Interview de Mme Élisabeth Borne, Première ministre, à France Inter le 1er septembre 2022, sur le risque de pénurie de gaz pendant l'hiver, la hausse des tarifs de l'énergie, les superprofits de certaines entreprises, l'organisation du Conseil national de la refondation, la rentrée scolaire et l'expulsion d'un imam.

Texte intégral

Et avec Léa SALAME nous vous proposons donc aujourd'hui un « Grand entretien » exceptionnel, 8h20/9h, la Première ministre Elisabeth BORNE est l'invitée de France Inter. Madame la Première ministre bonjour et bienvenue.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

LEA SALAME
Bonjour.

NICOLAS DEMORAND
Merci d'avoir accepté notre invitation et de faire votre rentrée radio à notre micro, avec Léa SALAME nous allons vous interroger sur tous les grands dossiers et les urgences de cette rentrée, puis les auditeurs de France Inter auront largement la parole pour dialoguer avec vous, l'amie Charline VANHOENACKER viendra fermer le ban, clore le ban à 8h57. Une question pour commencer, afin d'essayer de qualifier, de caractériser, le moment dans lequel on se trouve en cette rentrée, diriez-vous, Elisabeth BORNE, comme François BAYROU, que la France traverse la crise la plus grave qu'elle ait connue depuis la guerre ?

ELISABETH BORNE
Je vais répondre à votre question mais je voudrais tout d'abord souhaiter une bonne rentrée à tous les élèves qui reprennent aujourd'hui le chemin de l'école, du collège, du lycée, à leurs professeurs, à tous les personnels de l'Education nationale, et puis aux parents pour qui ça peut être un moment un peu stressant. Alors effectivement le contexte est compliqué aujourd'hui, on voit qu'il est compliqué au plan international, on a une guerre aux portes de l'Europe, en Ukraine, qui détruit des villes, qui fait des victimes, et puis qui a des conséquences aussi très concrètes sur notre vie avec des problèmes d'approvisionnement en énergie, avec un impact sur l'inflation, sur le pouvoir d'achat, et puis je pense que tous les Français ont vu cet été que le dérèglement climatique ce n'est plus une théorie, c'est une réalité, avec la canicule, avec la sécheresse, avec les incendies, donc aujourd'hui, voilà, c'est dans ce contexte que la rentrée se passe, et puis évidemment…

LEA SALAME
Mais est-ce que vous diriez que c'est la crise la plus grave depuis la sortie de la guerre ou est-ce que c'est trop alarmiste ? je vous pose la question parce que, à ce micro lundi le patron du MEDEF, Geoffroy ROUX de BEZIEUX, disait que l'activité était bonne, que 80 % des patrons français aujourd'hui étaient plutôt optimistes, d'un autre côté Jean-Luc MELENCHON vous accuse d'en faire trop, d'avoir des messages qui font peur alors que la peur tétanise, dit-il, est-ce que vous n'en faites pas trop dans l'alarmisme pour faire accepter au fond aux Français qu'ils vont devoir payer davantage ?

ELISABETH BORNE
Attendez, il ne s'agit pas d'être alarmiste, il s'agit de dire la vérité aux Français, et une fois qu'on a fait ça on ne reste pas les bras croisés, on agit pour répondre aux préoccupations des Français, sur l'énergie, sur le pouvoir d'achat, sur le dérèglement climatique, sur la santé, ça a été un sujet sur lequel on a été très mobilisé tout l'été, certains nous prédisaient des catastrophes dans les hôpitaux, on a été mobilisés et on a pu passer cet été grâce à la mobilisation aussi des personnels de santé, donc je pense que c'est important de dire la réalité sur la situation et puis ensuite je peux vous assurer que mon gouvernement il travaille d'arrache-pied pour apporter des réponses, moi mon objectif c'est d'être utile pour les Français.

LEA SALAME
Vous avez essayé de les rassurer les Français, notamment mardi soir sur « Quotidien » face à Yann BARTHES, en répétant que les ménages ne seraient pas touchés par des coupures de gaz en plein hiver, que ça ne concernerait, si ça arrive, que les entreprises, et pourtant les Français ont peur, si j'ose dire, un récent sondage montre que 6 Français sur 10 s'attendent à des pénuries de gaz chez eux, à la maison. Est-ce que vous pouvez les rassurer ce matin, que même si GAZPROM arrête ses livraisons de gaz, même si le prix du gaz explose, même si on ne sait pas quelle sera la météo le 15 janvier, il n'y aura pas de coupures de gaz, de coupures de chauffage, cet hiver chez les ménages ?

ELISABETH BORNE
Ce que je peux vous dire c'est que ça fait des mois qu'on se prépare, avec mon gouvernement, pour éviter de devoir faire des coupures, peut-être si je vous donne un ordre de grandeur, si on baisse notre consommation de gaz de 10 %, alors il n'y aura pas de restrictions, donc ça montre que c'est quelque chose qui peut être à notre portée, mais, voilà…

LEA SALAME
Si on n'y arrive pas, est-ce qu'il y aura des coupures de gaz pour les ménages ?

ELISABETH BORNE
Et je vous confirme que, si toutes les hypothèses défavorables, si on ne fait pas ces économies, si on ne se mobilise pas suffisamment, si l'hiver est froid, si on a des problèmes d'approvisionnement sur le gaz naturel liquéfié, il pourra y avoir des restrictions, mais elles ne concerneront pas les ménages, je vous redis il n'y aura pas de coupures de gaz pour les ménages.

NICOLAS DEMORAND
Alors, Elisabeth BORNE, concernant les entreprises, et prenons donc ce scénario, expliquez-nous, on est en janvier, on n'a plus assez de gaz, vous couperez le gaz pendant plusieurs heures, plusieurs jours, pendant des semaines, ça va toucher toutes les entreprises, certaines seulement, comme le scénario est totalement inédit dites-nous à quoi vous vous préparez, comment ça va se passer ?

ELISABETH BORNE
Alors, d'abord je voudrais, j'ai eu l'occasion de le dire mais je le redis, on attend que nos experts sur l'électricité, sur le gaz, nous précisent des scénarios, et d'ici la fin du mois de septembre, au début du mois d'octobre, moi je présenterai toutes les hypothèses, tous les scénarios, compte tenu des dernières informations données par nos experts. Sur l'électricité et sur le gaz c'est vraiment deux situations différentes, sur l'électricité chaque année on se prépare à devoir faire face à des pointes de consommation qui peuvent conduire à ce qu'on appelle du délestage tournant, c'est-à-dire qu'on coupe, sur une courte période, moins de 2 heures, par quartier, et évidemment au préalable on a identifié les consommateurs sensibles, on veut évidemment s'assurer qu'on ne va pas couper l'électricité chez quelqu'un qui est a un appareil médical, donc tout ça est recensé pour qu'il n'y ait pas effectivement des drames du fait de ces coupures.

LEA SALAME
Mais sur le gaz ?

ELISABETH BORNE
Sur le gaz c'est plus compliqué, je vous dis, on ne va pas couper des particuliers, donc on discute avec les entreprises, avec les entreprises qui consomment beaucoup de gaz, pour regarder quelles seraient les conséquences si on coupe le gaz dans une entreprise, vous en avez certaines qui ont des process industriels, si vous arrêtez le process…

LEA SALAME
Ils sont obligés d'arrêter.

ELISABETH BORNE
Le process…

NICOLAS DEMORAND
On arrête l'usine.

ELISABETH BORNE
Oui, mais dans certains cas le process ne peut pas repartir, donc tout ça a fait l'objet d'un travail très précis tout l'été, avec les préfets, qui ont échangé avec les entreprises, et on identifie les entreprises pour lesquelles on n'empêcherait pas le redémarrage du process industriel. On veut aussi… d'abord j'ai aussi appelé les entreprises à ce qu'elles anticipent et à ce qu'elles aient des plans de sobriété, et je le redis, si on arrive, sur la base de ces mesures on va dire de responsabilité, à baisser de 10 %, alors il n'y aura pas de problème, donc c'est d'abord ce qu'il faut faire, et ensuite effectivement il pourra y avoir, sur ces gros consommateurs de gaz, des coupures, mais on travaille aussi à un mécanisme de droit à consommer, c'est-à-dire l'entreprise à qui on dirait « on va vous couper », a pu se mettre d'accord avec une autre entreprise pour laquelle c'est moins grave, et on échange des droits à consommer, voilà.

LEA SALAME
En gros vous expliquez que ça va être compliqué pour les entreprises, les chefs d'entreprise qui nous écoutent ce matin, ça risque d'être compliqué, il faut dire les choses simplement.

ELISABETH BORNE
Je dis aux chefs d'entreprise, et je l'ai dit au MEDEF lundi, que si nous nous mobilisons tous pour baisser notre consommation, alors il n'y aura pas de restrictions, on a pris toutes les mesures depuis des mois, nos stocks, avant la fin de l'été, seront remplies à 100 %, on a augmenté les capacités de nos terminaux méthaniers qui nous permettent d'importer du gaz naturel liquéfié, on a diversifié nos sources d'approvisionnement, donc on fait le maximum pour qu'il n'y ait pas effectivement de restrictions cet hiver.

LEA SALAME
Ça c'est pour les entreprises, pour les particuliers, pour les ménages, pour les Français, il y a une question, vous la connaissez, c'est une question qui domine aujourd'hui, de combien ma facture d'électricité va augmenter à partir du 1er janvier ? Pour être très clair vous avez dit que c'était… à un moment vous ne pouvez pas subventionner l'électricité ad vitam aeternam et que donc ça va augmenter. De combien ça va augmenter, Bruno LE MAIRE dit que ce sera une hausse contenue et responsable, ça veut dire quoi, +10 % sur ma facture d'électricité, +20, +40 %, combien ?

ELISABETH BORNE
Je ne vais pas vous répondre ce matin parce qu'on est en train d'y travailler, de prendre les derniers arbitrages, donc on le dira dans les prochaines semaines, mais je vous confirme que s'il n'y avait pas de dispositif mis en place par l'Etat la facture augmenterait de 100 %, c'est évidemment inenvisageable, donc on va continuer à amortir la hausse du prix du gaz et de l'électricité pour les ménages, et par ailleurs on aura aussi des dispositions pour protéger les plus fragiles, donc c'est le travail qui est en cours.

LEA SALAME
Donc elle n'augmentera pas de 100 %, la facture d'électricité, mais elle peut augmenter de 50 %.

ELISABETH BORNE
Ce n'est pas nos hypothèses, donc on veut avoir une augmentation…

LEA SALAME
Ça serait en dessous de 50 %, parce que Bruno LE MAIRE le dit, donc c'est pour ça que je…

ELISABETH BORNE
On ne va pas le faire ce matin en direct, en tout cas il y aura une augmentation, elle sera contenue, et par ailleurs il y aura des dispositifs pour accompagner les ménages les plus fragiles.

NICOLAS DEMORAND
Un mot rapide sur les prix de l'électricité qui pèsent aussi sur les maires, certains menacent de ne plus payer les factures de leur ville, on entendait hier le maire communiste de Montataire dans l'Oise qui disait craindre une multiplication par quatre des factures, « où se trouvent les 2 millions qui manquent ? » posait-il comme question, « quels services je ferme, j'arrête la restauration scolaire, je ferme la mairie trois jours par semaine ? », voilà les questions qu'il formulait, vous lui répondrez quoi à ce maire ?

ELISABETH BORNE
Je lui réponds que les collectivités comme les entreprises bénéficient de dispositifs pour limiter, mais évidemment le prix augmente beaucoup mais je ne vais pas rentrer dans les détails techniques. Avec l'énergie nucléaire, on amortit là aussi pour tout le monde la hausse des prix de l'électricité. Je pense que ça n'est pas forcément un très bon exemple de décider quand on est un maire de ne pas payer ses factures et je signale à Monsieur le maire que nous avons voté dans les textes des mois de juillet-août un dispositif pour accompagner les communes. C'est 430 millions d'euros je crois. Les communes qui peuvent être mises en difficulté.

LEA SALAME
Donc ne donnez pas de mauvais exemple. Il faut payer les factures, c'est ça que vous dites.

ELISABETH BORNE
Ne donnez pas de mauvais exemple, voilà. Absolument.

LEA SALAME
Alors on a parlé de l'électricité, on a parlé du gaz. On comprend le message de la rentrée : ça va augmenter. En revanche le carburant, le carburant paradoxalement aujourd'hui. Je dis paradoxalement parce que le carburant va baisser en ce 1er septembre à 30 centimes le litre. Cette baisse n'arrive-t-elle pas à contretemps, Madame la Première ministre, alors que les prix du brut se stabilisent, alors que nos comptes publics, vous le savez, ne sont pas du tout dans les clous ? Pourquoi cette baisse, pourquoi l'Etat doit subventionner le carburant alors que le prix baisse aujourd'hui ? Au fond les automobilistes, ils avaient besoin de cette baisse il y a trois mois, pas aujourd'hui non ?

ELISABETH BORNE
Alors les prix du carburant, ils ont remonté de près de 10 centimes depuis une semaine. On avait souhaité mettre en place une remise carburant. Dans les discussions qu'on a pu avoir au Parlement, finalement on a voté une disposition qui prévoit que la remise passe à 30 centimes. Malgré la remise - il faut qu'on ait en tête que le prix du gasoil c'est 1,9, 1,90 euro le litre donc ça n'est pas rien, c'est même quelque chose qui peut peser sur le pouvoir d'achat de gens qui utilisent beaucoup leur voiture - se rajoute la remise de 20 centimes proposée par TotalEnergies. Evidemment, c'est assez paradoxal au moment où on veut accélérer sur la transition écologique, où on est tous frappés par les enjeux de dérèglement climatique, de financer, de subventionner des énergies fossiles. Vous savez, c'est l'articulation entre l'urgence. On ne va pas mettre en difficulté les Français et il faut, en effet, les accompagner sur leurs frais de carburant, et puis le fait de préparer l'avenir. Moi je peux vous assurer que je préférerais qu'on dépense de l'argent pour investir, pour aider les Français et on y travaille et on le mettra en place prochainement pour permettre à chacun d'accéder à un véhicule électrique, et donc c'est la location de longue durée à moins de 100 euros par mois, pour développer des transports en commun. Mais il faut concilier l'urgence et puis la préparation de l'avenir.

NICOLAS DEMORAND
Et l'on en vient, Madame la Première ministre, à la question des superprofits. Dans ce contexte ultra-tendu, une entreprise qui double ses bénéfices en raison des prix de l'énergie et de la guerre en Ukraine ne devrait-elle pas payer une taxe exceptionnelle sur ses superprofits ? On sait que vous n'avez pas fermé la porte quand Bruno LE MAIRE, lui, semble l'exclure totalement. Il se demande même ce que c'est que des superprofits. Il dit encore ce matin dans Les Echos qu'on ne réindustrialisera pas le pays avec des nouvelles taxes. Alors dites-nous tout simplement quel est exactement la ligne du gouvernement. Vous n'êtes pas sur la même ligne que votre ministre de l'Economie ?

ELISABETH BORNE
Si, si, par principe on est sur la même ligne au sein du gouvernement. On dit…

NICOLAS DEMORAND
Ça, c'est le principe. Dans les faits ?

ELISABETH BORNE
Non, non, mais on dit la même chose. Vous savez, c'est compliqué de savoir qui fait des superprofits. Moi j'ai vu les amendements qui ont été débattus au Parlement en juillet-août où on nous dit : une entreprise qui augmente de 30 % ses bénéfices. Mais une entreprise, elle peut augmenter de 30 % ses bénéfices parce qu'elle avait fait deux mauvaises années et qu'elle retrouve juste la rentabilité dont elle a besoin pour investir, pour protéger les emplois.

LEA SALAME
C'est le cas de TOTAL ?

ELISABETH BORNE
Donc c'est compliqué de savoir effectivement ce que sont les superprofits. Il faut qu'il y ait un travail pour savoir de quoi on parle. Et ce qu'on dit Bruno LE MAIRE comme moi, c'est que nous souhaitons prioritairement que les entreprises qui n'ont pas de raison d'augmenter leurs prix ne les augmentent pas, rendent du pouvoir d'achat aux Français. Si elles peuvent baisser les prix, qu'elles le fassent. C'est la remise de 20 centimes de TotalEnergies.

LEA SALAME
Est-ce que c'est suffisant ?

ELISABETH BORNE
Et si les entreprises par ailleurs ont des marges financières, qu'elles augmentent leurs salariés. Ça répond aussi au problème de pouvoir d'achat. Mais on fera le point, et Bruno LE MAIRE le dit dans son interview, d'ici la fin de l'année pour regarder si certaines entreprises n'ont pas entendu notre message.

LEA SALAME
Donc vous nous le dites clairement ce matin, il n'y aura pas de taxe exceptionnelle comme c'est le cas par exemple est Grande-Bretagne.

ELISABETH BORNE
Je n'ai pas dit ça, je n'ai pas dit ça.

LEA SALAME
Vous avez dit : on leur demande d'augmenter leurs salaires ou de baisser les prix, mais on ne va pas faire de taxe exceptionnelle.

ELISABETH BORNE
Alors moi je pense que les entreprises vont faire preuve de responsabilité. Si certaines ne le faisaient pas, nous ne fermons pas la porte.

NICOLAS DEMORAND
Emmanuel MACRON présidera demain à l'Elysée un conseil de défense sur toutes ces questions énergétiques. Marine LE PEN vous a écrit, Elisabeth BORNE, pour dénoncer un contournement du Parlement et elle demande de convoquer une session extraordinaire du Parlement en mettant à l'ordre du jour un débat suivi d'un vote sur toutes ces questions donc. Que lui répondez-vous ?

ELISABETH BORNE
Alors je peux lui dire qu'elle a un temps de retard. Ça n'est pas comme si on n'avait pas parlé au mois de juillet de ces enjeux énergétiques. Il est d'ores et déjà prévu un débat au Parlement sur la politique énergétique, à l'Assemblée comme au Sénat. Donc on peut rassurer Madame LE PEN, c'est bien prévu. Par ailleurs vous savez, moi j'ai suivi ce que faisaient mes prédécesseurs, de réunir ce qu'on a appelé à un comité de liaison : président du Sénat, présidente de l'Assemblée nationale et présidents de groupes de l'Assemblée et du Sénat. On peut très bien, si c'est la demande du président du Sénat et de la présidente de l'Assemblée nationale, avoir une rencontre prochainement pour parler de ces enjeux énergétiques. Donc pour Madame LE PEN, le débat est d'ores et déjà prévu.

LEA SALAME
Sur la crise énergétique, Dominique SEUX nous disait il y a deux jours qu'elle ne s'explique pas, que la guerre d'Ukraine a bon dos et que ça fait des années et des années qu'on a un problème de crise énergétique et que, d'une certaine manière, on aurait dû, puisque grâce au nucléaire français on devrait être souverain et indépendant et on ne l'est pas. On continue d'importer de l'électricité et surtout, on a des vrais problèmes sur notre parc nucléaire Madame la Première ministre, puisqu'à l'heure où nous parlons, 32 réacteurs nucléaires sur les 56 que nous avons sont à l'arrêt pour des problèmes. L'opposition critique vos allers-retours et l'absence de vision sur la politique énergétique, et le patron d'EDF a des mots très durs, Jean-Bernard LEVY. Il est particulièrement critique. Voilà ce qu'il disait encore il y a deux jours au MEDEF : ce n'est pas un problème d'expertise que nous avons mais un problème de manque de main-d'œuvre. On manque de bras parce qu'on n'a pas assez d'équipes formées, et pourquoi on n'a pas assez d'équipes formées ? Parce qu'on nous a dit : votre parc nucléaire va décliner, préparez-vous à fermer des centrales.

ELISABETH BORNE
Attendez, je ne vais pas engager une polémique avec Jean-Bernard LEVY. Mais vous savez, au début du quinquennat j'ai moi-même en tant que ministre de l'Ecologie porté une loi qui disait qu'on serait encore à 50 % d'énergie nucléaire en 2035. Donc ça veut dire que la nécessité, le fait qu'on aura des réacteurs nucléaires dans les prochaines décennies, le fait que compte tenu de l'âge de ces réacteurs il faille engager des opérations de maintenance lourdes, je pense qu'on n'a pas dévié. Depuis 2017, on demande à EDF évidemment de mettre en œuvre ce programme de maintenance lourde, de recruter des compétences.

LEA SALAME
Vous avez fermé Fessenheim. Quel signe c'était !

ELISABETH BORNE
Attendez, ce n'est pas parce qu'on a fermé deux réacteurs suite à une décision prise sous le quinquennat de monsieur HOLLANDE qu'on n'a pas assuré EDF qu'il faudrait continuer à produire de l'énergie nucléaire. Entre temps, on a acté qu'on allait construire des nouveaux réacteurs, mais sur le parc existant c'est très clair. Il n'y a jamais eu aucune ambiguïté. Evidemment il faut prolonger ce parc, il faut assurer les opérations de maintenance nécessaires, il faut recruter. Il y a eu beaucoup de rapports dans le précédent quinquennat sur la nécessité, en effet, de remonter en compétences dans cette filière, de former les salariés, les opérateurs dont on a besoin. Donc il faut s'y mettre et il faut accélérer pour avoir les bonnes compétences dans cette filière qui est très importante pour notre pays.

LEA SALAME
Le nouveau patron d'EDF, il sera nommé quand ? Ça devait être à la rentrée, on est à la rentrée.

ELISABETH BORNE
Oui, oui, ça viendra. C'est en cours de finalisation.

NICOLAS DEMORAND
Mais dans l'intervalle, vous êtes contraint de rouvrir les centrales à charbon. Celle de Saint-Avold en Moselle sera réactivée à l'hiver. On pensait en avoir définitivement fini avec le charbon ultra émetteur de CO2 et on est acculé à rouvrir une centrale de ce type. Après l'été que vous décriviez tout à l'heure Elisabeth BORNE, n'est-ce pas une véritable régression environnementale ?

ELISABETH BORNE
Enfin bien évidemment, on souhaite, on souhaiterait, on aurait souhaité ne pas avoir à envisager de redémarrer une centrale à charbon. Je le redis : plus on pourra de façon citoyenne, responsable baisser tous nos consommations, plus on tiendra et EDF tiendra ses calendriers de remise en service de ses différents réacteurs en maintenance - 31 ou 32, moi j'ai le chiffre de 31 sur 56 réacteurs arrêtés - ça n'est satisfaisant pour personne. Donc voilà. Moi je compte vraiment sur EDF pour assurer son programme de redémarrage dans les prochaines semaines, dans les prochains mois et ça nous éviterait de devoir redémarrer une centrale à charbon.

LEA SALAME
Puisqu'on est sur le réchauffement climatique, baisser la vitesse sur l'autoroute c'est envisageable ?

ELISABETH BORNE
Ça ne réglerait pas les problèmes de gaz ou d'électricité. Ensuite, c'est des sujets qui sont très sensibles. On a des gens qui prennent tous les jours leur voiture pour aller travailler, c'est des sujets qui peut faire l'objet de débats.

LEA SALAME
C'est ouvert l'idée de baisser ? C'est sur la table ou ce n'est pas le sujet ?

ELISABETH BORNE
Je vous dis, ça n'est pas… Pour régler les problèmes de gaz et d'électricité…

LEA SALAME
Non, non, ce n'est pas la question. C'était proposé par la Convention sur le climat quand vous l'avez montée, c'était une des mesures proposées.

ELISABETH BORNE
Oui. Alors vous savez, on a aussi une mesure du 80 kilomètres/heure dont on a gardé un certain souvenir donc on voit que c'est un sujet sensible. Voilà, il faut trouver des mesures. Vous savez, il faut trouver des mesures…

LEA SALAME
C'est un mauvais souvenir le passage des 90 aux 80 kilomètres/heure ?

ELISABETH BORNE
Il faut trouver des mesures qui recueillent l'adhésion. Moi je pense aussi que la prise de conscience, elle se renforce. Donc peut-être que des choses qui n'étaient pas acceptables hier peuvent le devenir, mais il ne s'agit pas de prendre des mesures qui sont vécues de façon négative par les Français. On a besoin d'adhésion pour mener une transition écologique qui doit être radicale pour répondre à l'urgence climatique.

NICOLAS DEMORAND
Allez, on file au standard de France Inter. Beaucoup de questions ce matin. Claude, bonjour.

CLAUDE, AUDITEUR
Oui, bonjour.

NICOLAS DEMORAND
On vous écoute, soyez le bienvenu.

CLAUDE
Bonjour Madame.

ELISABETH BORNE
Bonjour Monsieur.

CLAUDE
Vous êtes l'exemple parfait de ce que peut produire à l'école publique française. Pensez-vous que vous auriez pu faire la même carrière si vos professeurs n'avaient eu aucune formation, ce qui va se passer pour des dizaines de milliers d'enfants à compter d'aujourd'hui ? Merci.

NICOLAS DEMORAND
Merci Claude pour cette question sur la rentrée scolaire. Pour pallier en effet le manque d'enseignants, vous avez été contraints de recruter 3 000 contractuels formés en quelques jours. Votre réponse Elisabeth BORNE à notre auditeur.

ELISABETH BORNE
Alors, on a évidemment voulu qu'il puisse y avoir un enseignant devant chaque élève pour cette rentrée, et c'est forcément une angoisse pour les parents de se poser la question de savoir si ça sera le cas. Donc ça sera… Je ne vais pas vous dire qu'il ne peut pas y avoir un cas. Je le redis, c'est12 millions d'élèves, 860 000 professeurs. Donc qu'il puisse y avoir des ajustements dans les jours qui viennent, sans doute, mais en tout cas je pense que cette rentrée elle va bien se passer. Ça ne me satisfait pas qu'il y ait des problèmes d'attractivité, de recrutement dans certaines académies, dans certaines disciplines. Et évidemment, c'est pour ça que dans le cadre de ce qui avait été annoncé par le président de la République, on veut redonner de l'attractivité au métier d'enseignant. Ça passe par des enjeux de rémunération. On a annoncé qu'il y aurait une revalorisation de 10 % inconditionnelle, si je peux dire, du salaire des enseignants, puis qu'une discussion allait aussi s'engager pour une autre augmentation, une augmentation supplémentaire du salaire des enseignants. Mais il n'y a pas que la rémunération, je pense qu'il y a un enjeu de sens du métier d'enseignant. Il faut redonner aussi des marges de manœuvre aux équipes pédagogiques, redonner du sens, redonner de l'envie de faire ce métier. C'est tout le travail que mène le ministre de l'Education nationale Pap NDIAYE.

LEA SALAME
Mais ça fait cinq ans que vous êtes au pouvoir, c'est la sixième rentrée. Et entendre le ministre de l'Education nationale dire : la rentrée ne va pas être optimale, est-ce que ce n'est pas un aveu d'échec ?

ELISABETH BORNE
Vous savez, la revalorisation des enseignants elle a commencé dans le précédent quinquennat. Aujourd'hui il faut aussi voir ce qu'est la réalité, sans doute du fait des créations d'emplois très importantes dans le précédent quinquennat, c'est 1,4 million d'emplois supplémentaires dans le précédent quinquennat donc c'est une bonne nouvelle. Avec la crise Covid, il y a beaucoup de métiers dans lequel on n'arrive plus à recruter. Ça veut dire que quelque part, les salariés ils ont le choix ou les Français ils ont le choix, et il faut renforcer l'attractivité des métiers. C'est une question qui se pose à l'Etat employeur et c'est tout le travail qui est fait avec les enseignants. C'est une question que toutes les entreprises qui ont des difficultés de recrutement doivent se poser : comment je renforce l'attractivité des emplois que je propose ?

NICOLAS DEMORAND
Allez, on retourne au standard où nous attend Annie, avec une question précise sur les retraites je crois. Bonjour, bienvenue.

ANNIE, AUDITRICE
Merci. Bonjour Madame.

ELISABETH BORNE
Bonjour Madame.

ANNIE
Je voulais vous demander. Je suis retraitée, depuis trois mois nous attendons une augmentation de 4 %. Juillet, août et mois de septembre on ne sait pas si nous allons avoir une augmentation parce que depuis pratiquement un moins, on ne parle plus du tout de nous, retraités. Alors je vous pose la question Madame : d'une part si nous avons 4 % au 1er septembre avec effet rétroactif, parce que j'ai cru comprendre ça sur l'antenne, de un mois ou de deux mois ou de pas du tout ?

NICOLAS DEMORAND
Merci. Ou de pas du tout pas du tout. Merci Annie pour cette question, la Première ministre vous répond.

ELISABETH BORNE
Alors Madame, je vous confirme qu'il y a bien une revalorisation de 4 % qui interviendra pour tous les retraités dans le courant du mois de septembre et il y aura bien une rétroactivité de cette revalorisation sur le mois de juillet.

LEA SALAME
Puisqu'on est sur les retraites, la réforme des retraites Elisabeth BORNE ?

ELISABETH BORNE
Oui.

LEA SALAME
C'était l'urgence du candidat Emmanuel MACRON.

ELISABETH BORNE
Ça reste un enjeu très important. Vous savez, moi j'ai eu l'occasion de le dire à plusieurs reprises, dans notre pays on est, on se singularise, si je peux dire, par rapport aux autres pays européens, aux autres pays de l'OCDE, par le fait que la part des jeunes qui travaillent et la part des seniors qui travaillent est moins importante que dans les autres pays, donc si…

LEA SALAME
Vous allez la faire la réforme ?

ELISABETH BORNE
Bien évidemment, on souhaite engager des discussions avec les organisations patronales et syndicales, on souhaite avoir des discussions évidemment avec les parlementaires…

LEA SALAME
Quand ?

ELISABETH BORNE
Les discussions elles s'engageront après le Conseil national de la refondation, vraiment je pense que c'est important que chacun mesure que si on veut avoir un modèle social, et je pense que tous les Français y sont attachés, généreux, alors on va me dire que, enfin peut-être que le terme peut heurter certains, mais je pense que quand on prend en charge l'école, quand on prend en charge tous vos frais de santé, c'est quelque chose qui est important pour les Français, si on veut financer un modèle social protecteur il faut avoir des ressources, et on ne peut pas se priver d'une partie de notre capacité de travail pour créer des richesses, c'est aussi important pour pouvoir demain financer la transition écologique.

LEA SALAME
Mais pardon, c'est vrai que c'était la première grande annonce du candidat Emmanuel MACRON, « je ferai, c'est une urgence, la réforme des retraites », on a entendu, hier vous aviez un séminaire gouvernemental, Olivier VERAN est sorti, il nous a annoncé sept projets de loi pour 2023, il n'y a pas le mot retraite dans ces sept projets de loi, la réforme des retraites c'est pour quand ?

ELISABETH BORNE
Non, non, je vous assure que nous souhaitons avancer, mais on est aussi dans une démarche de concertation, d'écoute, de recherche d'un chemin, il faut qu'on n'ait ces discussions avec les organisations patronales et syndicales et avec le Parlement.

LEA SALAME
Mais les discussions elles s'ouvrent quand ?

ELISABETH BORNE
Je vous le redis, on a un Conseil national de la refondation que le président de la République…

LEA SALAME
La semaine prochaine.

ELISABETH BORNE
Tiendra la semaine prochaine, et dans la foulée on va avoir un programme de discussions, d'abord sur l'assurance chômage, avec les organisations patronales et syndicales, mais il faut aussi qu'on puisse parler de ce sujet, de ce sujet qui est un sujet complexe, il ne faut pas le nier, on a cette question effectivement de, comment la part des seniors qui sont au travail peut augmenter dans notre pays, comment on peut travailler progressivement un peu plus longtemps, mais évidemment le sujet il est différent selon le métier que vous faites, il y a des gens qui ont démarré tôt, les carrières longues, donc il faut prendre le sujet dans sa complexité.

LEA SALAME
En tout cas ce n'est pas la semaine prochaine, on a compris, que la réforme des retraites…

ELISABETH BORNE
Ça passe par des discussions et par des concertations.

LEA SALAME
La semaine prochaine il y a effectivement ce Conseil national de la refondation qu'Emmanuel MACRON veut mettre en place, les Républicains, la France insoumise, le Rassemblement national, le PS, les Verts, ont déjà annoncé qu'ils boycotteraient. Ce dispositif qui a été annoncé comme l'outil phare pour rénover notre démocratie n'est-il pas mort-né ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, d'abord il y aura des représentants associatifs, il y aura des organisations patronales, des organisations syndicales, des associations d'élus. Moi je m'interroge, est-ce que dans la période actuelle, où on fait face à des défis considérables, où il y a sans doute des bouleversements, comme notre pays n'en n'a pas connus depuis des années, est-ce que c'est naturel de refuser la discussion avant même qu'elle n'ait commencé ? En tout cas…

LEA SALAME
Vous regrettez ce boycott de tous les partis ?

ELISABETH BORNE
Je dis que chacun est libre de ses choix, mais que je trouve un peu paradoxal de refuser la discussion, je pense que c'est important qu'on puisse partager les diagnostics, qu'on puisse discuter des objectifs, et je le redis, nous, c'est en tout cas le souhait du président de la République, et c'est aussi ce que je souhaite, qu'on puisse être au maximum partager, avec les forces politiques, avec les organisations patronales, syndicales, les associations, les associations d'élus, et la porte restera ouverte.

NICOLAS DEMORAND
Dans l'actualité, le Conseil d'Etat qui a donné son feu vert mardi à l'expulsion de l'', dont Gérald DARMANIN avait fait ces dernières semaines un symbole de la lutte du gouvernement contre les discours séparatistes, le Maroc a suspendu le laissez-passer consulaire qu'il avait délivré le 1er août à l'Imam IQUIOUSSEN afin de permettre son expulsion par la France, cette suspension le Maroc la justifie en disant que la décision d'expulsion de la France était unilatérale et faite sans concertation. Votre réaction Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Ecoutez, on va poursuivre les discussions, je sais que le ministre de l'Intérieur devait en avoir avec l'ambassadeur du Maroc en France hier, une décision d'expulsion, suite à des propos qui ont été qualifiés d'incitation à la haine par le Conseil d'Etat, c'est une décision unilatérale de chaque Etat.

LEA SALAME
Aujourd'hui il est en fuite cet imam, il n'aurait pas dû être mieux surveillé ?

ELISABETH BORNE
Alors, vous savez, heureusement on est dans un pays dans lequel quand on n'est pas condamné on n'a pas des mesures de privation de liberté, et en l'occurrence il y avait une décision du tribunal administratif qui avait rejeté la décision d'expulsion, donc voilà, en tout cas cet imam il n'est plus aujourd'hui sur le territoire français.

LEA SALAME
Il est où ?

ELISABETH BORNE
Je ne vais pas vous le dire ce matin…

LEA SALAME
Vous n'avez pas d'informations ?

ELISABETH BORNE
Je ne vais pas vous le dire ce matin, de toute façon il ne pourra pas revenir sur le territoire français et on exécutera, s'il revient en France, la décision d'expulsion qui a été validée par le Conseil d'Etat.

NICOLAS DEMORAND
Hier François MOLINS, le procureur général près la Cour de cassation, s'inquiétait de votre réforme de la police judiciaire, celle que Gérald DARMANIN prépare, il estime qu'elle ne va pas dans la bonne direction, qu'elle est porteuse d'un certain nombre de dangers, vous allez la faire cette réforme malgré tout ?

ELISABETH BORNE
Vous savez il s'agit d'avoir une bonne coordination de toutes les forces de police dans un territoire, moi j'ai été préfète, je peux je peux vous assurer que de s'assurer qu'il y a une bonne coordination de toutes les forces de police c'est important, il y a des inquiétudes qui ont été exprimées, il va bien sûr falloir y répondre. Je pense que les préfets ils ont bien en tête l'importance, le caractère essentiel de l'indépendance de la justice, et donc des enquêtes judiciaires, mais il faut lever les inquiétudes qui ont été exprimées.

LEA SALAME
Encore trois, quatre questions très rapides d'actualité si vous le voulez bien. D'abord juste, le pic inflationniste, on l'a passé ou pas, parce qu'hier on apprenait que pour la première fois les prix avaient légèrement ralenti en août, à 5,8 sur un an contre 6,1 en juillet, est-ce qu'on l'a passé ou pas le pic inflationniste ?

ELISABETH BORNE
Je pense qu'on ne peut pas encore dire ça, on ne peut pas encore dire ça, c'est plutôt une bonne nouvelle qu'on ait eu une inflation plus faible sur le dernier mois, mais on considère qu'on devrait avoir passé le pic d'inflation plutôt au cours de l'année 2023.

LEA SALAME
Encore une question, politique cette fois-ci, dans l'émission « Quotidien » vous avez dénoncé les ambiguïtés de la France insoumise sur la laïcité et sur l'antisémitisme, qui les font sortir de l'arc républicain, avez-vous dit avant de vous reprendre, ils font partie de l'arc républicain ou pas les Insoumis, question simple ?

ELISABETH BORNE
Moi ce que je peux vous dire c'est que, mon gouvernement, moi-même, nous sommes très mobilisés pour trouver des compromis, au Parlement, à l'Assemblée nationale, il y a des partis avec lesquels on ne cherche pas ces compromis, le Rassemblement national, parce que nous ne partageons pas les mêmes valeurs, et je l'ai dit, France insoumise parce qu'on a des désaccords profonds, mais vous savez, ces désaccords c'est aussi Mathilde PANOT, la présidente du groupe France insoumise, qui sur cette antenne exprimait le fait que son objectif c'est le désordre à l'Assemblée nationale et dans la rue, moi je ne prends pas ça comme une volonté d'ouverture et de compromis.

LEA SALAME
Donc pour vous les Insoumis sortent de l'arc républicain.

ELISABETH BORNE
Donc pour moi les Insoumis ne font pas partie des forces politiques avec lesquelles on peut travailler à l'Assemblée nationale, je pense qu'ils ne le veulent pas, ils veulent le désordre, je pense que pour mon pays ce n'est pas la bonne réponse, je pense que les Français ne veulent pas le désordre, ils veulent qu'on apporte des réponses concrètes aux problèmes concrets auxquels ils sont confrontés, c'est ce à quoi je m'emploie avec mon gouvernement.

NICOLAS DEMORAND
Deux questions sur l'application de France Inter, Etienne, « les étudiants, dont je fais partie, subissent plus fortement l'inflation que le reste de la population, le gouvernement va-t-il prendre des mesures pour limiter l'augmentation des loyers et des factures d'énergie donc pour cette catégorie-là, les étudiants ? »

ELISABETH BORNE
Alors, le gouvernement a pris des mesures pour les étudiants, je ne vais pas toutes les énumérer, mais par exemple il y a eu une revalorisation de 4% des bourses, les bourses qui ont été versées au mois d'août, les étudiants, beaucoup d'entre eux, vont bénéficier de l'aide exceptionnelle de rentrée, de 100 euros, on va maintenir les repas à 1 euro pour les étudiants, on est très attentifs à ces enjeux sur le pouvoir d'achat des étudiants, et je pense que les associations d'étudiants auront l'occasion d'en parler avec la ministre.

NICOLAS DEMORAND
Sonia vous demande « qu'en est-il du projet d'inscrire le droit à l'avortement dans la Constitution comme cela avait été évoqué il y a quelques semaines ? »

ELISABETH BORNE
Alors, il y a une proposition de loi qui a été déposée par différents groupes de l'Assemblée nationale, je ne peux pas vous dire que c'est les textes qui vont être examinés dans les prochaines semaines, on a un texte sur l'assurance chômage, après les textes sur le pouvoir d'achat, sur les énergies renouvelables, mais donc les textes ils ont été déposés.

LEA SALAME
Depuis la Drôme et ses amphis d'été ce week-end, Jean-Luc MELENCHON a promis pour la rentrée politique la bataille générale face au gouvernement et a estimé qu'un compte à rebours de la dissolution de l'Assemblée était enclenché. Qu'est-ce que ça vous inspire, est-ce qu'il y aura une dissolution dans ce quinquennat, est-ce que vous pouvez tenir sans avoir la majorité absolue, puisque déjà vous avez annoncé que vous allez faire passer le budget par le 49.3 ?

ELISABETH BORNE
Je pense que c'est une illustration supplémentaire que certains cherchent à trouver des réponses pour les Français, qu'il y a des groupes politiques d'opposition qui cherchent des compromis, et puis il y en a d'autres qui veulent le chaos, qui veulent le désordre, eh bien écoutez c'est un choix, moi je suis là pour apporter des réponses aux Français, pour être utile.

LEA SALAME
Vous allez pouvoir tenir sans dissolution, cinq ans ?

ELISABETH BORNE
Moi je ne vais pas préjuger de la suite, je n'ai pas de boule de cristal, ce que je peux vous dire c'est que moi… enfin vraiment je mets toute mon énergie à pouvoir trouver des compromis pour bâtir les meilleures réponses pour les Français.

LEA SALAME
Mais malgré tout le projet de loi sur le budget vous n'excluez pas d'utiliser le 49.3 faute de majorité.

ELISABETH BORNE
Vous savez, on va d'abord chercher des compromis avec les groupes d'opposition, ensuite on ne peut pas être dans l'immobilisme, il faut qu'on ait un budget. Vous savez ce que ça veut dire ne pas avoir de budget ? Il faut que chacun ait en tête qu'on l'exécute par 12e, dans une période où il y a de l'inflation je pense qu'on ne répondrait pas aux problèmes des Français, c'est important d'avoir un budget dans notre pays.

LEA SALAME
Merci.

Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 septembre 2022