Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, à BFM TV le 8 juin 2022, sur la politique économique du gouvernement et les élections législatives.

Texte intégral

APOLLINE DE MALHERBE
Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Apolline de MALHERBE.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous êtes le ministre de l'Economie. Merci de venir répondre à mes questions, donner des précisions sur un certain nombre de ballons qui ont été lancés pour tenter d'aider les Français dans ce moment de grande difficulté, et en même temps, à quatre jours des législatives, on va voir si ce n'est pas totalement anodin. Ça fait quand même un bon bout de temps que vous nous dites qu'il faut réduire les dépenses – je vous cite – qu'il faut que le travail paie – là encore je vous cite – et le résultat c'est quand même que vous allez ressortir le carnet de chèques.

BRUNO LE MAIRE
Il y a une stratégie globale que chacun doit comprendre, qui n'est pas une stratégie du carnet de chèques. Il y a d'abord un premier pilier dans notre stratégie économique, c'est de protéger nos compatriotes face à l'inflation. Et je pense que c'est nécessaire économiquement et que c'est juste que les plus fragiles ne soient pas menacés par l'augmentation des prix, que les retraités ne soient pas pris à la gorge parce que leur pension de retraite ne suit pas l'inflation. C'est le premier pilier : qu'on protège contre l'inflation et nous continuerons de protéger contre l'inflation tant qu'elle durera.

APOLLINE DE MALHERBE
Tant qu'elle durera.

BRUNO LE MAIRE
Oui, tant qu'elle durera. Après on fera évoluer les dispositifs en fonction des chiffres de l'inflation, mais aujourd'hui on est dans le pic de l'inflation, et ce pic de l'inflation va encore durer quelques semaines voire quelques mois. Il y a la guerre en Ukraine, le blocage chinois donc le pic inflationniste dans lequel nous sommes aujourd'hui va encore durer quelques semaines ou quelques mois. Je le dis avec beaucoup de gravité pour que chacun voie quelle est exactement la situation. Et puis je pense que début 2023, nous verrons commencer à refluer l'inflation. Donc nous devons protéger, nous le faisons avec efficacité. Nous avons le taux d'inflation le plus faible de tous les pays de la zone euro. Le deuxième pilier, c'est continuer à investir. Il faut que sur le quinquennat nous investissions dans les énergies renouvelables, c'est une priorité absolue pour réussir la transition climatique, mais aussi dans l'école, mais aussi dans l'hôpital, dans la santé. On voit bien qu'à l'hôpital, nous avons besoin d'investir pour que ces grands services publics continuent à nous protéger, continuent à garantir la cohésion sociale.

APOLLINE DE MALHERBE
Et ça, c'est sur le long terme.

BRUNO LE MAIRE
Et ça c'est sur le long terme, c'est sur les cinq années. Et puis toujours sur les cinq années, c'est le troisième pilier de la stratégie et je n'ai jamais laissé aucun doute là-dessus, nous devons rétablir les finances publiques et nous rétablirons les finances publiques. Et donc tout cela est une affaire d'équilibre…

APOLLINE DE MALHERBE
C'est compliqué quand même de tenir les trois piliers ensemble.

BRUNO LE MAIRE
Oui, mais si c'était simple le job n'aurait aucun charme. Mais c'est un défi qui ne regarde pas que, moi ministre de l'Economie et des Finances, et ce qui est important c'est que nous puissions en débattre avec toutes les forces vives de la nation. Comment est-ce que nous faisons pour conjuguer protection, investissement et rétablissement des finances publiques ? Mais mon cap est extrêmement clair : je sais où nous devons aller et avec le président de la République, avec la Première ministre nous en avons parlé très longuement. Nous travaillons depuis des semaines sur cette stratégie.

APOLLINE DE MALHERBE
Oui, mais on va rentrer dans le très concret.

BRUNO LE MAIRE
Nous devons conjuguer protection, investissement, rétablissement des finances publiques.

APOLLINE DE MALHERBE
On va rentrer dans le très concret puisqu'il y a notamment trois point qu'a évoqués Elisabeth BORNE hier. La revalorisation des pensions de 4% dès le mois de juillet, la prolongation des ristournes sur l'essence au-delà de juillet avec peut-être un gros plan rouleur - vous allez nous en dire plus - et puis un chèque de 150 euros sans doute qui serait versé en septembre aux plus modestes. Commençons quand même par l'essence parce que les Français qui nous regardent ou qui nous écoutent s'en sont bien rendu compte ce matin. L'essence a franchi à nouveau le cap des 2 euros le litre d'essence, presqu'autant pour le gasoil. Donc vous nous confirmez ce matin que la ristourne de 18 centimes, elle sera prolongée jusqu'à la fin de l'été. Donc les personnes qui vont rouler en août en bénéficieront encore, ça oui ?

BRUNO LE MAIRE
Je vous confirme que la ristourne, la remise qui devait s'arrêter fin juillet, le président de la République a été très clair, elle sera maintenue jusqu'à fin août.

APOLLINE DE MALHERBE
Et ensuite ?

BRUNO LE MAIRE
Et ensuite, il faut que nous en sortions progressivement. On ne va pas du jour au lendemain dire : attendez, il y avait une remise et puis il n'y a plus remise. Je pense que ce serait trop brutal et je crois profondément que nous devons éviter toute brutalité. La situation économique est suffisamment brutale pour les Françaises et les Français pour que nous, nous sachions accompagner nos compatriotes de la manière la plus responsable possible. Mais on voit bien que ce dispositif…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais ça veut dire quoi, pardon, cette fin progressive ? Est-ce que ça veut dire que vous allez passer, je ne sais pas, de 18 centimes à 15 centimes, à 12 centimes, à 10 centimes ? Ou est-ce que c'est un changement de dispositif ?

BRUNO LE MAIRE
Il faut trouver un meilleur dispositif et c'est ce que nous avons fait…

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que c'est un changement de dispositif ?

BRUNO LE MAIRE
C'est un changement de dispositif mais qui doit se faire là aussi progressivement. C'est ce que nous avons fait pendant la période du Covid. On a mis en urgence des dispositifs, ça a été par exemple le fonds de solidarité, et puis on les adaptés au fur et à mesure de la réalité. Il faut savoir s'adapter à la réalité et aux défauts que peuvent avoir les dispositifs.

APOLLINE DE MALHERBE
Et là, est-ce que ce serait plus ciblé ? Est-ce que ce serait par exemple davantage les gros rouleurs ? On a parlé des gros rouleurs. Est-ce que c'est ça ou est-ce que ça restera une aide universelle ?

BRUNO LE MAIRE
Alors gros rouleur, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'aujourd'hui, notre dispositif il protège - c'est bien - mais il a aussi des défauts. Il faut savoir le reconnaître. D'abord il couvre tout le monde de la même façon. Vous pouvez avoir des revenus très élevés ou avoir des revenus très modestes, vous êtes couvert de la même façon. Ce n'est pas forcément ce qu'il y a de plus juste. Le deuxième défaut, c'est que ça protège autant celui qui prend sa voiture pour faire ses courses mais qui n'en a pas impérativement besoin, que celui qui en a impérativement besoin pour se rendre sur son lieu de travail, à son usine, à son entreprise ou qui l'utilise au quotidien par exemple s'il est aide-soignante. Moi j'étais il y a quelques jours à Colmar, j'ai rencontré des gens ouvriers de l'usine LIEBHERR qui fait des engins de chantier et qui me disent : nous monsieur LE MAIRE, c'est très simple, on ne va plus venir travailler. On habite à 60, 70 kilomètres de l'usine, ça nous coûte trop cher de venir travailler. Moi je ne veux pas entendre un seul salarié, un seul ouvrier qui nous dit : ça coûte trop cher de travailler.

APOLLINE DE MALHERBE
Si j'essaie de tenir compte de tout ce que vous venez de nous dire là à l'instant, ça veut dire que vous allez avoir une aide qui sera ciblée sur les travailleurs qui ont besoin de leur voiture, sur les plus modestes. Comment vous mettez tout ça en oeuvre ?

BRUNO LE MAIRE
Exactement. Je pense qu'il faut que nous réfléchissions cet été à substituer au dispositif de remise progressivement un dispositif - le président de la République l'avait annoncé il y a quelques mois - qui va couvrir mieux ceux qui sont obligés de prendre leur voiture pour aller travailler ou dont la profession même requiert l'utilisation de sa voiture. C'est des aides-soignantes, ça peut être des démarcheurs à domicile, ça peut être toutes sortes d'autres professions. Et là du coup, toutes ces personnes-là ne seront plus empêchées d'aller travailler à cause du prix du carburant. C'est une mesure de justice et une mesure d'efficacité économique.

APOLLINE DE MALHERBE
Dans les annonces d'hier d'Elisabeth BORNE, il y a également la question de la revalorisation des pensions de 4 %. C'est plus que ce que vous n'imaginiez, c'est plus que ce que vous aviez prévu.

BRUNO LE MAIRE
Non. Vous savez, on travaille collectivement avec Elisabeth BORNE et avec l'ensemble des ministres, donc on a eu des discussions. Nous notre impératif était très simple : que les retraités ne perdent pas d'argent à cause de l'augmentation des prix. Un retraité n'a absolument aucune autre solution que de vivre de sa pension de retraite. Il ne peut pas faire des heures supplémentaires, il ne peut pas travailler plus.

APOLLINE DE MALHERBE
Pourtant, il va quand même perdre parce que ça reste moins que l'inflation.

BRUNO LE MAIRE
Mais il va y avoir les revalorisations classiques. Cette revalorisation s'ajoute aux revalorisations du début d'année donc ça nous permet de couvrir l'intégralité de l'inflation.

APOLLINE DE MALHERBE
Et puis il y a ce chèque donc, ce ne sera plus un chèque alimentaire à proprement parler comme cela avait été évoqué notamment par l'ancien ministre de l'Agriculture Julien DENORMANDIE, ce sera un chèque tout court, sous forme de virement d'ailleurs pour être tout à fait précis, de l'ordre de 150 euros pour les foyers les plus modestes. C'est à peu près ça ?

BRUNO LE MAIRE
Le chiffre est pas encore défini mais qu'est-ce que nous voyons, là aussi en étant très pragmatique et en essayant de protéger le mieux possible nos compatriotes ? Aujourd'hui vous avez le prix des pâtes qui a fortement augmenté, les prix alimentaires qui augmentent. Vous avez beaucoup de nos concitoyens qui cherchent désespérément à avoir le prix le plus bas possible, qui passent du temps, qui parfois au lieu de se consacrer à leur recherche d'emploi cherchent désespérément à avoir le prix le plus bas. Il faut les protéger. Dans une puissance économique aussi importante que la France, il est légitime qu'on puisse s'alimenter correctement. Donc l'objectif de ce chèque qu'a annoncé la Première ministre, c'est effectivement d'aider es tous ceux qui ont du mal à se nourrir correctement à s'alimenter correctement. Ce sera versé à la rentrée et nous définirons le montant cet été.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous définirez le montant et vous définirez à qui exactement il s'adresse.

BRUNO LE MAIRE
Exactement.

APOLLINE DE MALHERBE
Parce qu'en fait si on reprend le dispositif qui était à peu près le même genre, c'est-à-dire une sorte de prime inflation qui avait été annoncée par Jean CASTEX et qui avait été versée jusqu'en février dernier…

BRUNO LE MAIRE
Ce sera moins large.

APOLLINE DE MALHERBE
C'était 100 euros pour ceux qui gagnent moins de 2 000 euros.

BRUNO LE MAIRE
Ça touchait beaucoup de nos compatriotes. Nous n'avons pas encore défini tous les paramètres mais je pense que ce serait juste que ce soit concentré sur les ménages les plus modestes, ceux qui ont réellement des difficultés pour s'alimenter correctement.

APOLLINE DE MALHERBE
Où est-ce que vous mettez le curseur ? C'est quoi être très modeste ?

BRUNO LE MAIRE
C'est le débat. Vous savez, notre méthode, on l'a dit suffisamment, est de consulter et de dialoguer. Il y aura à l'Assemblée nationale un débat sur le projet de loi pouvoir d'achat, et je ne vais pas arriver en disant : voilà, c'est à prendre ou à laisser, voilà exactement le curseur. On va en parler à l'Assemblée nationale, en débattre à l'Assemblée nationale.

APOLLINE DE MALHERBE
Et en même temps, vous l'annoncez dès maintenant. Vous l'annoncez dès maintenant parce que les législatives c'est quand même dans quatre jours.

BRUNO LE MAIRE
Enfin, ce n'est pas une annonce par-ci, une annonce par-là. Je le redis, c'est une stratégie globale. Pour faire face à ce pic inflationniste, nous devons protéger. Et vous voyez bien que les mesures que nous prenons sont de plus en plus des mesures qui sont ciblées, et puis des mesures qui pourront être supprimées le jour où l'inflation ne sera plus là et ou on sera reparti à un niveau d'inflation qui sera plus raisonnable.

APOLLINE DE MALHERBE
Alors ça, vous insistez quand même aussi sur ce point. C'est-à-dire ça ne devient pas une mesure pérenne, ça reste une mesure d'urgence.

BRUNO LE MAIRE
Sur le chèque alimentaire, on doit en discuter avec les représentants du monde agricole, notamment la FNSEA et Christiane LAMBERT, avec le ministre de l'Agriculture Marc FESNEAU…

APOLLINE DE MALHERBE
Elle est déçue Christiane LAMBERT là. Elle espérait que ce serait dès maintenant, là, un vrai chaque alimentaire.

BRUNO LE MAIRE
Oui. Enfin, moi je suis prêt à regarder toutes les propositions mais il faut tout simplement qu'elles tiennent la route. C'est-à-dire qu'elles puissent être utilisées immédiatement par les Françaises et les Français. Moi je ne vais pas promettre, leur dire : on a trouvé un super dispositif, vous allez pouvoir aller dans votre magasin prendre des produits bio ou des produits sourcés français qui vont bénéficier strictement aux producteurs français, ça marche, je sais faire. Non, je ne sais pas faire. J'ai l'honnêteté de le reconnaître : personne aujourd'hui ne nous a proposé un dispositif qui soit immédiatement opérationnel face à un pic inflationniste qui est maintenant. C'est maintenant qu'il faut protéger. Ce n'est pas dans trois mois ou dans six mois, c'est maintenant.

APOLLINE DE MALHERBE
Enfin, il y a quand même un grand nombre de salariés qui ont maintenant des Ticket Restaurant, c'est devenu des cartes et ces cartes elles ne marchent que si vous achetez des produits qui sont effectivement des produits d'alimentation.

BRUNO LE MAIRE
Oui, je suis tout à fait d'accord avec vous.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc il y a des sociétés comme Ticket Restaurant qui savent le faire. Si eux savent le faire, pourquoi vous ne sauriez pas ?

BRUNO LE MAIRE
Mais bien sûr. Mais ce qu'ils ne savent pas faire, c'est cibler ça sur les produits agricoles français, c'est ça notre grande difficulté. Donc moi donner de l'argent public, c'est-à-dire l'argent des Français pour payer des produits alimentaires qui ont été fabriqués en dehors de France et qui vont aller à des producteurs en dehors de France, ça ne m'intéresse pas trop. La logique c'est que nos compatriotes puissent s'alimenter bien, et si j'entends bien Christiane LAMBERT, la présidente de la FNSEA, que ça puisse aussi profiter aux producteurs français. Et aujourd'hui, on n'a pas résolu le problème.

APOLLINE DE MALHERBE
C'est super pour les agriculteurs et on comprend bien que la patronne des agriculteurs, celle qui les représente plaide pour cela.

BRUNO LE MAIRE
Mais je plaide aussi pour eux. J'ai été trois ans ministre de l'Agriculture.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais en même temps pour la personne qui pousse son caddie, qui a ses enfants à la maison, ça lui fait une belle jambe. Vous lui dites : voilà, on te donne 100 euros mais tu dois uniquement les dépenser auprès des produits les plus chers. Ça ne va pas l'arranger.

BRUNO LE MAIRE
Je ne saurais mieux dire. C'est exactement pour ça, Apolline de MALHERBE, que nous voulons en priorité absolue, absolue, absolue protéger tous ceux qui aujourd'hui ne peuvent pas se nourrir correctement. Enfin, on ne peut pas accepter que dans une grande puissance économique mondiale, vous ayez des familles qui n'arrivent pas à nourrir correctement leurs enfants. C'est inacceptable, c'est révoltant. Donc moi, je suis prêt à toutes les propositions. Mais ma responsabilité d'homme politique, de membre du gouvernement, de ministre de l'Economie et des Finances, c'est que chaque Français puisse manger à sa faim. Et donc je ne dis pas que la solution que nous avons trouvée avec Elisabeth BORNE est parfaite, je dis qu'elle est opérationnelle, que les gens toucheront leur argent et qu'ils pourront payer le caddie à la fin du mois. Ensuite si on trouve mieux, quelque chose qui en plus de cela permette d'avoir des produits sains et de soutenir nos agriculteurs et nos producteurs auxquels je suis profondément attaché, tant mieux. Mais nous n'y sommes pas, j'attends les propositions.

APOLLINE DE MALHERBE
Il y a aussi point qui pourrait être très inquiétant. On s'aperçoit aujourd'hui, et on l'a développé ce matin sur RMC, que les Français ont de plus en plus recours au crédit à la consommation. Ça a augmenté juste là, ce dernier trimestre, de 10%. Le recours aux crédits à la consommation, un jour il faudra les payer. Qu'est-ce que vous dites de ça ?

BRUNO LE MAIRE
C'est bien pour ça aussi que toute notre politique vise à donner du travail à chaque Français, à aller vers le plein emploi et avoir un travail qui paie mieux. Parce qu'il faut bien comprendre qu'autant ces mesures d'urgence sont indispensables parce que c'est une situation exceptionnelle de choc inflationniste…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais que vous disent les patrons quand vous leur dites d'augmenter les salaires ?

BRUNO LE MAIRE
Autant sur le long terme la seule solution ce n'est pas de puiser toujours plus dans les caisses de l'Etat. Ça, c'est des solutions Mélenchonistes. Ça mène tout droit à la faillite du pays et tout droit à l'appauvrissement des Français.

APOLLINE DE MALHERBE
Mélenchoniste, le mot est lâché ! Je me disais 8 heures 45, vous avez attendu 12 minutes.

BRUNO LE MAIRE
Oui, on peut attendre encore 14 minutes, ça ne me dérange pas mais je vois les propositions qui sont à table.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais on sent bien qu'il y a un haro sur Jean-Luc MELENCHON.

BRUNO LE MAIRE
Non. Non, il n'y a pas de haro contre qui que ce soit. Il y a simplement des élections législatives qui vont définir le destin de la France, et comme nous nous sommes tous attachés au destin de la nation française, il vaut mieux savoir où on va. Est-ce qu'on va dans le mur en klaxonnant, en dépensant toujours plus d'argent public, en ne finançant pas la retraite à 60 ans, en mettant des dizaines de milliards d'euros de dépenses publiques sur la table comme le propose monsieur MELENCHON pour, au bout du compte, finir par une politique d'austérité et être contrôlé par le Fonds monétaire international ? Parce que c'est le destin inéluctable de toutes les nations qui ont emprunté cette voie, que ce soit l'Argentine ou que ce soit la Grèce, ou est-ce qu'on tient un discours de vérité et de responsabilité ? Moi je vous ai toujours tenu, Apolline de MALHERBE, et j'ai toujours tenu aux Françaises et aux Français un discours de vérité et de responsabilité. Que l'Etat protège en période de crise, on l'a fait pendant le Covid, on le fait pendant le pic inflationniste, mais la richesse d'une nation suppose d'abord qu'on la produise, donc qu'on soutienne le travail et les entrepreneurs. Et je crois de ne jamais avoir varié de ligne depuis vingt ans que je fais de la politique : avant de redistribuer des richesses, il faut les produire et pour les produire, il faut plus de travail et plus d'entrepreneurs.

APOLLINE DE MALHERBE
Alors justement Bruno LE MAIRE, deux questions sur les entrepreneurs, à la fois sur eux et puis sur les salariés. Sur les entrepreneurs, de nombreux entrepreneurs ont contracté auprès de l'Etat et des banques un prêt garanti par l'Etat. L'Etat s'en est porté garant. Il va falloir quand même les rembourser là encore, c'est comme les crédits à la consommation pour les particuliers. Il va falloir les rembourser. Christian ESTROSI qui était à ce même micro hier, il disait : il faudrait prolonger le remboursement de ces PGE. Est-ce que vous êtes d'accord ? De plusieurs mois voire même de plusieurs années.

BRUNO LE MAIRE
Je suis totalement d'accord, il a parfaitement raison. J'ai obtenu de la Commission européenne la possibilité de prolonger le remboursement de ce PGE de 5 ans à 10 ans. Il faut que chaque entrepreneur qui nous écoute, qui a de vraies difficultés financières, qui n'arrive pas rembourser son PGE et qui se trouve aujourd'hui angoissé par cela aille à la médiation du crédit dans son département et qu'il négocie le remboursement différé sur 10 ans, un étalement de son remboursement sur 5, 6, 7, 8, jusqu'à 10 ans - donc c'est plus encore que ce que propose Christian ESTROSI…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous dites qu'il faut négocier ou ce sera automatique ?

BRUNO LE MAIRE
Non, il a un droit à obtenir l'étalement de son remboursement jusqu'à 10 ans. C'est un droit.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc il doit faire cette démarche.

BRUNO LE MAIRE
Il doit faire lui-même la démarche.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous nous dites que le résultat en est garanti, c'est-à-dire qu'il obtiendra l'autorisation d'attendre.

BRUNO LE MAIRE
Le banquier va regarder avec le médiateur du crédit puis il y aura des entreprises qui visiblement ne tiennent pas la route. Ça peut arriver, dans ce cas-là ça n'a pas grand sens d'étaler le remboursement. Mais c'est un droit lorsque votre entreprise est viable, quand vous avez une difficulté financière qui est transitoire, parce qu'il y a aussi l'augmentation du coût des matières premières, que vous ne vous en sortez pas, vous avez besoin de deux ans ou trois ans supplémentaires, vous y avez droit jusqu'à 10 ans d'étalement.

APOLLINE DE MALHERBE
C'est toujours un peu paradoxal. C'est-à-dire que vous dites en fait celles qui sont saines auront le droit, celles qui sont le couteau sous la gorge elles n'y auront pas droit alors que c'est celles qui vont avoir le plus besoin.

BRUNO LE MAIRE
Pardon mais il y a toujours dans la vie économique…

APOLLINE DE MALHERBE
En fait, vous êtes un banquier comme un autre.

BRUNO LE MAIRE
Je ne suis pas du tout un banquier comme un autre.

APOLLINE DE MALHERBE
Qui prête aux riches.

BRUNO LE MAIRE
Je vous rassure, je ne pense pas prêter aux riches. Avec l'ensemble des mesures que nous faisons, je pense que nous menons collectivement une politique de justice mais aussi d'efficacité économique. Il y a dans la vie économique des faillites. Enfin, si vous soutenez l'ensemble des entreprises même celles qui sont mal gérées, le pays ne va pas aller très bien. Là ce que nous voulons, c'est dire à tous les entrepreneurs, PME, TPE, artisans : vous avez une difficulté financière parce qu'il y a une grosse inflation, vous ne pouvez pas rembourser vos PGE parce que vos produits sont trop chers et vous n'arrivez pas à les trouver, vous allez voir la médiation du crédit, vous avez droit à obtenir un étalement de 10 ans.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc ceux qui nous écoutent et qui ont contracté des PGE peuvent être rassurés.

BRUNO LE MAIRE
Et Christian ESTROSI a bien raison de souligner ce sujet.

APOLLINE DE MALHERBE
Sur les salaires, vous encouragez les patrons à augmenter les salaires. Certains jouent le jeu, d'autres non. Mais quoiqu'il en soit, ceux qui ont leur salaire augmenté parfois vont payer plus d'impôts. C'est jusqu'à ce soir minuit, je rappelle d'ailleurs à tous ceux qui nous écoutent et qui nous regardent, qu'il faut finir de confirmer sa déclaration d'impôts. Il y aura des effets de seuil, il y a ceux qui vont gagner plus d'un côté mais devoir, du coup, payer plus de l'autre. Est-ce que là aussi vous allez être attentif ?

BRUNO LE MAIRE
Vous avez tout à fait raison mais je veux vraiment lever cette inquiétude, parce qu'il ne s'agit pas que les Français payent plus d'impôts à cause de l'inflation. Là aussi je vous ai parlé de notre ligne politique : le travail, la valorisation du travail, le soutien aux entrepreneurs. Un des éléments clés de la politique que nous menons depuis cinq ans avec Emmanuel MACRON c'est la baisse des impôts. Il est hors de question que des salariés, des Français payent plus d'impôts sur le revenu ou rentrent dans le barème de l'impôt sur le revenu à cause de l'inflation. Donc nous allons indexer le barème de l'impôt sur le revenu sur l'inflation pour éviter, justement, ces effets - comme vous dites très bien - de seuil où des gens qui ne paieraient pas l'impôt sur le revenu avant, à cause de l'inflation des augmentations de salaire basculeraient dans l'impôt sur le revenu ou basculeraient dans une tranche supplémentaire. Nous indexerons.

APOLLINE DE MALHERBE
Concrètement, ça veut dire que vous augmentez les seuils.

BRUNO LE MAIRE
Exactement, nous augmentons les seuils du montant de l'inflation pour éviter que des Français se retrouvent à payer plus d'impôts. C'est le contraire de la politique dominante depuis cinq ans.

APOLLINE DE MALHERBE
La perspective de croissance. La Banque mondiale a revu à la baisse les prévisions de croissance, le gouvernement table toujours sur une perspective de 4% ?

BRUNO LE MAIRE
Non. Non, je suis très clair avec vous. Nous réviserons la croissance au moment où je présenterai le projet de loi de finances rectificative, donc à la fin du mois de juin. La vie est dure pour tout le monde. Elle est dure pour tous les pays européens. Cette crise inflationniste ne touche pas que la France, nous ne sommes pas isolés parmi les autres nations européennes. Nous nous en tirons plutôt mieux avec une inflation plus faible et une croissance qui résiste. Ça ne sera pas 4% et je réviserai le chiffre de croissance d'ici quelques semaines.

APOLLINE DE MALHERBE
Bruno LE MAIRE, vous qui êtes ministre de l'Economie, l'Assemblée qui va sortir de ces élections législatives. Alors Le Les différentes projections ne donnent pas pour l'instant la NUPES de Jean-Luc MELENCHON majoritaire, mais au minimum elle incarnera la force d'opposition numéro un face à vous. Face à vous il y a toujours le président de la Commission des finances, traditionnellement elle est donnée à l'opposition. Vous imaginez demain avoir un membre de la France insoumise qui soit président de la Commission des finances et qui vienne négocier et discuter avec vous ?

BRUNO LE MAIRE
C'est l'Assemblée qui le décidera, et moi je respecte la séparation du pouvoir. Ça relève du règlement de l'Assemblée, c'est donc l'Assemblée, l'Assemblée seule qui le décidera. Ce n'est certainement pas au ministre des Finances de se mêler de ces nominations. Ce que je veux dire simplement, c'est que l'élection c'est dans trois jours. Elle n'est pas jouée. Et j'appelle tous ceux qui croient dans le projet que nous présentons avec le président de la République : travail, entrepreneuriat, unité de la nation française, construction européenne - et pas bras d'honneur à nos partenaires européens comme certains le proposent - de se mobiliser. Je vois bien que certains prennent cette élection à la légère ou avec indifférence, en disant : dans le fond, ça ne change pas grand-chose.

APOLLINE DE MALHERBE
En même temps vous-même – enfin vous Bruno LE MAIRE personnellement, vous allez beaucoup sur le terrain…

BRUNO LE MAIRE
Personnellement je fais campagne tous les jours.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais enfin, on ne peut pas dire que le gouvernement, on ne peut pas dire qu'Elisabeth BORNE qui s'est un peu réveillée hier, on ne peut pas dire qu'Emmanuel MACRON qui s'est réveillé juste ce week-end pour donner une interview, aient énormément fait campagne.

BRUNO LE MAIRE
Mais nous sommes tous engagés. En tout cas il ne s'agit pas de regarder dans le rétroviseur.

APOLLINE DE MALHERBE
Celui qui a le plus fait campagne, c'est Jean-Luc MELENCHON.

BRUNO LE MAIRE
Nous avons tous fait beaucoup campagne. J'ai fait beaucoup campagne, tous les jours, pour soutenir nos candidats, tout simplement parce que chacun doit comprendre que cette élection législative est décisive. Et l'une des différences par rapport aux précédentes élections législatives, c'est que dans le passé, il y avait des nuances entre les projets politiques. Vous pouviez être pour le marché, un peu moins pour le marché, pour une régulation forte, vous pouviez pour la Fédération européenne ou pour l'intégration européenne ou pour une Europe des nations mais vous étiez pour l'Europe. Aujourd'hui ce n'est plus des nuances, nous sommes au temps de la radicalité et il y a des radicalités qui sont mauvaises pour le pays. La radicalité de monsieur MELENCHON qui consiste à vous dire : la retraite à 60 ans, je ne sais pas comment on paye mais on le fait quand même, c'est mauvais pour le pays. La radicalité de madame LE PEN qui vous dit : je veux rester dans l'Union européenne mais je ne paierai plus la cotisation à l'Union européenne, c'est-à-dire je sortirai de l'Union européenne, c'est une radicalité qui est mauvaise pour le pays. Donc je veux que chacun prenne conscience de la gravité de cette élection et se mobilise pour donner une majorité au président de la République.

APOLLINE DE MALHERBE
Et je rappelle donc que le premier tour des élections législatives c'est dimanche. Bruno LE MAIRE, ministre de l'Economie, merci d'avoir répondu à mes questions.

BRUNO LE MAIRE
Merci Apolline de MALHERBE.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 juin 2022