Interview de M. Olivier Dussopt, ministre du Travail, du plein Emploi et de l'Insertion, à RTL le 9 juin 2022, sur la politique de l'emploi et les chiffres de créations d'emplois et de chômage.

Texte intégral

ELIZABETH MARTICHOUX
Et bienvenue à vous, Olivier DUSSOPT. Bonjour.

OLIVIER DUSSOPT
Bonjour.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il paraît qu'on ne dit pas le « t » en Ardèche où vous êtes candidat pour la troisième fois d'ailleurs.

OLIVIER DUSSOPT
Quatrième…

ELIZABETH MARTICHOUX
Olivier « DUSSOP », alors, on doit dire, ministre du Travail en tout cas, notamment chargé du gros dossier des retraites, vous avez succédé à Elisabeth BORNE, qui était ministre du Travail, comme quoi, c'est un poste prometteur, qualifiée d'ailleurs de technocrate brutale par Jean-Luc MELENCHON, on y reviendra tout à l'heure. Mais d'abord, vous êtes ministre du plein emploi aussi, c'est une nouvelle formulation, c'est votre attribution. Et l'INSEE vient de publier les chiffres de créations d'emplois du premier trimestre de cette année, janvier, février, mars. Plus 0,3 %, on note que c'était plus 0,8 % au trimestre précédent, ça veut dire quoi, que la hausse baisse ?

OLIVIER DUSSOPT
Ça veut dire qu'il y a eu un énorme rattrapage en 2021, et que nous sommes dans une bonne situation. Lorsque l'on regarde les chiffres publiés par l'INSEE, ils ont à la fois rectifié et amélioré leur estimation du premier trimestre, il y a quelques semaines, l'INSEE annonçait la création d'à peu près 65.000 emplois nets dans le secteur privé, au premier trimestre. Aujourd'hui, ils ont, par leur publication, indiqué qu'on était plutôt autour de 80.000, 79.000 pour être précis ; c'est plutôt une bonne nouvelle. Et ça vient effectivement s'ajouter à des créations en 2021. Les créations en 2021 étaient liées à une reprise économique très forte, avec une croissance supérieure à 6 %, avec un plan de relance qui fonctionne. Et ce que l'on voit aujourd'hui, dans les chiffres publiés par l'INSEE ce matin, qui concernent à la fois le premier trimestre, mais aussi les trois années précédentes, ce que l'on voit, c'est qu'entre avant la crise Covid et aujourd'hui, la France compte 750.000 emplois supplémentaires. Donc ça veut dire que malgré à peu près 230.000 suppressions d'emplois en 2020, au moment du confinement, nous sommes à plus 750.000 emplois. Ça explique que nous ayons un taux d'emploi…
ELIZABETH MARTICHOUX

Plus 150.000 emplois…

OLIVIER DUSSOPT
Plus 750.000 emplois entre 2019 et 2022. Ça explique qu'on a un taux d'emploi historiquement élevé, à 68 %, et ça explique que le taux de chômage est à 7,3 %, le plus bas depuis 15 ans.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, on va y revenir, parce que c'est vrai que 2021, on l'a beaucoup dit, a été une année très faste pour l'emploi…

OLIVIER DUSSOPT
Une année de reprise…

ELIZABETH MARTICHOUX
Pour des raisons de rattrapage. 2022 ne peut pas rééditer cette performance.

OLIVIER DUSSOPT
La croissance en 2022 va être un peu moins forte qu'en 2001…

ELIZABETH MARTICHOUX
Elle marque déjà sérieusement le pas…

OLIVIER DUSSOPT
Elle marque le pas, et il y a des explications à cela, la guerre en Ukraine, la crise énergétique, la question de l'inflation, nous restons avec une croissance positive, c'est une bonne nouvelle, et le gouvernement met tout en oeuvre, les collègues de Bercy mettent tout en oeuvre pour soutenir l'activité. Les perspectives que l'INSEE prévoit pour le deuxième, troisième et quatrième trimestres de 2022 sont des perspectives qui restent positives avec…

ELIZABETH MARTICHOUX
En termes de quoi ?

OLIVIER DUSSOPT
De créations d'emplois…

ELIZABETH MARTICHOUX
Créations d'emplois, mais attention, créations d'emplois, c'est une partie évidemment des chiffres du chômage…

OLIVIER DUSSOPT
En termes de créations d'emplois…

ELIZABETH MARTICHOUX
Parce qu'on en détruit d'autres pendant ce temps-là…

OLIVIER DUSSOPT
En termes de créations d'emplois nets, c'est ça qui est important, et donc l'INSEE considère que pendant l'année 2022, il y aura évidemment, et malheureusement, d'une certaine manière, moins de créations d'emplois nets qu'en 2021, mais que nous restons sur une tendance positive, légèrement positive, ce qui est une bonne nouvelle, et ce qui va nous permettre de consolider nos chiffres en matière de chômage et de plein emploi.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord, ça, c'est important, parce qu'on voit bien les conséquences de la guerre en Ukraine que tout le monde prend de plein fouet, la France aussi, et certains disent : attention, le chômage va recommencer à monter d'ici à la fin de l'année…

OLIVIER DUSSOPT
Alors, moi, je n'ai pas de boule de cristal, ce que je sais, c'est que la croissance économique reste positive, que le gouvernement met tout en œuvre pour la soutenir, et quand je lis la publication de l'INSEE de ce matin, on note, on constate que les créations nettes d'emplois devraient continuer à un rythme moins important, mais devraient continuer…

ELIZABETH MARTICHOUX
Tout au long de cette année ?

OLIVIER DUSSOPT
Et avec une perspective, dans un premier temps, de stabilisation du taux de chômage, à 7,3 %, on le dit comme si c'était normal, c'est le taux le plus bas depuis 15 ans, c'est ce qui explique que le plein emploi revient dans le débat comme un objectif, on considère que le plein emploi est autour de 5 %, et donc, il faut continuer à faire baisser le chômage, continuer à créer de l'emploi, continue à travailler sur la formation, à aller chercher celles et ceux qui sont les plus éloignés de l'emploi et les accompagner dans un parcours d'insertion pour faire en sorte que notre objectif du plein emploi soit atteint, parce que derrière le plein emploi, c'est de l'activité, c'est de la production de richesses.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous maintenez l'objectif de 5 %, on estime en effet que c'est le plein emploi, c'est-à-dire, tous ceux qui peuvent occuper des emplois ont un emploi, c'est ça le plein emploi…

OLIVIER DUSSOPT
C'est le but, c'est la feuille de route.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est 5 %, c'est l'objectif, vous le maintenez, parce qu'il y a quand même des gros nuages économiques, il faut regarder devant avec les yeux ouverts, Olivier DUSSOPT…

OLIVIER DUSSOPT
Avec les yeux grands ouverts, et il faut le regarder aussi en tenant compte de toutes les difficultés qui sont à affronter, des difficultés sur la croissance, mais je le disais à l'instant, le fait que plus le chômage baisse, plus les personnes, les demandeurs d'emploi qui le restent rencontrent des difficultés, sont éloignés de l'emploi, et c'est normal, et donc ça nécessite un effort d'insertion et de formation très fort ; il y a un peu plus d'un an, Jean CASTEX, alors Premier ministre, avait lancé un plan doté de 1,4 milliard d'euros pour accompagner les demandeurs d'emploi de longue durée et les raccompagner vers l'emploi. Ce sont 240.000 personnes qui ont été accompagnées, et ça participe aussi à la baisse du chômage.

ELIZABETH MARTICHOUX
Billevesées, dirait Jean-Luc MELENCHON, qui aime bien employer des mots parfois un peu vintage, on va dire…

OLIVIER DUSSOPT
Et outrageants aussi…

ELIZABETH MARTICHOUX
Jean-Luc MELENCHON vous attaque bille en tête, il l'a encore fait hier, il était dans le Calvados pour soutenir la candidate Nupes pour les législatives, il dit que les chiffres réels sur l'emploi ne sont pas les bons, il y a autant de chômeurs qu'en 2017, Emmanuel MACRON n'en a créé autant, et vous les dopez ces chiffres avec les chiffres de l'apprentissage, il y a 900.000 apprentis qui sont considérés comme des salariés, comme des employés, or, ce sont des faux emplois, et c'est une forme de triche, dit-il, il n'a pas dit ce mot-là, mais c'est ce qu'il dit. Ce sont des faux emplois…

OLIVIER DUSSOPT
D'abord, deux choses, monsieur MELENCHON s'est pris pour la République, et maintenant, il se prend pour l'INSEE, c'est son droit, c'est sa démarche, sauf qu'il dit des choses qui sont fausses, il dit des choses qui sont fausses, puisque le chômage baisse, nous le constatons, l'INSEE, qui est un organisme indépendant le dit, le certifie, l'ensemble des organismes le disent, et nous créons des emplois, je le disais il y a un instant, entre l'avant-crise et l'après-crise, 750.000 emplois créés en net. Et il y a effectivement une augmentation du nombre d'apprentis, et nous en sommes très heureux, parce que c'est un objectif…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce sont des vrais emplois, il dit non, ce ne sont pas des employés ?

OLIVIER DUSSOPT
Alors, d'abord…

ELIZABETH MARTICHOUX
Des apprentis…

OLIVIER DUSSOPT
Pardonnez-moi, mais d'abord, une première correction, dans les chiffres de l'emploi, quand je dis plus 750.000, c'est moins d'un tiers qui sont liés au développement de l'apprentissage, première chose, ce qui vient largement contredire ses affirmations toujours aussi outrancières. La deuxième chose, c'est que je trouve ça d'un mépris abyssal, c'est quand même phénoménal d'avoir été, il y a 20 ans, ministre de l'Enseignement professionnel dans un gouvernement socialiste et de dire aujourd'hui à des gens qui sont en apprentissage qu'ils n'occupent pas un vrai emploi. Les apprentis, ce sont des hommes et des femmes qui se forment à des métiers d'excellence, qui ont des taux d'insertion professionnelle qui sont remarquables, et nous avons mené une politique de développement de l'apprentissage, Muriel PENICAUD, puis, Elisabeth BORNE, qui a permis de passer de 300.000 à 700.000 apprentis par an. Et notre objectif est d'aller vers un million d'apprentis par an, parce que c'est une voie d'excellence, parce que nous avons besoin de ces compétences, nous avons besoin de ces métiers.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, mais alors, j'ai besoin d'une précision sémantique, parce que l'INSEE ce matin explique quand même que le dynamisme de l'emploi s'explique par les contrats en alternance, notamment en apprentissage…

OLIVIER DUSSOPT
Et derrière…

ELIZABETH MARTICHOUX
Pardon, il y a beaucoup de familles qui ont des enfants qui sont en alternance, qui sont par exemple en études, et qui ont un contrat d'alternance, est-ce que, eux, ils sont considérés comme en plein emploi ?

OLIVIER DUSSOPT
Il y a des contrats d'alternance, des contrats de professionnalisation, des stages de formation professionnelle, il y a des apprentis, et avec le développement de l'apprentissage, ce que nous avons constaté, c'est une réalité statistique, et je reviendrai sur le chiffre de l'INSEE, c'est qu'une partie de ceux qui étaient en contrat d'alternance bascule en contrat d'apprentissage, l'INSEE dit très précisément qu'il y a environ 170.000 contrats d'apprentissage qui participent à cette dynamique de l'emploi ; ce sont eux qui sont retenus pour compter. Il y a une multiplicité de statuts, nous avons fait le choix de développer l'apprentissage, parce qu'il nous paraît, il nous semble, et les résultats montrent que ça marche, que c'est une formation qui marche, qui fonctionne…

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, pour être concrète, quand on est en alternance, qu'on a un contrat d'alternance, on est payé 300, 400 euros par mois, on est considéré comme…

OLIVIER DUSSOPT
Ça dépend…

ELIZABETH MARTICHOUX
On entre dans les statistiques de l'emploi ?

OLIVIER DUSSOPT
Ça dépend du volume de travail, ça dépend du montant de la rémunération, et évidemment qu'on ne dit pas qu'un contrat d'alternance rémunéré 300 euros par mois, c'est un actif, moi, ce que je dis, par contre, et ce que je réponds à monsieur MELENCHON, c'est que les apprentis occupent et réalisent un vrai travail.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous avez été apprenti, vous, je crois…

OLIVIER DUSSOPT
J'ai été apprenti avec une particularité, mais aujourd'hui, c'est devenu quelque chose d'assez courant, et c'est très bien, parce que c'était il y a un peu plus de 20 ans, malheureusement pour moi, et j'étais apprenti à un niveau bac plus 5, à l'époque, un DESS, parce que j'étais malheureusement trop âgé pour avoir fait un master. Et aujourd'hui, avec le développement de l'apprentissage, nous avons beaucoup de filières d'enseignement supérieur qui développent aussi cette pratique de l'apprentissage, qui permet une insertion professionnelle réussie.

ELIZABETH MARTICHOUX
Un mot, parce qu'il faut qu'on parle évidemment des retraités, pouvoir d'emploi (sic), réforme, mais une pénurie d'emplois…

OLIVIER DUSSOPT
Aussi…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est du jamais vu, en même temps, il y a combien d'offres d'emploi à Pôle Emploi, vous le savez, qui sont disponibles ?

OLIVIER DUSSOPT
Je crois un peu plus d'un million, et j'ai peur de dire une bêtise, donc je reste prudent, parce que je n'ai pas regardé ce chiffre très précisément, mais, oui, il y a de la pénurie, et partout où je vais, partout où je me déplace, que ce soit dans tous les départements, comme dans le mien, la principale difficulté des chefs d'entreprise aujourd'hui, c'est de recruter. Que devons-nous répondre à ça, nous devons répondre formation et insertion, je le disais il y a un instant, lorsque vous passer de 9 à 7,3 % de chômage, que vous avez comme objectif de descendre à 5 % de chômage, ça veut dire que ceux que vous voulez ramener vers l'emploi, raccompagner, sont des gens qui sont de plus en plus très éloignés de l'emploi, je prends un chiffre pour illustrer, mais parmi les bénéficiaires du RSA, un sur deux bénéficie du RSA depuis plus de 4 ans, ça signifie une rupture avec le monde du travail d'au moins 4 ans. Et donc ça nécessite aussi un accompagnement et un vrai parcours d'insertion ; c'est le plan mis en place par Jean CASTEX, il y a maintenant 18 mois, c'est l'objet de la mobilisation de Pôle emploi, c'est l'objet de la mobilisation des missions locales…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est une difficulté structurelle en France dont on n'arrive pas à venir à bout…

OLIVIER DUSSOPT
Oui, il faut y répondre…

ELIZABETH MARTICHOUX
On verra si…

OLIVIER DUSSOPT
Je pense que l'insertion et la formation sont les clefs…

ELIZABETH MARTICHOUX
Dans quelques années. Le pouvoir d'achat des retraités, Olivier DUSSOPT, les pensions seront revalorisées de 4 % en juillet, vous l'aviez dit, ce sera versé le 9 août…

OLIVIER DUSSOPT
C'est vrai, pour le régime général…

ELIZABETH MARTICHOUX
Pour le régime général, ce n'est pas un cadeau, parce que la règle, elle veut théoriquement que les pensions de retraite suivent les prix, c'est un rattrapage que vous faites.

OLIVIER DUSSOPT
C'est un rattrapage, deux mots d'explication, les retraites ont été revalorisées de 1,1 %, quand on parle de retraite, on parle de la pension de base, du régime général privé et des indépendants, et du régime général de la Fonction publique, et c'est 1,1 % au mois de janvier, 4 %, comme l'a annoncé la Première ministre dès le mois de juillet, ce qui arrive à 5,1 % au total, ce qui correspond à l'inflation. Et donc nous protégeons le pouvoir d'achat des retraités. La règle, si nous avions respecté la loi à la lettre, il aurait fallu attendre le mois de janvier pour obtenir ce rattrapage, et ça veut dire que pendant plusieurs mois, les retraités perdaient beaucoup de pouvoir d'achat, donc nous le faisons dès le mois de juillet, les versements interviendront à partir du mois d'août, j'ai pris l'exemple du régime général pour le 9 août. Ça représente au total plus de 5 milliards d'euros engagés par la puissance publique, pour cette revalorisation des retraites…

ELIZABETH MARTICHOUX
En année pleine, ça ferait 10 milliards, là, ça fait 5 milliards d'euros…

OLIVIER DUSSOPT
Oui…

ELIZABETH MARTICHOUX
Pour les comptes publics, vous les connaissez bien, vous en venez, des Comptes publics…

OLIVIER DUSSOPT
Et puis, il faut parler de choses très concrètes, pour un retraité qui a une pension de 1.200 euros, une pension de base de 1.200 euros, ça signifie qu'entre l'augmentation du mois de janvier et celle du mois de juillet, ça représente à peu près 60 euros d'augmentation par mois. Est-ce que ça rend les gens riches ? Non, est-ce que ça les aide ? Oui. Et c'est notre objectif…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est un rattrapage, donc ça leur permet d'affronter sereinement…

OLIVIER DUSSOPT
C'est une protection de leur pouvoir d'achat…

ELIZABETH MARTICHOUX
La hausse des prix, alors, vous l'avez dit, pardon…

OLIVIER DUSSOPT
Et je précise d'ailleurs que les pensions de reversion vont être concernées, comme le minimum vieillesse.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, alors, il y a un petit bémol, vous l'avez dit vous-même, ça concerne le régime général, c'est-à-dire que ceux qui bénéficient d'une pension de retraite, en grande partie, ça arrive, pour un tiers ou deux tiers, par les régimes versés par les complémentaires, par exemple, l'AGIRC, l'ARRCO, ce n'est pas facile à dire, AGIRC ARRCO, eh bien, là, cette partie-là, elle n'est pas revalorisée, est-ce que vous dites aux organisations syndicales et patronales qui gèrent l'ARGIC, l'ARRCO, de suivre le mouvement ?

OLIVIER DUSSOPT
Nous n'avons pas à leur dire, nous n'avons pas à leur dire, parce que, comme vous l'avez dit, ARGIC ARRCO…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous ne leur mettez pas la pression ?

OLIVIER DUSSOPT
C'est une gestion paritaire, et les organisations syndicales et patronales se sont d'ailleurs entendues, il y a quelques mois, pour préserver les équilibres financiers de l'AGIRC-ARRCO et ont pris des mesures de redressement, d'accompagnement notamment sur les questions de revalorisation de ces retraites complémentaires. Nous sommes dans une période qui nécessite beaucoup de respect des compétences de chacun et du rôle de chacun, l'Etat prend ses responsabilités sur la question de la pension de base, et ce qu'on a appelé les régimes généraux. Les partenaires sociaux ont toujours assumé leurs responsabilités, je ne doute pas qu'ils le feront, mais ça serait sortir de mon rôle que de dire ce matin aux partenaires sociaux : vous avez ceci ou cela à faire. C'est leurs responsabilités…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous pouvez dire : prenez vos responsabilités…

OLIVIER DUSSOPT
Et c'est leurs compétences.

ELIZABETH MARTICHOUX
Eh bien, voilà, prenez vos responsabilités. Vous leur dites ça ?

OLIVIER DUSSOPT
Mais je suis sûr qu'ils les prendront.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous êtes sûr, vous leur en avez parlé déjà… ?

OLIVIER DUSSOPT
J'ai eu des rencontres longues, fructueuses avec eux, et je le répète, je ne suis pas là pour me substituer à tel ou tel…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non, mais, vous pensez… vous êtes confiant, ils seront au rendez-vous ?

OLIVIER DUSSOPT
On verra ça dans quelques semaines et quelques mois.

ELIZABETH MARTICHOUX
On le saura dans quelques semaines ?

OLIVIER DUSSOPT
Je pense, oui, ils vont prendre un certain nombre de décisions, je ne veux pas me substituer à eux, ni dans la décision, ni dans l'expression…

ELIZABETH MARTICHOUX
J'ai bien compris, et vous êtes très clair là-dessus. Mais enfin, vous pouvez exprimer des souhaits pour les Français.

OLIVIER DUSSOPT
On peut, mais ça serait contraire à cette séparation de responsabilités.

ELIZABETH MARTICHOUX
Bruno LE MAIRE prévoit une inflation de 2 % l'an prochain, après, là, on est à 5,2…

OLIVIER DUSSOPT
5,1, 5,2, c'est ça…

ELIZABETH MARTICHOUX
5,1. Les retraites seront indexées sur cette hausse de 2 % ?

OLIVIER DUSSOPT
C'est la loi.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc le niveau de pension suivra. Vous êtes ministre du Travail, chargé de la réforme des retraites, c'est une paille, comme dirait l'autre, vous serez celui qui aura le plus de contacts avec les syndicats, logiquement, vous les avez déjà reçus d'ailleurs, je crois…

OLIVIER DUSSOPT
J'ai reçu tous les syndicats représentatifs…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous êtes invité à déjeuner demain à l'Elysée avec tous les syndicats…

OLIVIER DUSSOPT
Non, je crois que le président rencontre un certain nombre d'organisations syndicales, dans une rencontre informelle.

ELIZABETH MARTICHOUX
Sans vous ?

OLIVIER DUSSOPT
Et j'ai rencontré les mêmes organisations syndicales, les organisations patronales, pour travailler avec eux, évoquer les mois qui viennent, les semaines qui viennent, par les méthodes aussi, parce que c'est important, vous vous évoquez une réforme, mais il y en a beaucoup d'autres, et il y a des réformes sur la formation, il y a une très belle réforme qui a été votée en 2021 sur la santé au travail, et pour laquelle il faut absolument veiller à ce que les textes d'application soient publiés en temps et en heure, parce que c'est de la protection des salariés, et donc nous avons évoqué tout cela, et nous avons aussi évoqué tout ce qui peut faire convergence, et ce qui peut faire aussi divergence, parce que c'est le propre d'un dialogue…

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, on va y revenir, Philippe MARTINEZ, patron de la CGT, boycotte le déjeuner de demain à l'Elysée, déjeuner de début de quinquennat, vous le comprenez ?

OLIVIER DUSSOPT
C'est sa décision, c'est peut-être regrettable, parce que je pense que lorsqu'on est à la tête d'une organisation syndicale ou patronale, les occasions d'avoir une discussion à bâtons rompus informelle avec le président de la République, se saisissent, mais c'est sa décision.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il se dit peut-être que c'est un peu gros, parce que c'est vrai que les syndicats se sont sentis snobés par le président pendant 5 ans, il a été réélu, il les invite à deux jours du premier tour des législatives, ils ne sont pas très habitués à ce type de traitement par Emmanuel MACRON, d'une part, et ils se sentent instrumentalisés peut-être.

OLIVIER DUSSOPT
Je ne crois pas, je pense que c'est aussi la volonté du président de la République d'appréhender, d'ouvrir son second quinquennat avec la méthode qu'il a décrite pendant la campagne…

ELIZABETH MARTICHOUX
Une nouvelle méthode…

OLIVIER DUSSOPT
De la concertation, de l'association, travailler avec toutes les parties prenantes et chercher le plus de possibilités de consensus, et le consensus, il se construit à la fois sur les bilans, sur les diagnostics, il peut se construire sur les méthodes, et c'est encore mieux quand il se construit…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc à ceux qui jugent cette invitation électoraliste, vous dites quoi ?

OLIVIER DUSSOPT
Je dis qu'ils se trompent et que cette occasion d'une discussion et d'un débat sur la méthode et le calendrier des mois qui viennent est une bonne occasion.

ELIZABETH MARTICHOUX
La réforme des retraites, elle entrera en vigueur à l'été 2023, c'est ce qu'a dit le président de la République dans une interview il y a quelques jours, ça veut dire que concertation plus vote du Parlement, quel Parlement on y reviendra, concertation plus vote du Parlement, ce sera bouclé entre l'automne et l'été 2023.

OLIVIER DUSSOPT
Sur une année, ça laisse le temps de la concertation et ça laisse le temps du débat

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que l'été 2023 ça va jusqu'au 21 septembre ? Donc ça fera un an si vous commencez…

OLIVIER DUSSOPT
On peut le voir comme ça.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il faut le voir comme ça parce qu'Emmanuel MACRON avait déjà…

OLIVIER DUSSOPT
Il y a beaucoup de travail sur cette réforme-là évidement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, il y a beaucoup travail parce qu'aucun syndicat à part la pénibilité et les discussions sur pénibilité carrières longues sur lesquelles vous insistez beaucoup, mais il n'y a aucun syndicat qui ne veut de votre réforme.

OLIVIER DUSSOPT
Aménagement des conditions de travail, préventif et il y a, je répétais des diagnostics à faire. Aujourd'hui quelle est cette réforme, quel est l'objectif ? c'est avoir un système de retraite plus juste avec un minimum de pension qui soit relevée à 1100 euros minimum, c'est d'avoir un système qui protège mieux ceux qui ont des carrières pénibles, ceux qui ont des carrières longues, d'avoir un système qui protège mieux de la précarité et des carrières hachées et lorsqu'on établit cette liste d'améliorations et d'objectifs d'amélioration, ça n'existe aussi trouver des ressources pour pouvoir les financer et le faire de manière responsable.

ELIZABETH MARTICHOUX
Avant c'était la réforme des retraites pour travailler plus longtemps parce qu'on avait besoin de financer, maintenant vous dites, voilà on va faire ça et on financera par il faut travailler plus longtemps. Ma question Olivier DUSSOPT…

OLIVIER DUSSOPT
Non mais il n'y aurait pas de sens à améliorer un système sans garantir sa soutenabilité, sa durabilité et ça serait injuste d'équilibrer un système sans l'améliorer et donc il faut chercher les deux objectifs.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et alors justement dans votre recherche de consensus sur cette réforme, c'est votre travail, vous dites par principe la concertation veut que rien n'est écrit d'avance. Est-ce que ça veut dire que le report de l'âge légal à 64 ans en 2027 ou 2028, c'est négociable ?

OLIVIER DUSSOPT
La Première ministre s'est exprimée sur le sujet.

ELIZABETH MARTICHOUX
Elle a dit que ce n'était pas un totem.

OLIVIER DUSSOPT
Elle a dit qu'il n'y avait pas totem. Donc laissons le temps à la discussion de s'installer, prenons le temps d'abord d'arrêter la méthode, le calendrier et voyons les sujets un par un. La Première ministre s'est exprimée, je (...) dans ses pas.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que vous m'autorisez à traduire pas de totem, ça veut dire que c'est négociable ? Le report de l'âge légal c'est négociable.

OLIVIER DUSSOPT
Ça veut dire qu'il n'y a pas de totem. Moi ce que j'attends de la discussion que nous allons avoir avec les organisations syndicales.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc il y a une alternative au report de l'âge légal.

OLIVIER DUSSOPT
Ce que j'attends de cette discussion avec les organisations syndicales et les organisations patronales, avec l'ensemble des partenaires sociaux, c'est qu'ils puissent dire ce qu'ils veulent comme amélioration et qu'ils puissent dire comment on y arrive parce qu'il y a des objectifs mais il faut aussi donner les solutions pour atteindre les objectifs. Regardons ce qui est proposé mais ne préemptons pas le débat, ne faisons pas la conclusion des débats avant qu'ils aient été ouverts et laissons le temps justement à cette concertation de s'installer.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça va être une réforme compliquée à construire. Vous vous y appliquerez à partir de quoi, octobre, septembre-octobre, on a compris ?

OLIVIER DUSSOPT
J'ai envie de dire, je m'y applique déjà.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui.

OLIVIER DUSSOPT
Parce que nous travaillons, nous réfléchissons.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais bon de se retrouver tous avec la réforme sur la table.

OLIVIER DUSSOPT
Nous devons à la fois attendre que le gouvernement à l'issue des législatives arrête son programme de travail, telle que le président de la République l'a indiqué. Nous avons un certain nombre d'hypothèses sur lesquelles nous devons travailler, d'hypothèses macro-économiques parce qu'une réforme comme celle-ci doit aussi tenir compte de l'évolution de la situation économique et d'un certain nombre d'avis. Ça peut être par exemple l'avis du Conseil d'orientation des retraites, mais pour cela ça nécessite aussi de fournir à ce même conseil des hypothèses macro-économiques revues à l'aune de la crise que nous traversons, à l'aune de la reprise que nous avons connue et par exemple des chiffres de l'emploi que nous évoquions tout à l'heure. Donc tout ça prend un peu de temps. Le calendrier n'est pas arrêté.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous atterrissez quand ?

OLIVIER DUSSOPT
Le calendrier n'est pas arrêté et ça fait partie aussi des objets de discussions.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous n'en direz pas plus ce matin. Réforme compliquée à faire passer surtout si vous avez une majorité relative. Les sondages ne vous donnent aucune certitude sur le fait d'avoir une majorité absolue au contraire, majorité relative ça vous fait peur, c'est compliqué ?

OLIVIER DUSSOPT
C'est d'abord la démonstration qu'une élection n'est jamais gagnée d'avance, jamais et que ce qui compte c'est la mobilisation et c'est d'aller convaincre les électrices et les électeurs.

ELIZABETH MARTICHOUX
Pourquoi ils iraient voter pour vous ?

OLIVIER DUSSOPT
Parce que je pense que les Français sont attachés à ce que le pays avance, qu'ils ne veulent pas de blocage, qu'ils ne veulent pas de paralysie.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ils peuvent vouloir autre chose, une rupture.

OLIVIER DUSSOPT
Oui mais la rupture autour de l'extrême droite ou l'extrême gauche ça ne fonctionne pas et les Français le savent.

ELIZABETH MARTICHOUX
Pourquoi ?

OLIVIER DUSSOPT
Parce que c'est l'assurance du chaos, c'est l'assurance d'une sortie ou d'un décrochage de l'Union européenne et c'est aussi l'assurance d'une ruine des finances publiques. Quand je vois que le programme de monsieur MELENCHON, lui-même le dit, coûterait 250 milliards d'euros. Comment faisons-nous pour le financer ? A part des impôts et à part par de la dette. Ça ne fonctionne pas et les Français sont raisonnables, les Français sont aussi confiants et ont envie que leur pays avance. Ils ont envie que leur pays continue à compter en Europe et dans le monde. Et pour cela il faut que le président de la République ait une majorité. Majorité ça ne signifie pas avancer bille en tête, c'est aussi travailler avec toutes les parties prenantes, nous l'avons évoqué tout à l'heure, mais c'est nécessaire d'avoir une majorité et une majorité qui permette au pays de progresser.

ELIZABETH MARTICHOUX
Réveillez-vous a dit Emmanuel MACRON à ses lieutenants il y a quelques jours à propos de ces législatives, quand même il a senti le péril, le manque d'élan, le manque de mobilisation de ses lieutenants et de la majorité en général.

OLIVIER DUSSOPT
Souvenons-nous d'il y a quelques semaines, il y a quelques semaines un grand nombre de commentateurs expliquaient que le président de la République avait déjà gagné l'élection et Emmanuel MACRON expliquait qu'une élection n'est pas gagnée, jamais, que les Français détestent que l'on décide à leur place de l'issue d'une histoire et encore plus de l'issue d'un scrutin. Et donc une campagne, une élection pardon, une élection ça se gagne quand on fait campagne et quand on se mobilise. C'est la mobilisation du gouvernement, des parlementaires, des militants de la majorité, des élus locaux, des Français tout simplement qui doivent aller voter parce qu'il faut aller voter dimanche et il faut aussi donner une majorité au président.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais quand vous voyez que tous les sondages donnent par exemple en volume de voix, parce que projection c'est compliqué, en volume de voix une légère avance à la Nupes sur la majorité, vous n'êtes pas inquiet ?

OLIVIER DUSSOPT
C'est une très légère avance dans les sondages au 1er tour.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'un point mais avance quand même, dynamique pour la Nupes.

OLIVIER DUSSOPT
Nous verrons ce que ça donne dimanche soir à l'issue du scrutin, je le dis une élection n'est jamais gagnée, n'est jamais perdue non plus et les seuls qui décident ce sont les électeurs le jour J.

ELIZABETH MARTICHOUX
La Première ministre, Elisabeth BORNE, a été maladroite en répondant à une femme handicapée comme elle l'a fait mardi à la radio ?

OLIVIER DUSSOPT
Elle a dit hier, Elisabeth BORNE, qu'évidemment elle n'avait jamais eu l'intention de blesser qui que ce soit et je crois l'avoir entendu dire qu'elle avait essayé de prendre contact avec cette dame en question. Le procès qui est fait par certains à Elisabeth BORNE sur ce sujet-là est assez indigne.

ELIZABETH MARTICHOUX
Technocrate brutale a dit Jean-Luc MELENCHON.

OLIVIER DUSSOPT
En matière de brutalité et d'outrance, il s'y connaît effectivement, c'est le contraire de ce qu'est Elisabeth BORNE. On évoque là la situation d'une famille en situation de handicap qui rencontre des difficultés, Elisabeth BORNE, ministre du Travail, c'est celle qui a mis en place des systèmes d'aide d'accompagnement pour le recrutement des travailleurs en situation de handicap, c'est 30000 personnes qui ont été accompagnées en 2021 grâce à ces systèmes-là. C'est aussi la revalorisation de 12,5 %…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais là dans cette façon qu'elle a eu de s'adresser à cette femme, ce n'est pas toujours facile de manifester son empathie, vous aviez vous-même cloué au pilori un certain Emmanuel MACRON pas encore président qui s'était adressé aux illettrés, il avait parlé des illettrés de Gad et vous l'aviez traité de « C… ».

OLIVIER DUSSOPT
Vous parlez d'une vieille histoire d'il y a 10 ans.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous voyez quand on est technocrate, on peut très bien gérer les dossiers et avoir des difficultés à exprimer son empathie quand on est face aux Français.

OLIVIER DUSSOPT
Je répète, je connais bien Elisabeth BORNE je sais que ce qu'il anime, ce qui la motive, c'est d'aider les Français.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc c'est un mauvais procès qui lui est fait.

OLIVIER DUSSOPT
C'est un mauvais procès.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et elle en souffre.

OLIVIER DUSSOPT
Je ne sais pas si elle en souffre parce qu'elle est très résiliente, très résistante et elle est très engagée, mais je sais que c'est un mauvais procès et que c'est injuste de la qualifier ainsi.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup Olivier DUSSOPT, candidat pour la 3e fois en Ardèche. Vous subirez donc le verdict des urnes dimanche.

OLIVIER DUSSOPT
Comme tous les candidats.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et on suivra ça sur LCI bien sûr dans la soirée spéciale que nous organisons. Merci à vous, bonne journée.

OLIVIER DUSSOPT
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 juin 2022