Interview de Mme Marlène Schiappa, ministre de la citoyenneté, à France Info le 6 septembre 2022, sur la crise énergétique, la "sobriété plus contrainte" et le bouclier tarifaire.

Texte intégral

ALEXIS BOUILLAGUET
Marlène SCHIAPPA, bonjour.

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour.

ALEXIS BOUILLAGUET
Merci beaucoup d’être avec nous ce matin.

MARLENE SCHIAPPA
Merci de m’avoir invité.

ALEXIS BOUILLAGUET
Je le disais, hier, Emmanuel MACRON a donné sa conférence de presse, son plan de bataille pour lutter contre la crise énergétique. Pour les Français, ça se résume à baisser la clim quand il fait chaud et à chauffer à pas plus de 19 degrés l'hiver. Est-ce que ça va suffire ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, si vous me le permettez, c'est un résumé un peu succinct. Le Président de la République a effectivement partagé un cap avec les Français. Il a fait un point d'étape à la fois sur les actions que lui Président de la République et que son Gouvernement mène, mais aussi puisque c'est une responsabilité collective et partagée sur les efforts que chacun peut accomplir. Donc au-delà des efforts individuels qui effectivement sont demandés à chacun, il y a les engagements, notamment les engagements européens pris par le Président de la République.

ALEXIS BOUILLAGUET
On va en parler. Mais sur les Français, pour rester sur les Français, est-ce que baisser son chauffage à 19 degrés l'hiver, est-ce que ça va suffire pour nous éviter un rationnement, des coupures d'électricité ?

MARLENE SCHIAPPA
Ce que nous dit le Président de la République hier, c'est que si nous, tous, collectivement, nous réussissons à être responsables dans notre consommation, à aller vers plus de sobriété, oui, nous pourrons dans ces cas-là éviter les rationnements, éviter les coupures d'électricité. C'est la somme de nos efforts individuels qui fera une trajectoire collective. Donc, oui, c'est fondamental que chacun - entreprises, citoyens, familles - puisse consentir à cet effort de sobriété. Et d'ailleurs, j'observe que les Français, pour leur grande majorité, ont déjà commencé ne serait-ce que pour des raisons budgétaires.

ALEXIS BOUILLAGUET
Si on atteint ces 10 % d'économies d'énergie, donc ça veut dire pas de rationnement, pas de coupures d'électricité ? On peut le dire clairement aujourd'hui ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui. C'est l'objectif et c'est le message partagé par le Président de la République. Il a partagé dans un discours de vérité, je trouve à la fois des menaces qui pèsent sur nous, la réalité de la situation internationale et notamment des actions qui ont été décidées par la Russie en matière de gaz. Mais il a partagé aussi les réponses qui ont été travaillées au niveau européen, je le disais, sur la coopération, la solidarité européenne notamment avec l'Allemagne en matière de gaz et d'électricité. Et donc, il a dit que « Si nous suivions cette trajectoire, nous pourrions éviter ces coupures et ces rationnements ». C'est ainsi, ce n'est pas une prédiction du futur.

ALEXIS BOUILLAGUET
Emmanuel MACRON évoque aussi une deuxième étape : une sobriété plus contrainte. Concrètement, ça veut dire quoi une « sobriété plus contrainte » ? Ça veut dire quel type de mesures ?

MARLENE SCHIAPPA
En fait, c'est dans la poursuite, la droite ligne des propos qu'a tenus le Président de la République. Vous savez, quand il a parlé de la fin de l'abondance, certains ont pensé qu'il parlait de l'abondance de biens individuels de chaque citoyen ou consommateur ; il parlait de la fin de l'abondance des ressources, la finitude des ressources de la planète tout simplement. D'ailleurs, vous savez que nous avons une intervention au séminaire gouvernemental d'une experte du GIEC, et je crois que c'est d'intérêt public que chacun prenne connaissance de ces travaux scientifiques. Beaucoup de fois, ils sont déjà faits.

ALEXIS BOUILLAGUET
Mais cette fois, une « sobriété plus contrainte ». Ça veut dire quoi ? Qu’est-ce qu’il pourrait imposer de plus, Emmanuel MACRON, à la population notamment ?

MARLENE SCHIAPPA
Ce n'est pas dans ces termes-là que ça se pose puisque justement à ce stade, ce qui a été fait, c'est - au contraire - travailler pour faire en sorte qu'il y ait des plafonds pour les prix de l'énergie, ferait en sorte que toutes les familles puissent se chauffer, préparer leur repas, avoir accès à l'eau chaude. Donc, pour l'instant, c'est cela le travail. Et ensuite, nous, collectivement, mais ce n'est pas une question de « consommateurs français », c'est une question d'habitants de cette planète collectivement. Il y a effectivement d'autres actions à mener pour changer nos habitudes. On en a des exemples tous les jours, qu'il s'agisse des bâtiments qui reste illuminés pendant la nuit ou qu'il s'agisse des trajets que nous pouvons faire parfois peut-être autrement qu'en avion quand ils sont rapides.

ALEXIS BOUILLAGUET
Vous parliez du bouclier tarifaire, on sait qu'il va être prolongé en 2023 mais seulement pour les classes moyennes et populaires. Alors c'est qui les classes moyennes et populaires ? C'est quel revenu concrètement ? On est une classe moyenne à partir de quel niveau de revenu ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, ça, vous savez que c'est un éternel débat philosophico-économique en France.

ALEXIS BOUILLAGUET
C’est pour ça qu’Emmanuel MACRON a laissé la place assez large ? Les Français peuvent se dire : « Est-ce que je suis concerné ou pas par ce bouclier tarifaire ? »

MARLENE SCHIAPPA
Alors, il a laissé la place large parce qu'ensuite, c'est le travail du Gouvernement. Autour de la Première ministre Élisabeth BORNE, la ministre de la Transition énergétique Agnès PANNIER-RUNACHER, le ministre de la Transition écologique Christophe BECHU feront ce travail, et le plan de sobriété sera présenté. Et dans ce cadre, les seuils seront présentés pour savoir…

ALEXIS BOUILLAGUET
On a une petite idée quand même de seuil ? A quel niveau de revenus on est une classe moyenne ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, je ne veux pas lancer un chiffre ici pour faire débat. Je pense que cela sera présenté dans le cadre du travail sérieux de concertation qui est amené sur la question de la sobriété et de la transition énergétique. L'important, c’est de se dire surtout qu'on veut protéger les plus fragiles. Vous savez, moi, dans ma vie, j'ai été dans une grande précarité mais j'ai été aussi très à l’aise financièrement, je vois bien la différence. Et je pense que quand on n'est pas à l'aise, quand on est une mère célibataire par exemple, toute seule avec ses enfants, ou qu'on a des faibles revenus, on a besoin d'être aidés par l'Etat, par le Gouvernement. Je veux dire à toutes ces personnes que nous serons présents pour eux. Et celles et ceux qui ont les moyens d'absorber une petite hausse parce qu'ils gagnent très bien leur vie, ils absorberont cette hausse, c'est mon cas.

ALEXIS BOUILLAGUET
Justement, cette hausse donc pour les autres, Bruno LE MAIRE dit que ce seront des factures supportables. Là aussi, même question : c'est combien « supportable » ? C'est une augmentation de 10-20 % ?

MARLENE SCHIAPPA
D'abord, moi, ce que je veux dire, c'est que la France est l'un des pays qui a le mieux protégé, et notamment en Europe, avec des mesures très importantes. Nous ne sommes pas comme dans d'autres pays, y compris des pays européens, à faire face à une augmentation des prix de l'énergie tellement forte que certains ne peuvent plus payer leurs factures. Le Gouvernement a pris des mesures importantes et a préservé les Français jusqu'à présent une hausse trop importante des prix de l'énergie, et y compris d'ailleurs des prix à la pompe. On voit à quel point les efforts consentis par le Gouvernement et demandés aux fournisseurs ont permis…

ALEXIS BOUILLAGUET
On le voit. Mais, concrètement, sur ceux qui ne seront pas protégés par ce bouclier tarifaire, c'est combien d'augmentation de la facture en janvier ?

MARLENE SCHIAPPA
Là aussi, ce sera… je ne veux pas faire de prédictions. Je pense qu'on est dans un sujet trop sérieux pour pouvoir faire des prédictions et des probabilités. Dans le cadre de la présentation du plan sobriété, là encore autour de la Première ministre, tous ces chiffres et tous ces seuils seront présentés.

ALEXIS BOUILLAGUET
Emmanuel MACRON a donc annoncé aussi la création d'une contribution européenne pour les grandes entreprises qui profitent, qui tirent profit de la crise, pour financer, nous dit-il, des mesures ciblées en France. Le problème, c'est qu'il faut convaincre les 27, ça va prendre du temps. Ça prend combien de temps ? Ça sera effectif quand si jamais on y arrive ? C'est une question de semaines, de mois, d'années ?

MARLENE SCHIAPPA
Mais c'est une très bonne question, vous avez parfaitement raison de la poser, et moi, je crois vraiment au leadership de la France au niveau européen. D'ailleurs, ça a été démontré lorsque la France a présidé l'Union européenne. Et je crois que quand vous avez un accord entre la France et l'Allemagne, et c'est tout le sens du travail mené par le Président de la République qui, hier, a passé beaucoup de temps avec Olaf SCHOLZ au téléphone pour se mettre d'accord, et que la France et l'Allemagne ensemble soutiennent différentes mesures. Quand vous avez ce leadership franco-allemand, vous avez ensuite un travail effectivement de diplomatie, de persuasion auprès des autres pays.

ALEXIS BOUILLAGUET
Mais combien de temps ? C’est une question de mois ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi, je ne veux pas faire de prédictions pour l'avenir, vous l'avez compris, mais je pense que ça sera le plus rapidement possible. Et d'ailleurs, le Président est déjà à la manoeuvre à l'heure actuelle avec son homologue allemand.

ALEXIS BOUILLAGUET
Et d'ici là, si ça prend du temps, est-ce que la France pourrait prendre la décision de taxer les superprofits des grandes entreprises ?

MARLENE SCHIAPPA
La Première ministre a dit qu’elle ne fermait pas la porte à cette solution. Et hier, ce que dit le Président de la République, c'est : un, notre objectif, il est européen. Pourquoi ? Pour ne pas créer des suppressions différenciées.

ALEXIS BOUILLAGUET
Mais si on n’y arrive pas ?

MARLENE SCHIAPPA
Il a dit que si on n’y arrivait pas, il se réservait le droit de créer ce mécanisme au niveau français. Moi, j'ai espoir, et je pense qu'au niveau européen, c'est une question de responsabilité, de solidarité européenne. Nous réussirons à trouver un mécanisme de contribution pour ensuite, je le précise, reverser aux Etats pour financer les mesures nationales ciblées.

ALEXIS BOUILLAGUET
Sur le papier, on a un parc nucléaire qui fait envie, une soixantaine de réacteurs nucléaires, sauf que la moitié, c'est à l'arrêt. C'est l'Allemagne qui va nous livrer de l'électricité. Est-ce que ce n'est quand même pas le signe flagrant d'un manque d'anticipation de la part d'Emmanuel MACRON ? Il n’a jamais cru au nucléaire. Pendant dix ans, on a renoncé à le développer. Il a fait une volte-face très récemment ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi, je veux bien que tout soit de la responsabilité d'Emmanuel MACRON, mais je pense que c'est un tout petit peu plus complexe et antérieur surtout, notamment parmi les propos du Président hier.

ALEXIS BOUILLAGUET
C’est dix ans. Dix ans, il était soit Président, soit ministre de l'Economie de François HOLLANDE. Il a accompagné la fermeture de Fessenheim. On ne peut pas dire qu'il était le cheval de Troie ou la figure de proue du nucléaire en France Emmanuel MACRON ?

MARLENE SCHIAPPA
Ni le contraire non plus. Et je pense qu’à cet égard, ce qui est important justement, c'est l'anticipation, vous l'avez dit. Et Emmanuel MACRON, c'est le Président de la République qui a créé un ministère de la Transition énergétique, qui est dédié justement à cette réflexion de long terme. Il a aussi dit que nous devions aller plus vite. Par exemple, il y aura bientôt à cette inauguration du champ d'éoliennes, me semble-t-il, à Saint-Nazaire, qui avait été décidé il y a trois quinquennats de cela. Ça veut dire que nous devons effectivement anticiper, avoir des trajectoires, aller plus vite. C'est le sens du travail qui est mené aujourd'hui autour d'Elisabeth BORNE.

ALEXIS BOUILLAGUET
Un dernier mot très rapide, un mot de foot et du PSG : prendre un train plutôt qu'un jet. On voit Kylian MBAPPE qui éclate de rire, l'entraîneur Christophe GALTIER qui ironise : « On ne va pas voir si on ne peut pas se déplacer en char à voile », c'est ce qu'il dit. C'est quoi ? C'est un carton rouge direct ? C'est irresponsable en ce moment de dire ça ?

MARLENE SCHIAPPA
L’important, ce sont les actes. Je sais qu’avec la transition énergétique et le climat, on est dans une facilité parfois de pointer les actes des autres. C'est important de réfléchir sur nos paroles et actes.

ALEXIS BOUILLAGUET
Mais il fait une erreur à la fois l'entraîneur du PSG et à la fois Kylian MBAPPE de ne pas se rendre compte qu’il y a besoin d’une…

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez, je pense que là, vu le tollé, je pense qu'ils se sont depuis hier - je l'espère en tout cas - rendus compte. Et moi, j'invite notamment les clubs via leur fondation à prendre des engagements pour le climat. Je serai tout à l'heure à la fondation de l'Olympique de Marseille, à Marseille, pour travailler avec eux justement sur ces engagements. Je suis tout-à-fait convaincue que la fondation PSG prendra aussi et a commencé à prendre des engagements…

ALEXIS BOUILLAGUET
On va faire ça. Merci beaucoup Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
C’est moi qui vous remercie.

ALEXIS BOUILLAGUET
Bonne journée à vous.

MARLENE SCHIAPPA
Merci à vous.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 19 septembre 2022