Interview de M. Marc Fesneau, ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire, à France Info le 20 juin 2022, sur les résultats des élections législatives et la politique en matière d'agriculture et d'alimentation.

Texte intégral


MARC FAUVELLE
Bonjour Marc FESNEAU.

MARC FESNEAU
Bonjour !

MARC FAUVELLE
Pas de majorité absolue, 3 ministres du gouvernement au tapis, une Assemblée éclatée qui semble ce matin ingouvernable, qu'est-ce que vous payez ?

MARC FESNEAU
Sans doute quand on est en place depuis 5 ans, il y a une sédimentation de la colère depuis des années, les difficultés qu'ont pu rencontrer les gens au moment de la Covid, les difficultés qu'on traverse aujourd'hui autour de l'inflation et du pouvoir d'achat et puis on paye au fond un système démocratique qui est à bout de souffle avec beaucoup de citoyens qui sont très en colère qui l'ont d'abord exprimé dans l'abstention, on va dire les choses comme elles sont puisqu'il y a 54% d'abstention, et dans des votes vers les extrêmes et donc ça c'est à la fois le sujet de ceux qui gouvernent aujourd'hui - c'est difficile de gouverner aujourd'hui pour qui que ce soit d'ailleurs - et c'est ça qu'on paye sans doute, oui !

MARC FAUVELLE
Une colère aussi dirigée contre Emmanuel MACRON ?

MARC FESNEAU
Oh, c'est contre le pouvoir en général. Je ne crois pas qu'il faille personnifier des choses parce qu'après on pourrait dire que au terrain par terrain, après tout j'ai été réélu, donc on pourrait dire ce n'est pas comme ça qu'il faut faire la lecture, mais c'est une colère de ceux qui sont en place sans doute, une colère vers ceux qui sont en place et tout ce que nous sommes.

SALHIA BRAKHLIA
Pourtant quand on regarde dans le détail le vote aujourd'hui dans les duel NUPES / Ensemble, 30% des électeurs du RN se sont déplacés pour voter NUPES, il n'y a pas eu un " tout sauf MACRON " qui s'est mis en place ?

MARC FESNEAU
Non, non, je ne crois pas que ce soit comme ça qu'il faille faire la lecture, je pense que chez NUPES et au Rassemblement national se sont exprimées beaucoup de colères à l'endroit de ce que nous sommes, plus que de ce qu'on a fait à mon avis mais enfin, bon bref, ça, on verra …

MARC FAUVELLE
C'est-à-dire une colère contre ce que vous êtes plus que contre ce que vous avez fait ? Il y a une personnification de la colère !

MARC FESNEAU
Non, nous, j'ai dit " nous ", non, je pense qu'on a un sujet collectif de est-ce que dans ce dans ce quinquennat, on a pu assez expliquer les choses ? Et il n'y a pas eu des tensions alors qui sont propres à ce que nous avons fait et puis peut-être dans une société qui est extrêmement tendue, enfin on l'a vu dans beaucoup de collègues qui étaient en campagne m'indiquer la tension qu'il y avait au moment des élections et la tension qu'il y a eu dans ces élections législatives, il y a une énorme colère dans ce pays et elle s'est manifestée une nouvelle fois ce soir. A vrai dire, elle s'était manifestée au premier tour des élections présidentielles, quand on regarde bien les choses, plus de 50% avaient voté soit pour LFI soit pour le Rassemblement national soit pour des partis qui gravitaient autour de ces formations politiques.

SALHIA BRAKHLIA
Est-ce que vous vous trouvez que vous avez été trop arrogant là avec le recul ?

MARC FESNEAU
Oh, je n'en sais rien, il y a sans doute une part de cela, il me semble qu'on avait plutôt fait oeuvre après la crise des Gilets jaunes d'écouter les citoyens, après les images ...parfois …

SALHIA BRAKHLIA
Après, ça a changé ?

MARC FESNEAU
Je ne pense pas que ce soit une question d'arrogance. Je pense que les citoyens français ont vécu plusieurs chocs : la crise des Gilets jaunes, la crise de la Covid qui a été un moment très dur pour eux, ils vivent maintenant les conséquences de la crise ukrainienne et donc ça crée de la tension et de la colère dans le pays.

MARC FAUVELLE
Elisabeth BORNE a été l'élue mais d'une courte tête seulement dans le Calvados, 52% des voix, peut-elle rester en place après ce qui s'est passé ?

MARC FESNEAU
Elle est Première ministre, elle a été nommée par le président de la République, il y a une majorité relative, il y a un certain nombre d'actions qui sont à conduire. Donc moi il me semble que le sujet n'est pas là. Le sujet, c'est : qu'est-ce qu'on va faire ? Ce n'est pas une question de personne notre affaire : notre question, c'est une question de voir une majorité qui n'existe pas, majorité absolue qui n'existe pas, une majorité relative qui existe, celle que nous représentons avec Ensemble ; hier soir au fond, il n'y avait que des gens qui avaient perdu dans cette affaire !

MARC FAUVELLE
Sauf le RN !

MARC FESNEAU
Le RN crée la surprise hier soir mais globalement le pari de monsieur MELENCHON qui était d'être Premier ministre n'est pas réussi. Les LR perdent quasiment la moitié de leur effectif, donc personne ne peut se réjouir des résultats d'hier soir, pas tant pour ses propres effectifs mais aussi parce qu'on est face à une configuration improbable et inédite dans la Ve République, c'est-à-dire qu'une seule majorité relative et pas d'alternative à cette majorité relative.

MARC FAUVELLE
Alors cette majorité, vous allez la chercher où Marc FESNEAU ? Il manque une grosse quarantaine de députés aujourd'hui pour arriver au seuil des 289. A qui est-ce que vous tendez la main ?

MARC FESNEAU
Moi, il me semble que le pays traverse des crises suffisamment profondes, on a des défis immenses, les défis écologiques, les défis budgétaires, le défi inflation et de pouvoir d'achat pour essayer au fond, texte par texte, de regarder quels sont ceux avec lesquels on peut avancer parce que je vois bien que d'un bloc sur un autre, je vois mal comment les choses se feraient. Aujourd'hui j'entends les propos des LR en tout cas du président de LR Christian JACOB qui dit ....

MARC FAUVELLE
Qui a fermé la porte !

MARC FESNEAU
...qui dit : nous sommes dans l'opposition. La question, ce n'est même pas de savoir si on est dans l'opposition ou pas, c'est : est-ce qu'on a envie, est-ce qu'il y a un appel à la responsabilité qui peut être entendu par les uns et les autres parce que le pays, le pire pour le pays aujourd'hui, c'est au fond que rien ne puisse se passer à l'Assemblée nationale puisque beaucoup de choses vont se passer à l'Assemblée nationale ? Le vrai risque aujourd'hui c'est qu'à l'Assemblée nationale, on soit dans un process de paralysie. J'entendais que LFI voulait déjà déposer une motion de censure, c'est la première sans doute d'une longue série. Avant de commencer, ça commence déjà et donc il faut quand même qu'on soit face, il y a à l'Assemblée nationale, j'en connais un certain nombre, j'ai été ministre des Relations avec le Parlement. Il y a un certain nombre de parlementaires qui, je l'espère et je crois plus que l'espérer …

MARC FAUVELLE
Qui se trouvent où sur quels bancs, ces parlementaires ?

MARC FESNEAU
Il y en a chez les LR, il y en a dans les Divers parce que vous voyez bien que dans une assemblée, il y a des Divers et puis il y en a sur les bancs de la gauche, le Parti socialiste en particulier, il y a un certain nombre de gens mais l'idée ce n'est pas de se compromettre.

MARC FAUVELLE
Les socialistes qui y sont, qui sont dans l'accord de la NUPES ou qui étaient en dehors ?

MARC FESNEAU
Il y en a qui étaient dans l'accord de la NUPES et il y en a qui étaient en dehors.

MARC FAUVELLE
D'accord et avec tout ça, il y en a 40 ou 45 ?

MARC FESNEAU
Mais je pense que c'est oui enfin en tout cas oui sur l'étiage, oui, la question c'est d'essayer texte par texte, me semble-t-il. On a un sujet, le premier texte qui va arriver c'est un sujet pouvoir d'achat, revaloriser …

MARC FAUVELLE
J'ai envie de dire c'est le plus facile ! Pardon, il y a presque que des bonnes nouvelles dans le texte pouvoir d'achat, on augmente les salaires, on augmente, etc. Quand va arriver la réforme des retraites, ça va être difficile d'aller trouver des voix à droite et des voix à gauche !

MARC FESNEAU
Mais c'est là que la méthode comptera et que le président de la République d'ailleurs y avait prêté attention avant l'issue du scrutin du 2e tour c'était de dire il faut qu'on essaie de mettre autour de la table les organisations syndicales, les formations politiques pour dire est-ce qu'on est capable de bâtir un système de retraite qui permet de s'inscrire dans la durée. Donc c'est texte par texte, oui évidemment le texte pouvoir d'achat peut paraître plus simple et plus facile à faire passer et on verra sur les autres textes, qu'est-ce que vous voulez ! Il me semble que c'est comme ça qu'il faut agir.

SALHIA BRAKHLIA
On en parlait tout à l'heure la percée historique hier soir du RN, 10 fois plus de députés pour le Rassemblement national, 89 députés donc aujourd'hui ; c'était une erreur d'avoir fait campagne contre Jean-Luc MELENCHON uniquement ?

MARC FESNEAU
Jean-Luc MELENCHON s'est mis en campagne contre nous, c'est comme ça que les choses ont commencé !

SALHIA BRAKHLIA
Emmanuel MACRON lui a répondu coup pour coup !

MARC FESNEAU
D'ailleurs ; ce n'est pas la question, avec ma phrase, on pourrait avoir le sentiment que je veux rejeter sur Jean-Luc MELENCHON mais MELENCHON a fait de nouveau la cible principale et il s'est mis en avant. Au fond, le pari qu'il avait fait n'a pas n'a pas réussi.

SALHIA BRAKHLIA
Non mais vous ne l'avez pas vu venir le RN, clairement ?

MARC FESNEAU
Mais personne n'a vu personne n'a vu venir enfin alors là pour le coup, y compris dans les sondages, personne n'a vu venir hier soir que le RN serait à 80 ou 90, 90, je crois sièges voilà. Parce qu'on en parlait juste avant la prise d'antenne, il y a quelque chose qui s'est passé de l'ordre de la fin de ce qu'on avait appelé à l'époque le front républicain. Manifestement, il y a un certain nombre de gens, mus par une colère qu'on peut comprendre, qui de part et d'autre de l'échiquier, ont été comme ça et ça explique une partie du vote Rassemblement …

SALHIA BRAKHLIA
Mais vous n'en êtes pas responsable ?

MARC FAUVELLE
Oui vous en avez pris votre part.

MARC FESNEAU
Mais je vais vous dire, dans un système démocratique, les élections et le résultat des urnes tout le monde en est responsable et tout le monde en prend sa part.

MARC FAUVELLE
Mais clairement …

SALHIA BRAKHLIA
La consigne pas claire !

MARC FAUVELLE
La consigne, Jean-Michel BLANQUER " l'extrême droite et l'extrême gauche, c'est la même chose ", la consigne Roxana MARACINEANU qui dit face à une candidate de la Nupes Rachel KEKE et qui a d'ailleurs été élue, il faut faire un barrage républicain face à elle. C'est la première fois qu'on utilise ces mots à l'envers !

MARC FESNEAU
Mais pardon, il me semble que dans un certain nombre d'attitudes, ce n'est pas nous, c'est Jean-Luc MELENCHON qui par exemple sur la police a dit un certain nombre de choses qui donnaient le sentiment qu'on sortait du cadre de la République aussi et moi, dans mon propre département, les gens de la NUPES n'ont pas explicitement appelé à faire barrage au Rassemblement national. La vérité, c'est que la question n'est plus là ; la question c'est de résoudre et d'essayer de répondre à cette colère qui est mue parce que ce que ce qu'on avait appelé ce barrage sur front - enfin appelez-le comme vous voulez - républicain, il n'existe plus parce qu'on a on est dans un champ qui est compliqué. Moi, j'étais un peu étonné d'entendre Jean-Luc MELENCHON hier de dire " on n'est pas dans le même monde ", bah si, on vit dans le même monde et même si on n'est pas d'accord, il va falloir qu'on essaie de résoudre les problèmes du monde et donc je trouve que, dès lors qu'on commence à se sortir de l'aspect républicain et de ce que nous devrions avoir en partage évidemment on ouvre les portes à toute forme au fond de vote.

MARC FAUVELLE
Marc FESNEAU ministre de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire membre du MoDem également et député réélu hier dans le Loir-et-Cher est l'invité de France Info. Marc FESNEAU face à cette situation de blocage à l'Assemblée nationale, est-ce que vous excluez totalement et entièrement une dissolution de l'Assemblée nationale ?

MARC FESNEAU
Ça reste toujours une possibilité constitutionnelle mais je vais vous dire quand vous avez un résultat comme celui d'hier, personne ne comprendrait, me semble-t-il qu'aujourd'hui ou demain matin, on décide de dissoudre l'Assemblée nationale. Après chacun est mis face à ses responsabilités.

MARC FAUVELLE
Le risque, ce serait une claque supplémentaire encore plus forte ?

MARC FESNEAU
Il me semble que à face à la colère, les électeurs ont tranché et les électeurs sont souverains et ils ont au fond construit une majorité relative, des oppositions diverses, une Assemblée nationale compliquée dans sa gouvernance manifestement. Si le message qui a été envoyé, vous y répondez pas une dissolution, c'est comme un peu ce qui s'était passé sur le référendum européen, c'est : le résultat ne me convient pas, je passe par autre chose. La seule question aujourd'hui devant nous dans les jours et les semaines qui viennent, c'est de savoir s'il y a sur les bancs de l'Assemblée nationale la possibilité de faire avancer les sujets, de faire avancer les textes mais ça c'est la responsabilité qui est la nôtre d'Ensemble et des composantes d'Ensemble mais c'est la responsabilité aussi de ceux qui sont en situation de gouverner. S'il y a un certain nombre de députés qui sont élus décident au fond d'oeuvrer au blocage du pays et de préférer le chaos au travail, alors ça c'est un autre sujet qui serait devant nous mais aujourd'hui envoyer comme message aux électeurs de " on a bien compris votre message, donc on recommence ", il y aurait quelque chose d'assez iconoclaste !

SALHIA BRAKHLIA
Il y a une question qui se pose, Marc FESNEAU, c'est celle de la présidence de la Commission des finances, depuis 2008, depuis Nicolas SARKOZY, elle est accordée au premier groupe d'opposition de l'Assemblée, est-ce que vous préférez qu'elle revienne au RN, premier parti d'opposition avec 89 députés ou à la NUPES dont le groupe majoritaire est la France insoumise ?

MARC FESNEAU
Mais pardon de vous dire, ce n'est pas une question de préférence. Constitutionnellement, c'est le premier groupe d'opposition, donc on verra quand les groupes seront constitués.

SALHIA BRAKHLIA
Mais vous préférez la coalition ou le groupe majoritaire ?

MARC FESNEAU
Mais je comprends que chez NUPES, il y aura 3 groupes, 3 ou 4 même.

MARC FAUVELLE
Donc ce sera le RN a priori ? Ça ne vous choquerait pas que ce soit par exemple Marine LE PEN qui préside cette commission qui est importante, elle a accès à des données fiscales, elle peut bloquer le gouvernement, elle peut vous contrôler ?

MARC FESNEAU
Bien sûr que ça ne me choquerait mais de même que si la NUPES ou si LFI était majoritaire, la Constitution s'impose à nous, il ne faut jamais jouer avec les éléments constitutionnels, j'entendais certains, on disait peut-être qu'on pourrait mettre quelqu'un qui pourrait ... La présidence de la Commission des finances à l'Assemblée nationale revient au groupe le plus important de l'opposition.

SALHIA BRAKHLIA
Donc au Rassemblement national !

MARC FESNEAU
Et quand bien même, ça ne plaise pas que ce soit le Rassemblement national, ça s'impose à nous, ça s'impose à moi. Donc on verra au moment où les groupes vont se constituer, peut-être qu'il y aura des éléments nouveaux, si je comprends bien la NUPES, non, LFI a 85 ou 86 députés et Front National Rassemblement national 89.

MARC FAUVELLE
Alors les comptes sont en train d'être affinés .…

MARC FESNEAU
Les comptes ...ce n'est pas qu'ils sont trafiqués ...c'est que …

MARC FAUVELLE
Pour l'instant, il y a un avantage au Rassemblement national de groupe …

MARC FESNEAU
Les gens vont se positionner. Non, ça ne fait pas plaisir pour répondre à votre question mais la question, ce n'est pas le plaisir ; la question c'est la Constitution.

MARC FAUVELLE
Emmanuel MACRON va avoir de plus en plus besoin de ces partis alliés et notamment le MoDem dont vous faites partie Marc FESNEAU, est-ce que ça veut dire qu'il faut davantage de ministres MoDem dans le gouvernement et j'ajouterai, est-ce qu'il faut le retour de François BAYROU ?

MARC FESNEAU
François BAYROU d'abord, il est pleinement dans le dans le jeu politique, vous le savez d'ailleurs, il a été très présent dans cette campagne.

MARC FAUVELLE
Pleinement, il a un pied dedans et puis de l'autre côté, il est Haut-commissaire au Plan.
MARC FESNEAU

Ce n'est pas au moment où l'Assemblée nationale est dans la situation dans laquelle on est qu'on va faire les maîtres chanteurs, je le dis très clairement …

MARC FAUVELLE
Vous n'allez pas demander à Emmanuel MACRON des ministres supplémentaires ?

MARC FESNEAU
Certes mais la question, ce n'est pas …

MARC FAUVELLE
Non, c'est une question !

MARC FESNEAU
Non mais qu'il faille des ministres du MoDem au sein du gouvernement, il y en a déjà ; qu'il faille compléter, probablement non mais à la vérité, j'ai du mal …

MARC FAUVELLE
Il y a une qui a perdu aux législatives hier …

MARC FESNEAU
Oui j'ai vu Justine BENIN mais la question fondamentale, pardon de le dire comme ça, vous ne me croirez peut-être pas, ça n'est pas d'ajouter du chaos à un moment déjà qui est assez chaotique et donc que le MoDem soit représenté, nous aurons un groupe de 46, 48 éléments venant du Mouvement démocrate, ça c'est important mais en même temps, il semble que dans ce moment-là, tout le monde doit être responsable.

SALHIA BRAKHLIA
Mais vous dites ce matin qu'il y a pas de concurrence, il n'y a pas de jeux d'influence entre le MoDem et Horizons d'Edouard PHILIPPE pour justement influencer la majorité ?

MARC FESNEAU
Il y a toujours des jeux d'influence mais je ne pourrais pas faire un appel à la responsabilité comme je l'ai fait ce matin si je venais mettre sur la table, dire ce matin " je réclame mon dû ", ce n'est pas la question du dû. La question, c'est d'avoir une équation politique gouvernementale à l'Assemblée nationale qui fasse figurer ce que nous avions construit au travers d'Ensemble et qu'ils fassent plutôt un pacte majoritaire dans lequel le MoDem doit avoir toute sa place.

MARC FAUVELLE
Pour obtenir la majorité que vous appelez de vos voeux à l'Assemblée nationale, est-ce qu'Emmanuel Macron doit ouvrir le gouvernement à des personnalités de droite et de gauche ?

MARC FESNEAU
Sans doute, ce pourrait être un message mais au-delà de ça je pense qu'il faut le faire, il faut le faire avec une logique qui soit une logique de construction et pas forcément de logique de démarches individuelles.

MARC FAUVELLE
Où est la frontière entre les deux ?

MARC FESNEAU
Mais c'est dans cette frontière ténue qu'il faut essayer de trouver des choses, c'est-à-dire qu'il faut que ce soit des gens qui incarnent politiquement des choses, qui puissent être en interaction avec nos concitoyens et qu'ils puissent venir s'ajouter à l'équation gouvernementale telle qu'elle est construite aujourd'hui.

SALHIA BRAKHLIA
Marc FESNEAU sur un tout autre sujet parce que vous êtes ministre de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire avec l'épisode de canicule qu'on est en train de vivre, est-ce qu'il faut s'attendre à des pertes de rendement pour les agriculteurs ?

MARC FESNEAU
Alors en céréales probablement un peu mais pas autant parce qu'on arrivait déjà tard en saison puisque la récolte du blé, enfin des orges, déjà a commencé, le blé viendra ensuite. Sans doute au niveau européen, on va être à peu près à l'étiage qu'on avait prévu, donc pas d'inquiétude majeure sur des quantités. Après on a des épisodes de grêle et puis sur d'autres cultures, je pense aux prairies notamment, là pour le coup, on risque d'avoir un sujet qui est le sujet malheureusement récurrent en termes de sécheresse c'est des prairies et du fourrage qui manquent et sans doute de la paille qui manque cette année pour nourrir le bétail. Donc ça on va avoir un sujet plutôt élevage, on aura un sujet de baisse relative mais relative en céréales mais pas dramatique. La vérité, c'est que l'épisode de canicule qui est en train de se terminer, il vient conclure déjà un épisode de sécheresse assez durable sur un certain nombre de territoires, donc ce n'est pas un motif d'inquiétude mais ça va être un motif de pertes pour un certain nombre d'agriculteurs.

MARC FAUVELLE
Face à la multiplication de ces évènements climatiques, est-ce qu'il faut une forme de " quoi qu'il en coûte " pour les agriculteurs ?

MARC FESNEAU
Alors on l'a fait puisqu'il y a une un texte qui a été voté par l'Assemblée nationale, porté par Julien DENORMANDIE au mois de février.

MARC FAUVELLE
Votre prédécesseur.

MARC FESNEAU
Mon prédécesseur qui vise à mettre en place une assurance récolte avec 300 millions supplémentaires apportés par l'Etat ; j'y travaille d'ailleurs dès aujourd'hui pour faire en sorte de mieux garantir des aléas. La vérité, on a des aléas qui sont de plus en plus nombreux. Alors il y a deux méthodes : 1) de rendre les systèmes un peu plus résilients, c'est-à-dire d'essayer de protéger au maximum les cultures, par exemple sur la vigne, par exemple sur l'arboriculture, les systèmes anti-grêle, les systèmes antigel, des pratiques agricoles qui changent, d'avoir des systèmes de rotation qui permettent d'avoir des cultures qui sont plus résilientes, plus résistantes au fond, on manque d'eau ; c'est l'accès à l'eau aussi le sujet. On a besoin de l'accès à l'eau, il faut qu'on entende que sans eau, il n'y a pas d'agriculture, il suffit d'aller voir dans les pays où il n'y a pas d'eau. Donc on a besoin de façon apaisée de se dire il y a une ressource et puis, vous voyez bien qu'on a des éclats en plus, c'est-à-dire que la quantité d'eau qui tombe tous les ans est à peu près la même sauf que vous avez des éclats d'eau, j'étais l'autre jour dans les Yvelines, vous avez 150 millimètres en une heure, ce qui est un une pluie, ce n'est même pas tropical, je ne sais pas, c'est une pluie plutôt de type méditerranéen. Donc il faut qu'on régule tout ça et puis ça, c'est en amont et puis en aval, il faut avoir des systèmes assurantiels qui couvrent mieux les difficultés ou les risques des agriculteurs.

MARC FAUVELLE
Ça veut dire que vous êtes favorable par exemple à la création de bassins de rétention d'eau le plus souvent possible ? C'est un sujet qui oppose beaucoup certains agriculteurs aux écologistes en disant : l'eau, il faut la laisser couler et si on la bloque là, ce n'est pas une bonne idée pour la nature ?

MARC FESNEAU
Mais si on essayait dans ces sujets là …

MARC FAUVELLE
Je simplifie un peu mais …

MARC FESNEAU
Oui mais j'allais dire une phrase pour dire ça : il faut il faut essayer de ne pas simplifier ces sujets-là, ce n'est pas forcément des grandes étendues d'eau. Quand vous avez 150 millimètres d'eau au moment où il tombe pour aller jusqu'à l'embouchure de la Loire pour ce qui est de ma région, il faut à peine 8 jours. Donc c'est une eau qui ne va pas dans les nappes parce qu'il y a un trop d'eau, donc il faut regarder et c'est là qu'il faut y travailler sérieusement, tranquillement, si je peux dire les choses ainsi pour regarder quand on a trop d'eau, comment on peut en prélever une partie, pas tout, une partie pour après, au moment des périodes de disette en eau, faire en sorte qu'on puisse la retrouver en agriculture.

SALHIA BRAKHLIA
Toujours avec Marc FESNEAU, ministre de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire. Vous héritez d'un dossier complexe car les négociations entre les industriels et les grandes surfaces ont repris alors qu'elles s'étaient achevées en mars, les fournisseurs réclament jusqu'à 10% de hausse, est-ce que vous trouvez ça raisonnable ?

MARC FESNEAU
Dès lors que c'est étayé et éclairé par des chiffres précis et c'est d'ailleurs tout le travail que font les industriels avec la grande distribution.

MARC FESNEAU
Ça justifie ?

MARC FESNEAU
Ce n'est pas une question de raisonnable ou pas raisonnable, c'est est-ce que les industriels continuent de trouver un équilibre économique compte tenu des hausses qui sont par ailleurs en amont prises sur la matière première agricole, c'est la seule question qui se pose et d'ailleurs j'ai réuni, je réunis toutes les semaines un comité de suivi des négociations Egalim dans laquelle j'ai fait un appel à la responsabilité de tous. Pour les industriels de faire en sorte que les hausses de prix qu'ils souhaitent voir passer soient étayées par des chiffres, par des coûts parce que c'est la matière première, mais c'est aussi les emballages, c'est aussi le carburant, donc le transport, enfin bref tout ça…

SALHIA BRAKHLIA
Mais là comme tout augmente, ça va forcément augmenter.

MARC FESNEAU
Tout ça a un effet de boule de neige, mais croire qu'on peut, on a pris un certain nombre de mesures, on a on a l'inflation au niveau européen quasiment la plus basse, je crois avec Malte et je ne sais plus quel autre pays, donc on a plutôt modérée l'inflation. On a beaucoup de pays. On est à 8, 9, 10, 11% d'inflation.

MARC FAUVELLE
Grâce au bouclier tarifaire sur l'énergie.

MARC FESNEAU
Notamment sur le bouclier énergétique qui a été un élément puissant pour faire les choses.

MARC FAUVELLE
Mais on voit bien que les prix de l'alimentation sont en train de grignoter tout doucement…

MARC FESNEAU
Mais l'alimentation, mais vous voyez bien que si vous dites, je ne rémunère plus les agriculteurs, ou je ne rémunère plus les industriels, vous allez avoir un sujet de rupture.

SALHIA BRAKHLIA
Mais est-ce que vous dites distributeur il faut rogner sur vos marges ?

MARC FESNEAU
tout le travail, c'est de dire aux distributeurs là où ils peuvent faire leur part, l'Etat a fait sa part, c'est plusieurs dizaines de milliards d'euros qu'on a mis sur la table pour essayer de contenir cette inflation, vous l'avez dit sur le bouclier énergétique en particulier, que chacun puisse faire sa part dans la chaîne c'est un élément important, mais on ne peut pas se retrouver dans la situation où des agriculteurs, où des producteurs après avoir entendu beaucoup de discours sur le fait qu'il fallait qu'ils soient pas mieux rémunérés mais rémunéré tout court et se mettre dans la situation où des industriels ne puissent plus faire face aux charges qui sont les leurs. Donc c'est une responsabilité collective y compris de la grande distribution bien sûr.

MARC FAUVELLE
Ça veut dire Marc FESNEAU que le pic de l'inflation dans les rayons des supermarchés est encore devant nous.

MARC FESNEAU
Sans doute par effet de contamination que comme je viens de le dire, il y aura un chèque ou quelque chose qui ressemblera à un chèque inflation qui sera proposé dans le projet de loi pouvoir d'achat. On est sans doute, on peut espérer être au point quasiment culminant désormais mais on voit bien qu'on est sur des éléments qui sont structurellement un peu lourds puisque, emballage et énergie, c'est des éléments pour l'instant où on ne voit pas de détente en termes de coûts. Donc on est sur des éléments qui sont importants. Alors parfois il faut ramener ça au centime ou au demi-centime que ça peut produire sur chacun de nos concitoyens, c'est ça qu'il faut regarder.

MARC FAUVELLE
Sur le chèque alimentation les députés du Modem ont signé récemment une tribune pour demander qu'il soit réservé aux produits sains et aux produits non-cancérigènes, ce sera le cas quand il verra le jour ?

MARC FESNEAU
Alors d'abord le chèque alimentaire…

MARC FAUVELLE
Qu'est-ce que c'est qu'un produit sain aussi ?

MARC FESNEAU
Le chèque alimentaire pardon, le chèque alimentaire il viendra plutôt dans la partie, ça, ça a été très clairement dit par la Première ministre…

SALHIA BRAKHLIA
Beaucoup plus tard.

MARC FESNEAU
Dans la partie octobre-novembre, dans le projet de loi de finances. Là on est dans un chèque urgence inflation qui comprendrait évidemment les éléments alimentaires. Après moi je vais réunir tout le monde, il faut réunir les agriculteurs, les producteurs, il faut réunir les différentes filières, il faut réunir, parce que ceux qui disent que du végétal, d'autres disent que des produits sous la bonne qualité.

MARC FAUVELLE
Vous, vous dites quoi vous dites, est-ce que vous reprenez ce qu'ont dit vos collègues du MoDem, c'est votre parti Marc FESNEAU, sur uniquement des produits sains ?

MARC FESNEAU
Non mais c'est quoi…

MARC FAUVELLE
J'allais vous poser, une pomme oui, une pomme bio oui.

MARC FESNEAU
Oui une pomme aussi c'est sain. Moi j'aimerai bien qu'on rentre dans ce débat, alors c'est pour ça que moi j'ai pas une religion définitivement arrêtée parce qu'on ne peut pas à la fois dire qu'il faut écouter les partenaires, dire qu'il faut écouter l'ensemble des producteurs et décider comme ça urbi et orbi de ce que serait un produit sain ou pas sain. il y a aussi la question de son impact environnemental, c'est quand même intéressant de se poser la question de l'impact de tel ou tel produit dans le process, est-ce que c'est des produits transformés ou ce n'est pas les produits transformés et si c'est les produits transformés, c'est lesquels ?

MARC FAUVELLE
Vous votre souhait aujourd'hui, c'est quoi ?

MARC FESNEAU
Mon souhait, c'est qu'on en fasse, d'abord il faut revenir le chèque alimentaire, il est là pour permettre aux plus modestes d'accéder à une alimentation de qualité. 2e élément ça peut être un levier sur un certain nombre de filières par exemple sur les fruits et légumes. Mais les plus loin aujourd'hui et préempter un débat, je trouve que ça serait en tant que tel faire du mal au chèque alimentaire et donc préempter le débat sans qu'on en ait complètement les termes, quelle est la cible, quels sont les moyens et quel est le budget qui est alloué, je trouve que ça serait une erreur.

MARC FAUVELLE
Est-ce qu'on se trompe si on se dit que ce chèque ne verra jamais le jour, ça fait deux ans qu'il est en débat, il devait être dans la loi pour cette année, finalement MACRON nous dit 2023.

MARC FESNEAU
Non, non il verra le jour. J'ajoute, vous avez raison de dire dans le grand débat parce qu'il est le produit de la Convention citoyenne sur le climat. Le produit de la convention citoyenne sur le climat…

MARC FAUVELLE
Mais la convention elle a deux ans.

MARC FESNEAU
Oui mais comprenez que c'est assez complexe y compris techniquement.

MARC FAUVELLE
Je veux dire votre prédécesseur en deux ans n'a pas réussi à en définir les contenus.

MARC FESNEAU
On a travaillé depuis 2 ans sur le sujet mais reconnaissons que c'est un sujet complexe et que par ailleurs des événements complémentaires sont venus, il y a eu des éléments complémentaires dans l'intervalle. Donc il peut y avoir eu un peu de retard mais la volonté du gouvernement est bien celle-là. Mais rappelons que la Convention citoyenne, l'objet principal c'était la question de la lutte contre le changement climatique, c'était une des réponses du chèque alimentaire et donc il ne faut pas se départir non plus de cette idée-là. Donc c'est ça qu'il faut mettre sur la table et ça sera l'objet du travail que nous lançons dès cette semaine pour faire en sorte qu'on regarde quel type de produits, quels sont les contraintes au fond qu'on veut lui faire porter à ce chèque alimentaire. Et je suis sûr qu'on trouvera un chemin, il y a les associations de consommateurs.

SALHIA BRAKHLIA
Pardon mais quand vous entendez Michel-Edouard LECLERC dit, il faut impérativement que ce chèque alimentaire puisse être utilisé dans les grandes surfaces, vous vous dites non.

MARC FESNEAU
Je n'ai pas dit ça.

SALHIA BRAKHLIA
J'essaie de savoir.

MARC FESNEAU
Quand vous dites un produit de qualité, ce n'est pas…

SALHIA BRAKHLIA
Ça peut être aussi la grande surface.

MARC FESNEAU
Je vous assure que des légumes et des fruits de LECLERC…

MARC FAUVELLE
Donc ça peut être chez LECLERC, chez CARREFOUR ou chez AUCHAN mais ce sera. À tous les rayons.

MARC FESNEAU
Excusez-moi une tomate bio, elle est bio quel que soit l'endroit où elle est vendue.

MARC FAUVELLE
Oui mais une tomate bio qui vient de l'autre bout du monde, c'est bien.

MARC FESNEAU
Alors c'est un autre sujet, ça c'est une question de souveraineté, alors on pourrait en parler.

MARC FAUVELLE
Ça tombe bien vous avez les deux casquettes.

MARC FESNEAU
C'est une question de souveraineté et ça c'est la question de retrouver notre souveraineté sur les fruits et légumes, plus de la moitié de nos fruits et légumes sont importés. On a un sujet, ça veut dire qu'on a eu une politique depuis des dizaines d'années on a mis de la contrainte sur les producteurs, résultat des courses tout vient de l'extérieur, la moitié vient de l'extérieur, donc ça c'est un problème. Mais la question c'est bio ou pas bio, c'est fruits et légumes, pas fruits et légumes, c'est quel type de produits carnés, c'est ça qui compte et les modèles agricoles qu'on défend en travers de ça. Mais par pitié n'opposons pas à la grande distribution, il y a aussi des gens qui sont des maraîchers, il faut qu'on voit si évidemment ceux-là aussi peuvent en bénéficier, ce qu'on appelle les circuits courts. La question c'est l'alimentation pas le lieu de distribution.

MARC FAUVELLE
Merci à vous, Marc FESNEAU, ministre de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire. Le remaniement c'est pour quand ?

MARC FESNEAU
C'est dans les mains du président de la République donc je ne fais jamais cet exercice-là ni publiquement, ni en privé d'ailleurs.

MARC FAUVELLE
Merci, bonne journée à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 juin 2022