Interview de M. Philippe Tabarot, ministre des transports, à RTL le 23 décembre 2025, concernant les conséquences des intempéries sur les transports, le train, le budget pour 2026 et la sécurité en matière de transport.

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Média : RTL

Texte intégral

CELINE LANDREAU
Pas de grève sur les rails cette année, mais pas de trêve de Noël non plus pour le ministre des Transports. Barrage d'agriculteurs, inquiétude des secteurs ferroviaire et aérien, sans budget à ce stade pour les rassurer. En guise de cadeau, les dossiers sensibles sont donc bien sur votre bureau. Bonjour Philippe TABAROT.

PHILIPPE TABAROT
Bonjour.

CELINE LANDREAU
Ministre des Transports, merci d'être avec nous ce matin. Je voudrais d'abord évoquer avec vous les intempéries qui frappent le sud du pays. L'Hérault, on le rappelle, est en vigilance rouge aux crues. On sait que des routes sont coupées. Est-ce que les trains circulent normalement ce matin dans le secteur ?

PHILIPPE TABAROT
Écoutez, on doit faire le point dans quelques instants avec la SNCF concernant les TER. Les grandes lignes, bien sûr, ne sont pas coupées dans l'immédiat. On a fait passer un message de vigilance pour toutes les personnes qui devaient se transporter dans ce département hier et dans les autres départements limitrophes, d'éviter de circuler notamment à côté de cours d'eau pour les raisons qu'on comprend. Mais c'est vrai que les infrastructures, pour l'instant, de transport ne sont pas touchées. Mais je parle au conditionnel puisque la pluie continue et la situation est suivie de très, très près.

CELINE LANDREAU
Pas de problème non plus sur les grands axes routiers à ce stade, on le précise. Des grands axes routiers qui sont en revanche parfois barrés par les agriculteurs moins nombreux mais toujours existants. C'est le cas dans le sud-ouest du pays sur l'A63, l'A64 ou encore l'A75 en Lozère. Vous allez les laisser bloquer jusqu'à quand, ces agriculteurs ?

PHILIPPE TABAROT
Vous l'avez dit, il reste trois points un petit peu durs sur l'A63, l'A64, l'A75. Je dirais que la mise en place du plan de transport avec des déviations ne perturbe pas de manière très importante la circulation si ce n'est…

CELINE LANDREAU
Ça fait quand même prendre du retard aux automobilistes.

PHILIPPE TABAROT
Exactement… un temps de parcours. Mais je ne vous cache pas que nous étions plus inquiets il y a quelques jours. Les choses semblent rentrer dans l'ordre et l'idée c'est qu'il n'y ait pas une contagion comme cela avait été évoqué sur l'ensemble du réseau national. Puisque vous l'avez dit, cette année nous n'avons pas de grève sur la SNCF et c'est une grande première depuis un certain nombre d'années, ni au niveau des contrôleurs aériens. Et il est important que nos concitoyens puissent également se déplacer. Puisque je le rappelle, il va y avoir des millions de Français qui vont se déplacer entre le week-end déjà qui vient de passer, la journée du 24 qui est une journée très importante demain et le week-end de chassé-croisé, le prochain week-end à venir.

CELINE LANDREAU
Fréquentation importante dans les gares notamment avec ce record de billets vendus.

PHILIPPE TABAROT
Un record de billets vendus avec pratiquement 6 millions de billets vendus, 11 000 TGV qui vont circuler et 600 TGV ne serait-ce que pour la journée du 24. Le week-end prochain, 1 million de personnes vont prendre le train entre le samedi et le dimanche. Donc vous voyez qu'il y a des chiffres records. Il y a une envie de transport dans notre pays, de se transporter. Une envie de train aussi, je tiens à le signaler parce qu'on revient à des niveaux supérieurs au niveau qu'on avait connu avant le Covid ce qui est un geste et un signe fort et important pour le transport ferroviaire. Et puis pour le transport aérien aussi, pardon puisque je ne veux pas l'oublier, on a des compagnies qui sont fortement mobilisées. Et puis on aura très probablement, dans les semaines du 21 au 4, 30 000 vols qui vont arriver ou décoller d'Orly et de Roissy et avec des personnels aussi là qui sont très mobilisés. Et si vous me le permettez, encore un petit mot pour remercier toutes les personnes du transport qui vont être mobilisées pendant ces journées et qui vont faire leur boulot au service des autres. Et en tant que ministre des Transports, c'est la moindre des choses d'avoir un petit mot pour eux ce matin.

CELINE LANDREAU
Et qui permettent à tous les Français de se retrouver, quand ils le souhaitent, en famille. Vous parliez de l'importance de célébrer le ferroviaire qui plaît tant aux Français. Je voudrais qu'on parle des moyens alloués à ce mode de transport. On le sait maintenant, le budget n'a pas été adopté. Ce budget prévoyait notamment un milliard supplémentaire pour aider au développement des trains de nuit. Qu'est-ce que ça veut dire, pas de budget pour ce secteur-là ? Ça veut dire que les trains n'arriveront pas ?

PHILIPPE TABAROT
Vous venez de le dire, une conséquence concrète. Alors pas dans le service, pas dans le nombre de trains qui vont circuler à partir du 1er janvier. Ce sera le plan de transport qui était prévu. Par contre, un retard au niveau des investissements. J'avais une commande à lancer au mois de janvier de nombreux trains de nuit. Parce que le train de nuit également est en vogue dans notre pays. On se prépare à l'échéance 2030. Il y a des lignes qui ont été réouvertes ces dernières années. On a besoin de moderniser ce matériel. Et la commande d'environ un milliard que je devais passer en début janvier ne pourra pas être passée. Dans le même esprit, on a une grande réforme du contrôle aérien qui doit se faire en matière d'investissement. On va être obligé de repousser ces investissements comme repousser d'autres investissements sur des routes ou sur des voies ferrées. Ça, c'est la conséquence du non-vote du budget avant le 31 décembre. Et la loi spéciale que nous allons voter ou que le Parlement va voter aujourd'hui, je l'espère, ne nous permettra pas de faire ces investissements.

CELINE LANDREAU
Et c'est un reproche que vous faites à votre ancienne famille politique. On sait que les sénateurs LR notamment n'ont pas été très enclins à faire des concessions.

PHILIPPE TABAROT
C'est un constat. Je ne veux incriminer personne spécialement. C'est un constat. Un des rôles des parlementaires, c'est de voter un budget avant la fin de l'année. Et en l'occurrence, cela n'a pas été fait. Et le message que je souhaite faire passer, puisque c'est le message qu'on a eu en Conseil des ministres hier, vous l'imaginez bien, c'est que la situation de la loi spéciale ne va pas pouvoir durer.

CELINE LANDREAU
Justement, pour ne pas la faire durer, il a été question d'avoir recours au 49.3 lors de ce Conseil des ministres hier soir ?

PHILIPPE TABAROT
Non, le Président a simplement rappelé les possibilités pour faire voter un budget dans le pays, les possibilités constitutionnelles, que ce soit un vote pour des parlementaires, après je dirais pratiquement une deuxième lecture entre les deux assemblées, la possibilité d'utiliser le 49.3 ou la possibilité d'utiliser les ordonnances…

CELINE LANDREAU
Le simple fait de rappeler cette possibilité qui a été écartée par le Premier ministre, ce n'est pas une manière de faire pression sur Sébastien LECORNU ?

PHILIPPE TABAROT
Il a rappelé le cadre constitutionnel tout simplement, les trois possibilités qui s'offraient à nous maintenant. Ce qu'il a par contre clairement rappelé, et bien sûr tout le monde était d'accord autour de la table, c'est que personne dans le pays n'a intérêt à ce qu'on reste trop longtemps en loi spéciale. C'est un sparadrap pour un temps donné, ça a été six semaines de mémoire l'année dernière, ça ne pourra guère durer plus cette année, parce que le pays serait devant de graves difficultés, des recettes qui vont venir en moins, on l'a calculé environ…

CELINE LANDREAU
Il a dit dans les médias, c'est quand même des économies à court terme, la loi spéciale.

PHILIPPE TABAROT
Écoutez, à court terme c'est surtout 6,5 milliards de recettes en moins dès le début de l'année, donc voilà une conséquence aussi concrète, et puis des retards, un pays qui n'investit pas est un pays qui se meurt. Mon collègue du logement a très bien parlé également du sujet de MaPrimeRenov'. Moi, je vous ai parlé de mes deux sujets qui me préoccupent le plus dans les transports et de tous les chantiers qui devaient se tenir dans le pays, ce n'est pas bon.

CELINE LANDREAU
Il y a quelque chose qui préoccupe aussi les Français dans les transports, c'est leur sécurité. Je voudrais, d'un mot, revenir sur cet incident sur le vol Paris-Ajaccio, les passagers qui ont décidé de porter plainte contre AIR FRANCE pour mise en danger de la vie d'autrui. Leur avion - c'était un A320 - a dû se poser en urgence après un problème sur un moteur. Est-ce que vous pouvez rassurer tout le monde ce matin en assurant aux Français que les avions sont suffisamment contrôlés dans notre pays ?

PHILIPPE TABAROT
Oui, je le dis, je le répète, la sécurité est notre priorité dans les transports en général et particulièrement dans le transport aérien. Je crois que nous l'avons prouvé récemment avec AIRBUS en immobilisant plus de 6 000 Airbus avec les conséquences pratiques que ça pouvait avoir, des conséquences économiques, vous l'imaginez bien, pour cette grande compagnie mondiale.

CELINE LANDREAU
Qui a réussi à régler le problème assez vite.

PHILIPPE TABAROT
Mais la sécurité est une priorité absolue. Et je souscris totalement à ce qui a été dit par la compagnie AIR FRANCE, les passagers, même si ce sont des épisodes traumatisants… Je l'ai vécu il y a quelques années, j'ai atterri aussi en catastrophe à Lyon et dès que j'ai l'occasion, je le raconte à mes amis. Mais les passagers n'ont pas été en insécurité, pour autant, mis en danger. C'est un incident qui est désagréable, qui peut traumatiser certaines personnes. Il y a toujours un rapport difficile des Français, je dirais plus largement de tout le monde. Avec l'aérien, on pense que c'est le mode de transport le plus dangereux alors que c'est le mode de transport le plus sûr, mais on a toujours un rapport à l'avion qui est très particulier.

CELINE LANDREAU
Il y a un mode de transport qui est un peu plus dangereux en ce moment, c'est l'automobile. Je voudrais juste, d'un mot, parler du contrôle technique qui change à partir du 1er janvier. C'est dans le dossier des airbags Takata. Ça donnera lieu obligatoirement à une contre-visite si on se rend compte que votre véhicule est équipé d'un airbag Takata ; airbag qui ont provoqué 20 décès en France, dont 18 en Outre-mer, on le rappelle. Pour être très concret, monsieur le Ministre, les automobilistes concernés n'auront plus le droit de rouler avec leur véhicule si le contrôle technique montre qu'ils ont un airbag défectueux ?

PHILIPPE TABAROT
Ils iront en contre-visite, c'est le cas de 4 millions d'automobiles aujourd'hui sur les 22 000 qui vont en contrôle technique. C'est un filet de sécurité supplémentaire. Il y a des décisions qui ont été difficiles à prendre sur ce sujet mais je n'ai pas voulu mettre la poussière sous le tapis. Quand on vous annonce le décès d'une personne parce que son airbag a explosé de manière intempestive, et là ça a été le cas pour 20 personnes sur pratiquement 46 accidents, on se doit de prendre des décisions quand on est ministre des Transports, ministre de la Sécurité des Transports dans notre pays, de prendre ces décisions. Donc on a fait beaucoup de rappels pour les airbags.

CELINE LANDREAU
Plus d'un million de véhicules concernés encore.

PHILIPPE TABAROT
Exactement. Il y a encore des véhicules qui circulent et qui ne devraient pas circuler. C'est une mesure supplémentaire mais ce que je conseille à nos concitoyens, c'est d'aller sur le site du ministère des Transports, de voir s'ils sont concernés par cette mesure et d'intervenir en amont. Les constructeurs sont dans l'obligation de leur donner un rendez-vous gratuit pour changer leurs airbags avant même leur contrôle technique.

CELINE LANDREAU
Merci beaucoup Philippe TABAROT, ministre des Transports. Merci d'être venu dans RTL ce matin.

PHILIPPE TABAROT
Merci pour votre invitation.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 janvier 2026