Déclaration de Mme Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, sur l'antisémitisme et le terrorisme islamiste lors de sa rencontre avec les familles des victimes et d'anciens otages de l'Hyper Cacher, Paris le 12 janvier 2026.

Prononcé le

Intervenant(s) : 
  • Aurore Bergé - Ministre déléguée chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations

Texte intégral

Mesdames les Députées, 
Mesdames et Messieurs les représentants des associations, fondations et collectifs, 
Mesdames et Messieurs,

Il y a une promesse que la République française fait à chacun de ses enfants.

Celle de pouvoir vivre librement, sans avoir à se cacher, à se justifier.

Cette promesse a été brisée.

Brisée par la haine.

Brisée par l'antisémitisme.

Brisée par le terrorisme islamiste.

Si j'ai tenu à vous accueillir aujourd'hui ici, au ministère de l'Égalité, c'est parce qu'une promesse brisée engage toute la République.

Et qu'une promesse brisée oblige notre Nation non seulement à réparer, mais surtout à se protéger des risques de réitération.

Agir, plutôt que réagir.


Je veux d'abord m'adresser à vous, avec gravité et avec respect.

À vous, familles des victimes de l'Hyper Cacher.

Otages et familles.

Blessés de la Ghriba.

Proches, de toutes les victimes du terrorisme.

Je veux vous dire, simplement et sincèrement, le respect de la Nation.

Je veux aussi saluer le CRIF, son président Yonathan ARFI et ses équipes, ainsi que l'ensemble des représentants d'associations, de fondations et de collectifs.

Vous êtes des vigies de la République.

Vous voyez ce que d'autres refusent de voir.

Vous dites ce que d'autres hésitent à nommer.

Et vous tenez la ligne, quand le vent souffle fort.


Il y a onze ans, à l'Hyper Cacher, la France a été frappée en plein cœur.

Dans un lieu de vie quotidienne, là où l'on se rend, joyeux, pour préparer son shabbat, des hommes ont été assassinés.

Pas pour ce qu'ils avaient fait.

Pas pour ce qu'ils avaient dit.

Mais pour ce qu'ils étaient.

Juifs.

Ils avaient des prénoms, des visages.

Ils avaient des familles qui les attendaient.

Ils ne sont pas devenus des symboles.

Ils sont devenus des absences.

Et depuis, il y eût le 7 octobre 2023.

51 Français ont été assassinés parmi plus de 1 200 victimes des attentats terroristes perpétrés par le Hamas en Israël.

Ce fut le plus grand massacre antisémite de notre siècle.

Et au lendemain du 7 octobre, il y eut le 8 octobre.

Et tous les jours d'après.


Car le propre de l'antisémitisme, ce n'est pas seulement de survivre aux siècles.

C'est d'épouser les codes de son époque.

Il se transforme, change de vocabulaire et de visage.

Mais il ne change ni de nature, ni de cible.

Aujourd'hui, il s'est trouvé un nouvel eldorado.

Un territoire idéologique où prospérer.

Un étendard brandi par l'extrême gauche qui porte une responsabilité historique accablante dans cette explosion de l'antisémitisme.

Ce cheval de Troie, c'est celui de l'antisionisme.

Un antisionisme qui n'est pas un débat politique.

Qui n'est pas la critique libre de la politique d'un gouvernement.

L'antisionisme, c'est une idéologie de négation et d'essentialisation.

La négation du droit même d'Israël à exister.

L'essentialisation de nos compatriotes juifs, les rendant responsables et coupables d'un conflit à près de 4 000 kilomètres d'ici, les nazifiant et leur mettant des cibles dans le dos.

Depuis le 7 octobre 2023, l'antisionisme s'est propagé à coups de slogans.

Des slogans scandés dans les rues, tagués sur les murs, diffusés à l'envi sur les réseaux et les boucles Whatsapp.

"Du fleuve à la mer."

"Mondialiser l'intifada."

"Le terrorisme est une forme de résistance légitime"

Ces mots ne sont pas des opinions.

Ce ne sont pas des analyses géopolitiques ni des débats intellectuels.

Ce sont des mots d'ordre de mort.

Car il n'y a pas de frontière étanche entre les discours et les balles.

Il n'y a pas de barrière entre ce qui s'écrit et ce qui se commet mais un continuum idéologique clair.

Car il y a l'antisémitisme qui frappe.

Celui qui insulte, attaque, agresse, incendie des synagogues, viole une enfant de douze ans.

L'antisémitisme qui assassine.

Et puis il y a celui qui prépare.

Celui qui installe un climat qui rend ces actes possibles, puis devenus explicables si ce n'est excusables.

C'est ce que j'appelle l'antisémitisme d'atmosphère.

Celui qui s'infiltre dans les conversations.

Qui s'insinue dans les silences.

Qui explique qu'il faudrait être discret.

Se faire tout petit.

Ou ne pas trop se montrer.

Celui qui, lentement, méthodiquement, voudrait nous habituer.

Et nous, nous refusons de nous habituer.

Car l'antisémitisme enferme nos concitoyens juifs dans des sentiments de peur, de solitude et d'abandon.

Il pousse certains d'entre eux à se demander s'ils ont encore leur place ici, chez eux, en France.

Il amène des familles à réfléchir à quitter leur propre pays parce qu'elles n'y verraient plus d'avenir pour elles-mêmes, ni pour leurs enfants.

C'est insupportable.

C'est un déchirement pour la République tout entière.


Et je veux être parfaitement claire : il n'y a pas de "oui, mais".

Pas de "mise en contexte".

Pas de relativisme.

Pas de double standard.

La République ne négocie pas avec la haine.

Elle la combat, elle la nomme, elle la juge, elle la punit.

C'est dans cet esprit que j'ai relancé les Assises de lutte contre l'antisémitisme le 13 février dernier, date anniversaire du martyre d'Ilan HALIMI.

Et ce combat, je ne l'ai pas découvert hier.

Je le mène depuis des années.

Comme députée – je tiens d'ailleurs à saluer la présence de Constance LE GRIP et Caroline YADAN avec qui j'ai mené tant de combats à l'Assemblée nationale.

Je le mène aujourd'hui comme ministre.

Et demain, avec la même énergie, la même intransigeance.

La proposition de loi portée par Caroline YADAN, que j'ai cosignée lorsqu'elle a été déposée, et qui sera bientôt examinée à l'Assemblée nationale, est un maillon essentiel de notre combat.

Parce qu'il ne suffit pas de réagir après : il faut agir avant.

Parce qu'on ne gouverne pas seulement après les drames, on gouverne pour les empêcher.

L'attentat antisémite de Sydney du 14 décembre dernier nous l'a appris de la pire des manières.


Mesdames et Messieurs,

Au-delà de la ministre, au-delà du combat politique, permettez-moi de vous parler simplement, comme une femme, comme une mère, comme une citoyenne.

Il y a des absences qui ne se comblent pas.

Il y a des dates qui ne se réparent pas.

Il y a des vies qui laissent un vide que plus rien ne peut remplir.

Rien n'efface le chagrin.

Rien ne répare l'irréparable.

Mais votre dignité, votre courage, votre refus de la haine nous obligent tous.

Ils obligent la Nation entière.

Vous portez une douleur que personne ne peut vraiment partager.

Mais vous portez aussi, sans l'avoir choisi, une part de notre conscience collective, une part de ce qui nous rappelle qui nous sommes et ce que nous devons rester.


Dans quelques instants, nous rendrons hommage aux victimes.

Ce sera juste, ce sera nécessaire.

Et avant ce moment public, je voulais vous dire une chose, simplement, profondément, droit dans les yeux :

Vous n'êtes pas seuls.

Et vous ne le serez jamais.

La République vous doit plus que des mots.

Elle vous doit une présence.

Elle vous doit une protection.

Et elle vous doit une fidélité.

Une fidélité sans faille.

Une fidélité sans condition.

Une fidélité qui ne s'éteindra pas.


Source https://www.crif.org, le 14 janvier 2026