Interview de M. Marc Fesneau, ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire, à France Bleu Armorique le 13 septembre 2022, sur les conséquences de la sécheresse pour les éleveurs, la rémunération des agriculteurs face à la grande distribution et l'agriculture biologique.

Texte intégral

 

BASTIEN MICHEL
Alors que le SPACE, le Salon international de l’élevage, ouvre ses portes ce matin, au Parc Expo de Rennes, invité exceptionnel, sur France Bleu Armorique, nous recevons le ministre de l’Agriculture. Et vous pouvez d’ailleurs participer à cet échange et poser vos questions en appelant maintenant le standard : 02 99 67 35 35.

DELPHINE SEVENO
Bonjour Marc FESNEAU.

MARC FESNEAU
Bonjour.

DELPHINE SEVENO
Merci encore d’être l’invité de France Bleu Armorique ce matin.

MARC FESNEAU
Merci à vous.

DELPHINE SEVENO
Donc pour le SPACE, qui réunit pendant trois jours à Rennes les professionnels de la filière agricole, un Salon qui s’ouvre dans un contexte difficile, c’est le cas régulièrement malheureusement, puisque, déjà, on va parler de la sécheresse de cet été, qui n’a pas épargné et qui n’épargne d’ailleurs toujours pas la Bretagne, notre région. Certains éleveurs doivent déjà utiliser leur stock de fourrage de l’hiver, est-ce que l’Etat va les aider parce que l’hiver et les mois qui arrivent s’annoncent déjà difficiles pour eux ?

MARC FESNEAU
Oui, bien entendu, ce à quoi on assiste, c’est depuis cet été, enfin, depuis le printemps, à vrai dire, une pluviométrie qui est faible, et deuxièmement, des événements caniculaires qui ont dégradé profondément la capacité à produire du fourrage, au sens général du terme, prairie, maïs et autres, et qui fait que les agriculteurs et les éleveurs ne se trouvent pas dans la situation de pouvoir alimenter leur bétail comme ils le font par un cycle naturel. Donc il y a un problème, ça a été dit, j’ai eu une rencontre hier avec la filière laitière en particulier, et aujourd’hui, je rencontrerai l’ensemble des filières, un problème de trésorerie, parce que, finalement, ils sont obligés dès aujourd’hui de s’alimenter avec de l’alimentation qui vient de l’extérieur de l’exploitation. Et donc on est en train d’y travailler, premier élément, on débloque une somme plus importante sur la PAC, à partir du 16 octobre, ça fera de la trésorerie, deuxièmement élément, processus classique, si je peux dire malheureusement, des calamités naturelles, calamités agricoles, qui vont faire en sorte que là aussi, on essaie de débloquer des moyens. Il faut qu’on ait quand même aussi un état des lieux, et tant que la saison de pousse, y compris notamment des prairies, n’est pas finie, on ne peut pas avoir un état des lieux, mais on va accélérer, l’objectif, c’est d’accélérer le processus pour faire en sorte, le processus normal, c’est mars, avril pour le paiement, qu’on ait un délai plus court...

DELPHINE SEVENO
Ah oui, parce que mars, avril, c’est dans longtemps…

MARC FESNEAU
Mais, c’est le processus classique en fait. C’est la procédure depuis des années, ce n’est pas nouveau. Et donc on va essayer de raccourcir le délai pour faire en sorte qu'on ne trouve pas des agriculteurs en situation d'impasse, parce que, ce à quoi ça peut aboutir, c'est simple, c'est qu'un certain nombre d'éleveurs décapitalisent, c'est-à-dire qu'ils vendent du bétail pour pouvoir simplement alimenter le reste du troupeau. Et donc ça, c’est un élément sur lequel…

DELPHINE SEVENO
Avec une baisse du cheptel…

MARC FESNEAU
Avec une baisse du cheptel, et donc une baisse de souveraineté à la fin, et donc, on a besoin de travailler là-dessus, et on est en train d'y travailler.

DELPHINE SEVENO
Et surtout que ce problème finalement de la sécheresse et des conséquences donc pour les stocks n'est pas le seul problème des agriculteurs en ce moment, on a tous ce problème du prix de l'énergie, et pour les agriculteurs aussi, les matières premières, les prix augmentent dans presque toutes les filières, comment on fait, là aussi, on aide les éleveurs bretons, français à passer cette crise énergétique ?

MARC FESNEAU
Alors, une première série de mesures, qui ont été prises dès le printemps, un plan de résilience sur l'alimentation animale alors qui touchait, pour être très précis, plutôt le porc et la volaille…

DELPHINE SEVENO
Et le porc nous concerne en Bretagne évidemment.

MARC FESNEAU
Et le porc vous concerne en Bretagne, ça ne m'avait pas échappé. Plus de 500 millions d'euros pour amoindrir les effets de la hausse de l'alimentation, et puis, on est en train de recalibrer, il y a des besoins énergétiques y compris pour les industries de transformation, de lait et autres, on est en train de recalibrer un dispositif qui permettra d'essayer de passer ce cap dans les meilleures conditions. Et puis, il y a un troisième sujet qui va avec ce que vous dites, à la vérité, c'est la question du prix et de la rémunération, en particulier, sur le lait, comme vous le savez, il y a un dialogue qui ne qui trouve pas son aboutissement avec la grande distribution…

DELPHINE SEVENO
Entre les producteurs et la grande distribution…

MARC FESNEAU
Et qui fait qu’aujourd’hui, la rémunération n'est pas au rendez-vous, et dans une situation déjà tendue, liée à l'augmentation des coûts et à la sécheresse, il faut que chacun prenne ses responsabilités.

DELPHINE SEVENO
Alors, avant de reparler, Marc FESNEAU, de cette loi Egalim, qui existe et qui doit normalement réguler ces problèmes, on va accueillir un premier auditeur, puisque l'antenne vous est ouverte ce matin à l'occasion donc de l'invitation que nous avons donnée au ministre de l'Agriculture, Marc FESNEAU.

BASTIEN MICHEL
02 99 67 35 35, si vous avez une question à poser au ministre de l'Agriculture, comme c'est le cas d'Olivier, tout près de Fougères. Bonjour Olivier.

DELPHINE SEVENO
Bonjour.

OLIVIER
Oui, bonjour.

BASTIEN MICHEL
Alors, vous avez des questions autour de l’agriculture bio, on vous écoute.

OLIVIER
Oui, tout simplement, aujourd’hui, l’avenir bio est dans un avenir très incertain, tout simplement parce que les prix ne sont pas rémunérateurs, moi, je suis agriculteur en lait, dans les oeufs, on a une ferme biologique, et aujourd’hui, je voulais savoir quelles étaient les possibilités aujourd’hui pour que l’agriculture biologique ne s’éteigne pas tout simplement parce qu’on est dans une période très critique, ça peut être périodique, sauf que c’est sur du long terme aujourd’hui, et je voulais savoir quels étaient les leviers que le ministre pouvait apporter sur du court terme, et bien sûr, sur le long terme, c’est ce qui nous importe le plus.

DELPHINE SEVENO
Eh bien, Olivier, merci pour votre question. Et Marc FESNEAU vous répond tout de suite en direct sur France Bleu Armorique.

MARC FESNEAU
Ce qui vient d’être dit par votre auditeur est très juste, la filière bio est une des celles qui souffre le plus de l'augmentation des prix de matières premières, c'est 10, 15, 20 30% parfois de réduction dans la grande distribution en termes de consommation, donc on a un problème conjoncturel et un problème structurel. Le problème conjoncturel, il y a des dispositifs qui rentrent en oeuvre, vous savez, le plan qui a été voté par le projet de loi de finances rectificative cet été, qui vise à amoindrir les coûts de l'inflation avec une aide de 100 euros par foyer, plus 50 euros par personne à l'intérieur du foyer, ça, c'est un élément…

DELPHINE SEVENO
Pour que les consommateurs puissent acheter du bio notamment…

MARC FESNEAU
Pour que les consommateurs puissent retrouver de la marge pour acheter du bio éventuellement, donc ça, c'est un élément conjoncturel. Et puis, deuxième élément d'un point de vue plus structurel, je ne suis pas sûr que ça soit uniquement une crise qui soit liée, pour le bio, et qui est réelle, une crise qui soit liée à la conjoncture, je pense qu'on a peut-être un travail à faire structurel pour regarder comment on positionne le bio dans la gamme des produits qui sont proposés…

DELPHINE SEVENO
Non, mais en le soutenant plus par exemple, Marc FESNEAU ?

MARC FESNEAU
En le soutenant, en faisant de la communication qui permet d'inciter à la consommation de produits bio, et en cherchant le positionnement, il y a des circuits courts, il y a d'autres signes de qualité, il y a des produits qui sont moins impactés que d'autres, par exemple, les fruits et légumes sont moins impactés que les cultures sur lesquelles est notre interlocuteur …

DELPHINE SEVENO
Que le lait…

MARC FESNEAU
Et notre auditeur. Donc on a besoin de travailler et de structurer avec eux, mais je pense qu'on a besoin, d'abord, de montrer l'intérêt du bio dans la panoplie des produits agricoles, il n'y a pas que du bio, mais chacun doit pouvoir trouver sa place, et c'est vrai que le bio dans cette crise est particulièrement impacté.

DELPHINE SEVENO
Mais plus généralement, Marc FESNEAU, ce prix des éleveurs laitiers, il n'est pas rémunérateur en France, qu'on soit dans le bio ou dans le conventionnel, en tout cas, il l'est moins que dans certains autres pays européens, là, il y a aussi beaucoup d'attente, on va rappeler qu'en Ille-et-Vilaine, on est le premier département laitier de France…

MARC FESNEAU
Oui, nous en parlions hier. C'est le résultat…

DELPHINE SEVENO
Vous étiez sur une exploitation laitière d’Ille-et-Vilaine…

MARC FESNEAU
Pardon, on en parlait hier dans une exploitation laitière en Ille-et-Vilaine, le prix n'est pas au rendez-vous. Alors, ce que vous avez dit, en France, et versus pays européens, vous avez tout à fait raison, il y a parfois les mêmes centrales d'achat d'ailleurs, dépendant parfois des mondes groupes qui, à l'extérieur de nos frontières, et pas au bout du monde, payent 500 euros les 1.000 litres et chez nous, on est encore parfois largement en dessous, 420, 430…

DELPHINE SEVENO
427, oui…

MARC FESNEAU
420, 430. Il y a deux choses à faire, d'abord, moi, je ne réunis chaque semaine avec mes collègues de Bercy la structure de réunion des négociations commerciales pour faire un point d'étape, et mettre de la pression dans le tube, si vous me permettez cette expression, pour faire en sorte que les hausses soient passées et qu'on tienne bien compte de la hausse des charges pour les éleveurs. Deuxième élément, c'est un débat d'opinion, il faut qu'on se dise une chose simple, si jamais il n’y a pas de rémunération, au bout, il n’y a pas souveraineté.

DELPHINE SEVENO
Donc là, c’est le message pour les consommateurs, il faut accepter qu'on paye aussi notre lait plus cher par exemple ?

MARC FESNEAU
Ce n’est pas un message donneur de leçon, c'est juste un message de : dans notre acte de consommation, je sais qu'il y a des gens qui nous écoutent, qui ont des moyens qui sont limitées.

DELPHINE SEVENO
Et qui le sont peut-être encore plus maintenant en cette rentrée…

MARC FESNEAU
Et qui le sont plus encore. Alors, c’est pour ça d’ailleurs qu'on aide puissamment dans les textes que je j'ai évoqués tout à l'heure, mais, chacun par notre acte, mais ce n'est pas qu'un message aux consommateurs, c'est un message aussi aux distributeurs, la grande distribution ne peut pas se plaindre de ne pas trouver tous les produits qu'elle voudrait pour offrir à ses consommateurs si elle ne rémunère pas…

DELPHINE SEVENO
Correctement les producteurs…

MARC FESNEAU
Correctement l’amont. Donc on a besoin d'avoir une prise de conscience collective, les consommateurs ont leur part, mais ce n’est pas les seuls. La grande distribution va prendre sa part, et je note avec plutôt intérêt, pour ne pas dire satisfaction, le fait qu'un certain nombre de grandes enseignes se sont positionnées ces derniers jours pour dire qu'elles étaient prêtes à aller jusqu'à 500 euros les 1.000 litres. Et donc ils ont commencé à s'aligner sur la question de la rémunération. Le prix, c’est la souveraineté. Et donc il faut que chacun dans la chaîne…

DELPHINE SEVENO
Et c’est l’avenir de nos agriculteurs français.…

MARC FESNEAU
Oui, et c’est ce qui fait vivre nos agriculteurs…

BASTIEN MICHEL
Marc FESNEAU, ministre de l'Agriculture est notre invité ce matin sur France Bleu Armorique, vous pouvez lui poser vos questions : 0 2 99 67 35 35. Bonjour Gilles, à Bron.

GILLES
Oui, bonjour à toute l’équipe.

BASTIEN MICHEL
Votre question s’il vous plaît.

GILLES
Donc ma question, avec la crise agricole, c'est évident que le gouvernement devra donner des aides pour aider les agriculteurs qui ont de moins en moins de revenus, alors comment le gouvernement pourra-t-il donner des aides quand on sait qu'il a donné énormément pour le Covid, et quand on entend dire qu'il n’y aura pas d'augmentation en impôt, on ne peut pas le croire, c’est évident que, nous, les petits Français moyens, nous paierons plus d’impôt, pour les aides aux agriculteurs.

DELPHINE SEVENO
On va laisser le ministre de l’Agriculture répondre. Merci Gilles pour votre appel sur l’antenne de France Bleu Armorique.

MARC FESNEAU
Il n’y a pas de corrélation entre le soutien aux agriculteurs et les augmentations d’impôt, alors, il y a une vieille histoire, beaucoup s’en souviennent sans doute, de vos auditeurs, c’est un impôt sécheresse en 76, ce n'est pas du tout ce qui est sur la table, évidemment, on va être au rendez-vous, ce que je disais tout à l'heure, des aides aux agriculteurs, et je rappelle, sur la filière, on n'en a pas parlé, l'influenza aviaire, c'est un milliard, quasiment…

DELPHINE SEVENO
J’allais vous en parler, la grippe aviaire…

MARC FESNEAU
Un milliard deux qui ont été mis sur la table. Sur la question de la crise énergétique et de ses effets sur l’alimentation animale, c’est 500 millions. Je pourrais multiplier les dispositifs qui ont été mis en place, parce que c’est l’urgence, et parce que c’est une question de souveraineté, parce que si on n’aide pas les agriculteurs, beaucoup arrêteront leurs activités, ou en tout cas, arrêteront certaines de leurs activités. Donc on sera au rendez-vous, comme je vous l’ai dit tout à l’heure, sur les calamités agricoles, et on verra s’il faut adjoindre d’autres dispositifs…

DELPHINE SEVENO
Mais il y aura aussi une aide pour les consommateurs…

MARC FESNEAU
Que notre auditeur ne s’inquiète pas, ça n’est pas une question d’augmentation d’impôt, l’Etat est au rendez-vous de la solidarité comme il l’a toujours été.

DELPHINE SEVENO
Mais Marc FESNEAU, vous parlez de ces dispositifs, donc au coup par coup, finalement, selon les aléas, selon les prix, est-ce qu’il ne faut pas voir sur le long terme, et là, j’ouvre u peu sur le SPACE, dont le thème cette année, pour 2022, c’est justement c’est le climat, l’agriculture de demain finalement, est-ce que cette sécheresse qu’on a en 2022, est-ce qu’on ne l’aura pas en 2023, 2024 ?

MARC FESNEAU
Mais vous avez raison, mais ce n’est pas : mais est-ce qu’il ne faut pas, c’est : et il faut.

DELPHINE SEVENO
Et il faut, donc on aide…

MARC FESNEAU
C’est à la fois traiter la conjoncture…

DELPHINE SEVENO
Au moment…

MARC FESNEAU
Au moment, parce que moi, je ne laisserai pas un éleveur, un agriculteur dans une situation de détresse suffisamment puissante pour que lui-même arrête son activité. Et puis, deuxième élément, il faut penser à l’avenir. L’épisode climatique que nous traversons, vous avez raison de dire qu’il n’est pas terminé, il montre quoi, que le dérèglement climatique s’accélère, est à l’oeuvre, et qu’il a des conséquences en premier chef, parce que l’agriculture, c’est une activité qui se déroule à ciel ouvert, c’est une des rares activités économiques qui est dépendante totalement ou très dépendante en tout cas de la météorologie ; et donc c’est vrai que c’est ce que je vais regarder aujourd’hui, ce que je vais découvrir aujourd’hui, c’est tout ce que font les filières pour s’adapter au dérèglement climatique, 1°). Et puis, 2°) : pour lutter contre le dérèglement climatique, c’est tout ce qui est l’enjeu de la captation de carbone, de la décarbonation…

DELPHINE SEVENO
Mais c’est les filières qui vont apporter les solutions ?

MARC FESNEAU
Non, mais c’est avec les filières qu’on y travaille, eh bien, ça ne peut pas se faire contre elles, et donc c’est avec elles qu’on construira..., il y a France 2030, dans lequel on met des moyens importants à l’agriculture, et c’est une nouveauté que stratégiquement, on se dise que l’agriculture est un enjeu pour demain. Et donc on a mis des moyens dans France Relance, on met des moyens dans France 2030, qui vont permettre de faire face à ce dérèglement, c’est le changement de pratiques agricoles, c’est les évolutions techniques ou technologiques, c’est tout ça sur lequel il faut qu’on travaille, parce qu’avec un climat qui va se modifier, comme il l’est, évidemment, il faut qu’on ajuste les choses.

DELPHINE SEVENO
Et qu’on voie sur le long terme…

MARC FESNEAU
Et qu’on voie sur le long terme. C’est toujours la difficulté de résoudre le court terme et d’en même temps arriver à travailler sur le long terme, et je sais que beaucoup d’agriculteurs, c’est compliqué, mais c’est ce sur quoi il faut qu’on travaille.

BASTIEN MICHEL
Marc FESNEAU, vous êtes ministre de l’Agriculture, 07h56, c’est le moment de notre rendez-vous « Circuits Courts » sur France bleu Armorique, tous les matins, on donne la parole directement aux restaurateurs, aux producteurs de Bretagne. Aujourd’hui, on va se préparer à randonner, et à se régaler, ce sera dimanche avec l’association Lizio 4 Saisons, dans le Morbihan.

BASTIEN MICHEL
Rémi THIRIOT, président de l’association, vous avez une question à poser au ministre de l’Agriculture.

REMI THIRIOT
Effectivement, je me suis fait porte-parole de nos paysans qui sont à Lizio également, pour ma part, je n’avais pas forcément de questions précises à lui poser, mais effectivement, je les ai contactés, et ils ont souhaité vous formuler une question. Donc bonjour Monsieur le Ministre.

MARC FESNEAU
Bonjour.

REMI THIRIOT
Selon vous, comment les agriculteurs vont-ils faire pour absorber les hausses du prix de l’énergie dans l’application de la loi Egalim 2 ? Faut-il prévoir une loi Egalim 3 ?

DELPHINE SEVENO
C’est très précis comme question.

MARC FESNEAU
C’est très précis, mais je vais essayer d’y répondre aussi précisément, même si vous m’avez mis un peu l’eau à la bouche, et que ça donnerait envie…

BASTIEN MICHEL
C’est vrai, les produits locaux…

MARC FESNEAU
Jusqu’à dimanche. Mais eh bien, Egalim 3, Egalim 2, ça a été voté il y a moins d’un an. Donc on va quand même laisser…

DELPHINE SEVENO
Donc c’est pour donner aux producteurs un juste prix…

MARC FESNEAU
Eh bien, Egalim, c’était mon prédécesseur, Julien DENORMANDIE, et d’autres prédécesseurs avaient travaillé pour faire en sorte qu’on travaille le prix à partir de la rémunération de l’agriculteur. Ça avait plutôt bien fonctionné jusqu’au mois de mars, et jusqu’à la crise ukrainienne, où là les prix se sont envolés, et là, pour le coup, le système s’est perturbé à cause de ça, 1°) : il faut que les distributeurs, ce que je disais tout à l’heure, soient au rendez-vous de la loi Egalim, et on fera en sorte qu’ils le soient, c’est-à-dire qu’ils répercutent les hausses…

DELPHINE SEVENO
Mais vous allez les contraindre alors, parce que... ?

MARC FESNEAU
Mais la loi est contraignante, et si jamais ils ne respecteraient pas, ils seront évidemment soumis à des contrôles.

DELPHINE SEVENO
Donc les grandes... ils ne sont pas intouchables, la grande distribution n’est pas intouchable ?

MARC FESNEAU
Non, non, la grande distribution n’est pas intouchable, et ceux avec qui je travaille le savent, donc ce n’est pas le sujet. Mais après, il y a une question de responsabilité de la grande distribution, comment elle fait pour faire en sorte d’assurer la souveraineté, parce qu’il ne faudra pas se plaindre de ne pas trouver du lait et de ne pas trouver tel ou tel produit si jamais on n’a pas rémunéré les producteurs, parce que les producteurs, ils arrêteront. Donc c’est une question de responsabilité, pardonnez-moi, un peu de patriotisme aussi, on a besoin d’avoir une agriculture puissante, dès lors que l’alimentation est devenue une arme, monsieur POUTINE, il fait de l’alimentation une arme. Et donc nous, j’invite à ne pas désarmer et à donc soutenir nos agriculteurs pour la grande distribution dans nos actes de consommation. Donc on va... il y a ça qui est un élément, il y a des dispositifs d’aide dont j’ai parlé tout à l’heure pour soutenir les filières, et puis, il y a des dispositifs d’aide aux consommateurs, pour ceux qui sont les plus fragiles d’entre nous pour qu’ils puissent accéder à des produits, qui, manifestement, subissent des hausses, comme des tas d’autres produits d’ailleurs. Et après, on verra, moi, je propose qu’on juge et qu’on jauge de ce que sera Egalim 2 à la fin d’un cycle ou de deux cycles de négociations, et à partir de là, s’il y a besoin d’ajustements encore juridiques, parce que certains s’amuseraient à contourner la loi, je ne suis pas gêné à ce qu’on pose la question, mais pour l’instant, je propose qu’on fasse un cycle. Et vous me permettrez juste de dire un mot sur les initiatives comme celles qui sont faites dimanche, parce que je trouve que votre interlocuteur, votre auditeur le disait : on a diablement besoin d’un dialogue entre le monde agricole et les citoyens, parce que je pense qu’il y a beaucoup d’incompréhensions, il y a beaucoup de gens qui en parlent savamment sans connaître un traître mot de ce qu’est la réalité, et je pense que les agriculteurs puissent décrire leur réalité, leurs contraintes, les efforts qu'ils font, ce en quoi ça peut avoir une répercussion sur les coûts, je pense qu’on en a grandement besoin, alors, la terre bretonne est une terre agricole, mais on en a grandement besoin parce que ça permettra à chacun de se sentir conforté. Et le monde agricole a besoin d'être compris…

DELPHINE SEVENO
D’être soutenu…

MARC FESNEAU
Et soutenu, mais pas seulement d'être soutenu, il a besoin d'être compris dans la complexité des orientations qu'il a à mener.

BASTIEN MICHEL
Rémi THIRIOT, président de l'association donc Lizio 4 Saisons, rando gourmande dimanche dans le Morbihan, et on se fait le relais, on a le plaisir, on a à coeur de faire ce relais…

MARC FESNEAU
Vous avez raison…

BASTIEN MICHEL
Entre les agriculteurs et tout le pays sur France Bleu Armorique. C'était « Circuits courts ». Merci monsieur le Ministre…

MARC FESNEAU
Merci à vous de m’avoir accueilli.

DELPHINE SEVENO
Merci Marc FESNEAU d’avoir été l’invité de France Bleu Armorique.

MARC FESNEAU
Merci.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 14 septembre 2022