Déclaration de M. Emmanuel Macron, président de la République, sur le soutien à la Moldavie, à Paris le 21 novembre 2022.

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Circonstance : 3ème conférence ministérielle de la Plateforme de soutien à la Moldavie

Prononcé le

Texte intégral


Merci Madame la Présidente, chère Maia,

Mesdames et Messieurs les Ministres,
Monsieur le Commissaire européen,
Mesdames et Messieurs les représentants d'organisations internationales, de banques régionales et de développement,
Mesdames et Messieurs les Ambassadrices et Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,


Permettez-moi avant toute chose de vous présenter nos excuses parce que nous vous avons fait attendre. C'est de ma faute car j'étais avec le Président Zelensky pour un appel urgent et au fond, pour ce qui nous retient tous et toutes aujourd'hui. Le contexte continue d'être très difficile, les bombardements qu'a encore subi l'Ukraine, les menaces qui pèsent sur la centrale de Zaporijjia. Et en effet, huit mois après le déclenchement de l'agression russe contre l'Ukraine, les combats se poursuivent avec leur cortège de destructions, d'atrocités, de souffrances subies par le peuple ukrainien et à chaque victoire militaire de l'Ukraine, la reconquête de la région de Kharkiv comme la reprise de Kherson, la Russie réagit par de nouveaux bombardements des infrastructures essentielles de l'Ukraine et nous sommes tous ici et toutes réunis pour évidemment continuer de dire notre soutien aux Ukrainiennes et aux Ukrainiens, aider ce peuple à la résistance civile.

C'est ce pour quoi aussi nous organiserons le 13 décembre prochain à Paris une conférence qui visera à mobiliser la communauté internationale en faveur de la résistance et de la résilience civile de l'Ukraine. Et donc, dans ce contexte, je tenais tout particulièrement à remercier Madame la Présidente, Maia Sandu, de sa présence à nos côtés pour cette troisième réunion de la Plateforme de soutien à la Moldavie.

En effet, dès le début de la guerre, nos pays, l'Allemagne, la France, la Roumanie, ont décidé de lancer une initiative conjointe pour aider la Moldavie à faire face aux conséquences de cette agression russe contre le voisin ukrainien. Les deux premières réunions de cette plateforme se sont tenues en mars à Berlin, en juillet à Bucarest et ont permis de mobiliser la communauté internationale pour réaffirmer notre détermination commune à être au rendez-vous. Et je tiens à vous remercier toutes et tous pour cette mobilisation.

Aujourd'hui encore, trente-quatre pays et quinze organisations internationales ont répondu à l'appel de la Plateforme de soutien à la Moldavie, co-présidée par nos trois pays. Votre présence nombreuse et de haut niveau témoigne, s'il en était besoin, de la mobilisation dans la durée de la communauté internationale en soutien à la Moldavie et je vous en remercie. Mais, au-delà de cette mobilisation, je pense que votre présence dit deux choses. D'abord, des résultats concrets qui ont été obtenus ces derniers mois et que nous devons continuer de mobiliser pour la Moldavie, et ensuite du fait que nous n'avons pas le droit de céder à quelque fatigue, lassitude, considérer que les choses pourraient se régler rapidement, et que nous pourrions baisser la garde. Je sais que vous avez abordé aujourd'hui, en détail, la forte exposition de la Moldavie à cette guerre profondément déstabilisatrice qui se joue en Ukraine, et dont la Moldavie subit les multiples conséquences.

Conséquences humanitaires d'abord, avec l'accueil de dizaines de milliers de réfugiés venant d'Ukraine. Je souhaite à cet égard souligner la générosité du peuple moldave qui s'est mobilisé à un niveau inégalé puisque la Moldavie a accueilli le plus grand nombre de réfugiés ukrainiens par habitant. Conséquences économiques multiples, et nous le vivons tous dans nos pays, mais les quelques chiffres qui décrivent la réalité de ce que vit la Moldavie suffisent à dire la résistance de votre peuple. Une inflation de près de 35%, des taux d'intérêt qui ont dépassé les 20%, une récession qui est d'ores et déjà à l'oeuvre, des perturbations profondes sur les marchés agricoles, des risques de rupture chaque jour sur l'électricité et le gaz, et des prix qui ont flambé. Nous savons tous, dans nos pays déjà, les inquiétudes, parfois la colère, qui montent face à des situations qui n'ont aucune commune mesure. La Moldavie a été frappée par ces conséquences directes de la guerre au moment même où vous êtes, où vous étiez et vous continuez d'être, pleinement mobilisés sur une série de réformes essentielles, avec beaucoup de courage pour lutter contre la corruption, lutter contre des groupes d'intérêts multiples qui vous déstabilisent davantage chaque jour.

Donc, je le dis ici avec beaucoup de force, d'abord, lutter pour la Moldavie aujourd'hui, c'est participer à l'effort de guerre que nous conduisons aux côtés de l'Ukraine. Ensuite, aider votre pays, c'est de la cohérence, c'est un devoir moral compte tenu de ce que vous subissez. Et ensuite, pour toutes celles et ceux qui se veulent et qui croient en l'Europe, dans nos valeurs, c'est un simple principe de justice car aujourd'hui en Moldavie, cette situation économique est utilisée par des soutiens de la Russie, par des ennemis de l'Europe pour chaque jour organiser des manifestations payées, déstabiliser la Présidente et son gouvernement, lutter contre l'Europe et la réalité des idées que nous défendons. Et donc, abandonner la Moldavie à son sort ou la laisser souffrir dans son coin, c'est décider que l'Europe n'a plus vocation à être fidèle à ses valeurs, ses idées ou perd toute ambition.

Je vous en remercie, car votre présence aujourd'hui, les engagements pris dans le cadre de la plateforme montrent, si besoin en était, que ce n'est pas le cas et que nous continuons d'avancer. À cet égard, rappelons que nous avons, depuis le mois de mars dernier, mobilisé très largement et réussi déjà à prendre des décisions concrètes. Mais la situation continue de se dégrader. En effet, sur le plan énergétique, l'Ukraine avait commencé à exporter de l'électricité vers l'Union européenne cet été grâce à la synchronisation de son réseau électrique avec le nôtre, et fournissait avant le début de la campagne russe une partie importante de l'électricité consommée par la Moldavie. Les difficultés que nous connaissons ont mis en fragilité cette organisation. À cela se sont ajoutées les pressions de la part de la Russie sur votre approvisionnement énergétique, destinées à détourner la Moldavie du cap courageux que vous aviez pris et ajoutant en quelque sorte aux déstabilisations que vous connaissiez déjà. Et donc, le gaz et l'électricité sont aujourd'hui deux dimensions essentielles.

Au-delà des engagements pris dans la conférence de ce jour, il nous faudra, dans les prochaines semaines et les prochains mois, continuer d'être extrêmement vigilants pour aider la Moldavie à s'approvisionner et adapter notre soutien pour apporter les aides financières qui devront évidemment évoluer en fonction de la réalité énergétique que vous aurez à subir. Remerciant l'ensemble des parties prenantes à la plateforme, je veux ici dire aussi que nous, Français, sommes engagés à vos côtés, au début du conflit et lors de la conférence de Berlin, pour apporter 126 millions d'euros d'aide sous forme d'aide d'urgence et de soutien financier à moyen terme. À Bucarest, nous avions ajouté 11 millions d'euros d'aide aux organisations non-gouvernementales et micro-prêts aux petites et moyennes entreprises. Nous avons tenu ces engagements avec des déboursements importants, en particulier au bénéfice du gouvernement.

Afin de répondre aux besoins immédiats, nous avons donc décidé de mobiliser une nouvelle enveloppe exceptionnelle de plus de 100 millions d'euros. 10 millions d'euros seront déployés d'ici la fin de l'année 2022 sous la forme de subventions au Haut-commissariat aux réfugiés, au Programme alimentaire mondial et à l'Unicef pour soutenir notamment l'accès des réfugiés au chauffage, à la nourriture, à l'éducation. Des générateurs de haute puissance vont également être fournis dans les premiers mois de l'année 2023 pour équiper les hôpitaux moldaves et une enveloppe de 2 millions d'euros sera mobilisée via la BERD. Je remercie Odile Renaud-Basso d'être à nos côtés aujourd'hui pour soutenir les réformes publiques, notamment dans le secteur de l'énergie, et venir compléter tout un travail d'ensemble que la banque mène à ce titre. La situation de crise dans laquelle se trouve la Moldavie ne remet aucunement en cause les projets que nous souhaitons mener à moyen terme avec d'autres pays partenaires. C'est pourquoi aussi l'Agence française de développement investira 90 millions d'euros en Moldavie sur la période 2023-2024, en particulier dans les domaines prioritaires de l'énergie et quelques autres.

La conférence de ce jour a permis aussi de réaffirmer notre plein soutien à la trajectoire de réforme qui est la vôtre et qui justifie pleinement, si besoin en était, le choix qui a été le nôtre d'octroyer le statut officiel de candidat à l'Union européenne à votre pays en juin dernier, sous Présidence française du Conseil. Ce n'est que justice, compte tenu des circonstances mais aussi du courage que, depuis votre élection, vous avez démontré. Courage que j'ai pu mesurer en me rendant en Moldavie le 15 juin dernier. Le gouvernement et le pays que vous présidez, Madame Sandu, je dois le dire, force notre admiration par la clarté que vous avez eue dès votre élection pour lutter contre la corruption, pour mener une réforme de l'Etat ambitieuse, pour consolider l'Etat de droit. Mais au-delà de cela, parce que vous n'avez rien cédé depuis le début du conflit en Ukraine et que vous avez continué de mener cet agenda, que vous n'avez cédé à aucune pression, comme les membres de votre gouvernement, et que vous avez décidé de continuer d'avancer.

C'est pourquoi la conférence d'aujourd'hui et la réunion de la plateforme, les engagements pris sont une nécessité. Une fois encore, je remercie les parties prenantes de continuer de vous accompagner. Je veux ici dire que dans les prochaines semaines et les prochains mois, si des décisions supplémentaires devaient être prises, massives, en particulier pour l'énergie et durant l'hiver, nous saurions les prendre, je le sais, aux côtés de l'Allemagne, de la Roumanie et de l'ensemble de l'Union européenne.

Enfin, je me félicite que dans les prochains mois, nous puissions poursuivre cette mobilisation dans votre pays. La prochaine réunion de la plateforme se tiendra donc en Moldavie et c'est une très bonne chose. Mais vous avez aussi souhaité, et nous l'avons soutenu, que la prochaine réunion de la Communauté politique européenne se tienne aussi en Moldavie et elle se tiendra au début du mois de juin prochain. C'est là aussi une très bonne chose, démontrant si besoin en était, que nos grands défis supposent que vous réussissiez et que les sujets que nous nous sommes donnés comme priorité lors de la première édition de la Communauté politique européenne, nos sujets énergétiques, nos sujets sécuritaires, la protection de nos infrastructures, sont au coeur des défis aussi de votre pays. C'est à cet égard une très bonne chose que nous puissions nous retrouver chez vous, autour de vous, pour ce sujet, ces sujets essentiels et dans cette forme politique qui, je crois, a démontré son caractère utile, si ce n'était indispensable, dans ce contexte.

Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je souhaitais vous dire aujourd'hui, en vous remerciant une fois encore d'être là, d'être aux côtés de la Moldavie et vous dire, Madame la Présidente, vous qui, lorsque vous êtes en Moldavie, menez avec beaucoup de courage vos réformes et qui, quand vous nous rejoignez en Allemagne, en Roumanie, en France ou ailleurs, donnez parfois le sentiment d'être désolée d'avoir des choses à nous demander. Parce que, je le sais, ce n'est pas votre tempérament. Vous n'avez rien à nous demander. Nous considérons que c'est notre devoir et c'est aussi la juste reconnaissance d'un travail ambitieux, courageux que vous menez pour votre pays, mais, ce faisant, aussi pour notre Europe. Soyez-en remerciée.


Merci à toutes et à tous.

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