Interview de Mme Sarah El Haïry, chargée de la jeunesse et de l'engagement, à Europe 1 le 2 août 2022, sur le manque d'animateurs dans les colonies de vacances, le service national universel et la jeunesse.

Texte intégral

LIONEL GOUGELOT
Bonjour Sarah EL HAIRY.

SARAH EL HAIRY
Bonjour.

LIONEL GOUGELOT
Secrétaire d’Etat chargée de la Jeunesse et du Service national universel, on va en reparler dans un instant…

SARAH EL HAIRY
Exactement.

LIONEL GOUGELOT
Bienvenue dans le studio d'Europe 1, merci d'avoir accepté notre invitation. Dites-moi, on ne prend pas de vacances quand on est ministre chargée justement d'organiser les vacances des jeunes Français ?

SARAH EL HAIRY
Alors évidemment il y a une petite règle, mais, vous savez, au moment où on se parle il y a des milliers de jeunes, d'enfants, d'adolescents, qui sont en colonie de vacances, en camp scout, et c'est effectivement aussi mon quotidien, donc accompagner ceux qui permettent à nos enfants de partir.

LIONEL GOUGELOT
Elisabeth BORNE a demandé aux membres de son Gouvernement de ne pas trop s'éloigner de Paris, d'être joignables à tout moment, est-ce qu’il y a quelqu'un, il y a un organisme comme ça pour vérifier que tout le monde respecte bien la règle au sein du Gouvernement ou alors ?

SARAH EL HAIRY
Alors vous savez, déjà c'est déclaratif, mais surtout quand vous êtes un engagé, un engagé en politique, la parole compte, et évidemment que les engagements sont pris et sont tenus.

LIONEL GOUGELOT
Il n’y a pas de surveillance comme ça, des ministres, pour savoir s'ils ne sont pas trop éloignés de Paris ou de la France.

SARAH EL HAIRY
Je crois que le temps est à la confiance et à la valeur de la parole donnée, c'est essentiel.

LIONEL GOUGELOT
Les vacances, les colonies manquent de moniteurs, d'encadrants, de personnel, les colos, certaines colos ont même été annulées et cet été parce qu'il n'y a pas suffisamment d'animateurs titulaires du BAFA, il en manque 5000, c'est un peu ça. Pourquoi, que se passe-t-il, pourquoi les colonies de vacances ne recrutent pas suffisamment d'animateurs ?

SARAH EL HAIRY
Les colonies de vacances c'est quand même un trésor, c’est un trésor qui fait partie de notre patrimoine, patrimoine très français, ça prend vraiment de l'ampleur dans les années 36, ça permet de la mixité, c'est parfois la première fois qu'un jeune va vivre en communauté, en collectif, et c'est pour ça qu'il faut les défendre, c'est la première fois en 10 ans où on perd 10.000 délivrances de BAFA. Il y a une crise, on va être très clair, il y a une crise des vocations, ce n'est pas un métier comme les autres que d'encadrer des enfants, maintenant il y a des enjeux, c'est un métier en pénurie et en tension parce que, il y a un problème dans les rémunérations, il y a un problème aujourd'hui dans les emplois du temps, et pour répondre à tout ça, au-delà des formations, j'ai déjà, sous l'ancien mandat, puisque j'ai eu la chance d'être renouvelée dans mon mandat, organisé un plan, qui s'appelle le Plan animation, qui réunit l'ensemble des acteurs, c'est-à-dire les employeurs, les associations, les parents, parce que c'est d'abord ça, c'est des parents qui nous font confiance et qui nous donnent leurs enfants entre les mains, et pour répondre à cet enjeu c'est un plan massif de 64 millions d'euros, mais pour moi ça ne va pas assez vite, et je ne veux pas revivre un été comme celui-là. Donc, dès début septembre, je réunirai l'ensemble des acteurs, du comité de filière, pour avancer plus vite, plus fortement, mais surtout trouver des réponses pour les jeunes et les enfants.

LIONEL GOUGELOT
Donc augmenter les rémunérations des animateurs BAFA, parce qu'en ce moment c'est 30 à 60 euros par jour, c’est ça ?

SARAH EL HAIRY
Alors il y a différents contrats…

LIONEL GOUGELOT
Enfin ce n’est pas très attractif quoi, il faut dire les choses comme elles sont.

SARAH EL HAIRY
C’est un métier du lien, c'est un métier qui, oui il faut revoir évidemment le parcours de formation, il faut revoir le parcours de valorisation, évidemment, mais aussi la rémunération, on va dire les choses telles qu'elles sont. Quand vous passez le BAFA ou le BAFD vous encadrez des jeunes, soit pendant les vacances dans le cadre des colos, des périscolaires, des extrascolaires, mais aussi durant toute l'année. Quand vous déposez vos enfants le matin à l'école et qu’il y a des hommes et des femmes qui les accompagnent, qui les font grandir, ils font partie de cette chaîne éducative, maintenant moi ma mission, mon job, c'est de faire que cette vocation elle puisse être accompagnée, financièrement d'abord, dans le cadre aussi des parcours de carrière, et pour ça, eh bien, il faut accélérer, et maintenant.

LIONEL GOUGELOT
Engagement ce matin donc, qu'il n'y ait pas de colos fermées l'été prochain, 2023 ?

SARAH EL HAIRY
J’y mettrai absolument toute ma conviction et toute la mobilisation nécessaire, vous savez, je crois que plus que jamais nous avons tous conscience que nos enfants c'est notre trésor.

LIONEL GOUGELOT
Parce que ce sont, disons les choses aussi, bien souvent des familles plus modestes qui sont pénalisées par la fermeture de ces colonies.

SARAH EL HAIRY
Il y a plein de colonies différentes, pour le coup c'est vraiment, quand je dis c’est un petit trésor patrimonial, vous avez plusieurs typologies de familles qui viennent, ça va vraiment des familles extrêmement aisées aux familles les plus populaires, c'est encore un des petits joyaux de mixité que nous avons dans notre pays.

LIONEL GOUGELOT
Alors, Sarah EL HAIRY, vous êtes également en charge du Service national universel, qui semble avoir de la peine à trouver des candidats finalement, à trouver vraiment son rythme de croisière comme on dit. Emmanuel MACRON, le Président, a d'ailleurs lancé le mois dernier un message aux armées pour faire davantage, pour mieux accueillir les jeunes, pourquoi ça n'intéresse pas les jeunes générations ?

SARAH EL HAIRY
Eh bien détrompez-vous, détrompez-vous…

LIONEL GOUGELOT
Parce qu’on dit qu’ils préfèrent l'engagement associatif, etc.

SARAH EL HAIRY
Ce n’est absolument pas antinomique, et puis détrompez-vous, il se trouve que le Service national universel a plus de volontés, plus de jeunes qui postulent pour le SNU, que de places disponibles, remettons les choses en perspective. On a commencé la préfiguration, l'expérimentation, en 2019, il y avait 2000 jeunes, l'année d'après on avait une année Covid, 2020, 2021, 15.000 jeunes, cette année 40.000 jeunes, il y a plus de volontaires que de places ouvertes, ça, ça rend compte de sa réussite. Maintenant, est-ce que la montée en charge, elle est progressive ? Bien sûr, il faut organiser la qualité de l'encadrement, il faut organiser la qualité de l'accueil, mais surtout aller chercher cette force morale chez notre jeunesse, celle de faire ensemble, de lever un drapeau, de faire vivre un goût de fierté, et aussi des rencontres entre des jeunes qui ne se seraient jamais rencontrés.

LIONEL GOUGELOT
Mais alors pourquoi Emmanuel MACRON a un petit peu secoué, si je puis dire, les forces armées pour qu’elles s’engagent plus ?

SARAH EL HAIRY
Sa volonté c'est de réunir autour du SNU l'ensemble des forces vives de notre pays, évidemment il y a l'éducation nationale, les enseignants, et il y a nos forces armées, qui s’engagent…

LIONEL GOUGELOT
L’armée ne fait pas assez ?

SARAH EL HAIRY
Non, aujourd'hui l'armée s'engage déjà pour notre jeunesse, il faut remettre les choses en perspective, ils organisent déjà la Journée Défense et mémoire au sein du SNU, ils font la JAPD pour plus de 800.000 jeunes dans notre pays, ils accompagnent par le sport, ils accompagnent déjà, d'ores et déjà, des lycées militaires, des préparations militaires marines dans le cadre, je pense aux missions d'intérêt général, nos gendarmes accueillent nos enfants et les jeunes volontaires dans le cadre de leurs missions. Aujourd'hui nos forces de l'ordre sont aux côtés de notre jeunesse, nos forces armées également, et tout ça c'est évidemment un juste équilibre, un tiers d'enseignants qui viennent de l'Education nationale, un tiers d'engagés associatifs de l'éducation populaire, celle dont on vient de parler avec les colonies de vacances, et puis un tiers, absolument nécessaire, de corps en uniforme, ce ne sont pas des militaires d'active, je veux le préciser, ce sont des réservistes, ou des anciens, donc des retraités, parce que le Service national universel n'est pas le service militaire.

LIONEL GOUGELOT
En quoi ce Service national universel, Sarah EL HAIRY, peut être un outil pour lutter contre le séparatisme ou certaines dérives communautaires ?

SARAH EL HAIRY
Vous savez, le Service national universel, il permet de vivre la République, c'est-à-dire qu’on a un temps pour reparler de nos valeurs essentielles, de la liberté, de l’égalité, de la fraternité, mais pas que dans les mots. Quand tu fais du sport, quand on mange la même chose, quand on porte un uniforme qui permet de gommer finalement ces inégalités parfois confessionnelles, parfois sociales, de se découvrir avec les mêmes attraits, mais surtout de se poser une question, quelles sont les opportunités que mon pays me propose et comment moi je les saisis, et comment moi je prends pleinement ma part ? c'est la mission qui est celle du Service national universel, augmenter la résilience, l'apprentissage de notre jeunesse, ils apprennent les gestes qui sauvent, ils se rendent compte comment on réagit, vous savez quand vous avez des incendies, comment on réagit quand il y a des catastrophes naturelles, comment on peut finalement aussi être un acteur s'il y a un accident sur une autoroute, c'est finalement faire confiance à notre jeunesse en lui ouvrant d'une certaine manière les chakras, en lui présentant des orientations possibles, que ce soit professionnelles, ou encore d'engagement.

LIONEL GOUGELOT
Mais ça reste encore marginal sur l'ensemble de la jeunesse française malgré tout.

SARAH EL HAIRY
40.000 cette année, l'augmentation est en cours, l'ambition est élevée, parce que, vous savez, quand on dit il faut investir dans notre jeunesse c’est notre trésor, bien sûr que c’est notre trésor, sauf que ça passe par la capacité de lui donner les moyens d'être actrice de sa vie et de notre pays. Pour être acteur il faut un cadre, il faut des repères, le Service national universel gomme ces inégalités parce qu'il donne de l'information, lutte contre le non-recours, mais surtout donne ce goût, très français, de se dire qu'est-ce que je peux faire moi pour prendre pleinement ma vie et mon destin ? Ça s'appelle l'émancipation.

LIONEL GOUGELOT
Alors, Sarah EL HAIRY, vous êtes ministre, enfin secrétaire d’État chargée de la Jeunesse, est-ce que vous ressentez encore les effets du malaise de cette jeune génération d'après Covid, on a parfois parlé de génération sacrifiée à la suite des confinements, des fermetures d’universités, etc., vous le ressentez encore maintenant ?

SARAH EL HAIRY
Il y a, de fait, des conséquences de cette période sanitaire grave qui a bousculé notre quotidien, mais ce que je vois c'est surtout une jeunesse qui a été extrêmement active. Maintenant, on va se dire les choses, c'est une jeunesse qui a sacrifié une partie de son adolescence, de ses joies. Est-ce qu'elle a été sacrifiée…

LIONEL GOUGELOT
Comment on rattrape ça ?

SARAH EL HAIRY
Est-ce qu’elle a été sacrifiée ? La réponse est non, non, parce que plus que jamais il y a eu un plan massif. Vous savez, c'est le taux de chômage le plus bas depuis 1981, -22 %, on passe sous la barre des 16 %, 13 milliards d'euros avec le plan « 1 Jeune, 1 Solution », qui était d'ailleurs porté par Elisabeth BORNE à l'époque ministre du Travail. Mais, au-delà de ça, notre jeunesse elle veut quoi ? Elle veut de la formation, elle veut des opportunités, nous avons créé plus de places de formation dans l'université, nous avons revu les bourses, revalorisé entre autres les accompagnements sociaux, mais surtout, une jeunesse qui va bien c'est une jeunesse qui relève les enjeux de transition environnementale, et aujourd'hui, d’engagement.

LIONEL GOUGELOT
Mais c’est aussi une jeunesse qui se désintéresse de la politique, 75% des 18-25 ans n'ont pas voté aux législatives, c'est-à-dire que, pardon, mais vous les politiques vous êtes à côté de la plaque par rapport à cette jeunesse-là. 

SARAH EL HAIRY
Mais, aujourd'hui plus que jamais, oui il y a une défiance vis-à-vis du monde, on va dire du monde politique, et la démocratie devra être une cause. Moi, au lendemain des régionales, où c'était le pic d'abstentions chez les jeunes, j'ai réuni les mouvements politiques de jeunesse, et c'est pour ça que, avec Sébastien LECORNU et Pap NDIAYE, qui sont mes deux ministres de tutelle, on a, pendant le Service national universel, des simulations démocratiques, on rencontre les élus, mais surtout on dit à quel point voter est un droit, mais un devoir.

LIONEL GOUGELOT
Merci, merci Sarah EL HAIRY, merci d’avoir été dans les studios d'Europe 1, d'avoir accepté notre invitation ce matin, secrétaire d'Etat chargée de la Jeunesse.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 3 août 2022