Interview de Mme Sibeth Ndiaye, secrétaire d’État, porte-parole du Gouvernement, à CNews le 11 avril 2019, sur les suites réservées au Grand débat national, le Brexit et les possibles gisements d'économies budgétaires.

Texte intégral

CLELIE MATHIAS
C'est sa première matinale, et elle a choisi Cnews, face à Jean-Pierre ELKABBACH. Sibeth NDIAYE, porte-parole du gouvernement, est l'invitée de la matinale.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pour cette première avec nous, soyez la très bienvenue.

SIBETH NDIAYE
Bonjour, merci.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bonjour Sibeth NDIAYE. Le Grand débat c'est fini. C'est fini. Ça a été long, beaucoup de gens y ont participé, avec passion, avec intérêt, etc. Jusqu'ici, le calendrier prévu par Emmanuel MACRON a été respecté. Pour ses annonces, il avait prévu le 15 avril, lundi. Est-ce qu'il sera au rendez-vous ou encore il va jouer sur nos nerfs.

SIBETH NDIAYE
Alors, je ne sais pas, vous avez sans doute eu une information dont moi je ne disposais pas, je ne crois pas qu'il ait annoncé la date du 15 avril. En revanche, ce qui était prévu, c'est que dès lors que les contributions seraient terminées, au 15 mars, on aurait à peu près un mois avant de réaliser la restitution.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Nous y sommes.

SIBETH NDIAYE
Exactement, on est dans ce moment de restitution, qui est un moment important, parce que c'est important de comprendre ce que les Français nous ont dit, de l'entendre, de le digérer en quelque sorte, dès lors que cela sera fait, et nous y avons consacré beaucoup de temps cette semaine…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais donc il est en train de digérer.

SIBETH NDIAYE
Oui, je pense qu'il y a…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Parce que, ce que l'on attend, ce sont les décisions, les premières décisions.

SIBETH NDIAYE
Bien sûr. Moi je comprends l'impatience des Français, après la crise des Gilets jaunes que l'on a connue, après ce Grand débat qui a été un succès, c'est normal qu'il y ait cette attente. Et le président de la République y répondra dans les jours à venir.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dans les jours à venir, c'est-à-dire c'est imminent.

SIBETH NDIAYE
Dans les jours à venir. Ça ne m'appartient pas de dévoiler ni l'heure, ni le lieu, ni le moment.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais, est-ce que ça veut dire que c'est avant mercredi, par exemple ?

SIBETH NDIAYE
Ah ah ah ! Il ne m'appartient pas…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ah non non, on veut savoir !

SIBETH NDIAYE
Non, il ne m'appartient pas de le dévoiler, je ne suis plus conseillère du président de la République, il faut lui demander, à lui et à ses conseillers.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais enfin, vous le voyez plus souvent que nous.

SIBETH NDIAYE
Certes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous pensez qu'il est en état, qu'il a la force et l'envie encore de surprendre, comme il faisait peut-être avant, ou il ne peut plus ?

SIBETH NDIAYE
Je pense que la politique ça n'est pas que de la surprise, la politique c'est une manière de penser le moment, c'est une manière de réaliser des constats sur ce qu'est notre pays, de réfléchir à ce qui est le mieux pour notre pays et je crois que le président de la République a été, non seulement attentif à ce que les Français nous ont dit, et qu'il a depuis plusieurs semaines travaillé avec l'ensemble du gouvernement pour proposer des solutions qui seront innovantes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Quand j'ai parlé de surprise, c'est de surprise sur le fond. Vous dites « de solutions innovantes », qu'est-ce que ça veut dire ? Innovantes de quelle manière ? Est-ce qu'il va s'adresser aux millions, quelques millions, qui ont signé les cahiers de doléances, qui sont intervenus dans le Grand débat, ou au contraire à l'ensemble des Français, Gilets jaunes et tous ceux qui n'y ont pas participé, qui l'attendent au tournant ?

SIBETH NDIAYE
Le président de la République, il est président de tous les Français, donc lorsqu'il propose des solutions, c'est des solutions qui résultent de compromis, parce qu'il l'a dit lui-même il y a quelques semaines en Bretagne, les réponses à ce grand débat, ce ne seront pas des réponses à 66 millions de demandes. Ce qui fait nation, ce qui fait à un moment donné que nous nous tenons debout ensemble, c'est notre capacité à réaliser des compromis. Et donc le chef de l'Etat, lorsqu'il aura l'occasion de faire des annonces à la sortie de ce Grand débat, tiendra compte, à la fois des aspirations des Français, mais aussi des difficultés qui sont celles de notre pays.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, tout ça c'est bien, c'est normal de la part de la porte-parole. Est-ce que c'est une stratégie en infos : on donne les premières décisions, d'un coup, ou alors on donne des décisions et ensuite on y va par étapes sur une perspective de durée moyenne ?

SIBETH NDIAYE
Eh bien, dès lors que la sortie de ce Grand débat ne peut pas se résumer à quelques mesures symboliques, et qu'il s'agit vraiment de changer le cadre de notre projet national, de toute évidence ces réponses s'étaleront dans le temps. Le président de la République aura à fixer un cap, aura à fixer une stratégie, sans doute à faire peut-être des annonces plus précises, je ne le sais pas, cela lui appartient, et ensuite les ministres auront à décliner les choses dans le temps.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que la réponse aura une couleur, une dimension sociale ?

SIBETH NDIAYE
Vous savez, moi je considère que depuis le début de ce quinquennat on a toujours fait du social, on a toujours été aligné…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça ne s'est pas tellement vu.

SIBETH NDIAYE
Ah ben je pense que, peut-être…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Parmi les critiques.

SIBETH NDIAYE
Peut-être qu'on aurait dû mieux l'expliquer, peut-être qu'on aurait dû mieux le faire voir, il y a sans doute des choses qui ont été mal faites, mais ce qui est certain, c'est que le début de ce quinquennat, et jusqu'à maintenant, a toujours été animé par un objectif de justice sociale.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc il faudra le montrer peut-être davantage. Est-ce que c'est vrai qu'il hésite ? Parce que vous dites : il y traîne, il peut encore dans l'attente, et nous dans l'attente de quelques jours, c'est qu'il ne sait pas exactement les grandes décisions qu'il va annoncer.

SIBETH NDIAYE
Ah si, je pense que les choses sont assez claires dans son esprit désormais. Il y a eu depuis plusieurs semaines en Conseil des ministres des discussions sur la sortie du Grand débat, qui ont permis à chacun des ministres de faire un certain nombre de propositions. Ces propositions elles doivent être…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non mais les siennes. Ce qui nous intéresse, ce ne sont plus seulement les propositions, les réponses.

SIBETH NDIAYE
Le président de la République, il travaille avec une équipe. Cette équipe de ministres, avec le chef du gouvernement et le Premier ministre, lui fait des propositions, et ensuite, lui, il a des arbitrages à réaliser. Ces arbitrages, ils sont en cours de finalisation, dès lors qu'ils seront pris il pourra s'exprimer devant les Français.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais, est-ce que vous qui l'avez accompagné depuis des années, et qui avez été à l'Elysée, qui êtes maintenant de l'autre côté mais qui le voyez à la sortie du Conseil des ministres, pendant le Conseil des ministres, vous pensez qu'il y a une conscience de l'enjeu ? Est-ce que l'on va avoir d'ici à 2022, trois années pépère, tranquilles, où on ne bouge plus, ou au contraire il a conscience que c'est son quinquennat qui se joue, là, aussi ?

SIBETH NDIAYE
Vous savez, je crois qu'Emmanuel MACRON, on ne peut pas exactement dire que c'est quelqu'un de pépère, et donc oui, il a une conscience aiguë de ce que les Français nous ont dit, il a une conscience aiguë des demandes très fortes qui se sont exprimées…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous l'avez vu évoluer à partir de ce qu'il entendait, des débats auxquels il participait ?

SIBETH NDIAYE
Je dirais que je l'ai vu évoluer depuis le début du quinquennat, parce que c'est quelqu'un qui je crois s'est empreint de beaucoup de gravité, sans doute une gravité qu'il n'avait pas forcément au début du quinquennat, et donc j'ai l'intime conviction qu'il a entendu, j'allais dire même presque absorbé, ce que les Français ont dit à travers la crise des Gilets jaunes et ce Grand débat national.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Hier, vous étiez au Sénat dans l'hémicycle et aux côtés du gouvernement et surtout du Premier ministre, et vous avez peut-être entendu, vous avez probablement entendu…

SIBETH NDIAYE
J'étais très attentive.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
... Bruno RETAILLEAU s'adresser directement à Emmanuel MACRON, à travers Edouard PHILIPPE. On l'écoute cette phrase.

BRUNO RETAILLEAU, SENATEUR DE VENDEE, PRESIDENT DU GROUPE LR AU SENAT ET PRESIDENT DE FORCE REPUBLICAINE
Je pense que les Français en ont marre des subtilités, des habilités, des ruses, du « en même temps », d'une pensée complexe. Ce que veulent les Français, ça n'est pas une complexité, c'est la clarté vis-à-vis d'une vision de l'avenir. Fermez vite le Grand débat, pour ouvrir, ouvrir un vrai chemin. Le vrai chemin de l'espérance pour la France c'est celui de la vérité pour tous les Français.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il va dire la vérité ?

SIBETH NDIAYE
Ah, c'est une évidence. Je crois même qu'on lui a souvent reproché son franc-parler.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais là cette période de mensonges, de menteurs, etc., est-ce que vous, porte-parole maintenant, vous direz toute la vérité ?

SIBETH NDIAYE
Mais j'ai toujours dit toute la vérité.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On a l'impression que vous la cachiez un peu, vous la masquiez, vous l'habilliez.

SIBETH NDIAYE
Non, pas du tout, j'ai toujours dit toute la vérité. Si vous faites référence à cette polémique insidieuse qui a pris corps au moment où j'ai été nommée, je m'en suis déjà expliquée, et j'ai expliqué que c'était des propos qui avaient été tenus dans un cadre bien particulier et qui visaient à protéger la vie privée du président de la République.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que la forme de l'intervention est choisie ? Est-ce que ça va être une déclaration solennelle, « Français, Françaises », une conversation, ou de la Presse écrite, ou la radio, ou la télé ? Est-ce que vous le savez ?

SIBETH NDIAYE
Eh bien ça n'est pas à moi de vous le dire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bon. Mais est-ce que vous lui avez donné un conseil ?

SIBETH NDIAYE
Oui, bien sûr, parce que jusqu'à il n'y a pas très longtemps j'étais sa conseillère et donc nécessairement j'étais payée pour le donner des conseils.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et qu'est-ce que vous lui avez donné comme conseil ?

SIBETH NDIAYE
Ça, ça m'appartient.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ah oui. Alors ce n'est pas très bien, puisque vous dites : je vais dire la vérité.

SIBETH NDIAYE
Eh bien oui, bien sûr, mais moi j'ai toujours considéré que quand on conseillait un homme ou une femme politique, eh bien en fait les choses qu'on se disait, elles devaient rester entre nous. Je ne suis pas du style à écrire des bouquins après avoir côtoyé un homme ou une femme politique.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais attendez, vous êtes encore, depuis plus longtemps avec eux, on verra dans la suite. Alors maintenant, un certain nombre de sujets. Cette nuit, cette longue nuit à Bruxelles, on a vu les des négociations au cours du Sommet européen, ça a duré, je crois que ça s'est terminé vers 02h00 ou 03h00 du matin, et il y a un compromis, un nouveau sursis accordé à Theresa MAY, de 6 mois, jusqu'au 31 octobre. Qu'est-ce que vous avez à dire, porte-parole du gouvernement là-dessus ?

SIBETH NDIAYE
Je pense qu'on a un compromis qui est un bon compromis, un certain nombre de pays européens souhaitaient une extension qui était beaucoup plus longue, quasiment d'un an, c'était ce qu'on entendait dans les couloirs bruxellois.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça c'était les Allemands aussi …

SIBETH NDIAYE
C'était dans les couloirs bruxellois.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
... Donald TUSK.

SIBETH NDIAYE
Je crois qu'il ne s'agit pas de savoir si on est conciliant ou pas, il s'agit d'avoir un certain nombre de principes. Le premier principe, c'est le respect de la volonté du peuple britannique. On a un peuple qui a fait un référendum, qui a dit quelque chose dans ce référendum, en disant qu'il voulait quitter l'Union européenne, et il serait hallucinant de ne pas respecter la volonté de ce peuple.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais on est dans une situation hallucinante. C'est eux qui doivent décider, qui ne l'ont pas décidé.

SIBETH NDIAYE
Mais bien sûr, et c'est pour ça que j'en viens au deuxième pilier de l'action de la France, c'est de considérer que, évidemment les Britanniques resteront nos alliés, évidemment le Royaume-Uni restera une puissance alliée de la France, néanmoins on ne va pas résoudre à leur place leurs problèmes. On se protège, on s'assure qu'en cas de Brexit, éventuellement dur, nous sommes en capacité d'y résister, mais c'est aux Britanniques de régler leurs problèmes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le Brexit sans accord c'est fini, ça devait être demain, donc on lui a donné un sursis.

SIBETH NDIAYE
Mais il n'est pas impossible que nous ayons à nouveau un Brexit sans accord. On a donné un sursis…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Quoi ? Mais dans quelles conditions ? Dans quelles circonstances ?

SIBETH NDIAYE
Mais ça c'est aux britanniques de le dire. On leur a donné la possibilité, dès lors que Theresa MAY a évolué et donc est allée, a tendu la main à son opposition, aux travaillistes et à Jeremy CORBYN, dès ce moment-là il y a une chose nouvelle qui s'est passée, et donc ce sursis s'explique de cette manière-là.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, on leur a donné jusqu'au 31 octobre…

SIBETH NDIAYE
C'est jusqu'au 31 octobre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais on a dit aussi à Theresa MAY que si elle trouve une solution, avant, elle peut partir avec un accord.

SIBETH NDIAYE
De toute évidence, si on peut trouver une solution avant…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On est d'accord. On entend le président de la République, il devait être 02h00, 03h00 du matin.

EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
Il y avait des sensibilités différentes, et c'est normal, et donc une discussion qui a pris du temps, mais qui nous a permis d'aboutir à un compromis, dont la première chose est que, comme depuis le début de ces discussions sur le Brexit, nous avons préservé l'unité des 27. Est-ce que les Britanniques veulent organiser des élections européennes ? Ça a un caractère un peu baroque d'aller expliquer, 3 ans après un vote qui consiste à dire « on veut quitter l'Europe, on va participer aux européennes », c'est une décision qui leur appartient.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ils risquent en effet, les Britanniques, de participer aux élections européennes et d'aller renforcer les europhobes dans le Parlement européen, et peut-être de bloquer le fonctionnement du Parlement ?

SIBETH NDIAYE
Je ne vous cache pas que ça n'est pas notre choix premier, que les Britanniques participent aux élections européennes. Ils ont une responsabilité, charge à eux d'essayer au maximum de résoudre leurs problèmes. Pourquoi est-ce que la date du 31 octobre, qui a été finalement choisie, est une date importante ? Parce que le 1er novembre c'est la nouvelle Commission qui se mettra en route, et donc il est important que la date butoir soit au 31 octobre, parce que les Britanniques n'ont pas à participer à cette nouvelle Commission qui se mettra en place.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et en plus il faut ajouter que les Français vont perdre 5 sièges, on en avait 74, on en a 74, on devait en avoir 79 et dans ces cas-là il y aura 5 de moins. Tout à l'heure, ce n'est pas parce que j'ai l'esprit d'escalier, mais vous avez dit : « Moi je ne fais pas partie de ceux qui écrivent des livres, tout de suite après ou pendant » Est-ce que c'est une manière de juger vos amis Ismaël EMELIEN et Daniel (sic)…

SIBETH NDIAYE
Je pense que...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors qu'ils sont presque dedans, qu'ils venaient de sortir, qu'ils ont publié un livre, peut-être, disent-ils, pour l'avenir.

SIBETH NDIAYE
Ils ont publié un livre, qui n'était pas un livre qui racontait l'intérieur du quinquennat. Quand je vous disais…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça sera la deuxième étape.

SIBETH NDIAYE
Quand je vous disais : « moi je ne parle pas des des colloques singuliers que j'ai avec le président de la République », c'était pour vous dire que je ne suis pas du style à raconter nos conversations. En l'occurrence, le livre d'Ismaël EMELIEN et de David AMIEL, a vocation à être un livre qui pose une idéologie, qui dit ce qui est finalement le progressisme, et je crois qu'ils ont réussi un très bel ouvrage.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Les ONG, vous avez dit « je dirais de la vérité ».

SIBETH NDIAYE
Oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y a un problème, une polémique apportée des ONG. « Elles sont sincères », dit maintenant Christophe CASTANER, embarrassé, mais certaines d'entre elles ont ou auraient des complicités objectives, des alliances objectives ou une interaction, dit Christophe CASTANER, avec les trafiquants, passeurs de migrants. Qu'est-ce qu'il faut comprendre ? Est-ce que vous vous pensez qu'il faut une commission d'enquête nationale comme le demande le Rassemblement de madame LE PEN ?

SIBETH NDIAYE
Je crois qu'il y a une instrumentalisation. Il y a une instrumentalisation à laquelle le FN nous a habitués, et donc, ce qui est important de faire c'est de revenir sur les faits. Le ministre de l'Intérieur a dit dès le départ qu'il saluait le courage des ONG qui font un travail incroyable en mer Méditerranée.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce qui est intéressant c'est le « cependant ».

SIBETH NDIAYE
« Cependant », c'est-à-dire ?

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ou le pourtant. Il y a des ONG qui font leur travail mais il y en a quand même quelques-unes qui avaient des contacts directs avec les passeurs.

SIBETH NDIAYE
Oui, bien sûr, il y a eu des rapports…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il n'est pas le premier à le dire, Gérard COLLOMB l'avait dit…

SIBETH NDIAYE
Bien sûr.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'autres l'avaient dit, qui étaient même de votre tendance.

SIBETH NDIAYE
Bien sûr. Il y a eu des rapports de l'agence FRONTEX, qui ont expliqué, qui ont démontré qu'un certain nombre d'ONG avaient des relations qui pouvaient, avaient des relations avec les passeurs, et que ces relations étaient des relations qui étaient troubles, c'est d'ailleurs à la suite de ces rapports qu'on a mis en place une charte de bonne conduite en Méditerranée.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
FRONTEX est en train de démentir.

SIBETH NDIAYE
FRONTEX est en train de démentir ? Eh bien écoutez, je n'étais pas au courant. En tout cas, ce que je sais, c'est que le ministre de l'Intérieur a fait état de deux rapports, il l'a redit d'ailleurs à l'Assemblée nationale, deux rapports qui laissaient à penser que justement il y avait eu des interactions qui n'étaient pas de bonnes interactions avec les passeurs.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le président de la République va resituer la France dans le monde, la France dans l'Europe, il a commencé à le faire, dans une Europe qui est mal vue, je suppose améliorer le pouvoir de vivre comme dit Laurent BERGER, c'est-à-dire la santé, les transports, tous les sujets, la fiscalité mais pas seulement la fiscalité. Je vous poserai une ou deux questions là-dessus, former pour l'avenir, mais avec quel argent ? Puisqu'on dit que l'Etat est fauché et endetté.

SIBETH NDIAYE
On a une croissance qui s'établit parmi les croissances les meilleures de la zone euro, donc on a des fondamentaux économiques qui sont plus solides qu'il y a quelques années. On a mené un certain nombre de transformations sur le marché du travail, dans le secteur économique, qui font que…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc il y a des moyens d'aller encore plus loin que les 10 milliards du 10 décembre.

SIBETH NDIAYE
Alors, à chaque fois qu'on doit faire des dépenses, vous savez, nous on est de bons gestionnaires. Donc quand on doit faire…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Des économies.

SIBETH NDIAYE
Quand on doit faire des dépenses, eh bien il faut à un moment donné réaliser des économies.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Sur quoi ?

SIBETH NDIAYE
Ça veut dire qu'il faut décider d'une stratégie et décider de ce que sont nos priorités, c'est d'ailleurs ce que nous avons fait au début de ce quinquennat, en mettant la priorité à la fois sur un certain nombre de sujets régaliens, la défense, la justice, mais aussi sur l'école.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais j'entends, et dans les cahiers de doléances, on dit « faites des économies sur le logement et surtout sur la Défense », est-ce qu'on peut imaginer qu'on fasse des économies sur la dissuasion nucléaire par exemple ?

SIBETH NDIAYE
Non, je ne crois pas, parce que la dissuasion nucléaire est un élément important de notre souveraineté et de notre capacité à agir dans le monde. Et d'ailleurs le Premier ministre l'a dit : il n'est pas question pour nous de diminuer l'effort en matière de défense.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc c'est intouchable en ce qui concerne les sous-marins.

SIBETH NDIAYE
Mais je crois qu'on est dans un monde aujourd'hui, qui est un monde qui est un monde dangereux, et dans ce monde dangereux avec le terrorisme, on a besoin d'une armée du quotidien, on a besoin d'une armée de la dissuasion, et on a aussi besoin d'une armée du futur. Le président de la République, il y a quelques semaines, était à Bruz en Bretagne, dans un centre qui organise la cyberdéfense.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les économies, il y a tellement de niches fiscales, pourquoi, et puis ça a l'air d'être un trésor, pourquoi, et beaucoup de milliards, pourquoi ne pas s'attaquer à celles qui ressemblent à des privilèges ?

SIBETH NDIAYE
Eh bien vous savez, il y a différents types de niches fiscales. Quand vous avez une nounou qui s'occupe de vos enfants…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pas les services à domicile, il y en a d'autres.

SIBETH NDIAYE
Il y a d'autres niches fiscales, effectivement…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais, est-ce qu'on ne peut pas les accorder en fonction des ressources ou des revenus ?

SIBETH NDIAYE
Il y a effectivement des questions qui se posent. Le ministre de l'Action et des Comptes publics a d'ailleurs dans une interview récente posé cette question-là, il appartiendra au président de la République, au moment de son intervention, d'expliciter ce que seront ses choix.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous pensez que ça peut bouger, là.

SIBETH NDIAYE
Ah, moi je n'ai pas... j'ai à reporter la parole du président de la République en la matière.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le Premier ministre, qui est aussi votre patron, hier disait, Edouard PHILIPPE au Sénat : « Les Français ne sont pas contre l'impôt, mais contre l'augmentation constante des impôts qui frappe surtout les classes moyennes et populaires ». Est-ce que cette fois elles seront concernées ? Je veux dire d'abord épargnées et qu'on tiendra compte de leurs revendications ?

SIBETH NDIAYE
Eh bien on a entendu, je crois de manière très claire…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais, est-ce que vous allez les entendre ?

SIBETH NDIAYE
On a entendu déjà, de manière très très claire, l'aspiration à une moindre pression fiscale de la part de nos concitoyens, en particulier ceux qui sont dans les classes moyennes, et donc depuis le début de ce quinquennat, qu'est ce que nous avons fait ? Nous avons diminué la taxe d'habitation, elle va être, elle va complètement disparaître à l'horizon de la fin du quinquennat, et d'ailleurs pour l'ensemble des Français, mais en particulier pour les classes moyennes, et c'est déjà un signal très fort que nous avons envoyé à ces Français pour leur dire qu'on devait diminuer la pression fiscale.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Emmanuel MACRON tient au respect de la parité, dans le gouvernement, dans le parti En Marche, dans les entreprises etc. Pourquoi il n'y a pas de parité à l'Elysée ?

SIBETH NDIAYE
Ah, alors je ne sais pas si…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A moins que madame Brigitte MACRON face à elle seule la parité.

SIBETH NDIAYE
Non non non non, je ne sais pas si je suis une bonne, la bonne personne pour en parler, parce que chez moi la parité dans mon cabinet elle s'est traduite par le fait qu'il n'y a que des femmes, donc…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non mais lui, je parle du président.

SIBETH NDIAYE
Alors, le président de la République, je vais vous faire une confidence, Jean-Pierre ELKABBACH, a hier en Conseil des ministres, le président de la République s'est ému du fait que dans les nominations, vous savez, chaque semaine en Conseil des ministres on fait des nominations dans les hautes fonctions de l'Etat, et il s'est ému du fait qu'il y ait une très large majorité d'hommes qui depuis le début de l'année aient été nommés, et il a en quelque sorte admonesté les ministres pour que désormais il y ait une majorité de femmes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et devant vous il a fait une auto admonestation pour qu'à l'Elysée, avec ceux qui vont vous remplacer, parce qu'il y a 17 ex-candidats qui sont partis, etc., avec des promotions dans certains cas, vont être remplacés et il y aura donc peut-être la parité. Est-ce que vos prédécesseurs vous on dit que les fonctions de porte-parole ça grille quelqu'un assez vite ? Toutes les exceptions... il n'y a qu'une exception d'ailleurs, il n'y a qu'une exception, Nicolas SARKOZY, il est devenu président de la République.

SIBETH NDIAYE
Ah, alors, je ne sais pas quel sera mon avenir, ce dont je suis certaine, c'est que je fais ce que je fais avec beaucoup de passion et beaucoup d'engagement, et aujourd'hui c'est ce qui compte.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais c'est une mission ingrate.

SIBETH NDIAYE
C'est une mission importante je pense.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ingrate. Il faut dire toujours que le gouvernement a raison, quelles que soient les circonstances, et même quand il a tort.

SIBETH NDIAYE
Non, je ne crois pas du tout, parce que vous avez déjà eu l'occasion de l'entendre, d'ailleurs, de la bouche même du Premier ministre, qui a déjà indiqué, ou du président de la République, qui a déjà indiqué qu'on avait pu réaliser des erreurs. Moi je crois profondément qu'en politique il faut de la sincérité et donc quand on fait bien les choses, il ne faut pas hésiter à le dire, parce que ce n'est pas nos adversaires qu'ils diront, en revanche quand il y a des choses positives, eh bien on ne s'en prive pas.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien. Mais est-ce que vous saurez reconnaître par exemple que vous adversaires ont une très bonne idée, que vous avez fait, enfin vous et le gouvernement, des gaffes ?

SIBETH NDIAYE
Ah, moi je n'ai absolument aucune difficulté à reconnaître quand il y a des erreurs qui ont été commises et quand il y a des choses positives qui viennent de l'autre camp. D'ailleurs c'est consubstantiellement ce qu'on a créé avec En Marche, des gens qui venaient d'horizons différents et qui étaient capables de dire, ensemble, qu'il avait le même projet.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous avez le trac, dans les fonctions nouvelles que vous avez ?

SIBETH NDIAYE
Tout le temps. J'ai tout le temps la boule au ventre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ah oui ?

SIBETH NDIAYE
En ce moment même !

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous savez, elle ne part pas la boule au vendre, quelles que soient les années et l'expérience. Vous vous dites qu'à un moment ça se calmera où vous l'aurez toujours ou à un moment vous direz : ça y est, ça va, c'est la routine, je suis tranquille ?

SIBETH NDIAYE
Ah non, le jour où c'est la routine, je m'en vais.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ah oui. Dans Libération d'aujourd'hui il y a votre portrait.

SIBETH NDIAYE
Que je n'ai pas lu.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il est en train de raconter votre mutation, je vais vous le dire, la mutation en cours. Vous étiez verrouilleuse, écrit le redoutable journaliste Luc LE VAILLANT, qui est complètement attendri, pour ne pas dire charmé. Il dit : maintenant vous voilà chargée des portes ouvertes, ou d'ouvrir les portes.

SIBETH NDIAYE
Oui, ce sont deux fonctions qui sont différentes, deux missions qui sont différentes. Il y en a une qui s'exerce au service d'un homme, le président de la République, et d'une institution, la présidence de la République, que vous devez protéger, vous devez évidemment raconter ce qui s'y fait mais vous devez aussi et surtout la protéger. Dans les fonctions de porte-parole du gouvernement, vous avez une interaction directe avec les Français, sans doute avec beaucoup plus d'ouverture.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qu'est-ce que vous pensez pouvoir apporter, vous ?

SIBETH NDIAYE
Je pense que je peux apporter, à la fois une manière de voir la politique avec une forme de détachement, parce que je ne considère pas que je suis une professionnelle de la politique…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, il y a un apprentissage.

SIBETH NDIAYE
Je suis une professionnelle en politique, parce que je suis une professionnelle de ce que je fais, je pense que je peux apporter un regard qui est un peu différent.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je ne sais pas si vous avez regardé le débat intéressant de Cnews et Europe 1 hier…

SIBETH NDIAYE
Malheureusement non, j'étais avec des militants de…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Eh bien je vais vous dire, ils ont organisé un débat avec les chefs des 8 partis ou leurs représentants, sur les questions de la France dans l'Europe, de l'Europe et la France elle-même, il y avait des échanges vifs, pittoresques, toujours animés. Stanislas GUERINI était un peu la victime ou la cible, tout le monde lui a tapé dessus, mais il représentait qui vous savez. Et à un moment donné, parmi les questions les plus applaudies, par un public qui ne devait pas applaudir, donc ça veut dire que ça l'a touché, ça portait sur l'identité et le sentiment d'appartenance à la France, et on leur a demandé : qu'est-ce que c'est Français ? Qu'est-ce que c'est être Français, pour vous ?

SIBETH NDIAYE
Pour moi, être Française, ça a d'abord été un choix, parce que j'ai été naturalisée, et quand vous êtes naturalisée, c'est une démarche…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y a 3 ans.

SIBETH NDIAYE
Il y a 3 ans exactement, c'est une démarche que vous faites ; Quelque part je m'étais toujours sentie française, en tout cas depuis le moment où je vis en France, il y a maintenant près de 20 ans, parce que j'ai toujours partagé ce qu'étaient les valeurs fondamentales de ce pays, j'ai toujours vibré sur le liberté, égalité, fraternité, et j'ai toujours considéré que j'étais quelque part détentrice d'une double culture, à la fois la culture de la France, mais aussi la culture de mon pays d'origine.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous dites : j'ai deux amours.

SIBETH NDIAYE
J'ai deux cœurs qui battent à l'unisson, celui de la France et celui du Sénégal.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci d'être venue.

SIBETH NDIAYE
Merci à vous.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y aura d'autres rencontres probablement, et demain je recevrai ici Laurent BERGER, le numéro 1 de la CFDT, réformateur inventif et j'ai envie de dire, fatiguant à force d'être un infatigable. Bonne journée.

SIBETH NDIAYE
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 avril 2019