Interview de M. Gabriel Attal, ministre chargé des comptes publics, à Cnews le 21 septembre 2022, sur le budget pour 2023, la réforme des retraites, les impôts et les violences sexistes et sexuelles.

Texte intégral

LAURENCE FERRARI
Bonjour Monsieur le Ministre.

GABRIEL ATTAL
Bonjour Laurence FERRARI.

LAURENCE FERRARI
Bienvenue dans La Matinale de CNews. On va parler du budget évidemment, c’est le dossier central pour vous, pour notre pays et pour les Français qui – croyez-moi – ont le nez rivé sur leur budget avec de vives inquiétudes. Mais d’abord, vous avez reçu toutes les oppositions dans votre ministère, pour évoquer ce fameux budget 2023, qui va définir évidemment les grandes lignes budgétaires pour chaque secteur, la Santé, l’Education, la police. Est-ce que ça a servi quelque chose, puisqu’au fond, ils sont tous ressortis en disant la même chose, ils ne changeront rien à leur budget, et on ne le votera pas, ça n’a servi à rien ?

GABRIEL ATTAL
Mais ils sont ressortis en disant que ça avait été des rendez-vous utiles, on est face à une situation inédite, sur le fond, puisqu’on fait face à la crise énergétique, il faut continuer à protéger les Français, on est aussi face à une situation inédite politiquement, puisque nous n’avons pas la majorité absolue au Parlement. Et donc j’ai proposé effectivement une méthode inédite pour préparer le budget 2023, d'habitude, le gouvernement présente le budget en Conseil des ministres, et ensuite, le travail de discussion avec les oppositions se fait au Parlement, là, ce que j'ai proposé, c'est que 3 semaines avant le passage du budget en Conseil des ministres, on commence à discuter et à travailler, on a fait près d'une dizaine d'heures de réunions sur 3 semaines, et oui, ça a été utile…

LAURENCE FERRARI
D’accord, mais vous avez changé quoi ?

GABRIEL ATTAL
Ça a été utile parce qu’on leur a transmis un certain nombre d'informations et des arbitrages qui étaient en train d'être rendus, et ils l'ont dit eux-mêmes, ça a été un exercice de transparence utile, jamais ils n’avaient eu des informations comme ça en amont de la présentation d'un budget. Et pour nous, c'était utile, parce que sur un certain nombre de sujets…

LAURENCE FERRARI
D’accord, pour vous…

GABRIEL ATTAL
J'ai entendu leurs propositions, sur la question du verdissement de notre fiscalité, sur la question de la lutte contre la fraude fiscale et la fraude sociale, sur la question des dépenses, dans un certain nombre de secteurs, par exemple l'environnement, la rénovation énergétique, on a eu des échanges utiles, et je crois que ça a été utile des deux côtés…

LAURENCE FERRARI
D’accord, donc utile, est-ce que ça veut dire, est-ce que vous avez changé une ligne de votre budget, par exemple, est-ce que sur les superprofits, taxation, vous avez bougé, c’est ce que demandait la gauche ?

GABRIEL ATTAL
Alors, vous savez…

LAURENCE FERRARI
Non ?

GABRIEL ATTAL
On a annoncé que dans le cadre du mécanisme qui est défini au niveau européen, on allait renforcer notre mécanisme de ce qu'on appelle, c'est très technique, captation de la rente infra-marginale, ça veut dire quoi, c'est-à-dire que vous avez des énergéticiens, des entreprises de l'énergie qui, aujourd'hui, du fait de la montée des prix, font des profits issus de la spéculation, et donc, ce qu'on a en France, c’est un mécanisme qui nous permet de capter ces profits au-dessus d'un prix, qui est un prix établi…

LAURENCE FERRARI
Donc c’est la taxation…

GABRIEL ATTAL
Donc on va poursuivre ce mécanisme qui rapporte plusieurs dizaines de milliards d'euros.

LAURENCE FERRARI
Est-ce que le plan Marshall de la rénovation thermique demandé par Europe Ecologie-Les Verts, pareil, vous prenez ?

GABRIEL ATTAL
Mais justement, on a eu beaucoup de discussions avec eux, et je crois qu'on est d'accord sur un constat, qui est qu'on doit davantage accompagner les rénovations globales des logements, c'est-à-dire, les passoires thermiques, faire en sorte de les rénover plus globalement. Et donc, on a eu des échanges par exemple sur un nouveau barème du dispositif MaPrimeRénov’, pour mieux accompagner les Français qui sont dans des passoires thermiques, dans des logements qui sont très consommateurs d'énergie, vous voyez, c'est sur des points concrets comme ça aussi qu'on arrive à avancer, et je pense que c'est ce qu'attendent nos concitoyens.

LAURENCE FERRARI
Les droits de succession, là, c’est les LR qui demandaient un allègement de la fiscalité, vous allez faire quelque chose là-dessus ?

GABRIEL ATTAL
Alors, le président de la République s'y est engagé dans le cadre de la campagne, et ce qu'on a dit, c'est que cet engagement serait tenu dans le quinquennat…

LAURENCE FERRARI
Donc pas tout de suite…

GABRIEL ATTAL
Dans le projet de budget qui sera présenté en Conseil des ministres lundi, on ne prévoit pas de mesures sur les droits de succession pour cette année, mais la discussion va se poursuivre, et le débat aura lieu dans le cadre de la discussion du budget, puisque, plusieurs groupes ont annoncé qu'ils déposeraient des amendements, et donc on verra ce qu'il en est.

LAURENCE FERRARI
Des amendements, et aussi, ils sont prêts à dégainer la motion de censure, notamment, les députés de La France Insoumise, qui se disent prêts et en ordre de bataille. Vous vous préparez à cette bagarre-là, qui aura lieu donc au Parlement début octobre ?

GABRIEL ATTAL
Oui, parce que comme vous l'avez rappelé, ils ont annoncé, mais depuis le début, avant même qu'on démarre les discussions, que, de toute façon, ils voteraient contre le budget pour des raisons politiques, symboliques, les responsables de l'opposition disent : si on vote un budget, ça veut dire qu'on fait partie de la majorité, et donc, nous, on votera contre le budget. Alors, ils disent que nos échanges et nos discussions sont utiles sur le fond, mais ils restent sur cette position de principe symbolique, politique. Et donc dans ces conditions-là, évidemment que le 49.3 est une option, parce que le fait de ne pas avoir de budget ne peut pas être une option, on a besoin d'un budget voté pour continuer à protéger la facture d'électricité des Français, limiter la hausse à 15% et non pas avoir une hausse de 120%, on a besoin d'un budget pour pouvoir recruter 3.000 policiers et gendarmes supplémentaires l'an prochain, comme on s'y est engagé, on a besoin d'un budget pour augmenter la rémunération des enseignants de 10%, faire en sorte qu'aucun enseignant en début de carrière gagne moins de 2.000 euros net par mois l'an prochain ; pour toutes ces raisons-là, il faut évidemment qu'on ait un budget voté. La Constitution nous permet, avec certains articles, de…

LAURENCE FERRARI
De passer en force. Est-ce que, finalement, vous n'avez pas fait ces dialogues de Bercy pour dire : voyez, on a tout tenté, ils n'ont même pas voulu entendre, on passe en force avec le 49.3 ?

GABRIEL ATTAL
Non, je le redis, d’abord, moi, je pense…

LAURENCE FERRARI
Ce n’était pas ça le but de la manoeuvre ?

GABRIEL ATTAL
Moi, je pense qu’on doit toujours dialoguer et concerter, et qu'on est face à une situation inédite, et que ça justifie une méthode inédite, ensuite, je le dis, ça a été utile pour nous en termes de propositions, d'idées, je crois que ça a été aussi utile pour eux, encore une fois, ils ont eu des déclarations dans la presse hier pour dire que ça avait été utile, donc, voilà. On ne perd jamais de temps à discuter, et même si on n'est pas d'accord sur tout, ça ne veut pas dire, on ne peut discuter de rien, et c’est ce que ces échanges ont montré.

LAURENCE FERRARI
Mais encore une fois, sur le 49.3, ce n’est pas une façon pour vous de dire : voilà, on a essayé et ça n’a pas marché ?

GABRIEL ATTAL
Eh bien, ce qui est sûr, c'est qu’on essaye, et qu’on est dans le dialogue, dans la discussion, on verra ensuite ce qu'il en est, la balle est un peu dans leur camp, puisque dès le départ, avant même qu'on commence à parler, ils avaient déjà dit qu'ils étaient dans l’opposition…

LAURENCE FERRARI
Et ils ne changeront a priori pas de position…

GABRIEL ATTAL
Au budget…

LAURENCE FERRARI
Donc on va arriver au 49.3. La réforme des retraites, quand est-ce que vous vous décidez à faire cette réforme ? Vous l’avez tant de fois annoncée, tant de fois reportée, est-ce que vous allez y aller, là ?

GABRIEL ATTAL
Oui, d’abord, on a toujours dit qu’on ferait une réforme des retraites…

LAURENCE FERRARI
Oui, oui, mais ça fait longtemps…

GABRIEL ATTAL
On l’a dit pendant la campagne présidentielle, on l’a rappelé cet été, et vous avez raison de le dire, ça fait plusieurs années qu'on en discute…

LAURENCE FERRARI
Depuis, je crois, quelques années…

GABRIEL ATTAL
Puisqu’il y a eu un premier projet qui avait été présenté, qui a été retiré. Donc la question qui est posée maintenant, c'est la question du vecteur législatif, c'est-à-dire, est-ce que ça passe dans le budget de la Sécurité sociale à l'automne, ou dans un texte de loi ad hoc à la rentrée, cette question-là, elle n’est pas encore tranchée, elle le sera à un moment, mais, moi je trouve qu’on passe…

LAURENCE FERRARI
Qu’est-ce qui vous retient, expliquez-moi…

GABRIEL ATTAL
Non, mais je trouve qu’on passe…

LAURENCE FERRARI
On sait déjà que vos alliés du MoDem disent : attention, si ça passe par amendement, nous, on votera contre, on votera contre, ce sont vos alliés !

GABRIEL ATTAL
On discute avec nos alliés dans la majorité, et c'est bien qu’il y ait du débat dans la majorité, c'est aussi ça une majorité vivante, moi, je trouve qu'on passe beaucoup de temps à parler de l'emballage et pas assez à parler de ce qu'il y a dans la boîte, c’est-à-dire, une réforme…

LAURENCE FERRARI
Mais moi, les syndicats, ils parlent de ce qu’il y a dans la boîte…

GABRIEL ATTAL
Eh bien, je trouve qu’on se concentre beaucoup sur cette question de par quel texte ça passe, et on ne parle pas des enjeux, les enjeux, c'est quoi, c'est qu'on a un système de retraite qui est, et le dernier rapport du Conseil d'Orientation des Retraites l’a rappelé, déficitaire dans les prochaines années.

LAURENCE FERRARI
Pour l'instant bénéficiaire. On est d’accord…

GABRIEL ATTAL
Oui, mais déficitaire dans les prochaines années…

LAURENCE FERRARI
Pour cette année, bénéficiaire…

GABRIEL ATTAL
Et donc ça veut dire que quand vous avez un régime déficitaire, à un moment, vous vous posez la question, soit, de baisser les pensions des retraités, on refuse de le faire, soit d'augmenter les impôts des Français, soit de travailler un peu plus longtemps, et c'est ça le débat, c'est aussi le fait de travailler plus longtemps qui va nous permettre de bénéficier de recettes supplémentaires pour financer des priorités, sur la transition énergétique, sur la protection des Français, et donc c'est ça le sujet, et c'est autour de ça que doit se poser le débat.

LAURENCE FERRARI
Mais vous, vous pensez quoi, il faut passer par le texte sur la Sécurité sociale, il faut aller vite, est-ce qu'il faut aller vite ou pas sur cette réforme ?

GABRIEL ATTAL
Moi, ce que je souhaite, c'est que la réforme puisse s'appliquer dans le calendrier qui a été prévu…

LAURENCE FERRARI
Donc 2023…

GABRIEL ATTAL
C’est-à-dire à partir de l’été 2023. Il y a deux possibilités, budget de la Sécurité sociale, texte en début d'année, c'est là qu’on verra aussi dans la volonté d'un certain nombre d'interlocuteurs de discuter ou pas, si vous avez des interlocuteurs, y compris syndicaux, qui vous disent : de toute façon, on ne veut pas entendre parler d'une réforme des retraites, à un moment, il faut aller au Parlement, il faut présenter un texte, si vous en avez qui disent : nous, on est prêts à discuter et on entend qu'il faut travailler plus longtemps, revoir la question de l'âge, peut-être de la durée de cotisations, et à ce moment-là, avoir des échanges, ça peut aussi guider une autre méthode, en tout cas, j'ai un collègue ministre du Travail qui échange avec eux, qui a reçu les partenaires sociaux en début de semaine pour avoir un premier échange. Et on prendra notre décision dans les prochaines semaines.

LAURENCE FERRARI
Et qui n’écartait pas l'hypothèse que ce soit présenté pendant l'étude du texte sur la Sécurité sociale…

GABRIEL ATTAL
C’est une hypothèse qui est sur la table…

LAURENCE FERRARI
Mais on a le sentiment que vous avez peur en fait, que vous reculez pour mieux sauter, parce que vous dites : voilà, la situation est explosive, la crise énergétique met les Français à bout, si on rajoute la réforme des retraites, ça peut être l'étincelle qui met le feu aux poudres…

GABRIEL ATTAL
Non, je ne je ne crois pas, au contraire, ce qu'on dit, c'est qu’on tiendra cet engagement qui a été pris, parce qu'il est nécessaire pour la survie de notre système et aussi nécessaire pour financer un certain nombre de priorités. On ne veut pas alourdir le déficit. On ne veut pas augmenter les impôts des Français, on a besoin de moyens supplémentaires pour accompagner notamment nos aînés, qui sont en perte d'autonomie, pour les aider à adapter leur logement, à bénéficier d'heures supplémentaires d'aides à domicile chez eux, pour trouver ces moyens-là, si on n'augmente pas les impôts, si on ne fait pas plus de déficits, ça veut dire travailler globalement plus longtemps, en tenant compte évidemment des carrières de chacun.

LAURENCE FERRARI
Là encore, il faudra peut-être passer en force, dégainer le deuxième 49.3 ?

GABRIEL ATTAL
Oui, enfin, honnêtement, je crois que s’il y avait un 49.3, ça serait la 89ème fois sous la 5ème République qu’un 49.3 est utilisé…

LAURENCE FERRARI
Mais vous savez qu’il y a un nombre limité de 49.3 à utiliser...

GABRIEL ATTAL
Oui, ce que je veux dire, c’est que c’est un outil constitutionnel qui existe dans un contexte particulièrement, où vous avez une majorité relative, ce qui est notre cas, et quand vous avez en face des oppositions qui disent : de toute façon, on est dans une opposition systématique de blocage, on vote contre les budgets du gouvernement, parce que c'est les budgets du gouvernement, à la fin, il vous reste effectivement cette possibilité.

LAURENCE FERRARI
Il y a aussi l'indexation du barème de l'impôt sur le revenu sur l'inflation, qu'est-ce que ça va représenter concrètement pour les Français ?

GABRIEL ATTAL
C'est une mesure très importante, une décision qu'on a prise, ça paraît un peu technique comme ça, mais concrètement, c'est 6,2 milliards d'euros de baisse d'impôt sur le revenu pour les Français.

LAURENCE FERRARI
Enfin, c’est de non-hausse en fait, c’est de non-hausse d’impôt…

GABRIEL ATTAL
Oui, on relève les barèmes de l'impôt sur le revenu au même niveau que l'inflation, ce qui veut dire, très concrètement, que, je vous donne un exemple, pour une personne qui travaille au SMIC, une personne seule, si on ne faisait pas ça, elle rentrerait dans l'impôt sur le revenu alors qu'elle ne le paye pas aujourd'hui, et elle paierait à peu près 130 euros d'impôt sur le revenu.

LAURENCE FERRARI
En raison de l’'inflation.

GABRIEL ATTAL
Un célibataire qui gagne 2.500 euros, dont le salaire n'a pas progressé, si on ne relevait pas... enfin, le fait de relever le barème de l'impôt sur le revenu fait que ça lui fait une baisse d'impôt de 328 euros sur l'année. Parce que vous avez des Français qui ont vu leur salaire progresser, et si on ne relève pas le barème de l'impôt sur le revenu, ça devient une augmentation d'impôt. Donc c’est vrai que c'est une mesure importante, et vous voyez le chiffre, 6,2 milliards d'euros d'impôts rendus aux Français avec cette décision.

LAURENCE FERRARI
Un mot sur la garde d’enfants aussi, l'aide financière à la garde d'enfants va être étendue aux enfants de 6 à 11 ans, ça, c'est aussi... ça aura un impact pour les familles ?

GABRIEL ATTAL
Oui, c'est très concret, c'est l'avance de crédit d'impôt pour les services à la personne, vous savez qu’il y a 5 millions de Français qui bénéficient d'un crédit d'impôt pour services à la personne, pour de l'aide à domicile sur le ménage, du jardinage, du bricolage, de la garde d'enfants. Et donc, on est en train progressivement de basculer dans un système qui est une forme de tiers payant, où, au lieu de bénéficier du crédit d'impôt l'année suivante, vous en bénéficiez tout de suite, et donc vous payez 50 % votre salarié, et c'est les URSSAF qui paient les 50 autres pour cent. Et donc, à compter d'aujourd'hui, pour les personnes qui ont une garde d'enfants, pour des enfants de plus de 6 ans, on met en place cette avance sur le crédit d'impôt services à la personne, on va continuer à la déployer sur d'autres services, c'est une simplification très concrète pour les Français.

LAURENCE FERRARI
On va parler un petit peu de politique, il y a un grand malaise à La France Insoumise, après la révélation de l'affaire Adrien QUATENNENS, le Parquet de Lille a ouvert une enquête pour violences conjugales, après une main courante déposée par son ex-compagne, doit-il démissionner selon vous de ses fonctions de député ?

GABRIEL ATTAL
D'abord, vous l'avez dit, cette affaire a pris une dimension judiciaire avec l'ouverture d'une enquête, je ne veux pas commenter l'affaire en elle-même, je pense que le malaise que vous évoquez, qui a été révélé, est aussi lié à la réaction qu'a eue Jean-Luc MELENCHON. Sur ces sujets-là, il ne peut pas y avoir de complaisance ou d'ambiguïté. Et la réaction était totalement à côté de la plaque.

LAURENCE FERRARI
C’est-à-dire qu'il a soutenu Adrien QUATENNENS dans un premier temps avant de penser à sa compagne.

GABRIEL ATTAL
Oui, je pense que c'est une réaction qui marque un décalage complet avec la manière dont, heureusement d’ailleurs, la société appréhende aujourd'hui ces sujets-là. Maintenant, moi je ne suis pas là pour accabler un parti politique, pour faire la leçon de morale, parce que je pense qu'aucun parti n'a le monopole du vice, et aucun parti n'a le monopole de la vertu, voilà, c'est…

LAURENCE FERRARI
D’accord, votre parti également…

GABRIEL ATTAL
Mais ce sont... voilà, ce sont des sujets qui traversent la société tout entière, et ce serait mentir que de dire l'inverse, voilà, maintenant, je pense que ce qu’attendent les Français, c'est que chacun, et a fortiori les responsables politiques, les chefs de partis, soient exemplaires dans leurs réactions. Il ne peut pas y avoir de complaisance, il ne peut pas y avoir d'ambiguïté. Et il faut une fermeté absolue dans la condamnation de ce type de situation.

LAURENCE FERRARI
Il n’y a pas de « oui, mais » sur les violences conjugales faites aux femmes ?

GABRIEL ATTAL
Non, il ne peut pas y avoir de « oui, mais », il doit y avoir une condamnation ferme et absolue.

LAURENCE FERRARI
Donc, est-ce qu'il doit démissionner de ses fonctions, il y a une tribune de féministes qui le demande qui l’exige même ?

GABRIEL ATTAL
Moi, je respecte aujourd'hui le cadre légal, on a été élu, il y a une procédure judiciaire qui est en cours, donc je n’ai pas d'injonction à donner de ce point de vue-là.

LAURENCE FERRARI
Sur La France insoumise, comment est-ce que vous voyez ce fonctionnement, est-ce qu'il y a des choses qui sont opaques selon vous dans le fonctionnement de ce comité de suivi des violences sexistes et sexuelles ?

GABRIEL ATTAL
Eh bien, d'abord, ce comité de suivi a donné le sentiment à certains moments, dans des affaires précédentes, qu’une forme de juridiction interne à un parti politique se substituait à la justice, ça n'est pas possible. On doit faire confiance à la justice de notre pays, et d'ailleurs, on a beaucoup renforcé les moyens de la justice pour mieux recueillir les violences faites aux femmes, la parole des femmes, on forme nos policiers et nos gendarmes sur ce sujet-là, c’est un travail majeur qui a été engagé, je pense par ailleurs que cette situation, elle révèle aussi les travers de la gouvernance de La France Insoumise, on voit qu'il y a un malaise chez les députés, on l'a vu dans une conférence de presse par rapport à la réaction de Jean-Luc MELENCHON. Je pense que ça montre aussi une difficulté, une fragilité dans la démocratie interne à cette formation politique.

LAURENCE FERRARI
Il est fragilisé, Jean-Luc MELENCHON pour vous ?

GABRIEL ATTAL
Eh bien, je pense qu’il doit s’expliquer sur ce sujet-là, sur cette réaction…

LAURENCE FERRARI
Il doit parler.

GABRIEL ATTAL
Oui, je pense que c‘est important de clarifier les choses, et encore une fois, de ne pas laisser penser qu’il y aurait une forme d’ambiguïté.

LAURENCE FERRARI
Julien BAYOU a décidé, lui aussi, de se mettre en retrait de la coprésidence du groupe écologiste à l'Assemblée nationale, là, c'est Sandrine ROUSSEAU qui a évoqué la situation de son ex-compagne maltraitée psychologiquement selon elle, et qui aurait été poussée à une tentative de suicide. A quel niveau on va dans la révélation de la vie privée des gens ?

GABRIEL ATTAL
Moi, je pense que la boussole doit rester la justice, et qu’il faut que la justice puisse être saisie, puisse faire son travail, puisse se prononcer, et qu'ensuite, on puisse politiquement en tirer les conséquences, ensuite, vous pouvez avoir des situations, c’est le cas, je crois, avec Adrien QUATENNENS, où des personnes reconnaissent un certain nombre de faits, et dans ces cas-là, il peut y avoir traduction politique qui a lieu avant que la justice se prononce. Mais je pense que la société gagne à faire confiance à la justice pour gérer ces situations et condamner les faits.

LAURENCE FERRARI
Et ces députés, pas plus que Damien ABAD, à l'époque, ne doivent démissionner de leurs fonctions qui leur ont été confiées par leurs électeurs ?

GABRIEL ATTAL
Eh bien, vous avez des députés qui sont élus, et puis, ensuite, s'il y a des condamnations, il peut y avoir de l'inéligibilité, il peut y avoir des démissions.

LAURENCE FERRARI
D'accord. Un mot de votre voyage, vous vous rendez le 30 septembre avec Gérald DARMANIN et Eric DUPOND-MORETTI en Guyane, c'est très important, pour assister aussi aux Assises de la sécurité, parce que vous êtes aussi le ministre des Douanes, et on sait que la Guyane est gangrénée par le trafic de drogue, et notamment de la cocaïne, qu'est-ce que vous allez y faire, comment on peut lutter contre le trafic de drogue là-bas ?

GABRIEL ATTAL
Oui, merci de le rappeler, je suis ministre du Budget, et donc aussi ministre des douaniers, et c'est une très grande fierté, parce qu'ils sont très mobilisés pour contrôler les marchandises, protéger nos frontières, et lutter contre les trafics de stupéfiants, les douaniers, ils réalisent plus de 80 % des saisies de stupéfiants dans notre pays. Et on sait qu'en Guyane, on a énormément de trafics, je veux d'ailleurs saluer aux Antilles l'action des douaniers au début du mois de septembre, qui ont saisi près d'une tonne cinq de cocaïne sur un voilier. On a des résultats très importants, sur le premier semestre, les douaniers ont saisi 73 tonnes de stupéfiants, c'est 8 tonnes de plus que sur le premier semestre de l'année dernière. Et donc je me rends avec Gérald DARMANIN et Eric DUPOND-MORETTI en Guyane pour les Assises de la sécurité, pour travailler à être encore plus efficaces dans notre lutte contre les trafics de stupéfiants, vous savez que c'est une grande priorité pour nous, on a renforcé les moyens, on a mis en place une coordination interservices, pour mieux lutter contre les trafics de stupéfiants, et donc c'est important qu'on se rende en Guyane, qui est malheureusement une forme de plaque tournante sur les trafics de stupéfiants, et notamment de cocaïne, qui a un impact ensuite sur l’hexagone et sur l’Europe…

LAURENCE FERRARI
Et qui arrivent évidemment en Europe et en France. Merci beaucoup Gabriel ATTAL d’être venu ce matin dans La Matinale de Cnews.

GABRIEL ATTAL
Merci.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 27 septembre 2022