fonction publique…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça c'est le C, il y a le A et le B.

STANISLAS GUERINI
Eh bien ce sont ceux-là qui ont le plus bénéficié de mesures, et ensuite c'est dans la fonction publique hospitalière, avec le Ségur, chez les professeurs aussi, ils sont 1,2 million d'agents…

ELIZABETH MARTICHOUX
Et du coup ?

STANISLAS GUERINI
Je vous donne beaucoup de chiffres, puisque vous me le demandez, dans la fonction publique, on a commencé, avec Jean-Michel BLANQUER, avec le Grenelle de l'éducation, on a commencé la revalorisation des enseignants, mais l'engagement que nous prenons c'est d'aller plus loin dans ce quinquennat, parce que nous avons des professeurs qui sont moins payés que nos voisins européens et donc nous leur devons cela.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous ne donnez pas un chiffre exact.

STANISLAS GUERINI
Mais je vous en ai donné beaucoup Elizabeth MARTICHOUX, mais je crois que ceux qui nous écoutent…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est vrai que c'est intéressant de savoir si, quand on est ministre, on a une vision claire et vraiment chiffrée du nombre de fonctionnaires puisque vous aviez choisi…

STANISLAS GUERINI
J'espère vous avoir donné cette vision claire.

ELIZABETH MARTICHOUX
Puisque vous aviez choisi effectivement de catégoriser les hausses, là ce sera une mesure générale. La réforme des retraites, ça m'intéresse de vous entendre ce matin, c'est pour ça que je voulais citer Michel SARDOU, il est interviewé dans " Paris-Match ", je ne sais pas si vous avez eu l'occasion de le dire encore…

STANISLAS GUERINI
Pas encore.

ELIZABETH MARTICHOUX
Par Bruno JEUDY, et voilà ce qu'il dit d'Emmanuel MACRON, sur lequel il est sceptique. « Ce qu'il dit, il ne le fait pas, avec lui tout se noie dans un tas de mots. Sur les retraites, par exemple, on ne sait plus ce qu'il veut faire et pourtant on sort juste de la campagne. Son " en même temps » me fait… " - alors on ne l'a pas vraiment écrit, parce que ça ne se dit pas trop, mais tout le monde a compris, " ch… ". " On ne sait plus ce qu'il veut faire " dit Michel SARDOU, sans doute est-ce une appréciation très partagée sur la réforme des retraites. Stanislas GUERINI, est-ce qu'elle est reportée cette réforme ?

STANISLAS GUERINI
Non, je vous réponds de façon extrêmement claire. D'abord, deux choses. Ce que nous avions promis dans l'élection présidentielle de 2017 nous l'avons fait beaucoup plus qu'aucune autre majorité dans le quinquennat précédent, donc, en l'occurrence, le président de la République, notre majorité, tient ses engagements, et je veux le dire ici très précisément. Et ce que nous avons dit dans cette élection, ce qu'Emmanuel MACRON, président de la République, a dit dans l'élection 2022, nous allons le faire, et notamment évidemment pour la réforme des retraites, qu'il faut porter, précisément, avec clarté…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous comprenez le sentiment, j'invoque Michel SARDOU parce que je trouve qu'il dit les choses de façon, encore une fois, qui doit être très partagée, on se dit ça devait être une réforme d'urgence, finalement ce sera une concertation à l'automne, donc il est urgent de ne pas attendre, ce devait être un recul de l'âge légal à la retraite de 65, puis 64 ans, Elisabeth BORNE dit, il y a quelques jours, " ce n'est plus un totem ", mais qu'est-ce que ce sera cette réforme ?

STANISLAS GUERINI
Je vais vous dire les choses très précisément. Il y a, dans cette élection, deux urgences qui ont été manifestées extrêmement fortement, l'urgence pour le pouvoir d'achat, nous en avons beaucoup parlé ce matin, et nous serons à la tâche, majorité présidentielle, dès maintenant pour le gouvernement, dès l'été pour les députés, si les Français nous font confiance. Il y a l'urgence climatique, pour laquelle le travail doit s'accélérer immédiatement et nous aurons là aussi un texte de loi pour simplifier les installations d'énergies renouvelables dans notre pays dès l'été. Et puis il y a des grands chantiers pour ce quinquennat, le travail, la santé, l'éducation, la démocratie, et ces grands chantiers nous souhaitons les ouvrir dès le début du quinquennat, c'est pour ça que les concertations doivent démarrer rapidement, en respectant aussi les syndicats, pour que ces transformations…

ELIZABETH MARTICHOUX
Après l'été quand même.

STANISLAS GUERINI
Elles soient effectives pour les Français, parce que trop souvent on a fait les choses à l'envers.

ELIZABETH MARTICHOUX
Après l'été !

STANISLAS GUERINI
Alors, il faut tirer les enseignements, on s'est parfois précipité à l'Assemblée nationale, voté des choses, qui devenaient effectives pour les Français trois, quatre ans plus tard, nous nous avons choisi de changer de méthode, c'est exactement ce qu'Emmanuel MACRON a porté…

ELIZABETH MARTICHOUX
On ne voit pas très bien ce que c'est cette nouvelle méthode.

STANISLAS GUERINI
Je vais vous dire les choses. D'abord, c'est une place à la concertation, au dialogue social, plus importante, vous dire les choses très franchement, que ce qu'on a pu faire par le passé, donc moi je crois que c'est très important de créer du consensus, ce n'est pas du tout mettre une réforme sur le tapis que de créer du consensus. Vous m'avez interrogé sur le point d'indice, on va le faire, ça n'empêche pas de discuter avec les organisations syndicales de ce que nous voulons faire, eh bien ça sera la même chose pour les retraites. Mais dans la clarté, qu'est-ce que nous voulons faire pour les retraites ? D'abord augmenter les pensions, c'est le projet contraire de toutes les forces politiques dans cette campagne, oui, on veut pouvoir financer 1100 euros de pension minimum pour tous les Français.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et sur l'âge légal ?

STANISLAS GUERINI
Et puis on dit que nous voulons financer le progrès, dans notre pays, parce qu'il y a beaucoup de choses à faire, pour le grand âge, pour l'autonomie, pour un projet de solidarité, et donc…

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que…

STANISLAS GUERINI
Pardon, laissez-moi aller au bout parce que vous allez me dire que ce n'est pas clair sinon, et donc effectivement travailler plus longtemps. Nous avons fixé…

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors plus longtemps, il y a deux méthodes.

STANISLAS GUERINI
Je voudrais vraiment prolonger, parce que vraiment, on veut…

ELIZABETH MARTICHOUX
Allez-y, il y a le recul de l'âge légal à la retraite…

STANISLAS GUERINI
Pousser l'âge légal jusqu'à 65 ans.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ou il y a l'allongement de la durée de cotisation, est-ce que c'est en balance ?

STANISLAS GUERINI
Le projet qui a été présenté c'est de repousser l'âge légal à 65 ans, avec un rythme, avec un rythme qui est celui de le faire quatre mois par an, ce rythme-là c'est celui que nous avons présenté aux Français et c'est celui que nous allons discuter avec les organisations syndicales, mais quand vous prenez quatre mois par an, ça veut dire qu'à la fin du quinquennat on aura atteint les 64 ans, et donc il y aura un moment de rendez-vous…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais soit on bouge l'âge légal de la retraite…

STANISLAS GUERINI
Qui s'appellera l'élection présidentielle, qui vaudra clause de revoyure d'une certaine façon, puisque les Français à ce moment-là pourront voir la dynamique qu'on a enclenchée, où nous en sommes…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous allez très vite là, vous allez plus vite que moi.

STANISLAS GUERINI
Allez-y alors.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a deux méthodes pour travailler plus longtemps, vous dites là-dessus on ne va pas « caner », pardon pour l'expression, enfin on en a besoin pour financer le progrès, Ok, mais…

STANISLAS GUERINI
En tout cas le projet qu'on a présenté aux Français il est très clair.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a deux méthodes, il y a le recul de l'âge légal qu'avait annoncé Emmanuel MACRON et puis il y a l'allongement de la durée de cotisation. Je vous pose une question, est-ce que c'est en balance, est-ce que c'est en discussion ?

STANISLAS GUERINI
Le projet politique que nous avons porté et présenté aux Français c'est celui de reporter l'âge légal de départ…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc c'est celui qui sera appliqué.

STANISLAS GUERINI
C'est celui qui sera proposé aux organisations syndicales, discuté, et que nous souhaitons appliquer, je veux vous répondre extrêmement clairement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Eh bien c'est très clair.

STANISLAS GUERINI
Mais disons les choses clairement parce que tout n'est pas aussi clair. Moi je vois que l'alliance mélenchoniste, d'extrême gauche, présente un projet où à chaque fois qu'on leur pose la question de dire « mais attendez, est-ce que c'est vraiment l'âge légal de départ à la retraite à taux plein ? », ils sont en difficulté pour répondre, parce qu'ils nous parlent de durée de cotisation, mais quelqu'un qui prendrait sa retraite, qui a commencé à travailler à 25 ans, et qui partirait à 60 ans comme on veut nous faire croire, il a une baisse des pensions de retraite, donc en réalité vous avez deux projets dans cette campagne, un projet qui est le nôtre, celui de la majorité présidentielle, qui repose sur l'allongement de l'âge légal, pour financer du progrès et pour financer une retraite minimum à 1100 euros, et puis un projet, qui me semble à la fois une impasse financière, mais aussi de justice sociale, qui est celui de la baisse des pensions de retraite.

ELIZABETH MARTICHOUX
J'ai encore plein de questions, il nous reste quelques minutes à peine.

STANISLAS GUERINI
J'ai plein de réponses.

ELIZABETH MARTICHOUX
Un mot, très vite, de la grève à l'ENA, ça vous concerne, le 9 juin un appel à la grève contre la réforme de la haute fonction publique, ce sont les élèves de l'ENA, futurs hauts fonctionnaires, ils pestent contre leur scolarité, ils pointent la liste des postes qui se réduit à portion congrue, disent-ils, dans les grands corps de l'Etat. Juste un mot, un message que vous leur donnez, leur passez ce matin.

STANISLAS GUERINI
D'abord, un, je suis avec beaucoup d'attention ce qu'ils peuvent dire. J'ai fait le point hier, avec la directrice, de l'Institut national de service public, c'est-à-dire cette école qui forme…

ELIZABETH MARTICHOUX
Le nouveau nom…

STANISLAS GUERINI
Les hauts fonctionnaires de notre pays, pour exactement regarder leurs revendications. C'est une promotion qui a été très chahutée, il y a eu cette réforme-là, il y a eu la crise du Covid aussi, et donc je reconnais que ce n'est pas facile pour eux. Mais je veux dire les choses très clairement, cette réforme nous l'assumons, il faut qu'on puisse avoir des hauts fonctionnaires qui aillent sur le terrain, les postes qui ont été proposés, plus nombreux d'ailleurs que le nombre d'élèves dans la promotion, pour qu'ils puissent choisir, ce sont des postes qui leur permettra d'entrer dans la haute fonction publique…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc il faut aussi expliquer la réforme.

STANISLAS GUERINI
En étant sur le terrain, en travaillant, dans les territoires, dans les départements, aux politiques publiques les plus concrètes. Donc oui je veux à la fois les écouter, il y aura des moments de rencontre que j'ai demandés à la directrice, au président du jury des examens qu'ils vont passer en fin d'année, de pouvoir les rencontrer, les écouter, travailler avec eux, mais expliquer aussi aux Français que nous sommes en train de construire une haute fonction publique qui sera projetée sur le terrain rapidement, et ça je l'assume parfaitement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Campagne sans élan, c'est ce que remarquent tous les observateurs, nous sommes à 10 jours du premier tour, Olivier VERAN hier sur LCI admettait qu'elle était apathique, vous choisiriez quoi comme qualificatif, vous ?

STANISLAS GUERINI
Je crois que les Français sont un peu fatigués des débats parfois hystérisés et quand on va sur le terrain ils nous parlent pas forcément de ce qu'on voit sur les plateaux de télévision, ils nous parlent de leurs problèmes, de leur quotidien, de leurs difficultés à boucler les fins de mois, moi c'est de ça beaucoup dont je parle…

ELIZABETH MARTICHOUX
Les Français n'ont pas la tête à l'élection, vous pensez ?

STANISLAS GUERINI
Je ne suis pas sûr qu'ils aient la tete aux débats hystérisés, en tout cas aux slogans, aux punchlines…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous êtes un peu dans la caricature.

STANISLAS GUERINI
Ils sont à la tête à ce qu'une majorité, un gouvernement, puissent régler leurs problèmes. Et je crois que c'est vraiment ça leur préoccupation, et donc moi je crois que l'élan que nous leur devons c'est l'action, c'est de trouver des réponses, c'est travailler elle sur le pouvoir d'achat, c'est de travailler sur la souveraineté énergétique, puisque ce sont ça les grands sujets pour le pays, et ça c'est ce que nous faisons matin midi et soir. Moi le jour, je travaille dans mon ministère à répondre aux préoccupations des Français et des agents de la Fonction publique, le soir dans ma circonscription, avec les candidats de la majorité, j'irai en soutenir beaucoup dans les prochains jours, parce que nous devons construire…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous êtes vous-même candidat à Paris.

STANISLAS GUERINI
Oui, tout à fait, et je fais campagne, parce que…

ELIZABETH MARTICHOUX
On dit que c'est une campagne délicate pour vous, on ne peut pas entrer dans le détail pour des raisons évidemment, si c'est le cas, vous devrez quitter le gouvernement, ce sera la règle.

STANISLAS GUERINI
Mais très clairement, bien sûr, c'est une règle qui a été fixée…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous aurez été ministre un mois et demi, quoi.

STANISLAS GUERINI
Eh bien je vais essayer de faire un peu plus, si vous me permettez ça, en convaincant…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non, mais au cas où.

STANISLAS GUERINI
Oui. Le débat démocratique c'est la clarté aussi, donc il y a cette règle-là qui a été fixée, moi ça me convient très bien, parce que c'est du terrain, on tire cette légitimité, et je mets toutes mes forces pour qu'on puisse avoir une majorité, parce qu'une majorité ce n'est pas pour faire bien, c'est la condition pour agir et être utile pour les Français. Moi, Elizabeth MARTICHOUX, c'est pour ça que je me suis engagé dans la vie politique. Je ne faisais pas de politique il y a 6 ans encore, j'ai une immense responsabilité, celle d'être le ministre des agents de la Fonction publique, c'est pour elles, pour eux, que je veux me battre.

ELIZABETH MARTICHOUX
Encore un dernier mot. Il y a une grève aujourd'hui la RATP, à l'appel des syndicats qui avaient déjà fait grève il y a une semaine, le jour du chaos du Stade de France, c'est CGT, UNSA et Base RATP, qui ont salué le succès inespéré de la grève samedi dernier. Donc bis repetita avant le France – Danemark ce soir.

STANISLAS GUERINI
J'ai lu, je n'avais pas lu Michel SARDOU, mais ces déclarations là je les ai lues…

ELIZABETH MARTICHOUX
Celles des syndicats, je ne vois pas le rapport.

STANISLAS GUERINI
… je ne trouve pas que ça soit très responsable de saluer l'immense succès d'un mouvement qui a contribué, ce n'était pas le seul facteur, vous le savez bien, mais qui a contribué aussi à créer une situation très difficile, qui nous a tous fait très mal en la voyant, il faut se dire la vérité. Donc je ne crois pas que ce soit les propos qui soient très responsables.

ELIZABETH MARTICHOUX
73% des Français n'ont pas été convaincus par les explications de Gérald DARMANIN sur les causes de ce chaos. Il a mis vraiment la charge sur les supporters anglais, il faut qu'il retourne au charbon, il n'est pas compris par les Français, il …

STANISLAS GUERINI
Il faut faire exactement ce qu'il est en train de faire avec la ministre des Sports, moi je veux le dire, nous avons un ministre de l'Intérieur qui est compétent et courageux, qui ne tient pas de discours à géométrie variable, parce que vous savez, c'est trop facile parfois, sur un plateau de télévision, de dire : ah, c'est la faute des policiers etc. et puis ensuite de leur dire des mots doux. Moi j'ai été toujours aux côtés de Gérald DARMANIN, quand devant les forces de l'ordre ils les a soutenues, il a dit aussi le travail exemplaire qu'ils faisaient. Alors oui il y a des choses à revoir sur le dispositif de maintien de l'ordre, il l'a dit lui-même, mais il ne faut pas être ambigu, les Français soutiennent leurs forces de l'ordre, le ministre de l'Intérieur soutient les forces de l'ordre, moi je suis aussi le ministre les forces de l'ordre, puisque ce sont des agents de la Fonction publique, je veux leur dire ici mon respect et mon soutien.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci Stanislas GUERINI d'avoir été ce matin sur LCI.

STANISLAS GUERINI
Merci à vous.

ELIZABETH MARTICHOUX
Bonne journée à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 juin 2022