Interview de M. Emmanuel Macron, Président de la République, à France Inter le 14 novembre 2022, sur la contestation en Iran contre le port obligatoire du voile islamique.

Texte intégral


NICOLAS DEMORAND
Et c’est un grand entretien spécial que nous vous proposons ce matin avec Léa SALAME, un peu plus de deux mois après la mort de la jeune Mahsa AMINI et le soulèvement qui s’en est suivi en Iran. Les images de ces femmes iraniennes qui enlèvent leur voile, se coupent les cheveux, sortent manifester dans les rues, continuent à faire le tour du monde. C’est dans ce contexte que le président de la République, Emmanuel MACRON, a souhaité rencontrer quatre de ces femmes, issues de quatre générations de militantes iraniennes pour la liberté. Dans ce grand entretien spécial, vous entendrez d’abord l’entretien exclusif que le président de la République nous a accordés à Léa SALAME et moi-même vendredi, puis, dans un deuxième temps, notre dialogue avec ces quatre femmes iraniennes.

LEA SALAME
Et nous sommes à l’Elysée avec Nicolas DEMORAND, car ces femmes, ces combattantes iraniennes, vous avez souhaité les rencontrer, les recevoir ici, Emmanuel MACRON. Monsieur le Président, bonjour.

EMMANUEL MACRON
Bonjour.

NICOLAS DEMORAND
Bonjour.

EMMANUEL MACRON
Bienvenue.

LEA SALAME
Merci d’avoir accepté notre entretien. Quel message vous leur avez transmis, qu’est-ce que vous leur avez dit à ces femmes iraniennes, ces quatre combattantes que vous avez reçues, que la France est à leurs côtés ?

EMMANUEL MACRON
Oui, d’abord, j’ai dit notre admiration, notre respect et notre soutien, parce que le combat qu’elles mènent est un combat, qui, pour nous, je pense, prend un sens tout particulier, c’est celui des valeurs qui sont notre devise, d’un universalisme de liberté auquel nous croyons, et elles le portent avec un courage exceptionnel, c’est-à-dire au prix de leur vie, de la vie de leurs proches, elles ont perdu un père, une mère, une soeur, un frère. Et elles, elles et ils, parce que là, ce sont des femmes, et ce sont des femmes qui ont lancé cette révolution, et ce mouvement, mais elles sont aussi soutenues…

LEA SALAME
Mais les hommes, beaucoup d’hommes les suivent…

EMMANUEL MACRON
Par beaucoup d’hommes, et ça, c’est important de le dire aussi, parce que c’est vraiment, en plus, l’universalisme à la française, et elles viennent aussi, je dirais, à l’encontre de beaucoup d’idées toutes faites qu’on entendait depuis tant et tant d’années, en quelque sorte que les valeurs que nous défendons étaient des valeurs qui étaient bonnes pour l’Occident, mais qui n’étaient pas vraies là-bas, que les femmes au fond étaient heureuses de vivre dans cette situation d’obscurantisme, d’oppression, et que, d’ailleurs, culturellement, les hommes ne les soutiendraient pas si elles voulaient en sortir. C’est tout l’inverse qui est démontré par cette génération.

NICOLAS DEMORAND
Ce sont des héroïnes, les visages d'un pays qui est en train de se lever ?

EMMANUEL MACRON
Je resterai humble parce qu’on ne connaît jamais complètement les choses et ce qui va advenir, mais quelque chose se passe qui est inédit.

NICOLAS DEMORAND
Comment vous le qualifieriez ce qui est en train de se passer, ce soulèvement, c’est une révolte, c’est une révolution ?

EMMANUEL MACRON
Les petits enfants la révolution font une révolution et sont en train de la dévorer. Ce qui est le plus impressionnant dans ce mouvement, cette révolution, c'est que ce sont des jeunes femmes et des jeunes hommes qui n'ont jamais vécu que sous ce régime. C'est ça qui est très impressionnant, c'est-à-dire qu'ils ont vécu avec cette République islamique d'Iran, le fruit des jeunes femmes, que vous allez voir ensuite, pour deux d'entre elles, sont nées après 79, elles n'ont jamais vécu que cela, et elles disent stop, elles disent : je ne veux pas porter le voile : je ne veux pas cette soumission. Donc je pense que, oui, ce qui advient, c'est cette volonté de reconnaître d'abord la place de la femme et l'égalité entre la femme et l'homme, citoyenne, citoyen, c'est la vie, et c'est la vérité.

LEA SALAME
Mais ce voile, ce voile obligatoire qu'elles enlèvent par milliers, ces femmes iraniennes dans les villes d'Iran, il est à vos yeux quoi, un objet de soumission des femmes ?

EMMANUEL MACRON
Pour elles, il l’est. Et je pense que ce qu’elles disent est très fort, c'est ce que j'ai toujours, moi, défendu, et c'est exactement ce qu'il y a, je crois, dans les valeurs de notre République et qu'il faut défendre avec des situations qui sont extraordinairement distinctes, mais tout est possible à partir du moment où cela repose sur la liberté d'un citoyen libre.

LEA SALAME
Pour vous, c'est un objet d'oppression, parce qu'il est obligatoire ou c’est un objet d’oppression dans l’absolu ?

EMMANUEL MACRON
Mais aujourd’hui, ce que disent ces femmes, c'est : je vis dans un régime où on me l'impose, cet objet est un objet de séparation, de répression, je ne veux plus le porter.

LEA SALAME
Ce n'est pas la même chose en France pour vous ?

EMMANUEL MACRON
Mais en France, il appartient…, je ne veux pas donner le sentiment d'utiliser ou de faire un raccourci, mais je l'ai dit, nous, nous autorisons avec des limites qui sont posées par la loi, dans un cadre qui est celui de la laïcité et de, à la fois, notre Constitution, de ses principes et des lois qui en découlent ; on autorise, on préserve cette liberté de croire et de ne pas croire, et on autorise hors de l'école et des services publics, le port de signes religieux, à condition qu’ils ne troublent pas l’ordre public, et avec des limites qui ont été posées en 2004, mais avec toujours un présupposé, qui est que c'est un choix, que c'est libre. Et force est de constater, et nous le savons, qu'il y a aussi des moments, des endroits, des situations où pour des jeunes filles, ça n'est pas une liberté.

LEA SALAME
Même en France ?

EMMANUEL MACRON
Elles ont la pression de la famille et des proches, et donc c'est ça qu'il faut combattre, et on le combat comment, nous sommes un système libre, laïque, et donc on le combat par l'Education, on le combat par l'émancipation justement, par l'éducation, la culture, le savoir, et c'est ce combat que nous avons à mener à l'intérieur, mais beaucoup qui menaient ce combat et qui est aussi un combat pour certains des plus extrêmes contre la République, le faisaient au nom de ce qu'ils voyaient à l'extérieur. Et ce que disent ces femmes est très important, c'est de dire : on vous ment en notre nom, parce que, n’allez pas croire que ce voile, nous le portons avec bonheur, nous, nous voulons nous en débarrasser, ou en tout cas, avoir la possibilité de choisir.

LEA SALAME
Emmanuel MACRON, l'Iran est déjà l'un des pays les plus sanctionnés au monde, l'Union européenne réfléchit à prendre de nouvelles sanctions dans les prochains jours contre le régime. Concrètement, qu'est-ce que vous allez faire, qu'est-ce que vous pouvez faire ?

EMMANUEL MACRON
Vous avez raison de dire que depuis 79, l'Iran est un régime qui a été très sanctionné, il avait eu des sanctions très accrues, il y a eu ensuite la discussion sur le nucléaire que nous avons menée avec les Etats-Unis d'Amérique en 2015, qui a conduit à des levées de sanctions, mais qui ont été reprises pour une bonne partie en raison du non-respect, enfin, de la sortie des Américains de cet accord nucléaire. Et ensuite, de son non-respect. Et en effet, au niveau européen, nous sommes quelques-uns à pousser pour des sanctions ciblées sur en particulier des pasdarans et des personnalités du régime…

NICOLAS DEMORAND
… pourrait être considéré comme organisation terroriste, vous y êtes favorable ?

EMMANUEL MACRON
A chaque fois, nous avons sur ce sujet… l’effet utile, et je pense qu’à mesure que les choses avancent, la question, évidemment, se posera de plus en plus, je suis en tout cas favorable à ce que nous ayons une réaction diplomatique forte et des sanctions sur les personnalités du régime qui ont une responsabilité dans ce qui se passe et dans la répression de cette révolution.

LEA SALAME
Mais ils sont déjà sanctionnés !

EMMANUEL MACRON
Alors, certains ne le sont pas encore, on complète les listes, il y a un travail qui a été fait au niveau européen avec des listes complémentaires, parce que le pays est sanctionné, la grande difficulté, vous savez dans ces cas-là, c'est d'être sûr que les sanctions ont une efficacité, qu'elles ne pèsent pas sur la population, on y veille toujours, et d'être sûr que vous sanctionnez les bonnes personnes, c'est-à-dire celles et ceux qui sont au coeur du système.

NICOLAS DEMORAND
Et les gardiens de la révolution en font partie ?

EMMANUEL MACRON
Exactement. Et donc on l'a fait, on a amélioré, pardon de ce terme, mais le ciblage, la précision de ces sanctions, et donc, c'est-ce qu'on va compléter, même s’il y en a déjà beaucoup, il y en a d'autres, mais vous savez, ce qui se passe depuis maintenant plusieurs semaines, c'est plus de 10.000 personnes, on dit à peu près 14.000 prisonniers politiques nouveaux, c'est des centaines de morts.

LEA SALAME
Dont des enfants.

EMMANUEL MACRON
Dont des enfants, dont des personnes âgées, et donc c'est aussi un niveau de violence et de répression qui est inédit, et donc qui doit évidemment conduire à une réaction de la communauté internationale. Et dans le même temps, moi, je veux aussi essayer d'engager la région, comme on l'avait fait il y a un an avec la conférence de Bagdad, parce qu’on ne doit pas simplement réagir, je dirais, de notre côté, on doit engager des pays voisins à aussi mettre cette pression.

LEA SALAME
Mais par exemple, exclure l’Iran de la Commission femmes de l'ONU, ce serait une hypothèse qui est souhaitable ?

EMMANUEL MACRON
On est en train de regarder aujourd’hui toutes les hypothèses et toutes les options diplomatiques, donc on est en train de mener de soutenir une session spéciale du Conseil des Droits de l'homme le 24 novembre à Genève, et à cette occasion, on proposera une résolution qui porte sur la création d'un mécanisme d'enquête sur justement la violation des Droits de l'homme en Iran, et donc, moi, ce qui m'importe à chaque fois, on regardera toutes les exclusions, et donc rien n'est exclu, enfin, pour le coup, nous n'écartons aucune option. Mais pour moi, ce qui importe le plus, c'est que nous mettions en place des mécanismes qui permettent aussi d'abord de poursuivre celles et ceux qui conduisent ces crimes et ces répressions, de manière efficace, d'activer les mécanismes internationaux, d'avoir une unité de la communauté internationale, et vraiment, de soutenir ce mouvement…

NICOLAS DEMORAND
Emmanuel MACRON, vous aviez été critiqué quand vous avez serré la main à New-York en marge de l'Assemblée nationale de l'ONU, la main du président iranien, Ebrahim RAÏSSI, 4 jours seulement après la mort de Mahsa AMINI. Faut-il continuer aujourd’hui à parler avec les dirigeants de ce régime ?

EMMANUEL MACRON
J’ai eu une longue discussion d'ailleurs, parce que Masih ALINEJAD, que vous allez voir, m'avait pris à partie.

LEA SALAME
Et là, elle vous a tancé, quand vous l’avez vue tout à l’heure ?

EMMANUEL MACRON
Non, elle m’a serré la main. Et elle a pris une photo. Non, mais, je leur ai expliqué, je pense, j'espère qu’elles l’ont compris, d'abord, moi, je respecte profondément l'émotion et le dissensus que ça peut soulever, et même la révolte que ça peut soulever quand on a eu un proche qui a été tué par ce régime ou quand on a soi-même été menacé, ou qu'on l'est encore. Et ça, c'est irréductible. Après, c'est ce que j'explique à chaque fois, de là où je suis, le rôle le plus utile, c'est de mener un travail diplomatique, et la diplomatie, c'est de parler avec des gens, avec lesquels on n'est pas d'accord, et d'essayer de réduire ces écarts et de faire oeuvre utile. Et donc, c’est ce que j’ai fait avec le président RAÏSSI, comme je l’avais fait avec son prédécesseur.

NICOLAS DEMORAND
Et vous continuez à le faire aujourd’hui ?

EMMANUEL MACRON
Et donc, je lui parlerai, oui, dans les semaines à venir, après, en particulier, après cet échange, parce que je pense que la bonne pression, c'est des sanctions sur des choses qui sont objectivées, et ce que nous menons par ailleurs, mais c'est aussi d'engager ce travail pour essayer de les faire bouger, ou en tout cas, démontrer qu’il n'y a pas d'avancées sinon. Et quelles que soient, si je puis dire, les situations de guerre ou de révolution intérieure, je pense que c'est le devoir de la France de parler ; et je leur ai dit, ça ne vous sert à rien si je ne parle pas, c'est peut-être plus confortable, même à titre personnel pour moi, mais ça n'est pas utile, et je pense que ce n'est pas le rôle de la France, le rôle de la France est d'essayer de mener cette diplomatie la plus efficace possible, et c'est de reconnaître aussi ces combattantes, ces combattants de la liberté, là où ils se trouvent.

LEA SALAME
Vous persistez à dire qu'il faut parler toujours et au président iranien, au président russe, c'est le rôle de la France, et c'est votre position.

EMMANUEL MACRON
Oui, oui, oui.

LEA SALAME
Emmanuel MACRON, il y a toujours en fond de contexte l'accord sur le nucléaire iranien, vous pensez qu'il va aboutir un jour ou il est mort, tout simplement ?

EMMANUEL MACRON
Je ne sais pas le dire, je pense que cette révolution change aussi beaucoup de choses. On verra si d'ultimes propositions sont faites par les Etats-Unis d'Amérique sur des sujets qui étaient très sensibles, mais la France n'était pas à l'initiative en 2015 de cet accord, nous avons même contribué à le durcir. C'était François HOLLANDE, président de la République, à l'époque, mais je crois, à juste titre, il avait durci les conditions pour mettre en place des mécanismes. Ensuite, nous avons tout fait pour qu'il soit malgré tout maintenu quand les Etats-Unis d'Amérique ont décidé de le quitter, parce qu'il ne proposait pas autre chose, et que cet accord nous permettait au moins de contrôler l'activité nucléaire, j’ai toujours dit…

LEA SALAME
Et aujourd'hui ?

EMMANUEL MACRON
J’ai toujours dit, y compris à la tribune des Nations-Unies et dans mes discussions, qu'il n'était pas suffisant, c'est-à-dire qu'il fallait le compléter par un meilleur contrôle des activités balistiques et des déstabilisations régionales que conduisaient l'Iran, je reste sur cette position, et donc je pense que c'est mieux d'obtenir un accord qui donnera au moins du contrôle et qui donne un cadre au travail de l'Agence Internationale sur l’énergie atomique et qui nous permettrait d'essayer de créer un carcan, si je puis dire. Je ne suis pas sûr…

LEA SALAME
Donc à vos yeux, il n’est pas mort cet accord ?

EMMANUEL MACRON
Honnêtement, je serai encore très prudent, je pense qu'il est quand même très fragilisé par la situation intérieure en Iran, et il est très fragilisé par le fait que les demandes qui sont faites par l'Iran sont très dures à obtenir, et que je ne pense pas qu’il y ait de nouvelles progressions qui puissent être faites, maintenant, il nous faut construire un nouveau cadre, parce que ce n'est une solution pour personne qu’il y ait à la fois cette violence intérieure et cette déstabilisation extérieure, qui touchent l'Irak, qui touchent le Liban, qui touchent la Syrie, et qui déstabilisent beaucoup de pays voisins. Et donc, nous, nous avons besoin de continuer d'engager ce dialogue, et j'espère, en fin d'année, réussir à tenir à nouveau une conférence de Bagdad avec tous les pays voisins et une représentation de l'Iran pour avancer sur ces sujets.

NICOLAS DEMORAND
Emmanuel MACRON, est-ce que vous considérez que l'Iran, qui a reconnu avoir livré des drones aux Russes est partie prenante dans la guerre en Ukraine ?

EMMANUEL MACRON
Nous avons demandé qu'il y ait toute la vérité qui soit faite sur ces sujets, elle a reconnu en disant qu'elle l'avait fait avant le début de la guerre. Mais nous, nous avons demandé à ce qu'il puisse y avoir une pleine transparence sur la nature des matériels et leur date effective de livraison, parce qu'évidemment, ça change la nature de la contribution. Après, je pense qu’il faut faire attention sur les symétries, livrer du matériel militaire signe un soutien, mais il ne fait pas de vous une partie prenante, c'est exactement d'ailleurs la grammaire, si je puis dire, que nous nous appliquons à nous-mêmes, nous ne sommes pas partie prenante de la guerre, mais nous apportons un soutien humanitaire, économique et militaire à l'Ukraine.

LEA SALAME
Puisque vous en parlez, et ce sera la dernière question, après la défaite militaire russe à Kherson, faut-il aider les Ukrainiens à poursuivre leur offensive, ou est-ce le bon moment à vos yeux pour commencer à engager ou à envisager des négociations de sortie de crise, de sortie de guerre ?

EMMANUEL MACRON
Je pense qu'il faut essayer de faire les deux, c'est-à-dire que nous devons continuer l'effort de soutien à l'Ukraine, et nous le faisons par des livraisons de matériels que nous poursuivons, à la fois d'artillerie et de systèmes aussi antimissiles, défensifs, et nous le faisons aussi sur le plan humanitaire, nous allons tenir à Paris une conférence de soutien en décembre à l'effort de résistance intérieure ukrainienne, pourquoi, parce qu'on voit bien que la stratégie russe aujourd'hui est d'anéantir les infrastructures civiles, les générateurs d'électricité, les canalisations d'eau, tout ce qui va permettre de passer l'hiver. Et donc, nous, nous devons redoubler d'efforts, ce qu’on fait…

LEA SALAME
Ils veulent qu’ils meurent de froid, c’est ça la stratégie…

EMMANUEL MACRON
En tout cas, qu’une fatigue, qu’un désespoir s’installent. Et donc, nous, nous devons redoubler d'efforts pour soutenir maintenant avec des choses très concrètes, pour justement passer l'hiver, et c'est ce que nous allons… nous sommes en train de le faire, mais on va redoubler d'efforts et mobiliser la communauté internationale sur ce sujet au mois de décembre. Et en parallèle, je pense que les prochaines semaines, on doit encore engager l'effort diplomatique pour essayer de remettre tout le monde autour de la table, je l'ai toujours dit, ça doit se faire à un moment et dans des conditions qui sont acceptables pour le président ukrainien et pour son peuple.

LEA SALAME
Merci Monsieur le Président de nous avoir accordé cet entretien exclusif…

EMMANUEL MACRON
Merci…

LEA SALAME
Pour France Inter. Un dernier mot peut-être au peuple iranien, parce qu'on a commencé par ça, et qu'on est là pour ça, qui va vous écouter, qui va écouter cet entretien, vous leur dites quoi ?

EMMANUEL MACRON
Non, merci à vous d'abord de mettre en lumière ces femmes, je pense que c'est vraiment ces voix et ce courage qui est très impressionnant, je leur dis la reconnaissance, la considération et le soutien de la France, les valeurs qu'ils défendent ne sont pas des mots. Et quand vous avez des femmes qui ont perdu leur mère, leur père, leur soeur, qui vous parlent des Droits de l'homme, et qui vous en parlent, pas comme d'un mot ou d'un concept qui paraîtrait éculé ou juridique, mais simplement comme une possibilité de vivre, de manière universelle, je dirais qu'ils n'oublient jamais qu'ils ne se battent pas simplement pour eux et pour elle, mais qu’ils se battent aussi pour ce qui nous tient, et chaque situation est différente, mais en Ukraine, comme en Iran, nous avons aujourd'hui l'exemple de femmes et d'hommes qui se battent pour des valeurs qui sont au coeur même de notre République, d'un combat français, d'un universalisme que nous portons. Et je pense que ça doit nous rappeler, nous, chaque matin et chaque soir, que ces mots ont un contenu et que ces mots sont forts, parce qu'il y a la corne de l’histoire, si je puis dire, on en meurt pour les défendre.

LEA SALAME
Merci Monsieur le président.

EMMANUEL MACRON
Merci.

LEA SALAME
On va maintenant s'entretenir avec ces femmes iraniennes que vous avez reçues, l'une d'elles est toute jeune, elle s’appelle Roya PIRAEI, on va la présenter, elle vient d’arriver d’Iran. Est-ce que la France va lui accorder l'asile ?

EMMANUEL MACRON
Je lui ai dit que, évidemment, on fera tout pour, ce n’est pas le président de la République qui donne un statut d’asile…

LEA SALAME
Oui, oui…

EMMANUEL MACRON
Mais il est évident qu’elle est éligible à toutes les règles, et qu'on fera très vite, et avec beaucoup de soutien, je crois qu'elle a une soeur qui est en Angleterre, et donc elle choisira, mais on fera tout pour la soutenir, elle vient de perdre sa mère, elle a avec beaucoup de courage démontré, voilà, son soutien à la révolution, et en tout cas, on va la protéger, oui, que ce soit en France ou en Angleterre, mais on sera là à ses côtés, parce qu'elle a un courage infini, vous allez voir, et une dignité qui forcent le respect.

LEA SALAME
On va voir. Merci.

EMMANUEL MACRON
Merci à vous.

NICOLAS DEMORAND
Merci encore.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 14 novembre 2022

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