Interview de M. Philippe Tabarot, ministre des transports, à LCP le 13 janvier 2026, sur le budget pour 2026, les motions de censure, le 49.3, le projet de loi cadre concernant les transports, le train, le chantier de l'A69 et les élections municipales.

Prononcé le

Intervenant(s) : 

Média : LCP Assemblée nationale

Texte intégral

ORIANE MANCINI
Bonjour Philippe TABAROT,

PHILIPPE TABAROT
Bonjour,

ORIANE MANCINI
Merci beaucoup. Merci d'avoir accepté notre invitation, ministre des Transports. On est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale représentée par Julien LECUYER de La Voix du Nord. Bonjour Julien,

JULIEN LECUYER, RESPONSABLE BUREAU PARIS DE LA VOIX DU NORD
Bonjour Oriane, meilleur voeu. Bonjour monsieur le ministre,

ORIANE MANCINI
Meilleur voeu en cette nouvelle année, Julien. On va évidemment longuement parler de la question des transports et notamment dans le cadre des municipales. Philippe TABAROT, vos dossiers sont nombreux. Mais d'abord un mot de politique puisqu'aujourd'hui, revient au Parlement la question du budget et des menaces de censure qui plaignent sur votre Gouvernement, sur le budget, sur le Mercosur. Menaces également autant agitée par votre parti, les Républicains. Est-ce que vous les comprenez ?

PHILIPPE TABAROT
Écoutez, j'ai quelquefois des difficultés à les comprendre. Je comprends l'idée de se dire qu'on souhaite pour notre pays le meilleur budget possible. Mais ça, c'est dans un monde idéal. C'est dans un monde où on est au pouvoir, où il y a une majorité, une très large majorité à l'Assemblée et au Sénat, des années qu'on a connues il y a bien longtemps maintenant. Aujourd'hui, on est dans une situation particulière pour notre pays. On est à la mi-janvier. On n'a toujours pas de budget. Et c'est mauvais pour le pays. La loi spéciale a été une rustine, comme ça a été dit. Ça peut régler quelques petits problèmes dans le courant du mois de janvier ou tout début février. Mais c'est quelque chose qui ne peut pas durer. La France a besoin absolument d'un budget. Je le vois dans mon secteur des transports. J'ai besoin de commander du matériel pour les trains de nuit, c'est indispensable. J'ai besoin de contrôleurs aériens pour que l'on retrouve une vraie qualité dans notre contrôle aérien et qu'on ne soit pas en sous-tension dans les tours. Et ça a des répercussions, bien sûr, nationales et internationales. Je pourrais multiplier les sujets qui montrent les difficultés de fonctionner sans budget dans mon propre secteur. Et je ne parle même pas des secteurs des collègues. Vous avez entendu mon collègue ministre du Logement sur ma prime Rénov'. Je ne parle même pas de Catherine VAUTRIN avec les commandes particulièrement importantes pour notre souveraineté nationale indispensables en matière des armées.

ORIANE MANCINI
Donc, vous appelez les LR au compromis.

PHILIPPE TABAROT
Donc, bien sûr que j'appelle mes amis LR au compromis. C'est indispensable dans l'intérêt du pays. Viendra le temps d'avoir un débat politique pour la présidentielle, de faire-part également de ce qui sont nos priorités et puis de les défendre auprès d'un candidat pour un programme. Mais en tout cas, je pense que sincèrement, dans ce contexte actuel, il faut de la stabilité. Il faut un budget aussi imparfait soit-il. Mais c'est indispensable.

JULIEN LECUYER
Vous avez parlé de stabilité. Il y a 2 motions de censure qui ont été déposées et qui seront examinées cette semaine. Le Premier ministre a laissé entrevoir la possibilité d'une dissolution si une motion de censure a été votée. Est-ce que ce n'est pas une forme de chantage justement à la stabilité ?

PHILIPPE TABAROT
Non. Je crois que le Premier ministre a été toujours très constant dans ce qu'il a annoncé. Je pense que les Français ont bien compris qu'il n'y avait pas 50 plans supplémentaires si jamais le Gouvernement était renversé. C'est-à-dire qu'on a eu le Gouvernement de Michel BARNIER. Il y a eu le Gouvernement de François BAYROU. Il y a eu LECORNU 1. Il y a eu LECORNU 2. Tout ça en un petit peu plus de 14 mois. Donc, tout le monde a conscience que si jamais le Gouvernement est renversé par une des motions de censure…

JULIEN LECUYER
Mais elle a quasiment aucune chance de passer, cette motion de censure.

PHILIPPE TABAROT
Vous savez, dans motions de censure, il y a censure. Quand elles sont déposées, ceux qui les déposent pensent toujours que ça peut se passer. Alors probablement que…

ORIANE MANCINI
Vous pensez que oui ? Vous pensez que vous serez prévenu ?

PHILIPPE TABAROT
Moi, je suis toujours très vigilant par rapport à ça. On ne sait jamais. Quand je vois que quelquefois, le Rassemblement national a voté les motions de censure de LFI avec un texte improbable et notamment principalement contre eux et qu'ils le votaient pour autant, quand il y a une convergence des luttes et quand on trouve un ennemi commun qui, en l'occurrence, pourrait être le Gouvernement, il faut toujours être très vigilant. Il faut expliquer les choses, dire les conséquences que pourraient avoir ces motions de censure. En tout cas, il ne faut jamais prendre ça à la légère.

JULIEN LECUYER
Oui, mais il y a une forme quand même de difficulté autour de l'idée de Sébastien LECORNU d'organiser des législatives, si c'était le cas, en même temps que les municipales. J'en veux pour preuve l'ancien Premier ministre, Michel BARNIER, qui a parlé de prise d'otages des municipales, si ça s'avérait.

PHILIPPE TABAROT
Non, bien sûr que personne n'a envie que les municipales ou que les législatives se tiennent le même jour que les municipales. Ce serait dommage pour le scrutin municipal. On va probablement en parler. On a enfin peut-être depuis quelques jours, j'ai l'impression, un retour vers les thèmes locaux. Et c'est sain pour notre démocratie. C'est un rendez-vous tous les 6 ans qui peut permettre, dans tous les territoires, de choisir 36 000 édiles dans notre pays. Donc oui, on doit parler des sujets locaux, on doit parler de fiscalité locale, on doit parler de sécurité locale, on doit parler de transport public. C'est ça, les vrais débats. Et c'est vrai qu'une campagne législative ou une élection législative pourrait parasiter ce débat. Donc je ne souhaite pas…

ORIANE MANCINI
Mais est-ce que là, le Premier ministre, il ne contribue pas lui, à nationaliser le scrutin avec ces menaces ?

PHILIPPE TABAROT
Mais si le Gouvernement est renversé, il faut bien qu'il y ait un nouveau Gouvernement. Et si on n'est pas en capacité de constituer un nouveau Gouvernement, il faudra à un moment ou à un autre, une dissolution. Je sais que le Président ne le souhaite pas, parce que si on s'est engagé les uns et les autres en venant d'horizons différents, c'est pour justement éviter ce scénario catastrophe, parce que le pays n'a pas besoin de ça au niveau national, au niveau international. Mais tout simplement, ce qu'a dit le Premier ministre, c'est qu'on ne peut rien exclure par rapport à l'incertitude de la situation, même si nous espérons que la raison va prendre le pas, que les débats ont repris en commission, qu'ils vont redémarrer pour le budget à l'Assemblée dès aujourd'hui, et que chacun fera preuve de responsabilité.

JULIEN LECUYER
Dernière question sur ce sujet budgétaire. Mais tout le monde appelle... Enfin peut-être pas LFI ni le RN, mais François HOLLANDE, même Éric LOMBARD, l'ancien ministre de l'Économie, appellent à une voie de passage via le 49.3. Qu'attend le Premier ministre pour le déclencher ?

PHILIPPE TABAROT
Écoutez, je pense qu'il a envie d'être cohérent avec ce qu'il a dit. La parole publique, ça a du sens pour lui, quand il s'était engagé à ne pas porter le 49.3. Jusqu'à présent, je pense qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime pas, tout le monde peut reconnaître qu'il tient ses engagements sur ce qu'il a annoncé, sur un certain nombre d'économies…

ORIANE MANCINI
Mais là, il va le dire jusqu'au bout ? Il n'aura pas de 49.3 ?

PHILIPPE TABAROT
Je ne sais pas. Si la priorité absolue n'est pas d'avoir probablement un budget pour notre pays, en tout cas…

ORIANE MANCINI
Mais comment, là, ce 49.3 ?

PHILIPPE TABAROT
Écoutez, j'espère que la voie de la raison, du consensus, du compromis entre certaines formations politiques va pouvoir permettre de faire voter ce budget, je l'espère en tout cas, et que la solution du 49.3…

ORIANE MANCINI
Vous pensez vraiment que les LR et le PS vont voter pour le budget ?

PHILIPPE TABAROT
Ou que la solution des ordonnances ne seront que des solutions en cas d'extrême impossibilité de voter ce budget. Mais il faut pousser jusqu'au bout pour essayer de l'obtenir, pardon l'expression, mais par les voies naturelles. Et là aussi, ceux qui demandent le 49.3 sont les premiers qui ont demandé pendant des années d'arrêter ou de ralentir le rythme des 49.3. Donc, quand je les entends et je les vois, ça me fait un peu sourire. Même moi, au Sénat, je voyais d'un mauvais oeil le 49.3, même si c'étaient plus les députés qui étaient concernés. En tout cas, ce n'est pas un instrument que les parlementaires ont appelé pendant toutes ces années de leur voeu. Et de voir que certains, maintenant, le voient comme la seule solution me fait sourire et montre que les choses évoluent.

ORIANE MANCINI
Et on va parler, Julien, des conséquences de cette absence de budget pour le ministère des Transports.

JULIEN LECUYER
Oui, parce que pendant que les débats s'enlisent autour du budget, d'autres projets, eh bien pour l'instant, se font attendre, et notamment votre projet de loi cadre qui doit arriver dans les prochaines semaines sur la table du Conseil des ministres. Est-ce que vous pouvez nous en parler, nous dire quand est-ce qu'elle arrivera très concrètement ? Et puis qu'est-ce qu'elle a dedans ?

PHILIPPE TABAROT
Écoutez, je suis dépendant des débats budgétaires dans les chambres, comme vous l'imaginez. Il est très probable que ce projet de loi cadre, pour lequel je me suis beaucoup battu, va être historique pour le secteur des transports. Et j'utilise ce terme à dessin parce que c'est l'avenir des infrastructures de transport qui se jouent pour les 20, les 30 prochaines années. Ce sont des débats qu'on a souvent eus ici sur ce plateau, de se dire qu'on a des infrastructures, qu'elles soient ferroviaires, qu'elles soient routières, qu'elles soient fluviales, à moderniser, à régénérer. Et si on ne le fait pas, on a une dette grise qui s'accumule et qui pèse sur tous les Français.

ORIANE MANCINI
En quoi c'est historique, du coup ?

PHILIPPE TABAROT
C'est d'avoir pu enfin trouver le financement en face pour justement rattraper ce retard dans ces infrastructures et d'aller vers une loi de programmation, comme c'est le cas dans les grands budgets du pays. Je pense aux armées, je pense aux régaliens, à la recherche, de pouvoir également l'avoir au niveau des transports et de prévoir nos infrastructures et leur financement.

JULIEN LECUYER
Mais alors quand, Monsieur le ministre, très concrètement, quand est-ce qu'elle sera sur la table des conseils des ministres ?

PHILIPPE TABAROT
Très concrètement, la loi est partie aux différents organes de consultation, comme le Conseil d'État, comme le Conseil économique, social et environnemental. Notre objectif, sous réserve de l'actualité, c'est de pouvoir en discuter en Conseil des ministres dans le courant du mois de février. Et dès que les discussions budgétaires, je l'espère, seront terminées, de pouvoir le présenter comme un des textes prioritaires de ce début d'année. Non, de ce début d'année, je souhaite que ce soit le cas, avec un certain nombre de textes qui ont déjà été annoncés sur le régalien. Mais je souhaite vraiment que ce soit…

ORIANE MANCINI
Donc ce sera quoi ? Fin février, mars ?

PHILIPPE TABAROT
Écoutez, en tout cas, que ce soit dans ce premier semestre, ça me paraît indispensable pour le secteur des transports, parce qu'on a besoin de visibilité aussi. On a besoin de flécher les futures recettes de l'argent des autoroutes, et en l'occurrence 2,5 milliards, pour financer les autres modes de transport. C'est un projet de loi qui va être particulièrement juste. Les recettes du transport reviennent au transport et se répartissent de manière, je dirais, solidaire entre les différents modes de transport. Je pense que c'est ça, sur le principe, en dehors de plein d'autres choses sur le sujet, comme le plan sur les cars scolaires également et leur sécurité, sur d'autres aspects. Mais en tout cas, c'est surtout préparer l'avenir du transport, pas à court terme mais à moyen et à long terme.

ORIANE MANCINI
Mais juste, qu'est-ce que ça va changer pour les usagers qui nous regardent, et notamment les usagers du ferroviaire ?

PHILIPPE TABAROT
Écoutez, les usagers du ferroviaire, ça va être pour eux d'avoir des lignes qui vont être régénérées, qui vont être plus modernes, qui vont tomber moins souvent en panne, moins de risques de voir fermer les unes après les autres nos lignes ferroviaires.

ORIANE MANCINI
Mais ça, c'est à quelle échéance ? À quelle échéance ils peuvent espérer voir une amélioration sur le réseau ?

PHILIPPE TABAROT
Écoutez, on a un niveau d'investissement sur le réseau ferroviaire aujourd'hui qui est environ d'un petit peu plus de 3 milliards. Le souhait à l'époque de Jean-Pierre FARANDOU qui a été réaffirmé par Jean CASTEX, c'est de monter à un niveau qui soit un niveau sur le ferroviaire de 4,5 milliards. Nous avons passé commande à SNCF Réseau pour se préparer, dès 2027-2028, d'investir à hauteur de 4,5 milliards plutôt que 3 milliards aujourd'hui. Donc, ça veut dire la régénération de toutes nos lignes ferroviaires qui ont, pour la plupart, une moyenne d'âge de 30 ans, 35 ans jusqu'à 40 ans pour certaines. Et on le voit notamment par rapport aux évolutions environnementales. On l'a vu avec la neige la semaine dernière. On a un réseau ferroviaire qui est fragile par rapport notamment aux évolutions climatiques, écologiques.

JULIEN LECUYER
On parlait de la SNCF, Monsieur le ministre. Une question qui va peut-être vous surprendre. Est-ce que la ligne droite, pour vous, est le meilleur moyen pour aller d'un point A à un point B ?

PHILIPPE TABAROT
Oh là là ! Quelle question ! Peut-être.

JULIEN LECUYER
A priori, oui ? Bon, si je vous demande ça, c'est que les habitants du Massif central sont bien en peine de comprendre pourquoi la ligne Bordeaux-Lyon annoncée par la SNCF ne passe pas par chez eux. Est-ce que vous comprenez un peu leur frustration ?

PHILIPPE TABAROT
Bien sûr, je comprends leur frustration. Surtout que ça vient après d'autres frustrations et notamment la détérioration de la ligne Paris-Clermont. Il faut se dire clairement les choses. Par contre, ce que je dis aux habitants du Massif central, c'est qu'aujourd'hui, le plus gros chantier de SNCF réseau financièrement, il est sur cette ligne. Il est sur Paris-Clermont, il est sur Paris-Limoge. Donc, que le nouveau matériel arrivera enfin. Donc tout ça pour dire que la qualité du service va s'améliorer sur sa ligne. Après, concernant la ligne dont vous parlez, cette transversale, je vous rappelle qu'elle est fermée depuis 10 ans et qu'elle a été fermée parce qu'elle était peu fréquentée et justement parce qu'il n'y avait pas les investissements nécessaires pour qu'elle soit performante avec des temps de parcours qui étaient interminables et qui ont fait qu'elle était peu fréquentée aussi. Pourquoi certaines lignes ne trouvent pas un public ? C'est parce qu'il y a des ralentissements. C'est parce que ça fait boule de neige. Donc, bien sûr que je comprends que ça a pu choquer certaines personnes. Mais concrètement, il était impossible de repasser par cette ligne qui n'a jamais été faite pour la grande vitesse et qu'il y a ce détour qui est opéré d'une offre supplémentaire qui est offerte en Ouigo et qui pourra avoir un service supplémentaire. Moi, je suis pour un choc d'offres. Par contre, je n'oublie pas les habitants du Massif central. Et je peux vous dire qu'on met tous les moyens nécessaires pour qu'enfin, on puisse améliorer la robustesse de cette ligne Paris-Clermont dont les difficultés n'ont que trop duré.

JULIEN LECUYER
Bon, donc ils auront une compensation. J'avais une autre question sur la SNCF. Vous avez peut-être lu comme moi cette étude récente sur les tarifs de Ouigo, qui aurait bondi de 73% en 6 ans. Est-ce que c'est de nature, comme disait la publicité, à nous faire préférer le train ?

PHILIPPE TABAROT
Ouigo a permis à 80 millions de personnes qui ne prenaient pas le train de prendre le train ou, en tout cas, de 80 millions de trajets supplémentaires. Un Français sur deux qui ne prenait pas le train l'a pris à travers Ouigo, parce qu'il y avait au début, bien sûr, des tarifs attractifs. Pourquoi ? Parce que Ouigo pouvait... Parce qu'il pouvait se permettre, Ouigo partait de gare secondaire, et c'était pour des trajets beaucoup plus réduits en distance. Les choses ont évolué aujourd'hui. Il y a eu une évolution tarifaire comme, d'ailleurs, les TGV Inoui.

JULIEN LECUYER
Et qui fait que les tarifs rejoignent quasiment ceux des trains Inoui classiques.

PHILIPPE TABAROT
Alors, pas systématiquement, pas quand on les prend en amont.

JULIEN LECUYER
Pas systématiquement, mais quand même.

PHILIPPE TABAROT
Il y a eu une augmentation qui a été inférieure à l'augmentation sur les 5 dernières années de l'inflation, mais qui, je le comprends, a fait évoluer les choses. Mais l'idée de Ouigo, c'était surtout d'être attractif au départ. Et ensuite, quand ils ont commencé à aller sur des gares, je dirais, principales, pourquoi je parle de la différence de coût ? C'est un peu technique, mais le péage ferroviaire n'est pas le même quand vous partez de la gare de Lyon ou que vous partez de Marne-la-Vallée ou que vous faites un trajet beaucoup plus court que beaucoup plus long. La question des prix des billets se pose. Par contre, je rappelle en France qu'en gros, le client paye 25% du billet et que tout le reste est pris en charge. Alors, que dans d'autres pays européens, on demande une contribution qui peut aller jusqu'à 50-60% du billet, notamment en Suisse, pour l'usager.

ORIANE MANCINI
Mais est-ce qu'aujourd'hui, le train, il est trop cher, notamment par rapport à l'avion ?

PHILIPPE TABAROT
Il peut l'être.

ORIANE MANCINI
Par exemple, sur un trajet que vous faites souvent, le Paris-Nice, aujourd'hui, le train, il est plus long, plus cher que l'avion.

PHILIPPE TABAROT
Pas forcément.

ORIANE MANCINI
Est-ce que vous trouvez ça normal ?

PHILIPPE TABAROT
Ce n'est peut-être pas le bon exemple. Mais oui, je me suis battu. On en a souvent parlé, là, pour se dire que, ne serait-ce qu'écologiquement, idéologiquement, on ne peut pas avoir systématiquement des tarifs qui soient plus élevés sur le ferroviaire que sur l'aérien. Ce n'est pas le cas. Ça peut arriver, notamment sur des trajets à l'étranger. Les compagnies low-cost étrangères aériennes ont offert des tarifs particulièrement attractifs.

ORIANE MANCINI
Ça arrive aussi sur des trajets internes.

PHILIPPE TABAROT
Mais là aussi, je ne peux pas leur en vouloir. Moi, je ne peux pas en vouloir à certaines personnes qui ont pu connaître des pays qu'elles n'auraient jamais pensé connaître grâce à l'attractivité d'un certain nombre de billets d'avion. Il ne faut pas opposer les modes de transport les uns après les autres. Et puis tout ce qui est payé à la SNCF est réinvesti à travers notamment les péages et un fonds de concours dans les infrastructures aussi. La SNCF n'est pas une entreprise qui fait des bénéfices pour reverser à ses actionnaires privés. C'est une entreprise publique qui, ce qu'elle gagne, elle le réinvestit soit en gratifiant ses salariés, soit en investissant dans le réseau.

ORIANE MANCINI
On va parler de l'A69, énième épisode de cette autoroute entre Toulouse et Castres. Hier, la justice a ordonné la suspension des travaux sur certaines zones de cette autoroute, celles sur lesquelles le maître d'oeuvre entreposait du matériel sans autorisation. Quelle est votre réaction à cette décision ?

PHILIPPE TABAROT
Oui, c'est important de le dire. Le chantier de l'A69 continue sur les emprises qui sont prévues et n'a pas été arrêté. Vous l'avez très bien expliqué. Peut-être certains de vos confrères n'ont pas eu cette précision. Le chantier continue. Le chantier a été définitivement, je vais dire, c'est un peu excessif, avec les voies de recours, avant peut-être une cassation, mais en tout cas, a été jugé comme pouvant continuer à se développer. Et quand je dis " se développer ", il y a pratiquement 90% des ouvrages d'art qui ont été réalisés. Il y a 75% des terrassements qui ont été réalisés. Et que ce soit, bien sûr, et je le précise, dans le cadre de l'emprise qui était prévue. Le sujet qui a concerné le juge des libertés hier, ça a été le sujet de dépassement de l'emprise exacte par les entreprises, ou l'entreprise et le maître d'oeuvre du chantier, qui pose un certain nombre de difficultés. Et ça, je dirais que ce ne sont pas que les associations qui ont réagi. L'État a réagi. Moi, je défends bec et ongles ce projet, vous le savez, pour le Tarn. Mais je le fais aussi pour l'ensemble du territoire national. Parce que si la fameuse jurisprudence du tribunal administratif de Toulouse avait pu se développer, c'est tous les projets d'aménagement du pays, avec la question et la raison d'intérêts publics majeurs, qui n'auraient pu se dérouler dans notre pays. Ça aurait été un problème manifeste. Donc, je soutiens ce projet. Par contre, bien sûr, je ne soutiens pas... Et au contraire, j'ai demandé au préfet, que ce soit de Haute-Garonne ou du Tarn, de prendre les mesures nécessaires sous astreinte le cas échéant. Et le juge a été dans ce sens, de n'occuper que la parcelle qui est prévue et pas les parcelles à côté, ne serait-ce que pour entreposer du matériel du chantier.

JULIEN LECUYER
Monsieur le ministre, vous croyez encore à une ouverture, qu'on roulera sur l'A69 dans un an, malgré la guérilla judiciaire ?

PHILIPPE TABAROT
Je l'espère et je le pense sincèrement. La décision de justice la plus importante était celle de la Cour administrative de Toulouse. Elle a été favorable à ce que le projet puisse se continuer. Donc, moi, je le souhaite.

ORIANE MANCINI
Et vous croyez encore à la LGV Bordeaux-Toulouse ?

PHILIPPE TABAROT
Écoutez. Je reçois demain les présidents ROUSSET et DELGA pour parler du sujet, avec Jean CASTEX, pour tout vous dire. Et on a ce rendez-vous dans la volonté de la mener à bien. Et là aussi, il y a eu des décisions de justice toutes récentes qui ont été favorables à continuer le projet, qui me paraît également indispensable, à la fois pour développer cette partie de la France qui a été oubliée en matière de grande vitesse. Et puis, n'oublions pas que c'est l'accès, notamment par DAX, à l'Espagne et que c'est une vraie liaison transfrontalière qui fait cruellement défaut entre nos deux pays.

ORIANE MANCINI
Elle verra le jour à quelle échéance, vous pensez ?

PHILIPPE TABAROT
La réunion de demain va nous aider à en parler. Je ne vais pas vous dire que c'est pour demain. Il y a aussi eu beaucoup de recours sur ce sujet. Mais en tout cas, nous souhaitons que le calendrier qui était prévu initialement, de 2035 pour partie, et de 2037 pour l'autre partie, ne soit pas trop retardé, et qu'on puisse se mettre d'accord sur les financements indispensables pour le mener à bien, dans le cadre de toutes les procédures qui sont énormes. Vous savez, quand il y a eu le recours sur ce fameux projet aussi de GPSO, à chaque fois, l'État ou les entreprises doivent fournir à la justice administrative un nombre de documents environnementaux, qui sont assez impressionnants, qui, certes, rentrent dans le cadre de la loi. Et tant qu'on ne changera pas la loi, il n'y a rien à dire là-dessus. Mais ça prend des plombes, excusez-moi de ce langage un peu familier pour un ministre.

ORIANE MANCINI
Alors, on le voit, les collectivités qui sont évidemment impliquées dans la question des transports. Il y a aussi des propositions dans le cadre des municipales, propositions des candidats. C'est le cas notamment de Jean-Michel AULAS, qui est candidat à Lyon, soutenu notamment par Les Républicains. Il propose, lui, la construction d'un nouveau tunnel sous la colline de Fourvière. Le coût, c'est 2 milliards. Est-ce que ce type de projet, vous le soutenez ?

PHILIPPE TABAROT
Alors, là, je me félicite. Je me permets de faire des compliments. Ça faisait longtemps que je n'étais pas venu vous voir. Et vous savez que je vous apprécie beaucoup et que j'apprécie cette maison. J'ai suivi le débat de votre collègue, Thomas HUGUES, hier soir, sur le débat municipal sur les transports. Je me réjouis que les transports reviennent au premier plan du débat municipal. Il y a un sondage tout récent qui montre une augmentation du pourcentage français de préoccupations.

ORIANE MANCINI
Dans les enjeux des municipaux.

PHILIPPE TABAROT
C'est dans les cinq premières préoccupations, les transports en commun. Donc, voilà. Et qu'on ait ce débat sur les aménagements aussi et sur le transport du quotidien, moi, va m'aider au niveau national pour faire avancer mes budgets, pour faire avancer mes projets…

JULIEN LECUYER
Et donc, le tunnel de Fourvière ?

PHILIPPE TABAROT
Le tunnel de Fourvière, j'ai appris ça. Pour tout vous dire, je vais être très franc avec vous, je ne connais pas le détail du projet. Je n'ai pas vu monsieur AULAS. Il ne m'a pas présenté ce projet.

ORIANE MANCINI
Est-ce que c'est un projet dans l'air du temps ? Parce que ça, c'est un projet qui promeut la voiture.

PHILIPPE TABAROT
La jurisprudence, je l'espère, future, de la Cour administrative d'appel de Toulouse sur les raisons d'impératifs d'intérêt public majeur va pouvoir permettre de continuer des projets d'aménagement importants dans notre pays. Si ça n'avait pas été le cas, je vous aurais dit d'ores et déjà, c'est totalement impossible. Après, il faut peser à chaque fois le pour et le contre sur le financement de l'opération, sur la question environnementale, sur l'apport également, et puis sur le temps imparti pour pouvoir mener un projet de la sorte. Alors, j'en discuterai, si jamais il est élu, ce que je lui souhaite, à monsieur Aulas, maire de Lyon. Mais je pense que par rapport à ce projet, il y a plus de chances que Lyon remporte avant la Ligue des champions qu'on soit à l'inauguration du projet. Mais bon, voilà. Il faut porter des projets dans une campagne municipale, il faut mettre les sujets sur la table. Et je n'hésiterai pas à le rencontrer s'il est maire, comme j'ai des échanges avec le maire de Lyon.

JULIEN LECUYER
Pour lui dire que c'est un petit peu audacieux.

PHILIPPE TABAROT
Écoutez. J'attends de voir comment il souhaite... quel est son tracé, quel est son financement, comment il souhaite passer les différentes étapes environnementales, mais …

JULIEN LECUYER
Vous qui connaissez les dossiers de l'A69 et les autres qui ont fait de multiples recours, vous lui dites bon courage ?

ORIANE MANCINI
Ça ne sera pas d'ici la fin de son mandat.

PHILIPPE TABAROT
C'est un peu ça.

ORIANE MANCINI
Un dernier mot, Julien sur…

PHILIPPE TABAROT
Pardon, il a montré dans sa vie passée…

JULIEN LECUYER
Qu'il était capable de remporter des challenges.

PHILIPPE TABAROT
Qu'il était capable de remporter des challenges. Et quand je vois le stade qu'il a réussi à construire avec pas mal d'opposants à l'époque, voilà, on ne peut que se dire que ce monsieur a peut-être quelque chose à apporter à la chose publique, et à faire avancer les procédures.

ORIANE MANCINI
Et on va parler de la question des municipales. C'est aussi notre débat dans 5 minutes : la question des transports dans les municipales, avec nos experts. Et on sera également duplex avec des maires qui ont pris des initiatives, justement, pour sortir du tout voiture. Merci beaucoup Philippe TABAROT.

PHILIPPE TABAROT
Merci à vous.

ORIANE MANCINI
Merci d'avoir été notre invité.

PHILIPPE TABAROT
Merci de votre invitation. Merci de parler des transports. Et je suis heureux d'être venu vous voir ce matin, je me dis. Voilà.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 janvier 2026