Interview de M. Gabriel Attal, ministre chargé des comptes publics, à RTL le 1er décembre 2022, sur la flambée des prix de l'énergie, la réforme des retraites et les grèves des employés de la SNCF et des médecins libéraux.

Texte intégral


AMANDINE BEGOT
François LENGLET, le ministre délégué aux Comptes publics, Gabriel ATTAL, vous a écouté attentivement. Bonjour et bienvenue sur RTL.

GABRIEL ATTAL
Bonjour.

AMANDINE BEGOT
Vous avez la solution pour cet hôtelier parisien ?

GABRIEL ATTAL
On cherche des solutions pour tout le monde, et on est face à une crise inédite, qui nous impose de prendre des décisions inédites. Il peut y avoir des trous dans la raquette, mais je crois que les uns après les autres on arrive à trouver des dispositifs. Et d'ailleurs pour les PME, il y a déjà… il a déjà été annoncé que le guichet qui permet d'avoir des aides ciblées, aura aussi lieu en 2023. Maintenant, ce qui est certain, c'est qu'il y a une situation difficile, qui met beaucoup d'entreprises sous tension, mais encore une fois je pense qu'on est en train au fur et à mesure d'adapter nos dispositifs pour répondre quand même aux plus grandes difficultés.

AMANDINE BEGOT
Bon, retour ou pas du quoiqu'il en coûte, pour faire face, on en débat et en échange juste après.

AMANDINE BEGOT
Gabriel ATTAL, on l'a entendu avec François LENGLET, la préoccupation du moment c'est bien sûr la flambée des prix de l'énergie, ça concerne les particuliers, les entreprises. Après le bouclier tarifaire pour les particuliers justement, après l'amortisseur pour les PME et TPE, les aides aux grandes entreprises, vous nous annoncez ce matin sur RTL, une nouvelle aide pas directement liée à la flambée des prix de l'énergie, mais qui va sans doute en soulager certains, une aide pour les indépendants. De quoi s'agit-il ?

GABRIEL ATTAL
Oui, c'est la traduction d'une promesse de campagne du président de la République, pour les indépendants, les commerçants, les artisans, les agriculteurs, d’avoir une baisse pérenne de leurs charges. Et donc j'ai signé hier le décret qui va permettre à ces indépendants, 1,6 million d’indépendants, de bénéficier de cette baisse pérenne de charges, c'est autour de 550 € quand on est au smic, de baisse de charges sur un an. Ça entrera en vigueur pour les agriculteurs dès la fin de cette année, et pour les autres indépendants, au début de l'année 2023. On est très attaché à accompagner nos indépendants, c’est ma collègue Olivia GREGOIRE qui est en charge de ce secteur, et donc c'est un engagement évidemment très important pour nous.

AMANDINE BEGOT
550 €, ça fait 45 € par mois. Ça va suffire ?

GABRIEL ATTAL
Eh bien c'est un geste quand même…

AMANDINE BEGOT
Mieux que rien, vous allez me dire.

GABRIEL ATTAL
Je ne dirais pas ça non plus, puisque c'est quand même un budget pour les Finances publiques. Mais en tout cas…

AMANDINE BEGOT
Ça fait combien, pour les finances publiques ?

GABRIEL ATTAL
Sur une année, c'est plus de 500 millions d'euros.

AMANDINE BEGOT
Plus de 500.

GABRIEL ATTAL
Donc c'est un budget important.

AMANDINE BEGOT
C'est pas rien, qui s'ajoutent aux 3 milliards d'euros annoncés, je l'évoquais tout à l'heure ici même sur RTL par Agnès PANNIER-RUNACHER, pour aider donc les TPE et PME qui n'avaient pas accès au bouclier tarifaire, qui s'ajoutent eux-mêmes aux 10 milliards d'euros du dispositif d'aide aux entreprises. Est-ce que vous direz que ça y est, le quoi qu'il en coûte est de retour ? On a l'impression qu'il y a une aide annoncée par un jour, une dépense par jour.

GABRIEL ATTAL
Non, parce que la réalité c'est que l’on a une trajectoire de maîtrise des dépenses publiques, on a des objectifs de déficit, et on les tient. Je veux rappeler que le déficit c'était en 2020 9 %, en 2021 6,5%. Cette année on est à 5%, on veut être à 5% l'an prochain et revenir sous les 3%. Ça paraît comme ça très… pas très concret pour les Français qui nous écoutent…

AMANDINE BEGOT
Pour les Français qui nous écoutent, justement, on dit " la France est à l'euro près ", ça c'était les mots de Bruno LE MAIRE il y a quelques semaines, chaque jour on annonce des milliards.

GABRIEL ATTAL
En gros, si je devais résumer, je dirais qu'on a fixé une trajectoire qui consiste à dire qu'on ne veut pas que l'augmentation de nos dépenses aille plus vite que l'augmentation de nos recettes. Et le fait est qu'en aidant notre secteur économique, vous avez rappelé les aides qui sont mises en place, qu’est-ce qu’on fait ? Eh bien on permet à notre économie de tenir, et on permet à nos entreprises de continuer à embaucher. Depuis un an, il y a eu 440 000 créations d'emplois dans notre pays, c'est 9 milliards de cotisations sociales versées en plus, ça finance notre modèle social, nos politiques publiques, ce qui nous permet d'accompagner et de protéger les Français. Plus on agit en faveur de notre économie, en faveur de l'emploi, plus on agit aussi pour des recettes pour notre Sécurité sociale et pour l’Etat, pour agir.

AMANDINE BEGOT
Tout ça est juste, mesuré, dites-vous, ça veut dire que vous ne reviendrez pas sur les augmentations d’impôts, il n’y en aura pas.

GABRIEL ATTAL
Il n'y aura pas d’augmentations d’impôts…

AMANDINE BEGOT
Ça peut inquiéter certains Français quand ils voient toutes ces annonces…

GABRIEL ATTAL
… on a d'ailleurs pris une mesure l’an prochain, qui va nous " coûter ", à l'Etat, 6 milliards d'euros sur l'impôt sur le revenu, pour neutraliser les effets de l'inflation sur l'impôt sur le revenu, c'est une mesure importante, pour éviter que l'impôt sur le revenu augmente, sinon il aurait augmenté mécaniquement. Et évidemment on va continuer à avoir cette trajectoire, ce qui nous conduit aussi à cibler davantage nos aides. Peut-être qu'on entend parler davantage d'aides différentes, mais c'est précisément parce qu'on cible nos dispositifs plutôt qu'avoir des dispositifs généraux qui concernent, y compris des personnes ou des entreprises qui en ont pas forcément besoin, ce qui coûte beaucoup plus cher.

AMANDINE BEGOT
Et des dispositifs ciblés, je pense notamment à l'essence. On en est où justement de ce qui va succéder aux aides actuelles à la pompe, la prime gros rouleurs ?

GABRIEL ATTAL
Oui, vous savez que la ristourne sur les prix à la pompe s'arrête à la fin de l'année, et donc dans les prochains jours on annoncera les contours de l'indemnité carburant travailleurs. On fait le choix de cibler notre aide sur l'essence, sur les Français qui travaillent, et qui n’ont pas le choix d’utiliser leur voiture.

AMANDINE BEGOT
Donc il faudra travailler et faire combien de kilomètres par jour ?

GABRIEL ATTAL
Le premier critère c'est de travailler, de déclarer des revenus d'activité. Le deuxième critère, c'est évidemment d'avoir un véhicule et de pouvoir donner le numéro de carte grise. Ensuite, sur le nombre de kilomètres, les paramètres sont en train d’être regardés. Moi je souhaite que dès lors que l'on travaille et qu'on doit utiliser sa voiture, on puisse bénéficier d'une aide. Ensuite, il peut y avoir une bonification si on doit faire beaucoup de kilomètres pour aller travailler. Mais oui, on fait le choix de cibler notre dispositif, parce que la ristourne carburant elle a coûté en 2022, 8 milliards d'euros, c'est l'équivalent du budget du ministère de la Justice. On doit cibler davantage nos aides, et quand on doit choisir vers qui les cibler, moi je l'assume de le dire, qu'il faut cibler vers les Français qui travaillent, qui se lèvent le matin, qui font tourner notre économie, et qui nous permettent aussi d'avoir des recettes pour protéger les Français.

AMANDINE BEGOT
Donc travailler et être obligé de prendre sa voiture, ce sera en gros les deux conditions, c'est ce que vous nous dites ce matin. C'est dans ce contexte que le gouvernement s'apprête à s'attaquer à la réforme des retraites, d’après les informations de RTL, c'est pour la mi-décembre. Vous nous le confirmez ?

GABRIEL ATTAL
Oui, il y aura des annonces par la Première ministre…

AMANDINE BEGOT
Le 15 décembre ?

GABRIEL ATTAL
Autour de la mi-décembre. Je ne veux pas m'engager sur une date précise. Il y a une concertation qui est en cours, avec les partenaires sociaux, qui dure depuis plusieurs mois. Je crois qu'elles se déroulent dans de bonnes conditions, et ensuite il y aura donc le temps des annonces, pour un projet de loi au début de l'année.

AMANDINE BEGOT
La Première ministre est plutôt partie sur un recul de l'âge légal à 65 ans, vous confirmez ?

GABRIEL ATTAL
Eh bien ça, c'est l'engagement de campagne, la base de travail du président de la République pendant la campagne présidentielle.

AMANDINE BEGOT
Qui avait ensuite parlé peut-être de 64.

GABRIEL ATTAL
Ensuite il y a une négociation, donc moi je ne peux fermer aucune porte, mais ce qui est certain c'est que la base de travail c'est le recul de l'âge légal, comme vous venez de le rappeler. Tout ça…

AMANDINE BEGOT
C’est raisonnable, 65 ans, Gabriel ATTAL ?

AMANDINE BEGOT
Ce qui est raisonnable, c'est de prendre les mesures qui permettent à notre système de retraite de tenir, premièrement, d'être financé. Et deuxièmement, qui nous permette de financer de nouveaux droits pour les Français, je pense notamment à l'accompagnement pour les Français en perte d'autonomie, à nos aînés qui ont besoin d'être davantage accompagnés, ça fait aussi partie de ce qui sera financé par la réforme. Une retraite minimale pour tous les Français qui ont une carrière complète, au-dessus de 1 100 € par mois, c’est aussi un engagement très fort que l’on a pris. Ça se finance, et ça se finance notamment en travaillant globalement tous un peu plus, même si on tiendra compte de la pénibilité.

AMANDINE BEGOT
Laurent BERGER, qui était assis à votre place lundi matin, disait : « faire cette réforme, c'est mettre le feu au pays ». Vous lui répondez quoi ce matin ?

GABRIEL ATTAL
Eh bien, je crois que précisément, en ayant fait le choix de la concertation, on fait tout pour que cette réforme puisse d'être concertée et adaptée…

AMANDINE BEGOT
Mais quand vous voyez cette grève à la SNCF, qui a été décrétée hier…

GABRIEL ATTAL
Moi j’ai entendu…

AMANDINE BEGOT
… pardon, en vue des négociations salariales et ces syndicats qui à la SNCF menacent de faire grève pendant les fêtes, s'il le faut, est-ce que ce n’est pas rajouter encore ?

GABRIEL ATTAL
Eh bien là on est sur un autre sujet, puisque je ne crois pas que cette grève parle de la question des retraites.

AMANDINE BEGOT
Oui, sauf qu’elle parle des augmentations de salaires, ce que je disais, c'est en vu des négociations salariales. Mais, est-ce que ça ne risque pas de rajouter encore un peu plus à la colère, dans ce contexte-là qui est déjà explosif ?

GABRIEL ATTAL
Moi, je pense que ce qui pourrait rajouter à la colère dans notre pays, c'est si on n'était pas capable de tenir les engagements qu'on a pris, encore une fois, pour améliorer la retraite des Français qui ont travaillé, pour améliorer la prise en charge de nos aînés en perte d'autonomie, et ça, ça se finance. Moi je suis ministre du Budget…

AMANDINE BEGOT
Et annoncer la retraite juste avant Noël, ce n’est pas compliqué ?

GABRIEL ATTAL
Je suis ministre du Budget, je dois dire la vérité, et la vérité c'est que nos finances publiques ne peuvent pas tout permettre, et donc il faut faire des réformes, il faut faire un certain nombre d'efforts, ça en fait partie, ça a été annoncé pendant la campagne présidentielle. J'avais entendu les syndicats dire que si on passait " en force ", il y a quelques mois, comme la question s'est posée dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, ça mettrait le feu, on a fait le choix au contraire de faire de la concertation pendant plusieurs mois avec les syndicats, et donc moi je souhaite qu'on puisse avancer en concertation.

AMANDINE BEGOT
Un dernier mot, il nous reste 30 secondes. Les médecins libéraux sont en grève aujourd'hui et demain, ils réclament, les généralistes en tout cas, que leurs consultations soient portées à 50 € contre 25 aujourd'hui, la moyenne européenne c'est 46, 47 €. Elle est légitime leur demande ?

GABRIEL ATTAL
Il y a une négociation, je ne veux pas la préempter. Il faut évidemment permettre aux médecins de pouvoir agir dans de bonnes conditions. Je me méfie toujours des comparaisons européennes. Par exemple le…

AMANDINE BEGOT
Oui, parce que les systèmes ne sont pas les mêmes, pas forcément.

GABRIEL ATTAL
Eh bien, ce ne sont pas les mêmes, en Allemagne vous avez une consultation qui est plus chère, mais les médecins ont beaucoup plus d'obligations en matière de garde et en matière de permanence des soins. Donc il y a une meilleure consultation en termes financiers, mais il y a plus d'obligations en face. Il faut faire attention aux comparaisons.

AMANDINE BEGOT
25 €, c'est trop peu ?

GABRIEL ATTAL
Enfin, il y a une négociation qui s'ouvre. Il peut y avoir une prise en compte, notamment de l'impact de l'inflation sur les cabinets médicaux. Maintenant je pense qu’il faut que la négociation se fasse sur des bases sérieuses, et je pense que le doublement de la consultation, encore une fois dans le contexte financier qu'on connaît, me paraît quand même compliqué.

AMANDINE BEGOT
Compliqué. Merci beaucoup Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Merci.

YVES CALVI
« On ne veut pas que l'augmentation de nos dépenses aille plus vite que l'augmentation de nos recettes », vient de nous dire le ministre du Budget.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 2 décembre 2022