Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, à France Inter le 27 juillet 2022, sur les mesures en faveur du pouvoir d'achat et le débat à l'Assemblée nationale .

Texte intégral


JEROME CADET
Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Jérôme CADET.

JEROME CADET
Ministre de l'Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique. Merci d'être avec nous ce matin. Après une courte nuit, l'Assemblée nationale a donc adopté le budget rectificatif pour 2022 cette nuit, vos mesures pour le pouvoir d'achat, celles que la majorité a validées, celles qui ont été refusées, la crise de l'énergie, les craintes pour la croissance, sur tous ces sujets les auditeurs d'Inter vous questionnent, vous interpellent, au 01 45 24 7000, via l'application France Inter ou via franceinter.fr. Bruno LE MAIRE, le paquet pouvoir d'achat était censé être un premier texte peut-être plus consensuel que les suivants, il a été voté mais après des débats très vifs, vous dites quoi ce matin, cinq ans comme ça, ça va être long ?

BRUNO LE MAIRE
Non, pas du tout, je me dis que la nuit a été courte surtout, mais c'est une bonne nuit parce que ça se solde par une vraie avancée pour les Français, le projet de loi de finances rectificative qui vient d'être adopté hier, à une large majorité, c'est des retraites revalorisées à 5,1%, c'est des mesures pour tous ceux qui travaillent, la monétisation des RTT, le déplafonnement des heures supplémentaires, c'est des avancées sur le fuel, pour tous ceux qui se chauffent au fuel, c'est de l'essence avec une remise de 30 centimes d'euro à partir du 1er octobre, donc c'est un texte qui améliore considérablement la vie des Français, qui va leur permettre de mieux résister à l'inflation. Et puis c'est aussi une vraie victoire pour la majorité. Le texte a été adopté à une très large majorité, 293 voix pour, nous avons élargi la majorité actuelle, avec 54 députés les Républicains qui ont voté pour ce texte pouvoir d'achat, je tiens à remercier les députés les Républicains qui ont voté ce texte, 54 députés, et nous avons, ce qui était peut-être le plus important pour moi, nous avons tenu notre ligne politique, et je crois que c'est très important pour tous ceux qui nous écoutent, quand nous étions rentrés dans le débat j'avais indiqué qu'il fallait valoriser le travail, nous l'avons fait, qu'il ne fallait pas augmenter les impôts mais les baisser, nous l'avons fait, et qu'il fallait sortir de ce texte sans avoir lâché sur la dépense publique, parce qu'on peut avoir d'autres crises devant nous et qu'on sera bien content d'avoir de l'argent de côté, nous avions un paquet à 20 milliards d'euros, nous avons dépassé l'enveloppe…

JEROME CADET
On est à 500 millions au-dessus.

BRUNO LE MAIRE
350 très précisément.

JEROME CADET
350 millions.

BRUNO LE MAIRE
Donc on a rajouté 350 millions d'euros, donc nous sommes restés dans l'enveloppe budgétaire, ce qui est un signe de la responsabilité budgétaire de cette majorité qui a été solide, qui a été unie, pendant tous ces débats.

JEROME CADET
Sur la majorité, les Républicains ont donc voté le texte, le Rassemblement national n'a pas pris part au vote, l'alliance de gauche, la NUPES, a voté contre, vous inscrivez les Républicains dans la majorité ad vitam aeternam j'ai l'impression, Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Non, pas ad vitam…

JEROME CADET
C'était une majorité sur un texte.

BRUNO LE MAIRE
Pas de vitam aeternam, c'est une majorité sur un texte, on sait très bien qu'il faudra construire à nouveau les majorités, mais, vous savez, un texte de loi de finances ce n'est pas n'importe quel texte, c'est des textes législatifs qui ont un poids particulier, loi de finances, ou loi de finances rectificative, et en fait nous nous sommes retrouvés sur des principes fondamentaux, tenir les dépenses publiques, valoriser le travail, protéger l'ensemble de nos compatriotes qui travaillent et qui ont du mal à se déplacer parce que l'essence est trop chère, sur tous ces éléments-là nous nous sommes retrouvés. Et puis nous avons fait des compromis, quand on nous a dit par exemple votre dispositif sur l'essence il faut qu'il puisse concerner les retraités, il faut qu'il touche tous les Français, eh bien nous avons accepté cette philosophie qui était proposée par les Républicains et nous avons réussi…

JEROME CADET
Là vous avez renoncé à votre ligne puisque votre idée c'était de cibler les aides et au final tous les Français vont se retrouver aidés avec ce dispositif de ristourne.

BRUNO LE MAIRE
Non, parce que dans le même temps nous avons accepté des propositions de ceux qui nous disaient qu'il fallait doubler la défiscalisation de 200 à 400 euros des aides qui sont apportées par les entreprises, à leurs salariés lorsqu'ils se rendent à leur travail avec leur véhicule, donc on a aussi fait plus pour ceux qui travaillent et qui prennent leur voiture, en écoutant, une fois encore, toutes les propositions venues de tous les groupes.

JEROME CADET
Et en abandonnant le ciblage des aides concernant l'aide au carburant.

BRUNO LE MAIRE
En abandonnant ce ciblage, mais en continuant à soutenir particulièrement ceux qui travaillent.

JEROME CADET
Il y a eu un accrochage sérieux cette nuit à l'Assemblée nationale, Bruno LE MAIRE, les députés ont d'abord voté contre l'avis du Gouvernement une revalorisation des pensions de retraite pour 500 millions d'euros supplémentaires, tout cela pour les porter au niveau de l'inflation, et vous avez demandé un second vote pour annuler le premier, ce qui a d'ailleurs été fait, et les oppositions vous ont reproché finalement de renoncer aux fameuses nouvelles méthodes que vous avez encore défendues il y a quelques jours. Alors, est-ce que ces nouvelles méthodes sont déjà à l'abandon ?

BRUNO LE MAIRE
Pas du tout. Enfin, il y a eu énormément de compromis qui ont été trouvés…

JEROME CADET
Enormément ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, bien sûr. Les collectivités locales, nous étions arrivés avec un soutien qui était limité, finalement j'ai pris l'initiative de réunir tous les présidents de groupe, de dire voilà, visiblement sur les collectivités locales il faut qu'on fasse plus, on a fait plus, avec une enveloppe de 180 millions d'euros, avec une attention particulière aux communes qui pourraient avoir une épargne trop faible pour faire face à leurs besoins d'investissements, compromis, nous avons fait un compromis sur les carburants, je viens de le citer, nous avons fait un compromis sur l'allocation adultes handicapés, c'était demandé par beaucoup de groupes, vous avez un compromis sur les stations-service en milieu rural, certains nous ont dit il faut absolument qu'on aide davantage les stations-service en milieu rural, nous l'avons fait, il faut qu'on les aide à se diversifier, nous l'avons fait, donc nous avons fait preuve de sens de compromis pendant tout ce texte, pendant des dizaines d'heures. Donc, n'accordons pas trop d'importance à ce qui s'est passé dans les toutes dernières heures de la nuit, où chacun est tout à fait épuisé, l'amendement dont vous parlez était un amendement à un demi-milliard d'euros, un demi-milliard d'euros, moi je suis responsable des comptes publics, et je vais vous dire très sincèrement, je l'aurais accepté si nous n'avions pas déjà engagé une revalorisation des retraites de 5,1%, et si je ne prenais pas l'engagement devant vous qu'en janvier 2023 il y aura aussi une nouvelle revalorisation parce que l'inflation va augmenter d'ici là. Charles de COURSON qui avait déposé cet amendement, c'était ce qu'on appelle un amendement d'appel, c'est-à-dire pour signaler qu'il fallait impérativement tenir compte de la situation des retraités, nous lui avons répondu, il n'y avait pas de raison de garder cet amendement.

JEROME CADET
Alors vous dites que vous avez une majorité, vous l'avez en tout cas eue cette nuit à l'Assemblée nationale, Bruno LE MAIRE, tout de même, samedi dernier les députés Horizons ont voté un amendement, contre l'avis du Gouvernement, ils se sont donc désolidarisés de la majorité, ça a été interprété par beaucoup comme le signe d'une rivalité entre vous et l'ancien Premier ministre Edouard PHILIPPE dont se réclament ces députés, est-ce que vous l'avez vécu comme un coup d'épée dans le dos plutôt de la part de ces députés ?

BRUNO LE MAIRE
Non, ni coup d'épée, ni coup de quoi que ce soit, ça fait partie du débat sain à l'intérieur d'une majorité, et moi ce que je constate…

JEROME CADET
Qui parfois peut se fragmenter.

BRUNO LE MAIRE
Oui, elle peut se fragmenter, mais là, en l'espèce, et je veux vraiment le remercier, je veux remercier le groupe Horizons et son président Laurent MARCANGELI, je veux remercier le groupe MoDem et son président Monsieur MATTEI, je veux remercier évidemment le groupe Renaissance et sa présidente Aurore BERGE, tous les trois ont fait preuve d'une constance, d'une fermeté, eux et leurs parlementaires, d'une unité pendant tous ces débats, qui était absolument exceptionnelle, je veux aussi remercier le rapporteur général Jean-René CAZENEUVE, parce que c'est une vraie épreuve physique, c'est un marathon de plusieurs heures, il faut garder ses nerfs, garder son unité, et au sortir de ce texte PLFR la majorité est plus unie, plus solide, plus cohérente, qu'elle ne l'avait été. Vous savez, c'est comme une équipe sportive, c'est dans les épreuves qu'on soude l'unité, eh bien dans cette épreuve la majorité a trouvé son unité.

JEROME CADET
Ce texte va maintenant aller au Sénat, qui a déjà commencé à étudier, notamment la prime Macron qui avait été votée à l'Assemblée nationale, et à la détricoter, est-ce que vous craignez que ce texte ne sorte abîmé de son examen au Sénat ?

BRUNO LE MAIRE
Il faut remettre sans cesse l'ouvrage sur le métier, comme on dit, donc nous avons passé haut la main la première haie qui est celle de l'Assemblée nationale, une fois encore avec des débats constructifs et une majorité totalement unie, maintenant je vais engager aussi des discussions avec les sénateurs, avant même que le texte aille au Sénat, je pense que c'est important de discuter avec Bruno RETAILLEAU, avec le président du Sénat, avec les présidents des groupes, pour voir quelles sont les attentes, je crois que plus on travaillera en amont pour voir quelles sont les attentes du Sénat, plus nous pourrons avoir un texte qui gardera sa cohérence à la sortie du Sénat. L'objectif de ce texte, je le rappelle, c'est le pouvoir d'achat des Français, et c'est trouver de bon équilibre entre protéger ce pouvoir d'achat et protéger nos finances publiques, c'est ce qu''il y a de plus difficile, ce serait tellement facile d'acheter le compromis à coups de milliards. Moi je vais vous dire, nous avons eu des nuits beaucoup plus longues, et tout aurait été beaucoup plus facile si nous avions ouvert tout grand les vannes de la dépense publique, mais nous avons, avec la majorité, refusé cette facilité, et au bout du compte nous avons le bon équilibre, protection et respect des finances publiques.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 juillet 2022