Interview de M. François Braun, ministre de la Santé et de la Prévention à RTL le 10 août 2022, sur la situation des services d’urgences, la possibilité d'une nouvelle vague covid-19 et la nouvelle campagne de vaccination.

Texte intégral

JÉRÔME FLORIN
Nous sommes donc ce matin avec François BRAUN, ministre de la Santé et de la prévention. Bonjour.

FRANÇOIS BRAUN
Bonjour.

JEROME FLORIN
La crise du Covid a révélé ou plutôt réveillé l’ampleur des difficultés de l’hôpital, et de tout notre système de soins. Le Gouvernement a beau verser des milliards, les difficultés persistent. On entendait il y a quelques minutes, ce témoignage dans un EHPAD de Chinon, le personnel dénonce le mauvais traitement des résidents durant cet épisode de canicule. « On les lave avec des taies d’oreillers ou des traversins, parce qu’on n’a pas de gants », dit une infirmière. Il n’y a qu’une seule personne pour hydrater les 120 résidents. Comment est-ce que c’est encore possible ça ?

FRANÇOIS BRAUN
Ah, effectivement, en cette période de canicule, il y a deux situations qui sont compliquées avec la canicule, c’est quand on a une canicule qui se prolonge, ce qui heureusement n’est pas le cas, mais surtout quand on a des pics successifs de canicule, qui sont particulièrement dangereux, et nos aînés font partie des personnes les plus à risques. Je crois qu'il faut surtout rappeler les mesures de prévention par rapport à cette canicule, l'hydratation en fait partie, c'est majeur pour ces personnes âgées.

JEROME FLORIN
Oui, mais là ce n’est pas suffisamment bien fait dans cet EHPAD.

FRANÇOIS BRAUN
Je ne connais pas le cas précis de cet EHPAD, mais en tout cas nous avons beaucoup appris sur la canicule depuis 2003, heureusement, nous ne sommes plus du tout dans les mêmes conditions. Les EHPAD ont des pièces qui sont rafraîchies, et il faut aussi demander à l'ensemble des personnels d’aider à cette hydratation des personnes. Je rappelle aussi aux familles qu'il faut qu'ils hydratent leurs personnes âgées. Bref, nous sommes dans des conditions où nous savons ce qu'il faut faire, nous pouvons le faire, il faut mettre tous les bras disponibles, dans ces moments.

JEROME FLORIN
Mais là, il n’y en a pas, visiblement, il n’y a pas de bras et il n’y a pas de moyens non plus. On lave les personnes âgées avec des taies d'oreillers.

FRANÇOIS BRAUN
Je pense que, concernant cet EHPAD, il va y avoir bien entendu une enquête pour savoir exactement quelles sont les conditions. Je pense qu'il ne faut pas non plus généraliser à tous les EHPAD…

JEROME FLORIN
Non, on parlait de ce cas particulier.

FRANÇOIS BRAUN
Oui, de ce cas particulier où je n'ai pas d'informations plus précises que les vôtres, mais bien entendu, mon travail est de m'assurer que la prise en charge sanitaire, la santé de tout le monde est préservée, et en particulier des personnes âgées, et en particulier dans les EHPAD.

JEROME FLORIN
Vous allez demander une enquête sur cet établissement précis ?

FRANÇOIS BRAUN
On va voir ce qui se passe exactement sur cet établissement.

JEROME FLORIN
Vous êtes ministre de la Santé et de la Prévention. La prévention justement contre cette épidémie qui inquiète, la variole du singe. Vous lancez une expérimentation à partir d'aujourd'hui : la vaccination en pharmacies. Cinq officines en Ile-de-France, Provence-Alpes-Côte d'Azur et dans les Hauts-de-Seine, et dans les Hauts de France. Dans quel but et à quel moment et pour quelle raison est-ce que vous déciderez de l'élargir ?

FRANÇOIS BRAUN
Alors, il faut voir la situation actuelle par rapport à cette variole du singe. Nous sommes à un peu plus de 2 600 cas confirmés en France.

JEROME FLORIN
2 600 cas confirmés.

FRANÇOIS BRAUN
Un petit peu plus. Nous avons vacciné plus de 30 000 personnes et le rythme de vaccination s'accélère, avec plus de 2 000 vaccinations par jour. Ça c’est la situation actuelle.

JEROME FLORIN
10 % de vaccinés, uniquement sur le public cible, comme vous avez dit.

FRANÇOIS BRAUN
Le public cible, qui a été donné par la Haute autorité de santé, est d'environ 250 000 personnes. Nous accélérons progressivement en fonction de nos possibilités, et surtout en fonction du nombre de bras disponibles, cette vaccination. C'est bien pour cela que nous voyons, avec les pharmaciens qui ont été volontaires, cette… ce n’est pas exactement une expérimentation, c'est voir si cela est réalisable dans les pharmacies, en respectant la chaîne d'acheminement de ce vaccin, qui est quelque chose d'un peu plus compliqué que le vaccin Covid. Bien sûr, nous ne voulons pas perdre de dose, c'est ça notre objectif, donc nous élargissons aux pharmacies. Je peux déjà vous dire que la pharmacie de Lille a 120 rendez-vous aujourd'hui, donc ça va augmenter là aussi cette possibilité. Je suis de très près l'évolution de cette maladie, je vais d'ailleurs en discuter avec mes collègues du G7 Santé cet après-midi, et bien entendu nous préparons toutes nos capacités pour augmenter ce nombre de vaccinations de façon importante, si jamais cette maladie s'étendait à la population générale.

JEROME FLORIN
Il y aura assez de vaccins pour tout le monde ?

FRANÇOIS BRAUN
Il y a assez de vaccins pour vacciner la population cible, telle qu'elle a été définie il y a quelques jours, c'était le 8 juillet, par la Haute autorité de santé. Je saisirai la Haute autorité de santé début septembre, pour refaire le point avec eux.

JEROME FLORIN
Mais pourquoi vous ne dites pas exactement le nombre de doses dont on dispose contre la variole du singe ?

FRANÇOIS BRAUN
C'est… vous le savez, la variole est considérée comme une arme bactériologique, dans ce cadre-là, la France, et très peu de pays le font, très peu de pays le font, la France considère nécessaire d'avoir des stocks stratégiques de vaccins contre la variole, il y a plusieurs types de vaccins, 1ère, 2e, 3e génération. Ces stocks stratégiques, de façon tout à fait logique, sont protégés par le secret-défense. Mais ce que je peux dire, ce que je peux réaffirmer, c'est que, parmi cette population cible de 250 000 personnes, nous avons la possibilité de vacciner tout le monde.

JEROME FLORIN
On a partout des témoignages de gens qui disent qu'ils ont du mal à trouver des créneaux sur la plateforme Doctolib, par exemple, aucune disponibilité en Ile-de-France avant fin octobre.

FRANÇOIS BRAUN
J’entends cette difficulté, et d’ailleurs mes services et moi-même sommes en contact avec les associations plusieurs fois par semaine, c’est d’ailleurs des relais extrêmement importants, et je les en remercie, par rapport à cette maladie, mais surtout ce que je veux dire…

JEROME FLORIN
Mais ça veut dire qu’on manque de doses ou qu’il n’y a pas assez de personnel pour vacciner ?

FRANÇOIS BRAUN
Non, on a suffisamment de doses, on a eu du personnel pour vacciner, je veux simplement avoir ce message très précis, DOCTOLIB n’est pas la solution a tout, je crois qu’il faut vraiment que les gens qui veulent se faire vacciner aillent sur SANTE.FR, de nombreux centres de vaccination n’utilisent pas DOCTOLIB, et je vais vous expliquez, c’est très simple, parce que ce sont des centres qui font aussi du dépistage anonyme d’autres maladies et en particulier du sida, donc ils ne mettent pas sur DOCTOLIB pour qu’il n’y ait pas les noms des gens qui apparaissent, donc faites SANTE.FR, il y a d’autres centres qui ne sont pas sur DOCTOLIB.

JEROME FLORIN
Vous avez dit, François BRAUN, qu’il n’y avait pas eu de retard à l’allumage, or on a commencé à vacciner le 10 juillet et les premiers cas se sont déclarés en France en mai, il s’est écoulé deux mois, pourquoi est-ce qu’on a attendu aussi longtemps ? Je sais que vous n’étiez pas aux affaires, mais là je m’adresse au ministre de manière générale.

FRANÇOIS BRAUN
Alors déjà, d’un simple point de vue épidémiologique, entre un premier cas et le début d’une épidémie il y a toujours un laps de temps, on l’a vu pendant le Covid, on l’a vu par rapport à toutes les épidémies et nous devons être extrêmement humbles par rapport à cela. Ce qu’il faut retenir en date c’est que, moi j’ai saisi la Haute autorité de santé dès mon arrivée, le 4 juillet, le 8 juillet on avait leur avis, le 8 juillet au soir j’ai réuni toutes les ARS, le 10 juillet on commençait à vacciner, nous avions anticipé bien entendu la libération des doses, c’est un vaccin qui se conserve à -80 degrés, il faut plusieurs jours pour le remettre à température, donc oui nous avons anticipé. Ce que je veux surtout rappeler aussi c’est que la France fait partie des trois premiers pays dans le monde à avoir mis en place la vaccination préventive.

JEROME FLORIN
Donc vous dites il n’y a pas de problème et ceux qui réclament aujourd'hui une commission d’enquête, vous leur dites quoi ?

FRANÇOIS BRAUN
Je leur dis que je suis à leur disposition, à la disposition d’une éventuelle commission d’enquête, pour fournir toutes les informations.

JEROME FLORIN
Vous êtes pour une ouverture d’une commission d’enquête parlementaire sur la gestion de la variole du singe en France.

FRANÇOIS BRAUN
Le Parlement est tout à fait dans son rôle de demander des explications, et je me suis exprimé devant le Parlement en disant que je donnerai toutes les explications qu’il demanderait.

JEROME FLORIN
Alors l’autre virus, François BRAUN, c’est celui du Covid-19, la vague est passée, l’état d’urgence sanitaire est terminé depuis le 1er août et le Conseil scientifique a passé la main à un Comité de veille et d’anticipation des risques sanitaires. On en a fini avec ce virus qui nous pourrit la vie depuis plus de deux ans là ?

FRANÇOIS BRAUN
On n’en n’a pas fini avec ce virus, personne n’est capable de dire quand viendra la prochaine vague, on est à peu près certain qu’il y aura une prochaine vague, probablement à l’automne, donc on n’en n’a pas fini. Maintenant, comme tous virus, on a une évolution qui est plutôt favorable pour l’instant, avec un virus qui devient plus contagieux mais moins dangereux, maintenant il faut rester très prudent, plus un virus circule, plus il y a des risques qu’il y ait une mutation dangereuse. C’est pour bien pour ça que la loi nous permet de garder, un, le thermomètre, c'est-à-dire cette capacité d’analyser tous les jours le nombre de cas, et nous avons une incidence qui a chuté en dessous de 300, maintenant je pense que les Français connaissent bien tous ces chiffres, avec moins de 30.000 contaminations par jour, on était à plus de 200.000 au moment du pic, donc il faut continuer à surveiller, c’est essentiel, et nous nous préparons à une nouvelle campagne de vaccination pour l’automne…

JEROME FLORIN
Pour toute la population ?

FRANÇOIS BRAUN
Pour la population cible, là aussi je suivrai l'avis de la Haute autorité de santé, des scientifiques.

JEROME FLORIN
Donc pour les plus fragiles.

FRANÇOIS BRAUN
Pour l'instant l’avis est de vacciner les plus fragiles, toujours, donc je suis pour l'instant cet avis, si on devait passer à une vaccination plus large, selon les autorités scientifiques, nous passerions à une vaccination plus large.

JEROME FLORIN
Parce que la population générale qui a reçu sa dernière dose en décembre ou en janvier elle est encore protégée aujourd'hui ?

FRANÇOIS BRAUN
Elle est a priori encore protégée aujourd'hui puisque là aussi les scientifiques nous disent qu'on a une couverture largement de plus de 6 mois pour les personnes qui n'ont pas de problème d'immunité, de réaction…

JEROME FLORIN
On les a passés les six mois.

FRANÇOIS BRAUN
On les a passés les six mois, mais de plus de six mois, donc là on est encore protégé, les personnes qui n'ont pas de facteurs de risque, on voit bien que maintenant cette maladie est dangereuse pour les personnes qui ont des facteurs de risque et qui ne sont pas vaccinées, je veux insister sur le fait que la vaccination reste notre arme la plus forte et la plus efficace contre ce virus.

JEROME FLORIN
François BRAUN, l’urgentiste que vous êtes n'est pas étranger à cette information, les urgences sont en surchauffe cet été, la régulation par le 15, que vous avez proposée avant votre entrée au Gouvernement, n'a pas réglé le problème, et c'est votre successeur qui le dit, Marc NOIZET, président du syndicat SAMU Urgences de France, écoutez c'était la semaine dernière sur RTL.

(…) Extrait propos de Marc NOIZET.

JEROME FLORIN
La problématique n’est pas résolue.

FRANÇOIS BRAUN
Alors, d’abord ces mesures estivales, ces mesures de la mission flash, comme on l’a appelée, dès le départ nous avons clairement annoncé qu'elles n'allaient pas régler tous les problèmes, c’était des mesures pour nous permettre de passer l'été le moins mal possible. La problématique des urgences, que je connais quand même encore bien, elle est double, elle est d'une part des gens qui viennent aux urgences alors qu'ils pourraient être pris en charge ailleurs, et des gens qui sont aux urgences, qu'on doit hospitaliser, on a du mal à les hospitaliser parce qu'on manque de lits disponibles, donc le problème est double. Dans les mesures il y a plusieurs solutions, on parle beaucoup de cette régulation médicale, qui est une très bonne chose, c'est une bonne chose parce qu'elle permet aux gens d'être pris en charge de façon plus efficace, il y a cette régulation médicale, mais dans les mesures il y a aussi des mesures pour faciliter l'aval, c'est-à-dire l'hospitalisation après les urgences, et mes déplacements à travers le territoire montrent bien que, en fonction des territoires, ils ont pris en charge des mesures différentes, ils ont pioché dans cette boîte à outils qu'on a mis à leur disposition, au moins pour stabiliser la situation.

JEROME FLORIN
Vous avez dit, et ça a pas mal choqué les gens sur le terrain, la semaine dernière, vous avez dit qu’il n’y a pas d’urgences fermées. Ce n’est pas vrai, François BRAUN, il y a des urgences qui sont fermées la nuit, et depuis des mois comme à Draguignan par exemple.

FRANÇOIS BRAUN
J'entends vraiment et je comprends…

JEROME FLORIN
C’est une réalité.

FRANÇOIS BRAUN
… de nos concitoyens par rapport à ce message, de savoir « c'est fermé, ce n’est pas fermé ». Il y a des services d'urgences qui limitent leurs entrées, effectivement la nuit, et je vous rappelle que dans les mesures, nous avons très bien précisé que toutes les personnes qui se présentent doivent être accueillies, éventuellement réorientées par du personnel non médical, quand il n'y en a pas sur place mais doivent être réorientées. En termes de fermetures, c'est-à-dire un service d'urgence qui n'accueillerait plus personne, il y en avait 4 avant le mois de juillet, il y en a 8 aujourd'hui. Et parmi ces 8 il y a 4 cliniques avec des services d'urgences publiques à proximité. Donc là aussi il faut raison garder. Il y a une prise en charge qui doit être maintenue…

JEROME FLORIN
« Raison garder », quand on arrive aux urgences la nuit, quand on se présente et que c'est fermé, on a du mal à raison garder.

FRANÇOIS BRAUN
Raison garder, dans la façon dont on présente les choses. Je veux d'abord rappeler que les urgences vitales sont maintenues partout, et ça c'est quelque chose d'extrêmement important, nous avons insisté dans la mission, ces fameuses équipes de réanimation du SAMU sont disponibles partout et il faut qu'elles restent disponibles. Ensuite, les patients qui se présentent, oui, peuvent être accueillis par une infirmière, qui effectivement n'est pas médecin, qui va les réorienter vers un autre mode de prise en charge. Et je tiens là à remercier nos collègues généralistes, qui partout sur le territoire, se sont mis en ordre de marche pour accueillir ces patients.

JEROME FLORIN
C'est compliqué de passer de l'autre côté, François BRAUN ? Vous avez été urgentiste, syndicaliste et maintenant vous êtes ministre.

FRANÇOIS BRAUN
C’est passionnant.

JEROME FLORIN
Vous maîtrisez la langue de bois ?

FRANÇOIS BRAUN
Je ne maîtrise pas la langue de bois, je ne pense pas, je pense que je ne la maîtriserai jamais, parce que ce n’est pas dans mon caractère…

JEROME FLORIN
Mais on ne peut pas tout dire, quand on est ministre.

FRANÇOIS BRAUN
C'est passionnant de l'autre côté du miroir, on voit les choses sous un autre prisme.

JEROME FLORIN
Merci beaucoup François BRAUN, ministre de la Santé et de la Prévention, merci d'avoir été en direct ce matin sur RTL.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 11 août 2022