Texte intégral
Bonjour, mesdames et messieurs. Merci de votre présence à l'issue de cette sixième édition, ce sixième sommet de la Communauté politique européenne. Je voudrais avant toute chose remercier le Premier ministre Edi Rama pour l'organisation de ce sixième sommet qui vient de s'achever, qui a démontré une nouvelle fois l'utilité de ce format inédit. Alors, notre réunion nous a permis d'abord d'aborder les questions de sécurité qui traversent notre Europe, avec évidemment une discussion utile sur la situation en Ukraine autour du président Zelensky, et au lendemain des discussions qui ont eu lieu en Turquie, et après, d'ailleurs, l'arrêt des discussions ce matin.
Nous le savons, et on l'a suffisamment répété, se joue en Ukraine notre propre sécurité, et donc nous continuons de soutenir un cessez-le-feu inconditionnel de 30 jours pour préparer une paix robuste et durable et nous avons eu l'occasion d'échanger avec le président Zelensky, ensuite avec le chancelier Merz, le Premier ministre Starmer et le Premier ministre Tusk, comme vous le savez, et d'appeler ensemble le président Trump pour coordonner la réponse, au fond, au choix qu'ont fait les Russes, d'une part de ne pas appliquer le cessez-le-feu, d'autre part de refuser une discussion bilatérale russo-ukrainienne à haut niveau, malgré la réponse positive du président Zelensky.
Dans les prochaines heures, la délégation ukrainienne attend un retour sur les demandes faites de la délégation russe, et nous aurons l'occasion de rééchanger avec le président Trump. Mais il est clair qu'aujourd'hui, ce qui reste d'actualité, c'est la seule proposition concrète qui ait été faite, c'est celle d'un cessez-le-feu inconditionnel. Nous continuons par ailleurs de préparer des nouvelles sanctions en coordination avec les États-Unis d'Amérique, au cas où ceux-ci ne trouveraient pas une réponse positive. Au-delà, évidemment, de cette question, nous avons pu évoquer les enjeux de sécurité auxquels notre Europe est confrontée en matière d'ingérence et de désinformation et nous avons, avec le Premier ministre Støre, la Première ministre moldave et beaucoup d'autres collègues, pu avancer sur ce sujet, avec deux coalitions qui se sont mises en place de façon concrète. La première, dans la droite ligne de ce que nous avions décidé à Blennheim avec Maia Sandu, nous avons structuré une coalition pour coordonner la lutte contre les fausses informations et les ingérences étrangères, ce qui permet là aussi de mutualiser les instruments dont nous disposons, et en particulier ce qui est mis en place par l'Union européenne. Et nous avons décidé aussi d'une coalition pour lutter contre le narcotrafic en tant qu'enjeu structurant sur le continent européen, ce qui, là aussi, est cohérent avec la stratégie que la France a lancée il y a maintenant un peu plus d'un an et demi et qui a débouché sur le texte de loi qui est en cours d'examen au Conseil constitutionnel.
Au-delà de ces sujets de sécurité européenne, nous sommes revenus évidemment sur plusieurs sujets importants pour notre Europe en réunissant le groupe de soutien à la Moldavie. La Première ministre Sandu nous a exposé évidemment ses craintes et les grandes difficultés qui sont les siennes, les attaques quotidiennes et les ingérences quotidiennes, la situation en Transnistrie. L'Union européenne continuera de la soutenir, et nous continuons aussi le soutien bilatéral sur les questions de sécurité, de cyber, de lutte aussi contre les ingérences et les groupes mafieux qui, aujourd'hui, alimentent largement la déstabilisation du pays. Évidemment, les conséquences de l'élection en Roumanie ne seront pas innocentes sur la situation en Moldavie, et il n'aura échappé à personne que si le candidat pro-russe et anti-européen se positionnait et pouvait être élu, les conséquences sur la Moldavie seraient évidemment extrêmement dommageables.
Ensuite, sur la situation en Arménie, j'ai pu voir le Premier ministre Pachinian à l'instant. Nous sommes revenus sur les dernières discussions entre lui et le président Aliev, et la France continue d'apporter son soutien au plan de paix discuté entre les deux pays. Notre volonté est que celle-ci puisse se parachever au plus vite pour être signé. Je veux ici redire combien le Premier ministre Pachinian a su faire d'efforts et montrer son esprit de responsabilité. Je tiens à l'en remercier et j'espère que ces discussions pourront arriver à leur terme le plus vite possible.
Nous avons enfin, sur la communauté politique européenne, à l'issue de ce sixième sommet qui marque une continuité, - maintenant, au fond, cette forme politique a pris place dans notre organisation avec des rendez-vous réguliers - , nous avons pu ainsi établir d'abord la création d'un secrétariat de suivi et d'un secrétariat permanent léger, ce qui permettra de faire le suivi des coalitions qui sont mises en place, en particulier les coalitions d'action que nous avons décidées. Et donc, le prochain rendez-vous, le prochain sommet se tiendra en octobre au Danemark et nous permettra de poursuivre nos travaux. Je vais maintenant répondre à vos questions.
Journaliste
Vous venez d'indiquer qu'il n'y aurait pas de sanctions supplémentaires si un cessez-le-feu était accepté par la partie russe, si vous pouviez préciser ? Sinon, si jamais il n'y avait pas de cessez-le-feu, à ce moment-là, quelle serait la nature de ces nouvelles sanctions, notamment au niveau financier, et quand seraient-elles opérationnelles ? Ensuite, vous avez parlé avec le président Trump. Donc, lui, vous a-t-il dit qu'il serait favorable à des sanctions ? Enfin, Donald Trump a émis l'hypothèse d'une rencontre avec le président Poutine. Est-ce que ce serait désormais le seul moyen de débloquer le conflit ? Je vous remercie.
Emmanuel MACRON
Merci beaucoup. Écoutez, il y a eu des échanges nombreux aujourd'hui, y compris mes propres équipes étaient au contact à la fois des équipes ukrainiennes et en lien direct avec nos collègues britanniques et allemands. Et donc, nous avons pu faire partie, en effet, des discussions en temps réel. Le président Trump compte, mais c'est sa responsabilité, il lui revient de le confirmer et de le dire, organiser des échanges dans les prochaines heures ou les prochains jours avec la partie russe pour pouvoir clarifier ce qui s'est passé et essayer d'avancer. Par ailleurs, la partie russe a promis un retour à la partie ukrainienne sur les propositions qui avaient été faites lors des échanges d'hier et de ce matin. À ce stade, il faut avoir de la prudence.
Ensuite, nous avons la même cohérence, c'est que si le cessez-le-feu et la réponse restaient négatives, il nous faudra avoir une réponse, et donc monter d'un cran dans les sanctions. Elles sont en train d'être travaillées entre les Européens et les Américains, et donc il serait trop tôt ici pour en donner le détail. Ce qui importe, c'est qu'on ne fasse pas croire à qui que ce soit qu'on pourrait reprendre les négociations d'Istanbul là où elles s'étaient arrêtées au printemps 2022, parce qu'il y a eu entre-temps 3 ans d'une guerre terrible, à laquelle les Ukrainiens ont résisté avec beaucoup de courage, un engagement de tous les Européens, donc on ne fera croire à personne qu'on peut revenir au point où on en était. Ni les Ukrainiens, ni les Européens, ni les Américains ne peuvent être sur cette position. Par contre, ce qui est sûr, c'est que ce qui s'est passé avec le refus russe du cessez-le-feu et le refus russe d'une réponse à haut niveau est inacceptable pour nous tous et inacceptable vis-à-vis de la proposition américaine. Moi, je note que le président Trump s'est engagé avec résolution d'abord pour obtenir un cessez-le-feu. C'était sa proposition, un cessez-le-feu de 30 jours. Le président Zelensky a eu raison de l'accepter début mars en responsabilité à Djeddah, et depuis, il n'y a aucune réponse russe. Puis il y a eu une deuxième proposition qui a été faite, une rencontre. Le président Zelensky l'a encore courageusement acceptée dimanche dernier, et refus d'obstacle de la Russie. Et à un moment donné, ça doit appeler une réponse.
Journaliste
Et concernant la rencontre…
Emmanuel MACRON
J'ai dit : je pense que ce seront d'abord des contacts téléphoniques.
Journaliste
Monsieur le Président, est-ce que ça fait une différence pour la coalition de volontaires que le chancelier Scholz ou le chancelier Merz soit présent ? Et quelle est la contribution la plus importante que l'Allemagne peut apporter maintenant ? Et une autre petite question, si vous le permettez : Meloni vient de dire qu'elle n'était pas présente à la réunion du groupe aujourd'hui parce que l'Italie n'est pas prête à envoyer des troupes. Est-ce que ça serait un critère d'admission ?
Emmanuel MACRON
Alors, d'abord, je ne fais jamais de comparaison, mais je peux dire que pendant tout son mandat, nous avons très bien travaillé avec le chancelier Scholz et la France et l'Allemagne sont deux pays dont les politiques, les liens et l'amitié dépassent les personnes. Mais nous avons vraiment œuvré et fait le maximum dès le premier jour et la France et l'Allemagne ont œuvré de concert pour sanctionner la Russie, pour accompagner l'Ukraine, pour ensemble acter aussi de sa candidature par un voyage commun avec, à l'époque, le président du Conseil italien, M. Draghi, et le président roumain, Klaus Iohannis, en Ukraine, au printemps 2022, et nous n'avons cessé d'agir.
Avec le chancelier Merz, nous avons une relation de très grande confiance et je veux ici saluer son engagement immédiat et la très grande clarté de sa position. Il l'avait eue en campagne, mais je pense que ça a été un geste très fort, dès sa première semaine, de se rendre en Ukraine et de décider de le faire avec, en effet, quelques collègues, le Premier ministre polonais, le Premier ministre britannique et moi-même. Et c'était pour nous un grand honneur de pouvoir l'associer à cette démarche diplomatique et d'œuvrer en confiance et, je dois dire, en parfaite communauté de pensée et d'action. Et donc, aujourd'hui, l'Allemagne et la France agissent sur ce dossier avec la même conscience que nous jouons notre sécurité, le même sens du devoir, le même engagement, la même volonté qu'il n'y ait pas d'escalade, mais que nous ayons un cessez-le-feu et que nous bâtissions cette paix durable, et je m'en félicite, c'est extrêmement important.
L'Allemagne apporte et a apporté depuis le début de ce conflit une contribution essentielle, d'abord sur le plan financier et sur le plan capacitaire. Et je veux ici saluer l'importance de l'investissement budgétaire. Je n'oublie pas aussi ce que le peuple allemand apporte en termes d'accueil des réfugiés ukrainiens, et je veux ici dire notre gratitude, parce que vous êtes un des pays qui en accueille le plus. Et c'est un effort qui est considérable et qui, à mes yeux, a beaucoup de valeur dans ce contexte.
Enfin, je crois qu'il y a une erreur d'interprétation. La discussion que nous avions est une discussion pour obtenir un cessez-le-feu. Donc, il n'y a jamais eu de discussion, ni à Kiev dimanche, ni aujourd'hui, tout à l'heure, quand nous avons vu le président Zelensky et appelé ensemble le président Trump, il n'est pas une seule seconde question d'envoi de troupes ou quoi que ce soit. Il faut être sérieux sur l'information qu'on donne sur ces sujets. Il s'agit d'obtenir un cessez-le-feu de la Russie, de construire une paix durable avec des garanties de sécurité sur lesquelles nos pays, nos équipes travaillent depuis maintenant des semaines et qui sont connues de tous. Voilà. Donc, gardons-nous d'avoir des fausses informations sur ce sujet. Il y en a suffisamment qui sont distillées par les Russes et les réseaux qui les suivent. J'ai constaté qu'ils avaient parfois beaucoup d'alliés dans nos pays.
Journaliste
Le Conseil de l'Europe dénonce aujourd'hui une famine délibérée dans la bande de Gaza. Mardi soir, vous avez vous-même qualifié de honte ce que fait le gouvernement de Benjamin Netanyahou. Êtes-vous prêt à prendre des sanctions contre Israël de même nature que celles contre la Russie ? Si oui, quand ? Au risque, si vous ne le faites pas, de pratiquer un deux poids, deux mesures que vous avez vous-même dénoncé un peu plus tôt dans la journée devant vos partenaires de la CPE. Merci.
Emmanuel MACRON
La situation humanitaire à Gaza est intolérable. J'avais eu l'occasion de le dire dans mon voyage, il y a quelques semaines, en Égypte, à Al-Arish, à la frontière, et elle s'est aggravée. Et nous sommes en train d'atteindre un point inédit sur le plan humanitaire depuis le début du conflit. La question que vous posez est tout à fait valide et elle sera soulevée dans les semaines qui viennent, dans les jours qui viennent. Nous sommes en train de nous concentrer pour obtenir ce cessez-le-feu et la réouverture des chemins humanitaires. Et donc, j'aurai l'occasion de parler avec le Premier ministre Netanyahou dans les prochains jours et j'ai évoqué cette question aussi avec le président Trump, dans une discussion à part. Il est absolument indispensable, comme d'ailleurs les États-Unis d'Amérique avaient pu l'obtenir il y a quelques mois, de réobtenir un cessez-le-feu qui, jusqu'à début mars, nous avait permis de rouvrir les accès humanitaires, en effet, de faire taire les armes, et donc de soigner les blessés, de faire sortir les blessés, de permettre l'accès à l'eau, à la nourriture, aux médicaments, toutes ces choses qui ne sont plus possibles aujourd'hui, ce qui conduit à une situation qui est intolérable. Et donc, nous allons d'abord, dans le temps qui est le nôtre, nous concentrer pour obtenir ce cessez-le-feu et la réouverture de ces routes. Les jours qui viennent seront déterminants à cet égard, et nous allons redoubler d'efforts en lien très étroit avec les Américains pour l'obtenir.
Emmanuel MACRON
Merci à toutes et tous et bon courage. À bientôt.