Interview de M. Clément Beaune, ministre chargé des transports, à France Inter le 2 août 2022, sur le réseau ferroviaire.

Texte intégral

MARION L’HOUR
Et l’invité du Grand entretien ce matin, est un rouage crucial de vos vacances, puisqu’il a sous sa responsabilité les trains, les avions, les autoroutes, c’est le ministre des Transports, Clément BEAUNE. Bonjour.

CLEMENT BEAUNE
Bonjour Marion L’HOUR.

MARION L’HOUR
Des centaines de passagers ont subi le week-end dernier, un week-end de chassés-croisés, des retard de deux ou trois heures à Montparnasse, à cause d’un accident, mais ces retards, ils se multiplient, la chaleur notamment a forcé les trains à ralentir. Est-ce que les infrastructures ferroviaires françaises, est-ce que les rails sont en mauvais état ?

CLEMENT BEAUNE
Vous avez raison, il y a eu cet été un certain nombre de retards, de dysfonctionnements, parfois – moins souvent heureusement – de trains annulés. C’est lié à plusieurs facteurs. Il y a un facteur qui est au fond une bonne nouvelle mais qui a des conséquences difficiles comme celles-ci, c’est qu’il y a une très forte reprise des voyages, du tourisme aussi, beaucoup de Français, beaucoup de personnes qui visitent notre pays, qui ont pris l’avion ou encore plus le train. Et donc ça a créé parfois des pressions, des tensions, il faut le dire aussi, dans un secteur des transports qui était moins habitué, c'est vrai dans l'aérien en particulier, mais aussi un peu dans notre réseau de trains, à avoir des départs aussi massifs. Il y a eu en plus en effet de très fortes chaleurs, il faut l'expliquer, je pense que chacun peut le comprendre, mais ça doit nous faire tirer des leçons, que sur le réseau ça a des conséquences sur la chaleur des rails, sur les caténaires, et parfois ça peut susciter des retards. On a fait un choix qui est un peu différent de celui qu'ont fait d'autres pays européens, comme les Britanniques par exemple, qui ont annulé beaucoup de trains quand il y avait des fortes chaleurs ; en France on les a fait circuler presque systématiquement, mais c'est vrai parfois avec des ralentissements et donc des retards. Et puis il y a un point qui est plus fondamental, c'est vrai, c'est que nous avons un réseau ferroviaire qui est l'un des plus anciens et l'un des plus vastes d'Europe…

MARION L’HOUR
29 000 km.

CLEMENT BEAUNE
… qui fait aussi notre fierté, parce qu’il a notamment développé en premier la ligne à grande vitesse et aujourd'hui c'est encore le réseau le plus performant d'Europe à cet égard, mais qui vieillit, et qui vieillit parfois plus que dans d'autres pays européens, parce que disons-le aussi, parfois pendant plus…

MARION L’HOUR
On investit beaucoup moins.

CLEMENT BEAUNE
On réinvestit beaucoup, je vais y revenir, on réinvestit beaucoup, depuis 5 ans notamment. On a multiplié par 3 en 15 ans l'investissement dans le réseau ferroviaire, mais traditionnellement c'est vrai, comme on ne voit pas le réseau, on ne voit pas les rails, les caténaires etc., on investissait moins, et donc il y a eu un effort qui a été fait, pour vous donner un ordre de grandeur, il y a 15 ans c'était à peu près un milliard d'euros par an qu'on investissait pour entretenir et moderniser notre réseau, aujourd'hui pour 10 ans, l'Etat vient de s'engager à le financer à hauteur de 3 milliards d'euros par an. Donc il y a un vrai effort, mais il prend aussi du temps à se matérialiser.

MARION L’HOUR
Oui, mais alors ce que réclame le PDG de la SNCF, lui, c'est un plan à 100 milliards d'euros. On voit bien la différence entre 3 et 100 quand même.

CLEMENT BEAUNE
Non, alors ça ne se compare pas, parce que 100 milliards d'euros, moi je me méfie toujours un peu des grands chiffres…

MARION L’HOUR
Pour relancer la SNCF.

CLEMENT BEAUNE
Le message de Jean-Pierre FARANDOU, le président de la SNCF, que je partage, que l'Etat d'ailleurs a initié, c’est de réinvestir beaucoup dans le ferroviaire et notamment dans le réseau. On le fait. 100 milliards d'euros, ça dépend sur combien d'années vous le faites, ça dépend ce que vous additionnez etc. Donc, soyons plus concrets, pour le réseau on met 3 milliards d'euros par an sur 10 ans aujourd'hui, pour les 10 prochaines années, c'est la 1ère fois qu'il y a entre l'Etat et la SNCF, un contrat où on garantit ce financement. Mais ça ne résout pas tout, malheureusement, en urgence et d'un coup de baguette magique. Mais moi je veux tenir cette priorité, parce qu'il faut investir dans le long terme, et le réseau, ça ne se voit pas encore une fois, mais c'est prioritaire, c'est la condition pour améliorer la vie quotidienne dans les transports, en Ile-de-France ou les grandes métropoles, ou et de faire fonctionner nos trains dans des périodes de pointe comme celle de l'été. Et puis au total, quand on additionne ce que met l'Etat, ce que mettent les régions, qui ont beaucoup modernisé notamment nos TER, qui sont en bien meilleur état qu'il y a 15 ou 20 ans, on a un effort financier qui s'accroît. Mais moi, je l'ai dit, on ne peut pas tout faire en même temps, mais la priorité des priorités, ce sont les trains du quotidien, on va le voir notamment la rentrée, ceux que prennent les gens et qui parfois galèrent dans les transports pour aller au boulot chaque jour, et c'est le réseau, parce que c'est la condition d'un système ferroviaire qui marche.

MARION L’HOUR
Ce que vous dites dans Le Journal du Dimanche, de dimanche dernier, c'est que le développement ferroviaire doit effectivement être une priorité budgétaire. Alors jusqu'où ? Vous dites 3 milliards par an, est-ce qu'on va aller plus loin…

CLEMENT BEAUNE
Pour le réseau.

MARION L’HOUR
Pour le réseau. Est-ce qu'on va aller plus loin que ça ?

CLEMENT BEAUNE
Ecoutez, on va d'abord mettre en oeuvre un certain nombre d'engagements qui ont été pris ces dernières années, notamment ces derniers mois. Dans le plan de relance on a mis plusieurs milliards d'euros, je ne veux pas donner des chiffres vertigineux, mais plusieurs milliards d'euros pour soutenir la SNCF, on a repris une partie de la dette de la SNCF pour qu'elle puisse justement réinvestir. On finance ce qu'on appelle des petites lignes, qui permettent des transports ferroviaires dans des régions plus rurales, plus enclavées aussi. Je prends un exemple très concret, qui illustre cet effort, une ligne comme Paris – Clermont-Ferrand, qui a connu beaucoup de difficultés, il y a un réinvestissement, changement des rames, investissement sur le matériel, d’ici 2026 tout sera mis en oeuvre, ça coûte plus d'un milliard d'euros. Donc, ces opérations-là, qui sont souvent cofinancées par l'Etat, par les régions, en l'occurrence c'est l'Etat qui met beaucoup d'argent, on les multiplie. Donc oui, moi je veux le dire, on ne peut pas encore une fois tout promettre d'un coup, mais l'investissement budgétaire sur le réseau, ça c'est ma grande priorité, il va s'accroître dans les années qui viennent.

MARION L’HOUR
Alors, vous lui dites quoi à Jean-Pierre FARANDOU, le PDG de la SNCF ?

CLEMENT BEAUNE
Mais on a beaucoup discuté. Je lui ai dit que, moi je me méfie encore une fois…

MARION L’HOUR
Des 100 milliards.

CLEMENT BEAUNE
… d'un affichage trop, qui peut être un peu marketing, si je puis dire, mais je partage complètement la priorité, et je salue d'ailleurs l'action de Jean-Pierre FARANDOU comme président de la SNCF depuis plusieurs mois, et son prédécesseur, qui ont réinvesti dans le réseau, qui ont montré, y compris aux pouvoirs publics, que c'était une priorité, et je crois que quand on mettra l'addition dans les décennies qui vient, de tous les investissements, dans les trains du quotidien, dans les trains du Grand Paris, dans les nouvelles lignes à grande vitesse, dans la rénovation des petites lignes, dans le réseau, on sera franchement très probablement à ce niveau d'investissements.

MARION L’HOUR
On se rapproche de 100, donc.

CLEMENT BEAUNE
Oui.

MARION L’HOUR
Question de Fabien au standard de France Inter, bonjour Fabien.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 3 août 2022