Interview de M. Clément Beaune, ministre chargé des transports, à France Info le 23 septembre 2022, sur la fin de la remise à la pompe pour le 31 décembre, les véhicules électriques, les prix des péages d'autoroute, les économies d'énergie dans les transports, l'offre de trains, l'ouverture à la concurrence des lignes de bus, le secteur aérien et le plan vélo.

Texte intégral

LORRAIN SENECHAL
Bonjour Clément BEAUNE.

CLEMENT BEAUNE
Bonjour.

LORRAIN SENECHAL
Le budget pour l’an prochain sera présenté lundi en conseil des ministres, on peut donc dire que les derniers arbitrages, ou presque, ont été rendus, est-ce que vous confirmez d’abord la fin de la remise à la pompe pour le 31 décembre de cette année ?

CLEMENT BEAUNE
Ecoutez, les choses seront en effet précisées, présentées lundi, le ministre de l’Economie a annoncé cette semaine que l’effort qu’on fait va jusqu’au 31 décembre et qu’après ce serait autre chose, c'est-à-dire qu’il n’y aurait plus le même dispositif. Le ministre de l’Economie a dit aussi qu’on s’adapterait en fonction de ce qu’est l’évolution des prix de l’énergie, des prix du carburant, mais…

LORRAIN SENECHAL
En ce moment il baisse, ça veut dire que s’il remonte vous pourriez remettre en place une ristourne ?

CLEMENT BEAUNE
Ecoutez, il n’y a pas de dispositif qui a été décidé pour une prolongation après le 31 décembre, donc le dispositif qui est en cours il s’arrête en effet le 31 décembre, l’idée c’est de voir ensuite ce qui se passe. Mais on a toujours essayé de tenir deux lignes, dire la vérité sur les prix de l’énergie, et notamment les prix de l’énergie fossile, ils augmentent et ils augmenteront, indépendamment de la situation internationale, dans un monde où on va sortir progressivement des énergies fossiles, donc il ne faut pas cacher cette réalité économique et écologique.

NEÏLA LATROUS
Donc pas de subvention au carbone si ça baisse.

CLEMENT BEAUNE
Oui, et puis il y a des moments d’urgence, au cas où vous êtes un automobiliste, 85 % des déplacements se font encore par la route en France, quand vous avez un très gros pic sur les carburants, comme ce qu’on a vécu cette année, il est normal, et la France l’a fait d’ailleurs plus que les autres pays, que l’on aide les automobilistes, et donc on garde cette ligne. Si on est dans une situation où en effet les choses augmentent de manière raisonnable, ou baisse par rapport à ce qu’on a connu de plus haut ces derniers mois, il n’y aura plus de dispositif de soutien, et si les choses étaient nécessaires, évidemment on s’adaptera, la protection elle s’adapte aux circonstances et aux prix.

NEÏLA LATROUS
Est-ce que les détenteurs de véhicule électrique devront renoncer à recharger leur voiture aux heures de pointe comme le suggère le gestionnaire du réseau RTE ?

CLEMENT BEAUNE
Alors, RTE a suggéré, pour être très précis, non pas qu’on arrête le véhicule électrique ou qu’on se prive de le recharger, c’est une des solutions à la crise de l’énergie que l’on vit aujourd'hui et c’est une des solutions surtout à la transition écologique, donc on veut encourager, le message est clair, le véhicule électrique, on encourage son achat par des aides, et donc il ne faut pas dissuader l'utilisation du véhicule électrique. Ce qu'a dit RTE c'était une recommandation pour dire qu'effectivement si on peut, lorsqu’on a de la flexibilité pour ceux qui en ont, le recharger à un autre moment que les heures de pointe, je le rappelle, les heures de pointe c'est le matin après 8h, en gros la matinée, et c’est le soir…

NEÏLA LATROUS
Ça couvre quand même beaucoup d’horaires.

CLEMENT BEAUNE
Oui, bien sûr ; c’est le soir entre 18h et 20h. Quand vous avez à un usage contraint, il faut continuer à le faire à ces heures-là, quand vous avez la possibilité - il faut faire appel au bon sens et à a responsabilité - quand vous avez la possibilité…

NEÏLA LATROUS
Il ne s’agit pas de désactiver les bornes de recharge…

CLEMENT BEAUNE
Exactement, on ne va pas désactiver les bornes de recharge, on ne va pas interdire aux gens de recharger leur véhicule électrique, ce serait contradictoire, mais si vous avez par exemple un véhicule électrique, que vous le rechargez chez vous, dans votre copropriété, si vous pouvez le brancher plutôt après 20h qu'entre 18h et 20h, eh ben c'est mieux, et dans les périodes où chacun essaye, de manière pragmatique, de limiter les pics de consommation, c'est utile.

LORRAIN SENECHAL
Puisque vous voulez favoriser la voiture électrique, il y a une promesse de campagne d'Emmanuel MACRON dont on n'a plus entendu parler ces derniers mois, c'est celle de pouvoir louer des véhicules électriques, ce qu'on appelle le leasing, à 100 euros par mois, elle sera mise en place quand cette promesse ?

CLEMENT BEAUNE
Oui, c’est une mesure majeure parce que, je veux dire d'un mot, dans les zones urbaines en particulier, les grandes agglomérations, il faut mettre le paquet sur le transport public, le transport ferroviaire, le bus, les transports propres, le vélo, etc. Dans les zones rurales en particulier, il faut être lucide, on n’aura pas un train en bas de chaque maison, ou en bas de chaque appartement, et donc garder la voiture, mais dépolluer la voiture, en passant au véhicule électrique, c’est une des solutions majeures, c'est le sens de cette mesure, sauf qu'il faut démocratiser l'électrique. Aujourd'hui, même s'il y a des aides importantes, ça reste coûteux. Et donc, oui, cette mesure elle est très importante, elle est compliquée à mettre en oeuvre, je vais très franc, pourquoi ? Parce qu'il faut créer aussi une filière industrielle, ou encourager une filière industrielle de production…

NEÏLA LATROUS
Et des bornes de recharge.

CLEMENT BEAUNE
Et des bornes de recharge, bien sûr, c’est toute la chaîne, bornes de recharge, mais véhicules aussi, et une filière française et européenne, c'est important sur le plan de la souveraineté et de l'indépendance, et donc c'est ça qu'on est en train de travailler avec la ministre de l'Energie, Agnès PANNIER-RUNACHER…

NEÏLA LATROUS
Cet été vous aviez dit ce sera pour début d’année prochaine, début 2023.

CLEMENT BEAUNE
Oui, je pense… l’idée c’est d’avoir un dispositif, j'avais dit qui soit défini d'ici la fin de l'année, et qu’il se déploiera sans doute par expérimentation, sans doute d'abord dans certains territoires, et ce que nous essayons de faire c'est de l’avoir, dans une première étape, pour l'an prochain, en effet je pense que c'est un objectif très important parce qu'il faut une gamme de solutions pour décarboner nos modes de transport.

NEÏLA LATROUS
Les autoroutes, le prix des péages, vous avez aussi lancé un appel cet été aux sociétés d'autoroutes en disant « il faut que vous fassiez un geste, ne pas augmenter vos tarifs de manière inconsidérée », est-ce que cet appel est renouvelé pour 2023 et est-ce que vous avez bon espoir que les sociétés d'autoroutes l’ai entendu ?

CLEMENT BEAUNE
D’abord je veux rappeler, chaque année il y a un rendez-vous, c'est prévu par les contrats entre l'Etat et les sociétés d'autoroutes, en février…

NEÏLA LATROUS
Vous négociez en ce moment, vous les voyez pour l’année prochaine.

CLEMENT BEAUNE
Oui, exactement – en février, les péages évoluent, il y a une formule automatique qui tient compte de l’inflation, c'est prévu dans les contrats avec les sociétés d'autoroutes. En 2022, je le rappelle, parce que quand on voit l'inflation globale, on a limité la hausse des péages à 2%, ça a été fait en début d'année, ils n'ont pas augmenté davantage, donc les péages ont augmenté beaucoup moins vite que l'inflation cette année, c'est quand même important. Cet été, en arrivant au ministère des Transports, j'avais dit il faut faciliter les choses pour les vacances et pour l'été, et les sociétés d'autoroutes, l’été était déjà engagé, ont fait un geste commercial utile…

NEÏLA LATROUS
Vous dites elles ont déjà fait des efforts.

CLEMENT BEAUNE
Non, non, je ne dis pas ça, mais qui était utile, qui était complémentaire, pour ceux qui ont des abonnements de péage… réduit en gros de 10% pour ceux qui avez des abonnements et qui circulaient souvent, et maintenant on a rendez-vous début 2023. Si on appliquait les choses de manière automatique on serait potentiellement sur des hausses très élevées, je l’ai évoqué cet été…

NEÏLA LATROUS
De quel ordre ?

CLEMENT BEAUNE
L’ordre de 7 à 8%, et ça je le dis aujourd'hui, il y a des négociations qui sont en cours, il y a des discussions qui sont en cours, ce ne sera pas 7 ou 8%, c’est insoutenable d'avoir 7 ou 8%…

LORRAIN SENECHAL
5 % par exemple, c’est acceptable pour… ?

CLEMENT BEAUNE
Je ne vais pas rentrer dans l’échelle du chiffre, parce qu’il y a une discussion, et il y a deux choses pour moi qui comptent. D’abord il faut là aussi dire la vérité, l'usage de la voiture coûtera plus cher, pour la voiture thermique en tout cas, dans les années qui viennent, c'est inévitable, et dans un monde où les prix évoluent, l'énergie en particulier, on ne peut pas tout neutraliser, il ne peut pas y avoir zéro inflation, ce n’est pas possible. En revanche…

NEÏLA LATROUS
Donc ça augmentera, quoi qu’il arrive, puisque c’est indexé sur l’inflation, ça c’est…

CLEMENT BEAUNE
Ça augmentera, sans doute…

NEÏLA LATROUS
La formule mathématique.

CLEMENT BEAUNE
Ce que je veux, c’est la discussion qu’on a, parce que ce qu’on paye aux sociétés d'autoroutes c'est aussi des investissements, et donc je ne veux pas qu'elles arrêtent d'investir dans la sécurité, dans les bornes de recharge, je ne veux pas qu'elles arrêtent d'investir dans tout ce qui est écologique, des parkings de covoiturage par exemple, donc je veux qu'il y ait un paquet d'investissements important, et une augmentation raisonnable. Je ne peux pas vous dire aujourd'hui le chiffre, on est en train d'en discuter, mais on ne sera pas dans les ordres de grandeur de 7 ou 8 %, ça c'est clair, parce qu’on ne peut pas imposer ceux-là au pouvoir d'achat des automobilistes en ce moment.

NEÏLA LATROUS
Et est-ce qu’au nom de la sobriété il faudra réduire temporairement la vitesse maximale sur les routes et les autoroutes ?

CLEMENT BEAUNE
Je veux être très clair là-dessus, on ne prend pas de mesures, à ce stade, de contrainte, ou de baisse obligatoire de la vitesse, mais je le dis aussi aux Français, parce que beaucoup cherchent évidemment des mesures utiles pour le climat, et pour le pouvoir d'achat en même temps, quand vous réduisez de 10 km/h votre vitesse sur autoroute, vous économisez 1 litre aux 100, donc ce n’est quand même pas négligeable, donc je fais appel à cet esprit de responsabilité aujourd'hui. Et puis je le dis aussi d'ailleurs, puisqu'on parlait d'usages plus écologiques, de véhicules électriques, il n’y a pas que le véhicule électrique, il peut y avoir du covoiturage par exemple, et on a demandé aux sociétés d’autoroutes de développer les parkings de covoiturage gratuits, pour que les gens viennent avec leur voiture individuelle, et ensuite fassent du covoiturage sur des gros trajets, pour aller au travail…

NEÏLA LATROUS
85 % des automobilistes roulent seuls le matin sur les autoroutes.

CLEMENT BEAUNE
Exactement, c’est très important, je crois qu'on ne se rend pas compte, 85% des automobilistes sont seuls dans la voiture, si pendant tous vos trajets de plus de 30 kilomètres, toute l'année, vous covoiturez, vous pouvez économiser jusqu'à 2000 euros, donc on ne parle pas du tout de choses anecdotiques, c'est très important pour le pouvoir d'achat, et je le dis, l'idée ce n’est pas de cibler la voiture, c'est de cibler la voiture individuelle, polluante, et donc l'électrique, le covoiturage, ce sont des solutions très importantes de décarbonation, on aide, et les Français, les automobilistes, peuvent aussi ensemble faire un geste supplémentaire.

LORRAIN SENECHAL
Avec toujours Clément BEAUNE, ministre délégué aux Transports. Je vous pose une colle tiens, qui a dit « pour se passer de la voiture il faut qu'il y ait plus de trains » ? C’est vous, tout simplement Clément BEAUNE, qui l’avait dit il y a dix jours maintenant…

CLEMENT BEAUNE
Je crois que j’ai dit qu’il ne fallait pas réduire l’offre de trains cet hiver.

LORRAIN SENECHAL
Exactement.

CLEMENT BEAUNE
Et je maintiens.

LORRAIN SENECHAL
Et comment on fait même pour mettre plus de trains alors que, je précise que la SNCF c’est le plus gros consommateur électrique de France, acteur, en tout cas consommateur de France. Comment on fait pour mettre plus de trains à l'heure de la sobriété électrique ?

CLEMENT BEAUNE
Ça c'est très important parce que, je le redis, vous me réinterrogerez avec peut-être une autre formulation, la sobriété ça ne doit pas être moins de trains, ça ne doit pas être moins de transports publics, on va revenir avec…

LORRAIN SENECHAL
Ce n’est pas pareil moins de trains, pas moins de trains et plus de trains.

CLEMENT BEAUNE
Alors, justement, parce que la crainte pour cet hiver c'est, on se dit on demande à tout le monde de faire des économies d’énergie, donc logiquement on devrait faire circuler moins de bus, moins de trains, etc., non. Ce qu'on demande à la SNCF c'est de maintenir évidemment son offre, de l'augmenter si possible, je vais y revenir, ça ne se fait pas comme ça parce que les trains ça se produit, mais la sobriété ce sont les économies d'énergie sur, comme fait toute entreprise, les lumières, le chauffage, l'éclairage, la SNCF, comme la RATP, ont beaucoup d’entrepôts, beaucoup de bureaux, et donc comme tout employeur et comme toute entreprise, doivent faire des efforts, il n’y a aucun secteur qui est exonéré de ces efforts comme le font les administrations. Et puis il y a des choses plus spécifiques au secteur des transports, sur par exemple ce qu'on appelle l'éco-conduite ou l’éco-stationnement, vous pouvez en fonction, avec une assistance technologique, en fonction de la façon dont vous organisez la maintenance des trains, les horaires, etc., faire des économies d'énergie importantes.

NEÏLA LATROUS
Sauf que Clément BEAUNE, pour mettre plus de trains il faut des investissements dans, tout simplement plus de rames, déjà pour commencer, il faut plus de conducteurs, et la SNCF dit « eh bien aujourd'hui moi mes coûts explosent parce que j’ai une facture énergétique que je vais déjà avoir du mal à assumer intégralement. »

CLEMENT BEAUNE
Ça je le dis, ça ne remet pas en cause la circulation des trains, ça ne remet pas en cause l'offre de trains, et dans la durée, parce que plus de trains ça se fait en commandant des trains, pour être très concret. Je vais prendre un exemple, j'étais la semaine dernière à Clermont-Ferrand, il y a une ligne Paris-Clermont-Ferrand qui a plein de difficultés, je le reconnais, c'est insupportable pour ceux qui l'utilisent, qui sont des centaines de milliers chaque année, nous investissons, ça mettra encore quelques années, on accélère le plus vite possible, pour qu'il y ait de nouveaux trains, des nouvelles rames, mais ça ça se commande chez des industriels, il y aura, dans les années qui viennent, plus de trains, je le confirme, mais ça, ça ne se fait pas là tout de suite pour la semaine prochaine.

LORRAIN SENECHAL
" Il faudra même doubler l'investissement sur le rail chaque année " dit Jean-Pierre FARANDOU le patron de la SNCF, il réclame même un plan à 100 milliards d'euros, dont la moitié, financé par l'Etat, ce serait possible ?

CLEMENT BEAUNE
Alors, je vais vous dire, je me méfie des grands chiffres parce qu'après je peux revenir vous voir très facilement en disant on est à 100 milliards, ça dépend comment vous comptez. Là où c'est clair, pour être très précis, c'est qu'il faut investir dans l'achat de rames, grande vitesse, TER, Intercités, c'est ce que nous sommes en train de faire, une ligne comme Paris-Clermont, une ligne comme Paris-Limoges, nous changeons toutes les rames d'ici les quatre prochaines années, c'est un investissement d’1 milliard d'euros, ce n’est pas rien. Et ce que j'ai dit aussi, je le maintiens, c'est que pour qu’on ait le moins de difficultés possibles, moins de pépins de retards, moins de pépins sur le réseau, il faut investir dans notre réseau ferroviaire lui-même, et d'ailleurs dans le budget, vous le verrez, nous ferons un effort supplémentaire sur le réseau ferroviaire.

LORRAIN SENECHAL
Jusqu’à deux fois plus ? Ça c’est ce que demande Jean-Pierre FARANDOU.

CLEMENT BEAUNE
Alors, il y a deux choses, pas dans le projet de loi de finances pour 2023, à l'évidence, mais l'Etat a signé, au printemps dernier, un contrat qu'on appelle de performance, avec la SNCF, avec le réseau de la SNCF, qui dit qu'on va investir 2,9 milliards, presque 3 milliards d'euros, chaque année pendant 10 ans, on n'a jamais fait cet effort sur le réseau ferroviaire. Est-ce qu’il faudrait aller un cran plus loin ? Je le pense, mais tout ça veut dire qu'on a des priorités, et nous avons demandé, au Parlement, ce qu'on appelle le Conseil d'orientation des infrastructures, de nous le dire d'ici l'automne quelles sont les grandes priorités en matière de transport et on aura ensuite cette discussion au Parlement…

LORRAIN SENECHAL
Mais ça ne sera pas pour le budget de l'an prochain.

CLEMENT BEAUNE
Il y aura déjà un effort sur le réseau dans le budget de l'an prochain, supplémentaire, je vous le confirme, et ensuite il faut une programmation sur plusieurs années, cette programmation nous la construirons d’ici le début d'année prochaine.

NEÏLA LATROUS
Clément BEAUNE, l'électricité coûtera plus cher pour la SNCF l'année prochaine, pour tout un tas d'opérateurs de transports en commun, qui paye est-ce que c'est l'usager qui à la fin des fins, voit son abonnement augmenter, son billet de train augmenter, son ticket de métro augmenter ?

CLEMENT BEAUNE
Il ne faut pas avoir une inquiétude qui soit non plus déraisonnable sur les prix de l'énergie, les grands opérateurs, je pense notamment à la SNCF, ou la RATP, ont – sans rentrer dans trop de technique - des contrats, parfois à long terme, qui les protègent contre les variations trop importantes des prix de l'énergie, maintenant c'est une réalité.

NEÏLA LATROUS
Pourtant les régions augmentent par exemple, les régions qui ont en charge les transports en commun, augmentent déjà…

CLEMENT BEAUNE
Alors, vous avez raison de le rappeler.

NEÏLA LATROUS
Je parle de la Nouvelle-Aquitaine, de la région Sud par exemple, les TER, les trains régionaux, voient déjà leurs prix augmenter.

CLEMENT BEAUNE
Vous avez raison de le rappeler, les transports sont organisés en France, transports du quotidien, les TER, notamment par les régions, en Ile-de-France le RER c'est organisé par la région, et donc il y aura peut-être des différences d'une région à l'autre, ce n'est pas l'Etat qui le décide, je tiens à le préciser. Il y a en revanche des points noirs spécifiques. Aujourd'hui, vous l'avez suggéré, il y a des difficultés par exemple de recrutement de conducteurs, à la RATP, à la SNCF, ou ailleurs d'ailleurs, en France. J’ai proposé à la région Ile-de-France, en particulier à Valérie PECRESSE, que nous nous mettions la semaine prochaine autour de la table pour voir, au-delà de la question durable de l'offre de trains, etc., sur les problèmes de court terme, recrutement, disponibilité, on voit bien qu’en Ile-de-France, mais malheureusement ça touche d'autres agglomérations, il y a des problèmes de disponibilité des bus, des RER, de l'équivalent en région, eh bien nous aurons cette discussion avec les opérateurs pour voir comment on peut accélérer les processus de recrutement et limiter les difficultés du quotidien.

LORRAIN SENECHAL
En Ile-de-France les syndicats mettent en cause l'ouverture à la concurrence des lignes de bus qui aurait entraîné une dégradation des conditions de travail, des conditions d’embauche des chauffeurs de bus.

CLEMENT BEAUNE
Non, on peut avoir un débat sur l'ouverture à la concurrence, je vais le dire très clairement, ce n’est pas ça aujourd'hui qui fait le problème.

LORRAIN SENECHAL
Eh bien comment on fait pour recruter, pourquoi, selon vous, il y a des difficultés de recrutement ?

CLEMENT BEAUNE
Parce que d’abord, il faut être très clair, l'ouverture à la concurrence, aujourd'hui, elle n’est quasiment pas mise en pratique, et en ce qui concerne, puisque vous parlez d'Ile-de-France, Paris même, il n'y a pas encore d'ouverture à la concurrence, et le sujet ce n'est pas la question de la concurrence, c'est la question des métiers en tension. Il y a des difficultés à recruter, c'est malheureusement pas vrai seulement dans le secteur des transports publics, des chauffeurs, des conducteurs…

NEÏLA LATROUS
Et sur la question du prix Clément BEAUNE ?

CLEMENT BEAUNE
Oui, j’y viens tout de suite, c’est très important ; donc ça n'a rien à voir avec l'ouverture à la concurrence, et d'ailleurs aujourd'hui, notamment en Ile-de-France, l'ouverture à la concurrence est encore très très partielle, et le sujet n'est pas celui-là, il est celui de la difficulté des recrutements. Je le dis aussi parce que je veux saluer cet effort, un opérateur comme la SNCF, même pendant la crise Covid, n'a jamais arrêté de recruter et de former, ce qui fait que, quand vous regardez beaucoup d'autres pays étrangers, les difficultés sont encore bien plus grandes, mais je vais faire en sorte, dans les prochains jours, de travailler pour résorber ces difficultés qui deviennent insupportables. Sur les prix…

NEÏLA LATROUS
La presse évoquait par exemple hier un chèque transport de 50 euros pour les usagers les plus modestes, est-ce que ça existe ?

CLEMENT BEAUNE
Alors d’abord, il y a des politiques tarifaires qui vont dépendre de chaque région, et donc il y a des régions qui pratiquent par exemple, ou des agglomérations, qui pratiquent par exemple la gratuité dans les transports, d'autres peut-être qui augmenteront leurs abonnements, c'est une discussion locale, pour ce qui concerne l'Etat, et la SNCF, en particulier pour les trajets type TGV, etc., il n'y a pas aujourd'hui dans les tuyaux de hausse tarifaire qui est prévue. Nous revoyons, les opérateurs ont leur politique commerciale, ils revoient leurs grilles régulièrement, donc nous aurons cette discussion au cours de l'année prochaine en fonction…

LORRAIN SENECHAL
Il n’y a pas de chèque prévu ?

CLEMENT BEAUNE
Alors, sur maintenant le soutien aux transports, c’est ça dont on parle.

LORRAIN SENECHAL
Oui.

CLEMENT BEAUNE
Je veux être là aussi très clair. Ce qui fait la transition écologique, l'usage des transports publics, avant tout, c'est la qualité de l'offre, c'est que vous n’attendiez pas votre bus 25 minutes, c'est que vous ayez un train régulièrement, c'est que vous ayez des transports publics sûrs. Dans un moment où il faut faire des choix budgétaires, moi je le dis, je veux qu'on mette d'abord les moyens sur l'amélioration de cette offre, et sur l'amélioration de notre réseau, pour qu'on ait moins de trains en retard, pour qu'on ait moins de difficultés au quotidien. Est-ce qu’il faut aller regarder une mesure de soutien aux autorités locales, aux usagers, pour les tarifs, je suis prêt à le regarder, nous aurons ce débat dans la discussion budgétaire, il n'y a pas dans le PLF qui est prévu, proposé pardon, présenté lundi prochain, de chèque transport, comme j’ai pu le lire, mais il peut y avoir une discussion au Parlement sur le soutien aux transports publics, à l'utilisation des transports publics.

NEÏLA LATROUS
Valérie PECRESSE, par exemple, propose de baisser la TVA sur les transports publics, de la passer de 10 % à 5,5 %, est-ce que si ça arrive dans le débat budgétaire l'Etat dit on regardera, pourquoi pas ?

CLEMENT BEAUNE
Il faut tout regarder, bien sûr, simplement je dis les mesures de TVA on en discute sur beaucoup de sujets, donc il faut avoir de la cohérence, on a dit, notamment sur la voiture et sur l'essence à l'époque, que la mesure de TVA ce n’était pas très juste parce que ça bénéficie à tout le monde sans qu’on prenne en compte vos revenus, votre situation sociale, donc regardons tout, avec Christophe BECHU, avec Bruno LE MAIRE, on regarde l'ensemble des mesures, mais je ne crois pas que ça doit être la seule piste.

LORRAIN SENECHAL
Clément BEAUNE, avant de parler de l'avion comme prévu, un mot de la grève interprofessionnelle qui est prévue ce jeudi. Est-ce qu'il faut s'attendre selon vous à des perturbations importantes dans les transports ?

CLEMENT BEAUNE
C’est possible mais on ne le saura précisément qu'en début de semaine. C'est, vous l'avez dit, une grève qui ne concerne pas seulement un secteur, c'est une grève interprofessionnelle. Et donc nous aurons évidemment peut-être à adapter les plans de transport, on le verra en début de semaine en fonction des prévisions. Je veux dire aussi que sur des grèves plus ciblées, moi je suis très engagé pour éviter des galères supplémentaires à ce qu'on vit aujourd'hui. Je l'ai fait dès mon arrivée cet été, en évitant après une journée de grève chez AEROPORTS DE PARIS qu'on ait des grèves dans le secteur aérien cet été. Nous l'avons évité. Il y avait la semaine dernière une grève très importante dans le contrôle aérien qui a perturbé très fortement nos aéroports français pendant 24 heures. Un préavis de grève de 3 jours supplémentaires avait été déposé. Il a été levé car nous avons trouvé un accord important. Et donc voilà, je suis engagé notamment pour le secteur des transports - après il y a des questions interprofessionnelles - pour limiter les perturbations évidemment.

LORRAIN SENECHAL
Ça veut dire que vous allez recevoir les syndicats des transports peut-être dans les jours qui viennent ?

CLEMENT BEAUNE
J’ai déjà reçu les syndicats des transports. Je crois que c'était mon devoir pour faire un tour d'horizon des sujets qui préoccupent sur le pouvoir d'achat ou autres. Je continuerai ce dialogue. Mais là jeudi, on ne parle pas seulement d'un sujet lié à tel ou tel opérateur de transport mais d'une grève interprofessionnelle, donc c'est le gouvernement dans son ensemble qui est mobilisé.

NEÏLA LATROUS
Vous parliez de l'aérien Clément BEAUNE. Le patron d'AEROPORTS DE PARIS demande aux voyageurs de se montrer plus raisonnables dans leur usage de l'avion. C'est quoi être un voyageur raisonnable en matière d'avion ?

CLEMENT BEAUNE
C’est intéressant que le président d'AEROPORTS DE PARIS, dans le secteur de l'aérien au sens large, ait ce mot. Je le félicite parce que c'est une sorte de sens de la responsabilité et toute la filière est engagée. Moi je ne stigmatiserai pas l'avion en général, ça n'a pas de sens, parce que nos producteurs d'avions - je pense à AIRBUS par exemple, nos grands aéroports et aussi un certain nombre de compagnies sur les sous-traitants etc. - toute la filière est très engagée - et les compagnies aériennes bien sûr - dans la réduction des émissions, carburants verts et autres. Mais ça veut dire aussi, on le voit bien, que chacun se pose la question : que puis-je faire pour que je participe à la transition écologique ? Que je sois écologique dans mes modes de transport ? J’ai parlé de covoiturer…

NEÏLA LATROUS
De moins prendre l’avion.

CLEMENT BEAUNE
Ça veut dire aussi… L’avion parce qu’il émet évidemment plus d'émissions, qu’on peut avoir chacun une réflexion sur ces transports. Est-ce que quand il y a une alternative ferroviaire, je ne prendrai pas plutôt le train ?

LORRAIN SENECHAL
Est-ce qu’il ne faut pas aller plus loin aussi dans la suppression des lignes d'avions dans le cadre d'une alternative ferroviaire justement ?

CLEMENT BEAUNE
Alors on est le seul pays en Europe avec l'Autriche à l'avoir fait par la loi, donc moi je n'ai pas de tabou avec ça. Ça a été fait par mes prédécesseurs donc je ne m’en attribuerais pas le mérite.

LORRAIN SENECHAL
Mais on pourrait aller plus loin selon vous ?

CLEMENT BEAUNE
D’abord on développe des lignes ferroviaires de plus en plus. Donc la question des 2h30 comme on l'appelle, c'est-à-dire quand il y a une alternative ferroviaire en moins de 2h30, on a supprimé les lignes aériennes, s'il y a plus de lignes à grande vitesse dans les années qui viennent, peut-être qu'il faut bouger le curseur. On le verra. Faisons déjà fonctionner le système, moi je n’y suis pas du tout hostile. Et puis après, il y a la loi. Il y a les taxations sur le carbone, il y a les taxations sur le carburant et c'est très bien. Ça contribue à la transition écologique mais c’est un panel de solutions. Moi je n'ai pas de tabou avec la fiscalité ou avec des réglementations. Il faut qu'elles soient justes mais chacun, en plus de tout ça, peut avoir une réflexion sur quel mode de transport je prends, pour quel usage et pour quelle distance.

NEÏLA LATROUS
La taxation justement si on regarde en Europe, par exemple les Pays-Bas ils augmentent la taxe passager pour l'avion. Ils plafonnent aussi le trafic aérien avec 60 000 vols en moins pour, il me semble, l'année prochaine ou 2024. Est-ce qu’il y aura des mesures similaires en France ? Est-ce qu'on va décider par exemple qu’il y a moins d'avions qui doivent atterrir à AEROPORTS DE PARIS ?

CLEMENT BEAUNE
Il y a deux choses très différentes. Sur les sujets de taxation, la France est plutôt en haut de la moyenne européenne de façon générale dans la taxation du secteur aérien. Et il y a des discussions européennes qu'on mène avec plusieurs collègues ministres, notamment avec mes collègues ministres des Transports, sur la juste taxation du secteur aérien. Il y a des discussions en cours sur aussi des obligations européennes de carburant propre minimum dans les avions. Donc il y a des règles qui vont vers cette décarbonation qui ne sont pas seulement la taxation, mais qui sont des réglementations européennes importantes. Sur ce qui se passe à Amsterdam, ce n'est pas un choix écologique, soyons honnête. C'est parce que, on parlait de perturbations, plus que nos aéroports d'autres aéroports en Europe ont raté un peu l'anticipation, ont manqué les recrutements et ont, eux, connu des perturbations beaucoup plus importantes que celle qu'on a connues en France cet été sur le secteur aérien. Et donc ce n'est pas de l'écologie, c'est subi. C'est parce que les aéroports parfois, celui d'Amsterdam en particulier, n'arrive plus à s'organiser.

LORRAIN SENECHAL
Clément BEAUNE vous parliez d'Amsterdam, c’est la ville du vélo.

CLEMENT BEAUNE
Oui.

LORRAIN SENECHAL
250 millions d’euros l'an prochain, c'est le plan vélo qui a été dévoilé par le gouvernement. Ça n'est pas assez dit Valérie MASSON-DELMOTTE, membre du GIEC, la climatologue qui vous a formé d'ailleurs aux questions climatiques. Elle dit qu'il faudrait mettre 2 fois plus sur la table. Qu'est-ce que vous lui répondez ?

CLEMENT BEAUNE
On peut encore aller plus loin mais enfin c'est une somme très importante. C'est une somme très importante : c'était 50 millions d'euros par an ces dernières années. Et le premier plan vélo, il n'a que 4 ans. Il avait été lancé par Elisabeth BORNE, ministre des Transports à l'époque, 50 millions d'euros. On consomme tout, donc il y a un vrai besoin. J'étais hier sur le plateau de Saclay en Ile-de-France. On voit bien que même dans des zones en dehors d'un centre-ville, il y a un appétit pour le vélo à condition de 2 choses. D'avoir des infrastructures protégées, c’est ça que permettront ces 250 millions d'euros, et d'avoir du stationnement sécurisé. Vous voulez bien prendre votre vélo pour aller prendre éventuellement ensuite un train pour compléter votre trajet, si vous pouvez le laisser à la gare, dans un endroit sécurisé ou dans votre copropriété si vous pouvez le sécuriser aussi. Donc ça va servir à ça, c'est un effort inédit dans notre pays. Il y aura d'autres mesures. Je pense par exemple aux aides à l'achat de vélo qu'on a renforcées. Je m’y suis employé dès mon arrivée.

NEÏLA LATROUS
Qui s’éteignent le 31 décembre.

CLEMENT BEAUNE
Elles sont prévues pour s'éteindre le 31 décembre, nous les prolongerons au-delà du 31 décembre pour donner de la visibilité et pour que les gens qui veulent acheter un vélo cet automne n’aient pas d'inquiétude en se disant : quand mon vélo va arriver, parce que parfois ça met quelques jours ou quelques semaines pour un vélo électrique, bien sûr ils auront la réduction et nous prolongerons ces aides dans le cadre du plan vélo.

LORRAIN SENECHAL
Tout le long de l'année 2023 ?

CLEMENT BEAUNE
Au moins mais nous discuterons pour donner sans doute encore plus de visibilité. Ça fera partie aussi des sujets qui seront précisés à l'automne, mais il y aura un prolongement de ces aides au-delà du 31 décembre.

LORRAIN SENECHAL
Et ça, c’est dans le budget qui sera dévoilé lundi ?

CLEMENT BEAUNE
Alors les crédits budgétaires pour cela sont dans le budget du ministère des Transports et nous mettrons évidemment les crédits budgétaires nécessaires à ces aides et à leur prolongation.

LORRAIN SENECHAL
Clément BEAUNE, ministre délégué aux Transports, merci beaucoup.

CLEMENT BEAUNE
Merci à vous.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 29 septembre 2022