Texte intégral
SIMON LE BARON
Et c'est donc le ministre de l'Intérieur qui est notre invité. Bonjour Laurent NUNEZ,
LAURENT NUNEZ
Bonjour,
SIMON LE BARON
Nos auditeurs, comme d'habitude, peuvent dialoguer avec vous, avec nous au 01 45 24 7000 pour nous appeler et avec l'application de Radio France pour nous écrire. Beaucoup de questions à vous poser Laurent NUNEZ sur la mobilisation des agriculteurs, sur la sécurité pour le réveillon de la Saint-Sylvestre notamment. Mais d'abord, pouvez-vous éclaircir ce mystère ? L'homme de 25 ans qui a agressé trois femmes au couteau vendredi dans le métro parisien, présenté d'abord par vos services comme un Malien en situation irrégulière et sous le coup d'une obligation de quitter le territoire, a, en fait, un passeport français depuis 2018. Comment se fait-il que les policiers l'aient découvert ? Pourquoi n'étaient-ils pas au courant ?
LAURENT NUNEZ
Je vais vous expliquer, c'est très simple à comprendre. C'est un individu qui a commis plusieurs faits délictueux. D'abord, c'est un Malien, il est né au Mali, à Bamako. C'est un individu qui a commis plusieurs faits délictueux.
SIMON LE BARON
Il était connu des services de police. C'est pour ça que c'est d'autant plus étonnant.
LAURENT NUNEZ
Il était connu des services de police, notamment entre 2023 et 2025, il a fait la prison, la détention. Individu non-documenté, qui n'a jamais présenté de documents d'identité et qui, né au Mali, a été traité comme un étranger en situation irrégulière. Et pendant sa détention, une obligation de quitter le territoire français lui a été notifiée. Et à sa sortie d'écrou, il a été placé en centre de rétention administrative. C'est-à-dire que c'est quelqu'un qui a été en détention. Sa fiche pénale mentionne la nationalité malienne. Il a eu plusieurs procédures qui ont été engagées contre lui, y compris en procédure administrative, pendant son maintien en rétention administrative, qui a duré 90 jours, qui est allé au but du délai. Il est passé devant plusieurs juges de la liberté de détention. Il n'a jamais excipé de sa qualité de français.
SIMON LE BARON
Vous dites qu'il n'a jamais dit qu'il était français, mais vos services ont quand même moyen de le savoir. On n'aurait pas dû lui délivrer d'ailleurs d'OQTF. Il y a eu un dysfonctionnement quelque part.
LAURENT NUNEZ
C'est au moment de la perquisition à son domicile, après la triple agression qu'il a commise. D'ailleurs, j'en profite pour féliciter à nouveau les fonctionnaires de police de la préfecture de police qui, deux heures après le dernier fait, l'ont interpellé. C'était au moment de la perquisition qu'un passeport français a été découvert. Évidemment, immédiatement, on a procédé à des recherches, des vérifications. Hier, on a pu confirmer que l'individu était français.
SIMON LE BARON
Il y a eu dysfonctionnement ou pas ?
LAURENT NUNEZ
J'y viens. Il a été français par filiation. C'est son père qui est français et qui l'a reconnu alors qu'il avait 9 ans. Il s'est vu délivrer un certificat de nationalité en 2012, à 12 ans. Puis, à 18 ans, il a eu un passeport et une CNI, ce qui n'était pas connu des services. Est-ce qu'il y a eu un dysfonctionnement ? Forcément, à partir du moment où vous traitez un individu comme un être agent de situation irrégulière, où vous le mettez, vous le placez en centre de rétention administrative et vous tentez une procédure d'éloignement et qu'en réalité, c'est un Français, évidemment qu'il y a eu un dysfonctionnement. Je vais regarder dans quelles conditions on a ou pas consulté, tout simplement, le fichier des personnes qui détiennent une carte nationale d'identité ou un passeport français.
SIMON LE BARON
Il y a une autre affaire qui n'a rien à voir mais qui crée beaucoup d'émoi chez les forces de l'ordre. Un homme de 33 ans, sans permis de conduire, condamné 13 fois, en particulier pour des infractions routières, qui a percuté deux gendarmes, très grièvement, avec beaucoup de violence jeudi dernier dans les Vosges. Qu'est-ce que vous dites aux policiers et aux gendarmes, en l'occurrence ici, c'étaient des motards, qui ont peur de faire leur métier aujourd'hui ?
LAURENT NUNEZ
D'abord, je vais leur dire, saluez le courage des gendarmes et des policiers puisque dans l'affaire que vous citez dans les Vosges, et dans toutes les affaires, quand il y a des refus d'obtempérer, il y a des poursuites qui s'engagent, il y a des courses-poursuites qui s'engagent. C'est ce qui s'est passé dans cette affaire. Où l'individu a voulu éviter les gendarmes, il les a à deux reprises percutés, des gendarmes motorisés. On a eu d'autres affaires encore, il y a quelques jours, cette nuit encore, donc il y a énormément de refus d'obtempérer.
SIMON LE BARON
25 000 refus d'obtempérer l'an dernier en France.
LAURENT NUNEZ
Les instructions que je passe, elles sont très claires, très précises, c'est de ne rien laisser passer en termes de refus d'obtempérer. Et donc, nous allons continuer. Les individus sont interpellés. Généralement, quand il y a un refus d'obtempérer, c'est que la personne a souvent quelque chose, tout le temps même, quelque chose à se reprocher. Et ça va du défaut de permis jusqu'à la détention de produits stupéfiants. Donc, il faut évidemment continuer ces poursuites.
SIMON LE BARON
Mais on cite ce chiffre endémique, ça devient un problème de société à ce niveau-là, 25 000 refus d'obtempérer par an. Evidemment, ce sont les policiers et les gendarmes qui sont victimes bien souvent. Parfois aussi, ça se termine mal, malheureusement, pour les conducteurs. Mais il ne s'agit pas de blâmer ceux qui sont en première ligne, mais est-ce que l'institution doit s'interroger sur cette perte de confiance et de légitimité ?
LAURENT NUNEZ
L'institution s'interroge sur la perte d'autorité, quelque part. Il y a un problème d'autorité. Quand les gendarmes ou les policiers demandent, évidemment, de s'arrêter, on doit s'arrêter. Il y a un certain nombre d'individus qui ne le font pas parce qu'ils ont quelque chose à se reprocher. L'institution, elle répond par la fermeté, la course poursuite et l'interpellation systématique. Dans le dossier que vous citez, l'individu va être poursuivi, c'est une décision du parquet, pour meurtre, quand même.
SIMON LE BARON
Tentative.
LAURENT NUNEZ
Donc voilà, l'institution, elle réagira, elle réagira tout le temps et elle le fait de manière extrêmement enfermée. Mais il y a effectivement quelque part, il y a aussi à d'autres étages que celui du ministère de l'Intérieur à rappeler un certain nombre de règles fondamentaux de ce qu'est l'autorité et le respect de l'autorité.
SIMON LE BARON
Puisqu'on parle de refus d'obtempérer, alors on est loin de la gravité de l'affaire dont on parle dans les Vosges, mais des images ont provoqué beaucoup de colère chez les agriculteurs qui sont mobilisés, on le sait notamment, contre la gestion de l'épidémie de dermatose nodulaire contagieuse. Sur ces images, on voit des policiers, c'était samedi soir à Auch dans le Gers, sortir leurs armes pour stopper un éleveur qui est au volant de son tracteur. Est-ce que vous défendez l'action des forces de l'ordre sur cette intervention ?
LAURENT NUNEZ
D'abord, je voudrais rappeler, si vous me le permettez, le contexte de gestion de la crise agricole par le Gouvernement et pour ce qui est de l'ordre public par le ministre de l'Intérieur, par moi-même. C'est un contexte d'extrême souplesse. Donc, on fait ça avec beaucoup de tact.
SIMON LE BARON
Vous avez alimenté l'impression de deux points de mesure, en particulier vis-à-vis des militants écologistes, des activistes écologistes notamment.
LAURENT NUNEZ
On encadre les manifestations, la plupart du temps, encadrées, ça veut dire organiser les déviations pour éviter que la circulation soit bloquée. Le mouvement était géré avec énormément de souplesse. Il y a assez peu de barrages qui ont été dégagés, très peu, sauf les axes nouveaux, lorsque c'est structurant sur les barrages nouveaux.
SIMON LE BARON
Par la force, c'est ce que vous dites.
LAURENT NUNEZ
Et on n'a jamais eu besoin trop de recourir à la force. Donc, on le fait avec beaucoup de souplesse. Et quand il y avait des blocages sur les axes structurants au moment du départ en vacances, c'est-à-dire la semaine dernière, il y a eu quelques interventions de police qui se sont, la plupart du temps, effectuées par la discussion. C'est un mouvement qui est géré avec beaucoup de souplesse.
SIMON LE BARON
Certains agriculteurs réclament la saisie de l'IGPN, la police des polices. Il y a lieu de le faire ou pas ?
LAURENT NUNEZ
Je vais venir précisément sur cette intervention mais je veux rappeler quand même le contexte. Parce qu'on entend dire un peu tout et n'importe quoi sur une répression excessive du mouvement et tout ça est faux. Vous savez, c'est ma première crise agricole comme ministre de l'Intérieur. Je suis ministre de l'Intérieur depuis deux mois et demi. Mais j'étais haut fonctionnaire et c'est ma six ou septième crise agricole. Donc, je connais bien le sujet et on gère toujours ça avec beaucoup de souplesse. En revanche, on a toujours dit qu'il ne pouvait pas y avoir de débordements, de dégradations. Sur la ville d'Auch, pendant plusieurs nuits consécutives, il y a eu des déversements de fumiers sur plusieurs bâtiments publics. Mais à un moment, il était temps de dire stop. Et c'est ce qu'ont fait les policiers ce soir-là. Ils sont intervenus pour empêcher un déversement de fumier.
SIMON LE BARON
Ils ont eu raison de sortir leurs armes ?
LAURENT NUNEZ
Il était question d'empêcher un déversement de fumier en l'occurrence sur un organe de presse, la Dépêche du midi. Et se sentant menacés par un mouvement d'un agriculteur qui venait dans leur direction, ils ont effectivement sorti leurs armes. Quelques secondes seulement, et dès que la personne a obtempéré, ils ont rangé leurs armes. Voilà. Donc, c'est un événement qui n'a duré que quelques secondes. Le ministre de l'Intérieur que je suis ne saisira pas l'IGPN dans cette affaire. Que les choses soient claires. Et je rappelle, et je le redis aux policiers, aux gendarmes, et c'est ce qui se passe. Le mouvement sera géré avec la même souplesse, le même tact. On l'encadre, on permet que cette expression de cette revendication, on la permet dans le cadre du mouvement agricole. Mais il ne peut pas y avoir de débordement et de violence.
SIMON LE BARON
Vous dites souplesse. Encore une fois, certains disent deux poids deux mesures vis-à-vis notamment des activistes du climat et de l'écologie, de la biodiversité. Mais vous dites : " Aussi, aucun barrage ne sera toléré. Aucun nouveau barrage pour le réveillon de la Saint-Sylvestre ". Et le Nouvel An, il faut laisser les gens circuler librement. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que s'il y a des barrages, vous les lèverez par la force ?
LAURENT NUNEZ
Deux choses. Deux poids deux mesures sur les mouvements pour la biodiversité, etc. Quand vous prenez en partie les forces de l'ordre et que vous jetez des projectiles sur les forces de l'ordre, il y a généralement une réponse proportionnée des forces de l'ordre pour ce qui est des mouvements de défense de l'environnement.
SIMON LE BARON
Ça ne l'avait pas été notamment à Sainte-Soline d'après les documents, les vidéos qui sont sortis il y a quelques semaines.
LAURENT NUNEZ
Voilà, mais dans des contextes de prise à partie des forces de l'ordre qui n'ont, vous me le considérez, rien à voir avec ce qu'on vit avec la crise agricole actuellement et la manifestation des agriculteurs qui est très majoritairement pacifique. Donc, ça n'a rien à voir, donc il n'y a pas de poids deux mesures. Deuxièmement, oui, c'est ce qui a été annoncé dès la semaine passée déjà, dès le début de la semaine passée, s'il devait y avoir des blocages d'axes structurants dans cette période de congés scolaires, oui, il y aurait évidemment des déblocages. C'est ce qui s'est passé la semaine dernière, tout le week-end et généralement, les blocages ont été levés par la discussion. Il n'y a pas eu d'intervention des forces de l'ordre.
SIMON LE BARON
Vous dialoguez avec les syndicats, à priori, quelle sera la situation ?
LAURENT NUNEZ
On dialogue avec... Chaque préfet gère la situation, on dialogue avec les organisations syndicales. Vous imaginez bien que vu le parcours qui est le mien de fonctionnaire de 20 ans sur les questions de sécurité et qui a géré plusieurs crises agricoles, j'ai moi-même des contacts directs avec les représentants syndicaux agricoles.
SIMON LE BARON
Vous n'êtes pas inquiet pour la circulation des gens qui vont rejoindre leurs familles ?
LAURENT NUNEZ
Non, parce que les choses se passent dans la discussion, dans le dialogue, et si ça ne devait pas être le cas, s'il devait y avoir un blocage d'un acte structurant, nous interviendrons évidemment. Mais encore une fois, je tiens à redire, ce mouvement, il est géré avec souplesse et tact. Et résumer la façon dont on le gère, aux quelques secondes d'images qui ont été vues samedi soir sur Auch, me paraît un peu excessif et n'est pas du tout révélateur de ce que nous faisons d'une manière générale. Mais encore une fois, dans ce cas-là, il y a des policiers qui se sont sentis menacés. Et donc, je vous le redis, je ne saisirai pas l'IGPN.
SIMON LE BARON
Vous promettez, Laurent NUNEZ, d'assurer la libre circulation des gens qui vont passer le réveillon de la Saint-Sylvestre en famille ou entre amis. Vous promettez aussi d'assurer la sécurité de ce réveillon, des rassemblements notamment. Alors, comme chaque année, le Gouvernement dit, en l'occurrence par votre voix : " Tolérance zéro, présence renforcée sur tout le territoire ". Qu'est-ce que ça veut dire concrètement ?
LAURENT NUNEZ
Non, concrètement, ça veut dire qu'on va mobiliser comme chaque année. Comme chaque année, évidemment, j'ai reconduit ces consignes, qui sont des consignes de fermeté et d'autorité, évidemment. Le risque, la nuit de la Saint-Sylvestre, d'abord, il y a beaucoup de gens qui sortent dans la rue pour fêter le passage à la nouvelle année. Donc, il y a à sécuriser toutes ces personnes. Et puis, il y a les traditionnelles violences urbaines de fin d'année, qui se déroulent dans certains quartiers où il y a des mortiers contre les forces de l'ordre, ce qu'on appelle des violences urbaines. Et le dispositif, il vise à prévenir l'ensemble, à prévenir ces violences urbaines et sécuriser les personnes qui vont se rendre sur l'espace public pour fêter la nuit, pour fêter le passage à la nouvelle année, notamment sur les Champs-Elysées à Paris, mais dans d'autres villes. Il y a 90.000 policiers et gendarmes au total qui seront mobilisés et 10.000, c'est pour Paris et la petite Grotte. Avec une présence renforcée, surtout, s'il devait y avoir des dégradations des violences, moi, j'ai redemandé au préfet, évidemment, des consignes d'extrême fermeté.
SIMON LE BARON
Vous parlez des Champs-Elysées, est-ce que vous déconseillez les rassemblements ?
LAURENT NUNEZ
Non, mais absolument pas.
SIMON LE BARON
Par peur de mouvements de foules, comme ceux qu'on avait vécu l'année dernière, par exemple ?
LAURENT NUNEZ
L'année dernière, il y avait un concert, il n'aura pas lieu cette année, il n'y aura pas de mouvement de foules. Les choses s'étaient très bien passées, mais il avait fallu extraire un certain nombre de personnes, en raison de cette foule importante. Donc cette année, le préfet de police que j'étais à l'époque, et le nouveau préfet de police et la maire de Paris ont convenu qu'il n'y aurait pas de concert, mais il y aura un rassemblement sur les Champs-Elysées, comme chaque année. Il y a un feu d'artifice à minuit, comme chaque année sur les Champs, il y a une projection sur l'Arc de Triomphe, un mapping d'une dizaine de minutes avant le passage à la nouvelle année, et il y aura un gros dispositif de sécurité avec un périmètre de protection, et comme chaque année, les choses se passeront bien.
SIMON LE BARON
Et quel est l'état de la menace terroriste ? Vous avez dit, il y a quelques jours, quelques semaines, avoir déjoué, enfin, vos services ont déjoué 6 attentats, je crois, en 2025. Est-ce qu'il y a une menace terroriste particulièrement forte ?
LAURENT NUNEZ
La menace terroriste, elle est toujours très forte, elle est toujours très forte, avec sa dimension, surtout dans sa dimension endogène, d'individus qui peuvent passer à l'action, se radicaliser et commettre des actions terroristes. Mais la Direction Générale de la Sécurité Intérieure et l'ensemble des services de renseignement français veillent et déjouent effectivement énormément d'attentats.
SIMON LE BARON
Vous parlez de tolérance zéro, là c'est moins grave, on va dire, que la menace terroriste, mais c'est un sujet de santé publique, notamment pour les jeunes, c'est le sujet du protoxyde d'azote, nul doute que beaucoup de jeunes vont en consommer pendant ces festivités. Il y a un flou juridique autour de ce produit, qui est un produit, entre autres, de cuisine. Quelles consignes vous donnez aux forces ?
LAURENT NUNEZ
D'abord, c'est évidemment de procéder à des contrôles mais à terme, il faudra qu'on renforce la législation sur le protoxyde d'azote qui, à la fois, sa détention, sa consommation sur la voie publique, son port, sont transport, voilà. Donc, il y a tout une batterie de mesure législative qui sont en préparation. Il y a une proposition de loi que le Gouvernement va probablement soutenir, probablement amender. Et voilà, il faut renforcer, durcir les sanctions contre le protoxyde d'azote, qui…
SIMON LE BARON
Alors, les forces de l'ordre ne peuvent rien faire, concrètement ?
LAURENT NUNEZ
Assez peu de choses, finalement, assez peu de choses. Il y a une utilisation qui est faite en cuisine, dans le domaine médical. Et puis elle est utilisée, j'ouvre les guillemets, de manière soi-disant festive. Mais en réalité, c'est un gaz qui provoque des dommages, en matière de santé, extrêmement important, et surtout, qui altère le discernement. Et on a bien vu de graves accidents qui ont pu avoir lieu pour des personnes qui ont consommé du protoxyde d'azote. Donc, on va renforcer les mesures législatives pour réglementer sa commercialisation, son usage, son port, son transport.
SIMON LE BARON
Il y a aussi malheureusement beaucoup de cocaïne, comme dans beaucoup de fêtes, de soirées en France. C'est la une du parisien aujourd'hui en France ce matin. Entre 2012 et 2023, la quantité de cocaïne consommée en France a triplé. Au-delà des discours sur la lutte contre le narcotrafic, c'est un tsunami blanc qui se déverse sur la France ?
LAURENT NUNEZ
D'abord, il faut arrêter de dire que sur le narcotrafic, il n'y a eu que des discours. Enfin, ça fait dix ans qu'on travaille sur le sujet. Je sais qu'on a pu laisser croire que la vraie vie avait commencé, en matière de lutte contre le narcotrafic, il y a seulement un an. Ça fait dix ans qu'on travaille sur le narcotrafic. Dix ans, dix ans, qu'il y a eu des actions continues qui ont été menées, qui ont visé à renforcer les moyens juridiques, budgétaires, des services en matière de lutte contre le trafic de stup. Et de fait, le nombre de mises en cause, le nombre de drogues saisies ne cesse d'augmenter depuis ces dix dernières années. Force est de constater que ce n'est évidemment pas suffisant. Et on va évidemment poursuivre l'action qui est menée. Il y a une nouvelle loi, la loi de juin 2025, qui a été élaborée suite à un rapport sénatorial qui a été extrêmement important, qui a donné de nouvelles prérogatives aux préfets, de nouveaux moyens d'enquête judiciaire aux enquêteurs de la police judiciaire en matière de lutte contre le trafic. On va continuer. Mais vous voyez bien qu'il y a... Et ce que vous dites, nous conforte évidemment. Ce que disent les articles de presse. Il y a aussi un problème de consommateurs. Évidemment que s'il n'y avait pas de consommateurs, il n'y aurait pas de trafic. D'où les annonces qu'a faites le Président de la République, de durcir les mesures contre les consommateurs.
SIMON LE BARON
Et les amendes de 200 à 500 euros.
LAURENT NUNEZ
Absolument. Notamment l'amende forfaitaire délictuelle, qui passera de 200 à 500 euros. Et puis il y a d'autres mesures auxquelles on réfléchit. Vous savez, est-il normal que quelqu'un qui consomme régulièrement des produits stupéfiants ait encore son permis de conduire ? Est-il normal ? Probablement pas. Donc, on y réfléchit.
SIMON LE BARON
Et s'il faut le signaler à l'employeur aussi, ça c'était dans le débat.
LAURENT NUNEZ
C'est une mesure qui a été avancée par un responsable d'une organisation syndicale de commissaires. Personnellement, je considère que cela s'étudie aussi. Il faut que l'on montre clairement aux consommateurs que consommer des produits stupéfiants, c'est quelque part participer au trafic et à tous les morts et toutes les violences qui entourent ce trafic.
SIMON LE BARON
Il y a les consommateurs et puis les réseaux, évidemment, de criminalités organisées. Un parquet national est créé sur le modèle du parquet antiterroriste pour lutter contre ces réseaux. Vous espérez, dans le budget de 2026, une rallonge pour créer 700 emplois supplémentaires, notamment 300 pour lutter spécifiquement contre cette criminalité organisée, sauf que le budget n'est pas voté. Donc, dans les faits, ça vous empêche d'agir, ce blocage politique ?
LAURENT NUNEZ
Pour l'instant, oui. Enfin, on a un renforcement significatif des moyens en matière d'investigation judiciaire, dont un renfort d'effectifs. Au total, c'est 1 400 emplois pour les forces de sécurité intérieure, dont 700 pour la police, dont 300 pour la criminalité organisée, et dont, je le rappelle, 400 pour les militaires de la Gendarmerie nationale, pour créer de nouvelles brigades sur le territoire : 58 brigades en 2026. Évidemment, sans budget, tout ça n'est pas possible. Tout ça n'est pas possible sans budget.
SIMON LE BARON
Et blocage sur des projets de loi que vous attendez aussi, que vous espérez faire passer en tout cas. Et c'est un gros enjeu politique, avant les municipales : la loi sur la sécurité du quotidien et pour le renforcement des prérogatives des polices municipales. Là aussi, tout est bloqué ?
LAURENT NUNEZ
Voilà. Ça, ce sont des textes qui sont, en partie, indépendants évidemment du budget, mais j'espère que sur ces textes, on recueillera évidemment les majorités nécessaires. Renforcer notre sécurité du quotidien, ça veut dire renforcer les sanctions pour l'usage de mortier, pour les rodéos urbains, pour les rêves parties, les rassemblements musicaux illégaux. Donc, voilà. Ce sont des textes qui sont très attendus de nos concitoyens et des forces de sécurité intérieure. Et puis, renforcer les prérogatives des polices municipales, je crois que c'est maintenant très attendu aussi par les élus locaux, pour enfin conforter cette troisième force que représentent les policiers municipaux dans notre pays.
SIMON LE BARON
Un mot du piratage informatique dont vous avez été victime au ministère de l'Intérieur il y a dix jours. Un jeune hacker de 22 ans avait été interpellé. Est-ce que vous en savez plus aujourd'hui sur son mobile ? Est-ce qu'il a agi pour le compte d'une puissance étrangère ?
LAURENT NUNEZ
Non, probablement pas. Les investigations judiciaires sont en cours.
SIMON LE BARON
Il agit tout seul ?
LAURENT NUNEZ
C'est un individu qui n'est pas très causant. Les investigations judiciaires se poursuivent. Ce qui est important, je l'avais fait publiquement très vite, dans la plus grande transparence, j'avais rappelé évidemment qu'il y avait bien eu des extractions de fiches, notamment du fichier des traitements d'antécédents judiciaires et du fichier des personnes recherchées.
SIMON LE BARON
Il a supprimé des fiches ?
LAURENT NUNEZ
Non, il a extrait un certain nombre de fiches.
SIMON LE BARON
Il les a extraits, mais il ne les a pas supprimées.
LAURENT NUNEZ
Il a extrait un certain nombre de fiches, et il a extrait des sommaires.
SIMON LE BARON
Des fiches de personnes recherchées, dangereux.
LAURENT NUNEZ
Des listes, des sommaires de personnes recherchées et des fiches. Donc, il a extrait jusqu'à 120 fiches. A date, je n'ai pas connaissance qu'il ait extrait d'autres fiches.
SIMON LE BARON
Est-ce que ça, c'est problématique en matière de sécurité ?
LAURENT NUNEZ
Ce qui est problématique, c'est qu'on doit respecter une hygiène informatique. Le chemin qu'a parcouru le hacker pour s'introduire dans nos systèmes d'information, ça a été par des messageries électroniques. Des boîtes mails…
SIMON LE BARON
Des boîtes mail d'agents. Des logins et des mots de passe.
LAURENT NUNEZ
Il a pu récupérer un certain nombre de mots de passe. Donc, évidemment…
SIMON LE BARON
C'est inquiétant pour le ministère de l'Intérieur de... puissance mondiale.
LAURENT NUNEZ
Le ministère de l'Intérieur, c'est 300 000 fonctionnaires. Il suffit de quelques personnes qui ne respectent pas l'hygiène numérique pour qu'on ait ce genre de conséquences. Et donc, évidemment, on va y remédier. Et on va évidemment assurer la protection de nos systèmes d'information.
SIMON LE BARON
Un autre sujet, Laurent NUNEZ : l'engorgement des commissariats. Il y a un nombre faramineux de procédures en attente, c'est-à-dire des Français qui attendent que leurs plaintes soient traitées. C'est 3 millions, c'est ça ?
LAURENT NUNEZ
Oui, c'est ça, oui.
SIMON LE BARON
Qu'est-ce que vous comptez faire pour y remédier ?
LAURENT NUNEZ
Tout confondu, c'est 3 millions de procédures judiciaires qui sont en stock, avec une mobilisation importante des effectifs qui travaillent sur la police judiciaire, et la nécessité surtout de revaloriser cette filière. Et une partie des réponses se trouve dans le projet de budget de 2026.
SIMON LE BARON
Donc, des embauches d'officiers de police judiciaire.
LAURENT NUNEZ
Des embauches. Et puis aussi, il y a aussi une question, évidemment, d'allègement de la procédure à laquelle nous travaillons avec le garde des Sceaux. Parce que c'est important aussi d'avoir une procédure qui soit beaucoup plus simple. Pour deux raisons. D'abord, on traite plus vite les affaires. Et ensuite, c'est plus attractif pour les agents. On ne devient pas policier ou gendarme pour s'enfermer à faire uniquement des procédures qui sont longues, fastidieuses.
SIMON LE BARON
En tout cas, ça, c'est un sujet que vous avez en tête.
LAURENT NUNEZ
C'est un sujet que j'ai pris à bras le corps. Et je crois que l'ensemble de mes prédécesseurs l'ont fait avant moi. Il faut que je le fasse aboutir.
SIMON LE BARON
Autre sujet, je vous pose beaucoup de questions rapides, d'actualité. Mais il y a beaucoup de sujets qu'on voulait aborder avec vous, Laurent NUNEZ. Comptez-vous toujours vous rendre prochainement en Algérie, compte tenu du nouveau durcissement des relations, de cette loi adoptée par le Parlement algérien qui qualifie la colonisation française de crime d'État, qui prévoit d'exiger des réparations pour les ressources pillées ? Dans ce contexte, un déplacement est toujours possible ?
LAURENT NUNEZ
Le déplacement aura lieu. Enfin, les discussions se poursuivent. Il est bien évident que ce nouveau texte qui a été adopté par le Parlement algérien n'a pas marqué un coup d'arrêt, mais c'est un frein. Indiscutablement, c'est un frein. Les discussions se poursuivent à un niveau technique. Et pour l'instant, ma visite en Algérie n'est pas programmée à date.
SIMON LE BARON
Que dites-vous aux parents de Christophe GLEIZES, notre confrère journaliste, arrêté en 2024, parce qu'il faisait son métier, dont la condamnation vient d'être confirmée : sept ans de prison ? Il est derrière les barreaux actuellement à Tizi Ouzou. Ses parents demandent au Président Tebboune la grâce présidentielle. Est-ce que vous appuyez cette demande ? Est-ce que vous demandez au Président algérien de le gracier ?
LAURENT NUNEZ
Sur ce sujet, évidemment, tout est mis en oeuvre par la France. Le Président de la République l'a rappelé. Evidemment, tout est mis en oeuvre pour obtenir la libération de Christophe GLEIZES. Voilà. Soyez-en assurés.
SIMON LE BARON
Est-ce que vous demandez la grâce présidentielle ?
LAURENT NUNEZ
Ecoutez. Évidemment. Enfin, si la grâce présidentielle intervenait, ce serait une très bonne chose, évidemment. Mais ce que je veux dire surtout, c'est que ce qui s'est passé récemment, c'est un frein, évidemment, aux discussions qui étaient en cours. Mais ces discussions, elles se poursuivent au niveau technique. Voilà. Il faut évidemment les poursuivre.
SIMON LE BARON
Deux questions sur deux maires. Le maire de la commune d'Augignac, d'abord, en Dordogne, Bernard BAZINET, qui a été exclu du Parti Socialiste après des propos antisémites qu'on s'abstiendra de répéter ici. Ce n'est pas nécessaire. Il est convoqué, je crois, aujourd'hui à la sous-préfecture. Vous demandez sa révocation ?
LAURENT NUNEZ
Oui. Alors, il est convoqué à la sous-préfecture, parce qu'on engage une procédure contradictoire. On lui demande ses observations sur les déclarations qu'il a eues, qui étaient inacceptables, et qui sont inacceptables. Et à l'issue de cette procédure, il y aura de toute façon une suspension.
SIMON LE BARON
Voir une révocation ?
LAURENT NUNEZ
On verra, voilà.
SIMON LE BARON
Au minimum, une suspension ?
LAURENT NUNEZ
On va écouter ce qu'il a à nous dire, d'une part. Et effectivement, vous avez raison de rappeler que ça va de la suspension à la révocation. Donc, voilà. Je déciderai au vu de ce qu'il va dire, dans le cadre de cette procédure contradictoire.
SIMON LE BARON
Et sur le maire de Mont-de-Marsan, Charles DAYOT, élu horizon, qui conduisait depuis quatre ans sans permis, est-ce que vos services, manifestement, c'est ce qu'il dit, lui ont bien notifié sa suspension ? On lui dit que non.
LAURENT NUNEZ
Alors, il y a une procédure judiciaire qui est en cours dans cette affaire. Donc, je resterai prudent, parce qu'évidemment, le parquet des Landes va essayer de savoir si, le procureur de Mont-de-Marsan va essayer de savoir s'il a conduit en connaissance de cause ou pas. Vous savez, en droit français, quand vous perdez votre permis, vous recevez une notification, vous êtes censé aller retirer votre pli quand la notification est adressée à la bonne adresse. Et quand vous ne le faites pas, vous êtes censé être informé. Voilà. Moi, c'est tout ce que j'ai à dire. Il y a une procédure judiciaire en cours. On verra bien ce qui se passe à l'issue de cette procédure. Le parquet s'en est saisi.
SIMON LE BARON
Laurent NUNEZ, ministre de l'Intérieur, merci d'avoir été avec nous ce matin.
LAURENT NUNEZ
Merci à vous.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 janvier 2026