Interview de Mme Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l'étranger, à France Info le 30 décembre 2025, sur Brigitte Bardot, la francophonie, les relations avec l'Algérie, l'aide publique au développement et le conflit en Ukraine.

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Média : France Info

Texte intégral

JOURNALISTE
Il est 7 h 45 sur France Info, c'est l'heure de vous retrouver Alix BOUILHAGUET avec votre invitée politique et ce matin vous recevez la ministre déléguée à la Francophonie, Éléonore CAROIT.

ALIX BOUILHAGUET
Bonjour Éléonore CAROIT.

ÉLEONORE CAROIT
Bonjour.

ALIX BOUILHAGUET
Vous êtes, on vient d'entendre, ministre de la Francophonie. Brigitte BARDOT vient de mourir. Est-ce qu'elle faisait partie intégrante du patrimoine français, de son rayonnement à l'étranger ?

ÉLEONORE CAROIT
Mais bien entendu. Ce qui est intéressant c'est de voir les couvertures médiatiques à l'étranger du décès de Brigitte BARDOT. Vous voyez que partout on reconnaît cette icône, cette actrice du cinéma français qui a servi à promouvoir le cinéma français bien au-delà de nos frontières, ce cinéma en français, et puis aussi cette femme qui s'était engagée dans la cause animale et qui avait aussi été une activiste en France. Donc clairement, c'est une icône de la francophonie, une personnalité qui a participé au rayonnement de notre langue à travers le monde.

ALIX BOUILHAGUET
Donc Brigitte BARDOT, ce n'est pas seulement le glamour, c'est aussi, il faut le souligner quand même, cinq condamnations pour injures à la haine raciale, notamment vis-à-vis des musulmans de France. Est-ce qu'il y a une facette d'elle dont on parlait aussi à l'étranger ?

ÉLEONORE CAROIT
Alors on en parlait moins en réalité, et je me suis intéressée à la question parce qu'évidemment on en parle beaucoup en France, et c'est normal lorsque quelqu'un décède, on regarde un peu toute la vie, on regarde les aspects positifs, les aspects plus négatifs aussi. Et à l'étranger, on a surtout retenu cette image de l'actrice, de l'actrice dans les années 60, 70. Je vois par exemple à Rio de Janeiro, sur la célèbre plage de Búzios, qui est un peu comme le Saint-Tropez au Brésil, il y a une statue de Brigitte BARDOT, il y a des hommages qui lui sont rendus, et on voit beaucoup plus l'actrice que l'on ne s'intéresse à la vie de la femme qui, comme vous le dites, a certaines aspérités.

ALIX BOUILHAGUET
Donc depuis dimanche, effectivement, il y a des hommages de personnalités politiques qui affluent, assez peu d'ailleurs venant des rangs de la gauche. Éric CIOTTI, lui, demande un hommage national. Est-ce que c'est une bonne idée ?

ÉLEONORE CAROIT
Écoutez, moi je pense qu'il faut lui rendre hommage comme nous le faisons aujourd'hui, qu'il faut rappeler ce qu'elle a été, qu'il faut dire et ne pas cacher toutes les facettes de sa personnalité. Et puis en ce qui me concerne, vous le disiez, comme ministre déléguée en charge de la Francophonie, dire à quel point elle a contribué à promouvoir justement notre langue. Après, sur les questions plus générales de l'hommage national, moi je pense qu'il y a aussi une recherche parfois de polémique. Je pense que ce qui est important, c'est de dire ce qui a été, on en ressent, puis surtout de voir comment elle est regardée à l'étranger.

ALIX BOUILHAGUET
Mais on sait que, par exemple, Jean d'ORMESSON, Jean-Paul BELMONDO, pour ne citer qu'eux, ont eu un hommage national. Est-ce que ça doit être le même cas pour Brigitte BARDOT ?

ÉLEONORE CAROIT
Il y a énormément d'autres artistes éminemment connus, éminemment célèbres, qui n'ont pas eu d'hommage national. Je pense qu'il y a des critères pour cela, qui sont des décisions qui sont ensuite prises par le président de la République. Et puis, il le jugera, si c'est opportun ou pas. Encore une fois, je pense que, surtout dans des moments comme aujourd'hui, surtout en pensant aux familles, aux fans, aux personnes qui ont aimé Brigitte BARDOT, je pense qu'il faut voir la personne, la personnalité dans son intégralité. Et je vous dis, sous ce prisme de la francophonie, de la diffusion de la culture, de la langue française, et sous son engagement animal, je pense que vraiment, on peut aujourd'hui lui rendre hommage.

ALIX BOUILHAGUET
Alors, vous dites que la francophonie, c'est un outil d'influence, mais est-ce que la France n'a pas un peu perdu de son influence dans le monde ? Je pense notamment à certains pays d'Afrique, le Burkina Faso, le Mali, le Niger, pour ne citer qu'eux.

ÉLEONORE CAROIT
Vous avez cité les trois pays dans lesquels on a vu, il y a eu une grande instabilité politique, des juntes militaires, il y a eu véritablement des bouleversements qui ont fait que notre rapport avec ces trois pays a changé. Mais il y a 54 pays en Afrique, et puis vous parlez en général de l'influence de la France. Moi, je le vois, j'étais députée des Français d'Amérique latine et des Caraïbes, l'influence de la France, elle est réelle. Il y a une appétence pour la langue française. On est 320 millions de locuteurs de français aujourd'hui, et on sait qu'en 2050, on sera 700 millions. On voit qu'il y a une croissance de notre langue, de cette influence. C'est une langue d'ailleurs qui n'est pas une langue qui n'appartient pas à la France, qui appartient à tous les locuteurs de français. Et puis sur notre pays, sur son influence, évidemment qu'on continue à être influent, aussi parce qu'on investit dans le développement solidaire.

ALIX BOUILHAGUET
Il y a quand même un autre pays où, en tout cas, il y a de la tension, notamment avec l'Algérie. Les députés algériens viennent d'ailleurs d'adopter une loi déclarant la colonisation française comme un crime d'État et demandant des réparations et excuses formelles de la France. Ce texte est soutenu par le Président TEBBOUNE. Quelle est votre réponse aux autorités algériennes ?

ÉLEONORE CAROIT
Vous avez raison sur le fait qu'il y a beaucoup de pays avec lesquels les relations sont fluctuantes et les relations peuvent être compliquées. Et je pense qu'il y a beaucoup qui a été fait au cours des dix dernières années sur ce travail mémoriel, sur revenir sur notre passé, y compris sur le passé colonial, sans tabou, sans honte, en regardant les choses de manière assez claire et lucide.

ALIX BOUILHAGUET
Je signale effectivement que lors de sa campagne de 2017, Emmanuel MACRON avait qualifié la colonisation de crime contre l'humanité, évoquant la nécessité d'excuses pour ces actes commis. Mais à ce stade, il n'y a aucune demande officielle d'excuses n'a été formulée par la France. Est-ce qu'Emmanuel MACRON pourrait le faire d'ici à la fin de son mandat ?

ÉLEONORE CAROIT
Je vais vous parler d'un dossier que je connais bien parce que, justement, députée des Français d'Amérique latine et des Caraïbes, sur Haïti par exemple, c'est un pays avec lequel on a une relation qui est fluctuante, un pays dans lequel il y a aussi un passé colonial, il y a une question d'une dette coloniale, etc. Aujourd'hui, on regarde cette réalité en face, il y a un groupe d'historiens qui travaillent sur la question parce qu'évidemment qu'il y a aussi de l'instrumentalisation qui peut être faite de l'histoire, il faut regarder les faits comme ils se sont produits et regarder vers l'avant.

ALIX BOUILHAGUET
Mais sur l'Algérie ?

ÉLEONORE CAROIT
Et sur l'Algérie et sur les autres pays du continent africain avec lesquels on a eu justement cette histoire coloniale qui peut être un peu compliquée, il faut justement regarder de manière très lucide, et aujourd'hui on parle aux jeunesses africaines, et vous parliez de ces trois pays avec lesquels on a des relations qui sont distendues, vous parliez du Mali, du Burkina et du Niger, aujourd'hui on parle quand même aux sociétés civiles.

ALIX BOUILHAGUET
Mais sur l'Algérie, est-ce qu'il faut des excuses officielles formelles de la France ? Cette nouvelle loi, faite par les députés algériens, le demande formellement ?

ÉLEONORE CAROIT
Mais moi je n'ai pas regardé le contenu de cette loi, donc je ne vais pas vous répondre oui ou non sans avoir regardé ce que cette loi demande précisément. Est-ce que cette loi est aussi instrumentalisée ? Est-ce que cette loi dit les faits comme ils se sont déroulés ? Mais ce que je peux vous dire de manière plus générale, y compris par rapport à l'Algérie, c'est qu'il faut regarder notre passé, notre histoire commune, encore une fois pour ce qu'elle a été, et surtout regarder vers l'avenir.

ALIX BOUILHAGUET
Un tout dernier mot sur l'Algérie, le journaliste français Christophe GLEIZES est toujours détenu en prison, à Alger depuis près de vingt mois, je rappelle qu'il a été condamné à sept ans de prison, est-ce qu'on peut nourrir un espoir proche d'une libération prochaine ?

ÉLEONORE CAROIT
Il faut absolument nourrir cet espoir, et puis moi je pense surtout à la famille de Christophe GLEIZES, je pense à ses amis, je pense à toutes ces personnes qui attendent avec angoisse de savoir ce qu'il va devenir de Christophe GLEIZES, et je peux vous dire que je suis absolument solidaire, et que comme ça a été le cas pour Boualem SANSAL, comme ça a été le cas pour de nombreux Français qui étaient détenus à l'étranger, vous voyez qu'il y a des libérations qui se font, la diplomatie joue son rôle, et donc j'espère que ce sera le cas également pour lui.

ALIX BOUILHAGUET
Deux dernières questions, une sur l'aide publique au développement, on sait qu'en ce moment la France croule sous la dette et a bien du mal à se doter d'un budget, or l'aide publique au développement ça représente 3,7 milliards, est-ce que la France peut encore consacrer autant d'argent ?

ÉLEONORE CAROIT
Vous savez le problème avec l'aide publique au développement c'est qu'elle ne porte pas bien son nom, ça devrait s'appeler investissement solidaire ou investissement durable, mais en réalité il y a cette notion d'investissement, parce que ce que fait l'Agence Française de Développement, dans 85 % des cas ce sont des prêts, ce sont des prêts qui sont octroyés à des États, qui vont construire des grands projets d'infrastructure, qui ont donc un impact sur le changement climatique, le Transgabonais par exemple, le métro de Saint-Domingue, etc., des prêts qui sont remboursés, et d'ailleurs cette agence va redonner de l'argent, des fonds à l'État en général, elle est extrêmement contrôlée, et donc ces investissements c'est aussi ça qui vous permet d'avoir une influence, c'est ça qui vous permet de peser dans des relations diplomatiques.

ALIX BOUILHAGUET
Mais par exemple dix millions versés à l'Éthiopie sur les inégalités de genre, c'est ce que révèle un récent rapport parlementaire qui a un peu détaillé les programmes de l'aide publique, l'APD, comment vous contrôlez tout ça ? Est-ce que ça c'était par exemple essentiel ?

ÉLEONORE CAROIT
Ce qu'il faut regarder c'est est-ce que c'est un prêt ou est-ce que c'est un don ? C'est vraisemblablement un prêt, mais il faudrait que je regarde ce dossier en particulier, et surtout il faut bouger de manière un peu macro, ces 3,7 milliards ce sont essentiellement nos engagements à l'international, dans les instances multilatérales où la France veut et doit, on est quand même membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, et c'est important qu'on demeure présent dans les institutions internationales qui permettent d'éradiquer des pandémies, qui ont permis par exemple aujourd'hui de faire qu'il n'y ait plus de poliomyélite en France, qui nous permettent par exemple d'avoir les données GPS, qui nous permettent de naviguer, on ne se rend pas compte à quel point ces instances multilatérales sont importantes dans notre vie de tous les jours. Et par ailleurs, comme je vous le disais, ce sont essentiellement des financements de projets qui ensuite rapportent de l'argent à l'Agence Française de Développement. Donc regardons les choses de manière plus lucide, mais oui, je suis d'accord pour conclure, il faut avoir un contrôle accru, et d'ailleurs on a lancé une commission de contrôle et d'évaluation, et moi je serai très attentive à leurs travaux.

ALIX BOUILHAGUET
Trente secondes sur l'Ukraine, Moscou accusait, hier, Kiev d'avoir visé avec des drones l'une des résidences de Vladimir POUTINE en Russie. Volodymyr ZELENSKY dément toute attaque. Est-ce qu'on peut prêter foi aux accusations de Vladimir POUTINE ?

ÉLEONORE CAROIT
À ce stade, on n'a pas d'informations sur la véracité de ses propos. Moi ce que je peux vous dire en trente secondes, c'est que la France continuera de soutenir l'Ukraine dans son combat pour la liberté, et qu'il ne faut pas oublier qui est l'agresseur et quel est le pays qui, aujourd'hui, refuse un cessez-le-feu et d'arriver à des pourparlers avec des garanties réelles de sécurité pour les Ukrainiens.

ALIX BOUILHAGUET
Merci beaucoup Éléonore CAROIT.

ÉLEONORE CAROIT
Merci.

ALIX BOUILHAGUET
Bonne journée à vous.

ÉLEONORE CAROIT
Bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 janvier 2026