Déclaration de M. Benjamin Haddad, ministre délégué chargé de l'Europe, sur le soutien européen à l'Ukraine, l'élargissement de l'Union européenne, la question de la sécurité économique et le cadre financier pluriannuel, à Bruxelles le 16 décembre 2025.

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Circonstance : Conseil Affaires Générales du 16 décembre 2025

Texte intégral

Benjamin HADDAD : Bonjour à toutes et à tous. Ce Conseil Affaires générales sera l'occasion d'évoquer, bien sûr, les conclusions du prochain Conseil européen. Nous devons commencer par la réaffirmation de notre soutien à l'Ukraine, au moment où des négociations décisives ont lieu pour trouver la voie d'un cessez-le-feu. Ce sera l'occasion de réaffirmer notre soutien aux Ukrainiens face à l'agression russe et, je l'espère, de trouver un accord pour finaliser le soutien financier dont l'Ukraine a besoin afin d'avoir de la visibilité pour les prochaines années, aussi bien pour ses besoins militaires qu'économiques.

Nous aurons donc une discussion sur l'utilisation des avoirs russes gelés pour financer le prêt de réparation à l'Ukraine, une initiative que la France soutient. Nous espérons pouvoir trouver un accord sur ce sujet, qui est évidemment absolument crucial.

Nous évoquerons également, au Conseil Affaires générales, la question de l'élargissement, qui est une nécessité géopolitique pour la stabilité et pour la prospérité de notre continent européen, et qui doit toujours être fondée sur des réformes basées sur le mérite. Nous voyons que deux pays avancent rapidement sur la voie des réformes, notamment le Monténégro et l'Albanie. Nous avons eu ce matin la conférence intergouvernementale avec le Monténégro, qui a permis de fermer cinq chapitres et de lancer le groupe ad hoc pour la rédaction du traité d'adhésion. C'est une bonne nouvelle.

La France continuera de soutenir cette dynamique d'élargissement et de veiller à ce que le processus de réformes soit pleinement mis en œuvre. Nous continuerons à travailler avec la Commission européenne et avec nos experts dans les pays candidats, y compris l'année prochaine, pour continuer à évaluer ce travail de réforme.

Je voudrais toutefois souligner que deux pays restent aujourd'hui bloqués dans cette voie : l'Ukraine et la Moldavie. Nous avons poursuivi le travail technique de réforme avec les experts ukrainiens et moldaves, mais il est inacceptable qu'ils soient bloqués en raison d'un différend bilatéral essentiellement instrumentalisé à des fins politiques par la Hongrie. C'est pourquoi nous continuons à soutenir l'ouverture du premier cluster de négociations pour l'Ukraine et la Moldavie, et nous poursuivrons notre dialogue avec les autorités ukrainiennes et moldaves en voie de leur perspective européenne.

Nous évoquerons également, dans ce Conseil Affaires générales en vue du Conseil européen, la question de la sécurité économique, qui tient particulièrement à cœur à la France. Dans ce monde de conflictualité, nous devons réduire nos dépendances et investir dans notre autonomie stratégique, sur le plan technologique, sur le plan militaire et sur le plan énergétique, et, à cet égard, avoir des relations commerciales moins naïves.

Nous devons nous donner les moyens de nous protéger face à la concurrence déloyale et face aux surcapacités chinoises subventionnées. C'est pour cela que nous avons soutenu les mesures de protection et les clauses de sauvegarde sur les ferroalliages et sur l'acier. C'est aussi pour cela que nous saluons l'initiative lancée par le commissaire européen Stéphane SÉJOURNÉ, RESourceEU, qui vise à renforcer notre autonomie stratégique dans le domaine des terres rares, une ressource désormais utilisée comme une arme géopolitique.

Il s'agit de favoriser les achats en commun, de constituer des stocks stratégiques et de renforcer les capacités de raffinage et de transformation des terres rares sur le continent européen. Cela s'inscrit dans la logique du dialogue avec nos partenaires de " derisking ", que l'Union européenne doit poursuivre afin de réduire ses dépendances.

C'est la même ligne que nous défendons toujours : la préférence européenne, la réduction des dépendances dans les domaines militaire, technologique et énergétique, vis-à-vis des États-Unis, de la Chine et d'autres. Cela fera bien sûr partie des discussions entre les chefs d'État et de gouvernement au Conseil européen.

Enfin, un mot sur le cadre financier pluriannuel. Nous poursuivrons aujourd'hui les discussions qui doivent mener à la négociation de la " negobox ", comme vous le savez, lors du Conseil européen de jeudi. La position de la France est claire : nous avons besoin d'un budget ambitieux et moderne pour répondre aux besoins d'investissement de l'Union européenne, que ce soit en matière d'innovation, de compétitivité ou de défense, avec des lignes rouges très claires.

D'abord, la préservation de notre souveraineté alimentaire. L'agriculture est historiquement la première politique intégrée et la première politique communautaire de l'Union européenne. Nous veillerons donc à ce que les montants consacrés aux revenus et au soutien à l'investissement des agriculteurs soient préservés dans la politique agricole commune, dans le CFP, et à ce que le caractère communautaire de la politique agricole commune soit maintenu. Là c'est de la souveraineté alimentaire de l'Union européenne dont il est question.

Nous continuerons également à porter la question des ressources propres, puisque nous avons un budget ambitieux. Ce budget ambitieux ne peut pas reposer uniquement sur les contributions des États membres, mais aussi sur des ressources propres. Aujourd'hui, nous sommes au jour où nous aurions dû adopter et mettre en oeuvre les premières ressources propres de l'Union européenne si l'on se ramène à la décision de 2020, lors de la mise en place du plan NextGenerationEU. Force est de constater que nous n'y sommes pas. Nous devons donc accélérer sur la voie des ressources propres pour générer des revenus pour l'Union européenne.

Enfin, la question de la préférence européenne : soutien à l'industrie, à la défense, à l'innovation, continuera de structurer notre position dans le débat sur le cadre financier pluriannuel. Je rappelle d'ailleurs la position historique de la France puisqu'il en est question aujourd'hui : nous sommes toujours opposés aux rabais. La réponse pour pouvoir faire face à la question des contributions nationales, ce sont les ressources propres. Il n'est ni légitime ni envisageable aujourd'hui de pouvoir aborder la question des rabais. Chaque État membre doit être traité à la même enseigne devant le cadre financier pluriannuel.


Question : On another geopolitical and economic topic, the Mercosur deal, you mentioned rare earths, resources like this have been over there. Still you are opposed to the deal because of the farmers' concerns. If the Parliament passes the safeguards today, what else do you need in order to make the deal happen ?

Benjamin HADDAD : You know, I was just talking about stopping being naive on trade and defending our interests, and being able to protect ourselves. And this is exactly what we have always defended on the Mercosur agreement. We are not against free trade agreements in general, of course, but we need to be able to make sure that we can protect our internal markets, that we can protect our companies, our farmers against unfair competition. And this is what we have always said about the Mercosur.

The President has been very clear. We have set up three conditions. The first one you mentioned is the safeguard clause. It is basically a break when you have too many imports that start destabilizing the market, so it needs to be adopted by the European Parliament. The second one is mirror clauses. It is a very simple principle that says that you cannot let products that are fabricated with pesticides, with additives, that are forbidden in Europe, and you import them into the European market. That puts our farmers into an unfair advantage. And the third one is controls. It is being able to control both in the exporting markets and as well in our ports and markets in Europe, the products. This is what our trade partners do. This is what Americans do. This is what the Chinese do.

And so we need to be open, but we also need to protect ourselves and protect our interests and basically ensure a level playing field. So these are the three conditions that we have laid out already months ago for the European Commission. Today we don't see them, so this is why we have asked for a delay before being able to examine the conditions to be fulfilled before we can examine the macro-economy.

Question : Une question sur l'élargissement. La Hongrie a bloqué toutes les conclusions du Conseil européen depuis le début de l'année et bloque désormais, pour la première fois, celles sur l'élargissement. Qu'est-ce que cela signifie pour la place de la Hongrie au sein de l'Union européenne ?

Benjamin HADDAD : Je l'ai dit : il n'est pas acceptable que les conclusions du Conseil, en particulier sur l'élargissement, soient bloquées pour des raisons politiques liées à un différend bilatéral. L'élargissement doit être fondé sur le mérite et sur les réformes.

L'Ukraine et la Moldavie ont avancé sur des réformes essentielles : indépendance de la justice, lutte contre la corruption, état de droit, protection des minorités. C'est un processus long et exigeant, mais lorsque ces réformes sont mises en œuvre, les pays doivent pouvoir avancer.

C'est pourquoi nous soutenons l'ouverture du premier cluster de négociations avec l'Ukraine et la Moldavie. C'est aussi pour cela que nous avons décidé, avec les autres États membres, d'accélérer le travail technique, le « front-loading », afin de continuer à accompagner les Ukrainiens et les Moldaves dans le travail de réformes. Nous serons prêts à ouvrir ces chapitres dès que ce blocage sera surmonté, et j'espère que cela arrivera rapidement.

Question : Voyez-vous un chemin pour progresser sur l'Ukraine sans la Hongrie ?

Benjamin HADDAD : Aujourd'hui, ces négociations se font à l'unanimité. Ce sont les règles. Mais nous continuerons à être aux côtés des Ukrainiens et des Moldaves, non seulement dans les réformes et dans leur perspective européenne, mais aussi plus largement. Je pense notamment au soutien à l'Ukraine face à la guerre d'agression menée par la Russie, aux sanctions contre la Russie, au soutien militaire et économique à l'Ukraine, ainsi qu'à la lutte contre les ingérences étrangères, par exemple en Moldavie. Ils peuvent compter sur le soutien et l'amitié de la France et des Européens sur la voie de l'Union européenne.

Question : [inaudible]

Benjamin HADDAD : You know, we've had the same line ever since President MACRON's speech at the Sorbonne in 2017. Europe must act and think like a power, reduce its dependencies on the military front, on the technological front, on the energetic front, and assume its own sovereignty. And basically, what we've been saying is a trend from the United States pivoting to Asia, calling on the European Union and allies, Europeans, to spend more on defence, telling them to take more ownership on security. We agree with this. We have to take ownership of our own faith, of our own security. I think what you see coming from the U.S. is a very clear signal that it's now time for Europeans to invest into their own power. This is what we're defending when we say that we need to build up a “Coalition of the willing” to ensure security guarantees for Ukrainians because it's our security that's at stake. This is what we say when we say we need to increase defence spending. Over the two terms of the MACRON's presidency, we have doubled the defence spending of France and we also do it through industrial cooperation in Europe. This is what we're doing when we are protecting ourselves against unfair competition coming from China, for example. This is really the time for Europeans to act and stand on their own two feet as a power. I think it's a very clear warning.


Source https://ue.delegfrance.org, le 12 janvier 20206