Interview de M. Olivier Véran, ministre délégué chargé du renouveau démocratique, porte-parole du Gouvernement, à France Info le 21 juillet 2022, sur la déconjugalisation de l'allocation adulte handicapé, les aides pour soutenir le pouvoir d'achat notamment pour l'achat de carburant.

Texte intégral

LORRAIN SENECHAL
Bonjour Olivier VERAN.

OLIVIER VERAN
Bonjour.

LORRAIN SENECHAL
Il y a eu un petit événement cette nuit à l'heure de la majorité relative, un vote à l'unanimité moins une voix à l'Assemblée nationale, en l'occurrence sur la déconjugalisation de l'Allocation Adultes Handicapés, ça avait été plusieurs fois refusé sous le précédent quinquennat, c'est une mesure qui est réclamée depuis des années par les associations, par une grande partie des oppositions. Qu'est-ce qui a changé, pourquoi est-ce que maintenant la majorité s'est ralliée ?

OLIVIER VERAN
Le président de la République, pendant la campagne, s'est engagé lui-même à ce qu'on fasse évoluer le droit en la matière… dans un échange avec une personne qui était en situation de handicap…

LORRAIN SENECHAL
Qui était sur ce plateau d'ailleurs.

OLIVIER VERAN
Et qui disait « est-ce que je dois choisir mon travail ou est-ce que je dois choisir l'amour ? », il lui a dit « choisissez l'amour », et donc ça a donné le « la » à la majorité pour faire évoluer un droit, qui ne va pas de soi pour au moins deux motifs, d'abord le fondement de la question des prestations sociales dans notre pays est basé sur l'individualisation de ces prestations et ensuite une déconjugalisation sèche de l'Allocation Adultes Handicapés se serait accompagnée de la perte de droits pour des dizaines de milliers de personnes en situation de handicap, donc il nous fallait faire cette rotation, ce pivotage, pour pouvoir trouver le juste système qui ne fasse aucun perdant et que des gagnants. C'est donc une très bonne nouvelle, c'est aussi, vous l'avez dit vous-même, le signe que nous sommes capables, en situation de majorité relative, d'atteindre la quasi-unanimité, bravo aux parlementaires, de la majorité et des oppositions.

NEÏLA LATROUS
A partir de quand la mesure entre en vigueur ?

OLIVIER VERAN
1er octobre 2023.

NEÏLA LATROUS
Ça ne pouvait pas être plus tôt ?

OLIVIER VERAN
Il y a tout le travail de « process », comme je vous l'ai dit on veut éviter qu'il y ait des perdants, vous imaginez bien que s'il y avait des dizaines de milliers de Français qui se réveillaient un matin avec une baisse de leur pension liée à leur handicap, ça passerait assez mal.

NEÏLA LATROUS
Parce que, pour expliquer, il y a une partie des bénéficiaires de cette Allocation Adultes Handicapés pour qui le système est plus avantageux aujourd'hui, et il y a une partie pour qui, ceux qui réclament la déconjugalisation notamment…

OLIVIER VERAN
Exactement, et je vous fais grâce de la question de ceux qui sont déjà bénéficiaires, de ceux qui rentreront dans un système de bénéfice, bref vous connaissez les arcanes de Bercy, tout ça prend évidemment un peu de temps de « process », mais non seulement l'intention est là, mais les bases sont posées, votées, et donc il n'y aura pas de recul en la matière.

LORRAIN SENECHAL
Donc unanimité sur cette question, même si la France insoumise, le Rassemblement national, je précise, auraient voulu que ce soit dès le 1er janvier que cette mesure entre en vigueur, il faut en revanche trouver d'autres accords, par exemple sur la question des aides aux carburants. Le Gouvernement a pour l'instant mis en place une ristourne de 18 centimes, elle prend fin au 1er octobre, si je ne m'abuse, il faut donc la prolonger, ou pas, pour l'instant, avec la droite vous discuter d'un accord, le Gouvernement voulait la cibler uniquement sur les salariés qui prennent leur voiture, « c'est une usine à gaz » vous répond la droite. Est-ce que vous êtes proches, tout de même, d'un accord ?

OLIVIER VERAN
D'abord nous travaillons avec l'ensemble des parlementaires et pas que la droite, on travaille aussi avec la gauche, et si elles souhaitent voter un dispositif pour aider les Français à se déplacer avec leur voiture, tant mieux. Deux principes. Le premier, à la rentrée, il ne faut pas que la facture d'essence pèse trop lourd dans le panier des ménages. Deuxième principe, lorsqu'il s'agit de gens qui vont travailler, il faut que les entreprises puissent prendre leur part et prendre le relais de l'aide de l'Etat le plus rapidement possible. Sur la base de ces principes nous travaillons avec les oppositions pour identifier un ou des mécanismes qui atteindraient ces résultats sans forcément passer par l'indemnité carburant telle que nous l'avions envisagée.

NEÏLA LATROUS
C'est-à-dire que vous n'avez pas arc-bouté sur le dispositif gros rouleurs, vous dites, s'il faut l'abandonner, on peut faire autre chose.

OLIVIER VERAN
Oui, tout à fait. Je vous dis, ce que nous n'abandonnons pas c'est le double principe, un, on aide les Français à la rentrée, deux, on passe le relais aux entreprises le plus tôt possible parce que c'est à elles qu'il revient d'accompagner les salariés qui ont besoin de leur véhicule pour se déplacer. Sur cette base-là, et ça montre bien d'ailleurs, que ce n'est pas du flan quand on dit qu'on tend la main et qu'on est dans la consultation, dans la concertation, si notre article initial de loi devait être remplacé par un dispositif totalement différent, mais qui atteint ces deux coeurs de cible, nous…

NEÏLA LATROUS
On va être très concret, Olivier VERAN, sur les 18 centimes par exemple, ça peut être plus ?

OLIVIER VERAN
Ça peut être une ristourne à la pompe…

NEÏLA LATROUS
De 20 centimes, 30 centimes ?

OLIVIER VERAN
Qui peut être prolongée, qui peut être modulée, tout cela fait partie du débat des parlementaires.

NEÏLA LATROUS
Augmentée ?

OLIVIER VERAN
Ça peut, tout cela fait partie du débat parlementaire encore une fois, nous on a une enveloppe budgétaire, ça va coûter, on le sait, quelques milliards…

LORRAIN SENECHAL
4,4 milliards.

OLIVIER VERAN
On ne veut pas que ça coûte 50, comme le proposaient les LR initialement…

LORRAIN SENECHAL
Qui voulaient fixer, je précise, le prix de l'essence à 1,50 euro en réduisant les taxes.

OLIVIER VERAN
Oui, on veut que l'Etat puisse payer et puis on veut une mesure qui soit la plus juste possible. Juste un exemple. Si vous mettiez, comme le proposaient les LR, l'essence à 1,50 euro le litre à la pompe, ce n'est pas qu'aux Français que ça bénéficierait, vous auriez évidemment, parce que le prix de l'essence serait tellement plus bas que dans le reste des pays européens, notamment de nos frontaliers, des pays frontaliers, que vous auriez là un afflux de gens sur la base des impôts des Français, nous voulons un système qui soit cohérent, encore une fois, et dans la lettre, et dans l'esprit, qu'il revienne aux entreprises, à terme, le plus tôt possible, de prendre le relais.

NEÏLA LATROUS
Pour rester très concret, vous évoquiez les entreprises, la droite propose aussi que le plafond d'exonération sur les frais de carburant pour les trajets domicile-travail soit augmentée de 200 à 400 euros, le plafond d'exonération, là aussi vous dites on s'en remet à la sagesse des parlementaires ?

OLIVIER VERAN
On s'en remet à la sagesse des parlementaires, là aussi c'est un dispositif qui pourrait aller, en tout cas je ne sais pas si c'est ce dispositif qui sera retenu, ou que nous soutiendrons, ou que la majorité parlementaire soutiendra, je ne peux pas vous répondre aujourd'hui, mais tout ce qui va dans le sens de la participation des entreprises, encore une fois ce n'est pas incohérent. J'ai fait un déplacement à La Rochelle la semaine dernière, dans une belle entreprise, où certains salariés font 30 kilomètres pour venir travailler dans l'entreprise le matin, est-ce que c'est aux impôts des Français, c'est-à-dire à l'Etat, d'aider, de donner le coup de pouce aux salariés pour qu'ils puissent venir travailler, ou est-ce que c'est à l'entreprise, c'est déjà l'esprit d'ailleurs des textes dont nous disposons, d'aider son salarié s'il lui dit qu'il est en difficulté pour venir bosser le matin ? C'est ce geste-là. Ça va aussi dans le sens de ce que les parlementaires ont adopté dans la loi sur le pouvoir d'achat, à savoir la fameuse prime Macron, qui été triplée, augmentée…

LORRAIN SENECHAL
Le plafond a été triplé.

OLIVIER VERAN
Bien sûr.

LORRAIN SENECHAL
Pas forcément le montant.

OLIVIER VERAN
Pas le montant, mais enfin c'est une incitation très forte, et c'est une prime qui fonctionne, des millions de Français vont en être bénéficiaires. Là aussi, dans l'entreprise que j'ai visitée la semaine dernière, le patron a d'ores et déjà annoncé à tous les salariés qu'il leur donnait 350 euros de prime sans impôts, sans charges, grâce à l'intervention de l'Etat, pour qu'ils puissent partir en vacances et effacer l'augmentation du coût de la vie.

LORRAIN SENECHAL
Olivier VERAN, est-ce qu'il faut une contribution particulière des grands groupes qui font des superprofits avec la guerre en Ukraine, TOTAL ou l'armateur CMA-CGM par exemple ?

OLIVIER VERAN
Vous avez cité deux types d'entreprises, pétrolier et transport maritime, qui génèrent des bénéfices dans la période. Si votre question c'est est-ce qu'il faut qu'ils contribuent à hauteur, en tout cas est-ce qu'il faut qu'ils fassent un geste ? La réponse elle est oui, et nous le demandons depuis des semaines, et d'ailleurs des premiers gestes ont été faits, ils ne sont pas suffisants de notre de notre point de vue, et nous continuons de travailler, et Bruno LE MAIRE notamment, travaille avec les entreprises concernées pour que ces gestes soient accentués.

LORRAIN SENECHAL
Est-ce qu'il faut les contraindre et donc les taxer ?

OLIVIER VERAN
Alors, si la question c'est est-ce qu'on passe par une taxe ? Qu'est-ce qui se passe quand vous mettez une taxe ? Eh bien c'est l'Etat qui va récolter une taxe, et qui ensuite, quelques mois, quelques années plus tard, va répartir cette taxe aux Français selon des mécanismes qui lui appartiennent. Ce que nous souhaitons c'est que cette contribution de ces entreprises elle soit directe, c'est-à-dire qu'elle se fasse directement de l'entreprise vers les Français, c'est l'esprit d'ailleurs du premier geste, important, qui avait été fait par TOTAL avec une baisse de 10 centimes par litre du prix de l'essence à la pompe, nous souhaitons que ces efforts soient…

LORRAIN SENECHAL
Uniquement sur les autoroutes.

OLIVIER VERAN
Oui, nous souhaitons que ces efforts amplifiés et donc qu'il y ait quelque chose qui soit immédiatement visible et palpable, tangible, pour les Français. On continue de travailler, d'ici la fin de la semaine j'espère que nous pourrons faire des annonces.

NEÏLA LATROUS
Olivier VERAN, est-ce que vous avez les moyens de vous opposer à la taxe puisque de toute façon un certain nombre de groupes aujourd'hui le proposent et que tous ensemble, s'ils le votent, ils ont la majorité, à savoir la gauche, le RN, et même une partie de Renaissance ?

OLIVIER VERAN
Ma grand-mère disait, je suis sûr que la vôtre aussi, un bon tiens vaut mieux que deux tu l'auras, si nous arrivons devant les parlementaires, d'ici la fin de la semaine, avec des mesures qui montrent que nous avons travaillé avec les entreprises et que les Français sont directement bénéficiaires, sans avoir besoin de passer par la loi, sans attendre des mois que l'Etat mette en place une récolte de taxe, puis la redistribue…

NEÏLA LATROUS
Les entreprises c'est les pétroliers et les armateurs ?

OLIVIER VERAN
Je suis convaincu que nous saurons convaincre les parlementaires.

NEÏLA LATROUS
Les entreprises c'est les pétroliers et les armateurs ?

OLIVIER VERAN
Oui madame.

LORRAIN SENECHAL
Et ça veut dire qu'ils seront reçus à Bercy, comment va se faire cette concertation pour obtenir des… ?

OLIVIER VERAN
Comme se font toutes les concertations depuis que le monde est monde, les ministres travaillent, leurs administrations travaillent au contact des acteurs, des entreprises, pour leur dire voilà…

LORRAIN SENECHAL
D'accord, vous leur demandez de faire des propositions d'ici la fin de la semaine, c'est-à-dire de baisser leurs tarifs, que ce soit le…

OLIVIER VERAN
Je ne vous dis pas qu'on leur demande de faire des propositions, je vous dis que nous travaillons avec elles pour que des efforts supplémentaires puissent être accomplis au service des Français.

LORRAIN SENECHAL
Et encore une fois, efforts supplémentaires, ça veut dire baisser le litre à la pompe pour tout le monde chez TOTAL…

OLIVIER VERAN
Et qui soient encore une fois plus pragmatiques et efficaces qu'une nouvelle taxe, encore une fois, dont les effets ne seraient pas visibles à court terme. Ce qui intéresse les Français c'est d'avoir quelque chose la semaine prochaine, ce n'est pas qu'on leur dise qu'à partir du 1er janvier prochain l'État pourra collecter une taxe qui, quelques mois plus tard, pourra la reverser.

LORRAIN SENECHAL
On a pris date Olivier VERAN, porte-parole du gouvernement, vous restez avec nous, le Fil Info.

(…)

NEÏLA LATROUS
Avec toujours le pouvoir d'achat et les débats qui avancent, on peut le dire, assez lentement à l'Assemblée nationale. Une poignée d'articles adoptés à ce stade. Est-ce que le calendrier sera tenu ? Est-ce que vous souhaitez conclure, arriver au compromis le plus vite possible ? Ou est-ce que vous dites « ça prendra le temps que ça prendra » ?

OLIVIER VERAN
Il y a urgence pour le pouvoir d'achat des Français. Hier, il y a quand même des articles qui ont été votés fondamentaux en la matière. Les députés ont voté la hausse de 4 % des prestations sociales, des pensions de retraite, des minima sociaux. C'était très attendu. Je note avec étonnement, je sais d'où je viens politiquement, que la gauche s'est abstenue.

LORRAIN SENECHAL
En disant « ce n'est pas assez, ça acte une baisse de pouvoir d'achat parce que c'est moins que l'inflation ».

OLIVIER VERAN
Excusez-moi, j'ai été député socialiste pendant 5 ans. On se serait roulé dans tous les sens pour avoir l'opportunité de voter une hausse des pensions et des prestations sociales de 4 %.

LORRAIN SENECHAL
Mais je précise qu'il n'y a pas eu de blocage de la gauche qui s'est abstenue.

OLIVIER VERAN
Non, pas de blocage et tant mieux. Enfin heureusement. Vous imaginez la gauche dire « non, non, on ne veut pas que les retraites augmentent, on ne veut pas que le RSA augmente ». C'est impossible. Donc oui, il faut que ça avance un peu plus vite.

NEÏLA LATROUS
Mais sur la qualité des débats ?

OLIVIER VERAN
Après il y a des débats de qualité.

NEÏLA LATROUS
Les oppositions sont constructives dans l'ensemble ?

OLIVIER VERAN
Oui, pas toutes. Si je dis ça, je pense que je vais recevoir des coups de fil des députés de tous bords qui vont me dire « viens dans l'hémicycle, tu vas voir comme ça traîne », ce n'est pas ça que je regarde. Ce que je regarde, c'est que les articles sont votés les uns après les autres.

NEÏLA LATROUS
On entend dire dans votre majorité qu'un certain nombre sont surpris, inquiets de la stratégie du Rassemblement national qui veut se montrer comme un parti responsable, qui vote précisément ces articles. Vous avez été surpris quand Marine LE PEN a dit « on votera un paquet de mesures » ? Est-ce que ça fait d'elle quelqu'un qui est responsable ? Est-ce que ça fait du Rassemblement national un parti de gouvernement ?

OLIVIER VERAN
Ça fait d'elle quelqu'un qui veut passer pour responsable. De toute façon, l'extrême-droite s'est toujours déguisée et maquillée pour atteindre le pouvoir. Enfin ce n'est pas nouveau, ce n'est pas un fait historique montrer qu'on est capable de se notabiliser. Mais la violence du RN, elle repose dans les idées, dans la conception, dans l'histoire.

NEÏLA LATROUS
Vous dites « je ne suis pas dupe ».

OLIVIER VERAN
Dans les discours aussi de celles et ceux qui portent les couleurs du RN à l'Assemblée nationale. Enfin, il faut quand même écouter ce qu'ils disent quand on leur donne le micro et qu'ils relâchent un peu leur attention et leur vigilance et qu'ils se montrent tels qu'ils sont vraiment.

LORRAIN SENECHAL
Olivier VERAN, porte-parole du Gouvernement, la Russie a finalement rouvert le gaz ce matin vers l'Europe. Est-ce que c'est d'abord une bonne nouvelle pour notre économie ?

OLIVIER VERAN
Nous nous attendons toujours à ce que la Russie coupe le gaz à destination de l'Europe à tout moment, peut-être d'ici cet automne, d'ici cet hiver. Pourquoi je dis ça ? Nous attendre à ce que ça arrive nous pousse et nous améliore, je dirais, dans l'anticipation à l'échelle européenne et nationale de comment est-ce qu'on réagira le jour où ça arrivera. C'est-à-dire que concrètement, on est en train de faire des stocks beaucoup plus vite de gaz pour être capable de passer l'hiver dans les meilleures conditions possibles.

LORRAIN SENECHAL
On en est à combien de stocks en France ? 70 % à peu près à ce stade ?

OLIVIER VERAN
Oui. Normalement on a un objectif d'atteindre 85 % et l'Europe s'est fixé comme objectif d'atteindre les 100 %. Ce qui veut dire, et c'est pour ça que je tiens ce discours qui est important et qui finalement est honnête et sincère devant les Français, qu'il faut qu'on fasse des petites économies, des petites attentions du quotidien quand on est citoyen, alors qu'on demande aussi évidemment aux services de l'Etat, aux collectivités, aux entreprises de faire déjà des efforts pour l'énergie qu'on économise aujourd'hui on n'en manque pas quand il fera froid dans notre pays.

NEÏLA LATROUS
Il y aura des entreprises qui seront favorisées par rapport à d'autres s'il faut, à un moment, faire des arbitrages en termes de consommation d'énergie ?

OLIVIER VERAN
Non. Ce qui est prévu, c'est un dispositif – je cherche un nom – presqu'un dispositif coupe-feu. C'est-à-dire que si on était dans une situation de très grande détresse énergétique en matière d'électricité notamment, si on voyait qu'il commençait à y avoir des tensions à un moment donné avec une sur-demande par rapport à ce que le système est capable d'offrir, de présenter, c'est plutôt un système de re-routage d'une partie de flux d'énergie de certaines entreprises très, très consommatrices – très, très consommatrices - et de façon très temporaire. Donc il ne s'agit pas du tout…

LORRAIN SENECHAL
Est-ce qu'elles ont été identifiées, ces entreprises ?

OLIVIER VERAN
Oui. Il y a des plans de continuité de l'Etat qui existent y compris en matière énergétique. Il y a certains systèmes, je ne vais pas vous faire la liste ici. Je ne sais pas si elle est publique, peu importe. Ce que je veux dire, c'est qu'on n'est pas en train de dire qu'on se prépare à couper le jus pour des entreprises. Ce qu'on dit, c'est que si vraiment il y a des moments de très fortes tensions, on est capable de les anticiper, on suit ça avec des outils sur la ligne. Ce n'est pas le cas aujourd'hui, mais si demain ça devait arriver quand soit en mesure de détourner un tout petit peu…

NEÏLA LATROUS
La Commission européenne dit, il faut…

OLIVIER VERAN
Mais pas au détriment des Français.

LORRAIN SENECHAL
Les ménages sont toujours protégés.

OLIVIER VERAN
J'ai vu, je ne sais pas, je crois que c'était dans Médiapart, ils disaient qu'on préparait un décret pour couper l'électricité. Non, ça n'existe pas.

NEÏLA LATROUS
Vous démentez, il n'y a pas de décret.

OLIVIER VERAN
Non, non, bien sûr.

NEÏLA LATROUS
La Commission européenne a présenté hier justement un plan pour économiser, en tout cas qui préconise de réduire de 15 % la consommation de gaz. L'Espagne a déjà dit non, la Pologne est contre aussi. Que dit la France ?

OLIVIER VERAN
Elle ne s'est pas encore prononcée, on le fera à notre tour.

NEÏLA LATROUS
15 %, vous dites oui. Ou vous dites « on se prononcera au retour » ?

OLIVIER VERAN
Non, non. J'ai dit on ne s'est pas encore prononcé sur la question, on n'a pas fait de rendu à la Commission européenne.

LORRAIN SENECHAL
Sachant que le plan pour l'instant du gouvernement, c'est de réduire de 10 % en deux ans la consommation d'énergie.

OLIVIER VERAN
Oui, on est plutôt dans ces eaux-là. Après, au regard de ce que propose la Commission… Parce que là, moi je pense que la position française sera celle qui sera tenue, mais pour vous donner un exemple : vous baissez d'un degré de radiateurs, vous faites déjà 7 % d'économies de gaz. Ça va très vite en fait.

NEÏLA LATROUS
Mais ça, la Commission le préconise aussi. Elle parle d'u paquet pour les particuliers et pour les entreprises mais elle dit aussi 15 % de gaz en moins pour tous.

OLIVIER VERAN
Oui. Mais là déjà, vous avez une baisse pour tous de 7 % de la consommation de gaz si vous avez une baisse d'un degré du radiateur. C'est pour citer un exemple parmi d'autres. Vous savez, je regardais – ce qui n'est pas inintéressant - dans les années 70, et les auditeurs qui nous écoutent qui s'en souviennent pour un certain nombre, il y avait eu les chocs pétroliers. Le prix du baril de pétrole avait augmenté.

LORRAIN SENECHAL
« En France on n'a pas de pétrole mais on a des idées », on est revenu à cette époque-là ?

OLIVIER VERAN
Non. Justement on n'y est pas revenu parce que d'abord il y avait des mesures de contraintes, ce qui n'est pas le cas, et ensuite il y a eu des mesures pédagogiques. C'est sous GISCARD. Et vous aviez Monsieur Gaspi, il y avait des centres dans les stations-service d'autoroutes pour expliquer aux gens comment on consommait moins. Eh bien à l'époque, ils avaient réussi juste avec de la pédagogie à épargner 220 000 barils de pétrole. 220 000 barils de pétrole.

LORRAIN SENECHAL
Ils avaient aussi limité la vitesse sur les routes par exemple. Est-ce que c'est une des mesures qu'on pourrait prendre ?

OLIVIER VERAN
Alors avant GISCARD, ils avaient mis des mesures de contrainte. Quand GISCARD est arrivé, ils ont dit « on va faire de la pédagogie, on va y arriver tous ensemble ». Et en plus, on a un peu perdu le fil de ça ; c'est-à-dire qu'on est dans une surconsommation d'énergie, de carburant, de tout ce que vous voulez, on dépense sans compter. En euros constants, l'essence coûte moins cher aujourd'hui qu'elle ne coûtait à l'époque, même si factuellement elle coûte plus cher mais en euros constants, c'est-à-dire par rapport aux revenus moyens, elle a plutôt baissé. Et donc, on a tendance à avoir une consommation… Or pour la planète, parce qu'il fait très chaud dehors, pour la transition énergétique, la lutte contre le réchauffement climatique, c'est mieux si on reprend des bons réflexes, donc c'est la période. C'est pour ça que je dis aux Français : si vous n'êtes pas chez vous, vous partez en week-end ou en vacances, débranchez un certain nombre de prises. Ça vous prend 3 secondes et, en fait, ça fait baisser votre facture d'électricité et ça fait de l'épargne énergétique et ça nous permet d'être efficace.

LORRAIN SENECHAL
Mais est-ce que ça veut dire que pour l'instant, vous excluez de réduire la vitesse maximale autorisée sur les autoroutes par exemple ?

OLIVIER VERAN
Non. Il n'y a pas de plan caché de réduction forcée ou de mesures de contraintes etc. Il y a encore ce message d'information, de vigilance, d'expliquer ce qu'on fait. On refait les stocks à toute vitesse.

LORRAIN SENECHAL
Et vous dites aussi aux Français : il faut moins prendre l'avion par exemple quand on part en vacances qu'on le faisait auparavant ?

OLIVIER VERAN
Si ça faisait partie des messages officiels, je vous les passerais. Là, vous ne posez pas la question au porte-parole du Gouvernement, c'est est-ce qu'il faut qu'on fasse attention à nos consommations énergétiques que ça passe par l'avion ou non. De toute façon, il faut qu'on fasse des gestes pour la planète. Mais ça, c'est même sans rapport avec la question immédiate de la guerre ukrainienne.

LORRAIN SENECHAL
Olivier VERAN, porte-parole du Gouvernement, vous restez avec nous.

(…)

NEÏLA LATROUS
Toujours avec Olivier VERAN, porte-parole du Gouvernement, ministre délégué chargé du Renouveau démocratique aussi, on va y venir. Le Sénat a rétabli hier soir la possibilité d'un contrôle sanitaire aux frontières, alors très conditionné, et puis ce certificat sanitaire n'a rien à voir avec le dispositif précédent puisqu'il pourrait se réduire à un simple test négatif en cas d'apparition de variant dangereux. Est-ce que c'est une rédaction qui vous satisfait, est-ce que c'est une protection suffisante aux yeux du Gouvernement ?

OLIVIER VERAN
Déjà il y a du retour un peu de sérieux, et je salue le travail des sénateurs en la matière. Je rappelle que les députés des oppositions avaient voté contre la possibilité de faire des tests, d'exiger des tests, ou la preuve d'une vaccination aux frontières en cas d'émergence d'un nouveau variant particulièrement dangereux… honnêtement, quand on quand on redit les choses calmement, on se demande qui a pu voter contre ça. Les sénateurs ne pouvaient pas décemment reprendre la version de l'Assemblée nationale qui avait été supprimée notamment par les députés LR, parce que c'est la majorité LR qui est au Sénat, donc ils ont fait un travail de re-rédaction, qui permet d'aller vers la disposition essentielle, c'est-à-dire qu'on pourra à nouveau imposer la réalisation et la présentation d'un test négatif aux frontières, et on protège aussi les Outre-mer, donc l'essentiel est sauf.

LORRAIN SENECHAL
Et la réintégration des soignants non vaccinés c'est aussi réintroduit par les sénateurs y compris de droite, qu'est-ce que ça vous évoque, alors que l'Académie de médecine y est opposée, le Conseil scientifique également, et on attend l'avis de la Haute autorité de santé ?

OLIVIER VERAN
Les sénateurs n'ont pas réintroduit les soignants, ils ont posé la question…

LORRAIN SENECHAL
La possibilité de réintroduire les soignants non vaccinés.

OLIVIER VERAN
Oui, ça s'appelle l'état du droit actuel, donc c'est un amendement qui ne change pas l'état du droit. Le Conseil scientifique s'est prononcé sur la question, disant « pas de réintégration des soignants, ce n'est ni éthique, ni justifié ». Le Conseil scientifique dit très clairement que ça n'a pas d'impact sur l'offre de soins, ils ont appelé les chiffres que j'avais donnés, à savoir que c'est 75 médecins et pharmaciens dans toute la France, pour le système hospitalier, qui sont concernés…

LORRAIN SENECHAL
Et quelques centaines d'infirmiers.

OLIVIER VERAN
Et qu'il y a quelques centaines d'infirmiers, sur 230.000, donc ce n'est pas ça qui compte, et surtout le Conseil scientifique rappelle, et ils ont raison, que cette réintégration serait très mal acceptée par des millions de soignants qui eux sont vaccinés et protégés pour leurs malades.

LORRAIN SENECHAL
Selon vous la droite ne suit plus l'avis des médecins, c'est uniquement une décision politique, là, qui est prise ?

OLIVIER VERAN
Si c'est une décision politique je ne la comprends pas, parce qu'elle ne s'adresse pas au plus grand nombre, quand on prend une décision politique en général c'est qu'on se dit qu'on va avoir une majorité de Français derrière nous, je sais qu'il n'y a pas une majorité de soignants derrière eux, ça c'est clair, et je ne crois pas qu'il y ait une majorité de Français qui considèrent que l'urgence, alors qu'on est encore dans une 7e vague, c'est de permettre à des soignants potentiellement contaminés et non vaccinés de se retrouver face à des patients cancéreux dans les hôpitaux.

NEÏLA LATROUS
Olivier VERAN, je le rappelais à l'instant, vous êtes porte-parole du Gouvernement, mais aussi ministre délégué chargé du Renouveau démocratique, vous êtes donc chargé du Conseil national de la refondation souhaité par le président. Est-ce que vous y voyez plus clair sur ce que sera ce Conseil, quel sera son rôle, comment il s'organise ?

OLIVIER VERAN
Oui.

NEÏLA LATROUS
Est-ce que vous pouvez nous en dire plus ?

OLIVIER VERAN
Oui, je peux vous en dire plus. On prévoit un début, un lancement, au cours de la deuxième semaine de septembre logiquement, ça ne sera pas du « one shot », c'est-à-dire qu'il y aura plusieurs, évidemment, réunions. Le grand cadrage, les grands principes, c'est partager les diagnostics à l'échelle de la nation, sur des grands enjeux, notamment les enjeux prioritaires pour le président de la République et pour Elisabeth BORNE la Première ministre, le chantier de la santé, le chantier de l'éducation, le chantier de la perte d'autonomie…

NEÏLA LATROUS
C'est un conseil qui n'aura pas vocation à se saisir de tous les sujets, c'est les grands sujets structurants du prochain quinquennat ?

OLIVIER VERAN
Oui, ce n'est ni un préalable, ni un substitut au Parlement, il va associer les responsables des groupes des partis politiques, les responsables des groupes parlementaires, des responsables des représentants d'associations d'élus, des territoires, c'est important, des représentants des corps intermédiaires, les syndicats, en partenariat avec le Conseil économique social et environnemental, et il va travailler y compris dans des secteurs particuliers, j'ai cité tout à l'heure la santé ou l'école, en réunissant des experts, en auditionnant, en partageant des lignes directrices, ce n'est pas une structure qui va voter des textes, c'est une structure qui va permettre de produire des données, de les partager avec les Français.

LORRAIN SENECHAL
Ça ressemble à la Convention citoyenne sur le climat, mais cette fois-ci pas avec la même composition…

OLIVIER VERAN
Pas du tout avec la même composition.

LORRAIN SENECHAL
Mais c'est la même chose, on fait venir des experts pour éclairer en quelque sorte…

OLIVIER VERAN
Oui, et puis ça veut dire aussi comme vous travaillez à la fois avec des représentants nationaux, y compris ceux qui vont voter les lois, et que vous travaillez dans le même mouvement avec les représentants locaux, qu'ils soient élus locaux ou syndicats, etc., vous préparez avant même d'avoir adopté des textes, d'ailleurs certains seront réglementaires et ne passeront pas par la loi, vous préparez leur mise en application concrète sur le terrain, pour ne pas perdre de temps et pour vérifier que ce qui est décidé au niveau national est adapté aux situations locales, et ça va nous permettre aussi d'expérimenter, ce que le président de la République avait fait avec succès à Marseille, « Marseille en grand », nous allons pouvoir le déployer aussi sur le territoire.

LORRAIN SENECHAL
Sauf que LR a déjà dit non, que ce soit pour le groupe au Sénat, ou le groupe à l'Assemblée.

OLIVIER VERAN
Mais, je ne comprends pas la politique de la chaise vide en la matière, je suis sûr que c'est quelque chose qui peut se corriger, se modifier, et que les LR ils ont toute leur place dans le débat public et dans le débat politique…

NEÏLA LATROUS
Vous avez bon espoir de les faire revenir au CNR ?

OLIVIER VERAN
Ben oui ! Oui, si vous avez tous les représentants de la nation, locaux, nationaux, les syndicats, etc., il ne peut pas manquer un parti comme le parti des LR.

LORRAIN SENECHAL
Y compris le Rassemblement national, y compris la France insoumise, Olivier VERAN, dont vous dites qu'ils ne sont pas dans l'arc républicain, le Rassemblement national et la France insoumise sont conviés aussi à ce CNR ?

OLIVIER VERAN
...Ils ont des groupes politiques à l'Assemblée, donc…

LORRAIN SENECHAL
Et vous avez une réponse de leur part, ils ont déjà dit qu'ils… par exemple vos relations avec le Rassemblement national sont assez froides, c'est peu de le dire.

OLIVIER VERAN
Les miennes ?

LORRAIN SENECHAL
Oui, les vôtres.

OLIVIER VERAN
Personnelles, glaciales, mais ils me le rendent bien.

LORRAIN SENECHAL
Et pourtant vous êtes assuré qu'ils vont participer au CNR.

OLIVIER VERAN
Ce n'est pas assurer qu'ils vont participer au CNR, je vous ai expliqué les grands principes, je ne fais pas l'annonce de la composition précise et des conditions dans lesquelles le CNR va se réunir, je vous explique le principe tel qu'il a été souhaité par le président de la République, tel que je l'entends.

NEÏLA LATROUS
Vous allez lancer les invitations bientôt, si je comprends bien, Olivier VERAN.

OLIVIER VERAN
D'ici septembre, oui.

NEÏLA LATROUS
Lors du débat d'entre deux tours Emmanuel MACRON avait aussi évoqué une commission transpartisane pour réfléchir à un changement de Constitution, à une rénovation de la Constitution, est-ce que là aussi vous y voyez plus clair, où ça en est ?

OLIVIER VERAN
Changer la Constitution, il faut une majorité très large dans les deux Assemblées…

NEÏLA LATROUS
Des deux tiers.

OLIVIER VERAN
Bon là on a la majorité absolue ni dans l'une, dans l'autre des chambres, donc ça veut dire que si on veut réformer la Constitution, il va nous falloir un consensus national très fort, ça tombe bien on aime bien aller rechercher des consensus. Donc, est-ce que c'est la priorité du moment ? Je ne suis pas certain, c'est au président de la République qu'il reviendra de toute façon d'exprimer le souhait que ce soit un dossier prioritaire du quinquennat ou qu'il soit retardé après d'autres réformes, voilà. Je crois qu'aujourd'hui on est aussi collectivement tourné, au-delà des crises sanitaires, on en a parlé, des incendies dont on n'a pas parlé, et de l'enjeu du pouvoir d'achat, nos efforts sont aussi tournés vers le travail, vers l'emploi, à l'heure où on va pouvoir parler du plein emploi, à l'heure où nous avons augmenté la création d'emplois dans notre pays, de manière record, avec une majorité de CDI pour la première fois dans dans l'histoire de notre pays…

LORRAIN SENECHAL
Donc il y a d'autres priorités que de réformer la Constitution à l'heure actuelle.

OLIVIER VERAN
Tout est prioritaire, mais aujourd'hui si on veut lutter contre la misère, si on veut réduire les inégalités sociales, et si on veut que les finances de l'État se portent bien, pour plus de dépenses pour l'école et la santé, il faut que les Français soient davantage au travail, donc fournir aux Français un travail quand ils n'en ont pas, ça tombe bien, il y a beaucoup d'entreprises qui ne trouvent plus aujourd'hui de salariés pour fonctionner, on ne peut pas tout lister, mais ça, là, c'est quand même aussi une des grosses priorités du moment.

LORRAIN SENECHAL
Olivier VERAN merci beaucoup, porte-parole du Gouvernement, bonne journée.