Texte intégral
HADRIEN BECT
Bonjour Stéphanie RIST,
STÉPHANIE RIST
Bonjour,
HADRIEN BECT
Et merci d'être avec nous, ce matin, sur France Info. Beaucoup de sujets évoqués avec vous ce matin, la grève des médecins généralistes, l'épidémie de grippe, le budget aussi évidemment. Mais avant cela, en ce jour de deuil, ce jour d'hommage en Suisse pour les victimes de l'incendie de Crans-Montana. On a appris hier soir que 25 français avaient été blessés, bilan revu à la hausse, qui s'ajoute aux neuf morts français. On voulait revenir avec vous sur la situation de celles et ceux qui sont hospitalisés en France. Nos centres débrûlés, nos hôpitaux restent mobilisés à l'heure actuelle, on l'imagine ?
STÉPHANIE RIST
Oui, alors plusieurs choses. Déjà, apporter toutes mes condoléances et le soutien aux familles qui sont concernées par ce drame qui nous a tous touchés dès ce début d'année. Je voudrais dire aussi que la France a été au rendez-vous puisqu'elle a permis de transférer, nous avons réussi à transférer 19 patients, à ce jour, de Suisse dans nos services de grands brûlés, qui nécessitent une prise en charge très particulière. Nous sommes toujours en lien avec la Suisse pour répondre aux besoins qui vont venir. Si jamais ça vient, on est encore disponible pour travailler. C'est un gros engagement de tous les services, qu'ils soient soignants, mais aussi notre centre de crise, en lien avec le ministère des armées, le ministère des affaires étrangères. Et je dois dire, nous pouvons être fiers de notre pays qui a su se mettre vraiment en branle pour récupérer ces patients et aider la Suisse.
HADRIEN BECT
La France est prête à apporter quoi de plus comme type d'aide aujourd'hui, dans une deuxième phase ?
STÉPHANIE RIST
Alors, c'est des malades qui sont très fragiles et qui peuvent nécessiter des soins particuliers, de chirurgie dans les suites de la prise en charge réanimatoire précoce et donc, nous restons disponibles, soit par les compétences de nos professionnels, mais aussi par des lits disponibles encore s'il y a besoin.
CAMILLE VIGOGNE LE COAT
L'hommage aujourd'hui avec la présence d'Emmanuel MACRON, il y a aussi le président de la République italienne, MATTARELLA. Est-ce que vous êtes en colère aujourd'hui, en tant que politique pour le coup, par rapport à ce drame ?
STÉPHANIE RIST
Ce que je veux dire, c'est que c'est très important que le président se déplace. Hier, j'étais beaucoup en contact avec le président du comté du Valais, dès le 1er janvier, pour voir comment on pouvait aider et il m'a, à plusieurs fois, redit l'importance de la solidarité des pays autour, dont la France mais aussi l'Italie.
CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Oui, il y a la question de la solidarité mais il y a la question des responsabilités aussi qui se posent.
STÉPHANIE RIST
Mais les enquêtes sont en cours et je crois que le moment, là, vous savez, 40 décès, 9 décès français, le moment est vraiment à l'accompagnement des familles. Nous avons ouvert une cellule de prise en charge, d'ailleurs, psychologique pour les familles concernées. Le procureur, aussi français, a proposé une action miroir pour permettre aussi aux familles d'être protégées. Donc, je crois qu'on est plus dans ce moment-là et nous verrons à la fin de l'enquête.
HADRIEN BECT
Alors, nos auditeurs qui ont peut-être voulu voir leur médecin ces jours-ci ont peut-être trouvé porte-close. C'est la grève des généralistes. Est-ce que c'est une grève que vous qualifieriez de majeure, de très suivie ou est-ce que finalement c'est un mouvement assez limité ?
STÉPHANIE RIST
Alors, c'est un mouvement de grève de tous les médecins libéraux, pas que les généralistes et les spécialistes.
HADRIEN BECT
Les spécialistes, ce sera beaucoup la semaine prochaine, en particulier, par ailleurs.
STÉPHANIE RIST
On a des chiffres de nombres de médecins qui n'ont pas fait de feuille de soin. L'Assurance maladie nous donne des chiffres de suivi de cette grève, mais ce que je veux dire, pour répondre à votre question.
CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Alors, mardi, c'était 12 % des spécialistes et 19 % des généralistes, ça, c'est les données de la journée de mardi. Et depuis ?
STÉPHANIE RIST
On a les données de l'Assurance maladie avec un jour de décalage, donc je n'ai pas encore les derniers chiffres, mais moi, ce que je dis…
HADRIEN BECT
Donc, un sur cinq chez les généralistes pour la journée de mardi, quand même.
STÉPHANIE RIST
Mais ce que je dis, c'est que même si ce chiffre ne veut, pour moi, pas dire grand-chose, ce qui compte, c'est que même s'il y a peu de médecins en colère et inquiet, nous devons échanger, nous devons renforcer ce dialogue. D'ailleurs, je vous annonce que j'ai fait un courrier hier soir, que j'ai envoyé au syndicat, que je serai samedi au ministère pour les recevoir, puisqu'ils vont faire une manifestation, et que nous devons absolument recréer cette confiance, travailler ensemble pour les enjeux d'avenir.
HADRIEN BECT
L'information que vous nous donnez ce matin, c'est que vous êtes prête à recevoir les syndicats de médecins en marge de la manifestation, samedi ? Pour parler de quoi ?
STÉPHANIE RIST
Oui, je vous le dis, j'ai fait un courrier hier soir en disant que je souhaitais recevoir les syndicats, que ma porte était ouverte, et qu'elle reste ouverte, évidemment, pour échanger sur les craintes, mais aussi voir comment nous pouvons avancer pour travailler sur les sujets pour lesquels ils ont soit des inquiétudes, soit même parfois de la colère.
CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Oui, justement, on voulait vous en faire entendre un médecin, Jean-Charles BOURRAS, il est radiologue, et il répondait au micro d'ici Limousin.
JEAN-CHARLES BOURRAS, RADIOLOGUE
Ce qui est global, c'est le ras-le-bol des mesures coercitives, administratives, et du rabotage tarifaire en permanence.
CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Alors, ras-le-bol des mesures administratives, du rabotage tarifaire, comment spécifiquement vous allez leur répondre samedi quand vous allez les recevoir ?
STÉPHANIE RIST
Alors, il y a deux choses, je crois. Il y a ce qui fait partie des négociations conventionnelles. Vous savez que les médecins libéraux font des négociations conventionnelles avec l'Assurance maladie concernant leurs tarifs, concernant leur vie au quotidien. Et puis, il y a l'avenir. Je crois que c'est deux choses différentes. Concernant les négociations conventionnelles, je crois que nous devons recréer cette confiance. Les médecins n'ont plus confiance dans leurs négociations conventionnelles qu'ils font avec l'Assurance maladie, qui est la base du fonctionnement dans notre système. Notre système est fondé, pour la médecine libérale, sur ces négociations conventionnelles. Je veux qu'on recrée cette confiance des négociations conventionnelles. Donc, c'est de ça dont nous pouvons discuter samedi. Et en parallèle de ça, je crois que nous devons travailler à préparer l'avenir dans un contexte de budget de notre sécurité sociale.
CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Pardonnez-moi, vous parlez de confiance. Les médecins n'ont plus confiance, y compris aux pouvoirs politiques. Ils n'ont plus confiance en leurs ministres non plus. Il y a eu quasiment une dizaine de ministres depuis Emmanuel MACRON. C'est un par an en moyenne, c'est énorme. Ça empêche de mener une politique sur le long terme. Les négociations budgétaires, avec des mesures qui ont été proposées, adoptées, retirées, censurées parfois par le Conseil constitutionnel, ça n'apporte pas de clarté. Est-ce que vous comprenez qu'ils ont un problème aussi avec le politique aujourd'hui, les médecins ?
STÉPHANIE RIST
C'est pour cette raison que je dis que ce n'est pas le nombre qui compte et que nous devons recréer de la confiance et que ma porte est ouverte. C'est pour cette raison que je leur dis que nous devons recréer cette confiance.
CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Mais ça ne se proclame pas la confiance.
STÉPHANIE RIST
Bien sûr, il faut être deux pour avoir cette relation de confiance. Moi, ce que je peux faire, c'est ouvrir ma porte, dire : "Nous allons travailler". J'ai entendu les sujets sur lesquels, certaines d'ailleurs sont des fausses informations, ça je crois que maintenant on arrive à avancer sur ce chemin, mais nous n'allons pas rester en se disant : "Nous on n'a pas confiance et on reste comme ça". Nous devons recréer cette confiance. J'entends la difficulté d'être la huitième ministre en deux ans, je le sais très bien. J'ai, pour ça, fait en sorte que mon cabinet connaisse les dossiers et sont des gens qui étaient dans les gouvernements précédents. J'ai fait en sorte, pour cette raison, de pas revenir en arrière sur des décisions qui étaient prises. Mais je crois qu'une fois qu'on a dit qu'il n'y avait plus de confiance, c'est à chacun de faire un pas vers l'autre pour recréer cette confiance.
HADRIEN BECT
Mais il y a aussi ce sentiment, quand on discute avec des médecins, c'est ce qu'ils peuvent nous dire, que finalement à chaque fois qu'il y a une difficulté, que la santé coûte trop cher, qu'il y a trop d'arrêts maladie, on dit : "On manque de médecins" par exemple, on dit : "C'est la faute des médecins". On contraint leur installation, on contraint éventuellement la prescription d'arrêts maladie, on essaie de limiter leur dépassement d'honoraire. Il peut y avoir ce sentiment d'être un peu les vilains petits canards. Qu'est-ce que vous répondez à ça ? Est-ce que oui, est-ce que les médecins abusent ? Est-ce que les médecins sont trop gâtés finalement ? Ou est-ce que ce n'est pas le sujet ?
STÉPHANIE RIST
Vous le dites très bien, il y a un sentiment et surtout une crainte. À ce jour, il n'y a pas de coercition sur l'installation par exemple.
HADRIEN BECT
La loi n'est pas entrée en vigueur.
STÉPHANIE RIST
Il y a des débats parlementaires en cours sur ce sujet. Mais on ne peut pas ignorer la volonté des parlementaires qui sont des représentants des Français. Donc, on doit travailler ensemble pour aboutir à des choses qui permettent de soigner correctement les Français et que les médecins se sentent reconnus. Je le dis et je le dis souvent, moi je suis vraiment la ministre de tous les médecins, de tous les secteurs d'activité de médecins, qu'ils soient salariés, à l'hôpital, en centre de santé, qu'ils soient libéraux. Je crois qu'on a besoin de tous les modèles
CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Alors, vous êtes la ministre des médecins, mais vous êtes aussi la ministre des patients. Il y a eu un débat, vous l'avez dit, au printemps à l'Assemblée au sujet des désirs médicaux avec deux propositions de loi. Une à l'Assemblée, une au Sénat. L'une socialiste plus contraignante au sujet de l'installation et l'autre portée par la droite au Sénat qui prévoyait aussi un volontariat quelques jours par mois, deux médecins dans des zones sous-dotées. Ces deux propositions de loi adoptées, elles ne sont pas à l'agenda parlementaire. En tout cas, j'ai regardé hier soir, je n'en ai pas trouvé trace. Qu'est-ce qui s'est passé ? Elles se sont perdues pour les lectures successives ?
STÉPHANIE RIST
Alors, ce sont des propositions de loi. Une qui était adoptée à l'Assemblée, pas encore au Sénat. Et l'autre au Sénat, pas encore à l'Assemblée. Et ça, je laisse le soin de voir quand est-ce qu'elles seront réinscrites. Elles continuent leur chemin parlementaire. Vous savez…
CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Je vous pose la question parce que j'ai lu que vous étiez assez contraire à toute contrainte par rapport aux médecins. Vous êtes aussi rhumatologue de profession.
STÉPHANIE RIST
Alors, j'étais députée avant d'être ministre. Je vais voter contre la proposition de loi de monsieur GAROT qui oblige l'installation des médecins, qui contraint l'installation des médecins parce que je pense que profondément, c'est une mesure qui ferait l'inverse de ce qu'elle souhaite. C'est-à-dire qu'elle serait inefficace et voire elle pourrait aggraver la situation et que, comme vous l'avez dit, je suis d'abord ministre en charge de la santé des Français, de la prise en charge de nos concitoyens. Et donc, c'est l'efficacité dans cette capacité à les prendre en charge qui me mène tous les jours dès que je me réveille. Donc, oui, je vais voter contre cette proposition de loi, il n'y a pas de secret. Maintenant, le débat parlementaire peut continuer. Je respecterai le débat parlementaire mais je reste avec mes convictions et d'explications de dire pourquoi cette proposition de loi, pour moi, n'est pas une bonne solution.
HADRIEN BECT
Mais donc, une ministre, si cette loi devait poursuivre son chemin parlementaire jusqu'au bout, une ministre qui n'est pas d'accord avec cette proposition de loi pourrait faire en sorte qu'elle soit quand même appliquée ?
STÉPHANIE RIST
Bien évidemment. Si elle est votée, la ministre fait appliquer les lois qui sont votées.
HADRIEN BECT
Et vous n'allez pas pousser pour qu'elle soit appliquée ?
CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Pour l'instant, on n'est même pas à l'agenda parlementaire.
STÉPHANIE RIST
D'ailleurs, il y a dans le budget… Il y a des mesures qui font beaucoup râler les médecins actuellement en grève qui sont des mesures pour lesquelles j'étais défavorable dans le budget de la Sécurité sociale. Il a été adopté et la ministre que je suis fera appliquer la loi quand elle est à appliquer.
HADRIEN BECT
Un dernier mot sur ce sujet. La grève des médecins c'est aussi la conséquence directe des passages aux urgences en augmentation. Ça a mis vraiment beaucoup en tension les services d'urgence, cette grève.
STÉPHANIE RIST
Alors, il ne vous a pas échappé qu'on est en pleine épidémie de grippe. On a eu des événements climatiques entre la neige, le verglas, le froid. Évidemment, la mobilisation des médecins grévistes et le mois de janvier est toujours à la rentrée des congés. Toujours une période difficile pour les services d'urgence et pour la prise en charge que ce soit au SAMU, au service d'accès aux soins. Tout ce qui retentit sur la santé de nos concitoyens. C'est toujours tendu au mois de janvier. Là, évidemment, avec l'accumulation de la grippe, la bronchiolite aussi qui est encore persistante en ce moment et les événements climatiques ont mis les services en tournée.
HADRIEN BECT
Les appels au SAMU ont explosé cette semaine ?
STÉPHANIE RIST
Alors, ils ont augmenté de 24 % sur les derniers chiffres que j'ai et encore une fois, on ne sait pas dire, sur ces 24 %, quel est le rôle de la grève ou de la grippe ou des événements climatiques mais ce qui est sûr, c'est qu'il y a une montée en puissance. Ce que je remarque aussi, on passe le pic de la grippe en ville, ça c'est plutôt une bonne nouvelle, pas encore à l'hôpital.
HADRIEN BECT
C'est-à-dire qu'à l'hôpital, il y a encore beaucoup d'admissions pour la grippe.
STÉPHANIE RIST
Et il est encore temps de se faire vacciner. Nous avons encore des vaccins, l'hiver n'est pas terminé. Donc je redis, on a eu une bonne campagne vaccinale à ce jour, on est à 54 % des patients qui devaient se faire vacciner, c'est-à-dire de plus de 65 ans ou avec des comorbidités qui sont vaccinés, c'était 45 % l'année dernière, mais il est encore temps notamment pour ces personnes fragiles de se faire vacciner pour éviter que dans les semaines qui viennent, ils aient la grippe et concrètement
CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Et avec la grève des médecins, si demain une mère de famille qui a son enfant qui a une otite et son médecin généraliste est fermée, elle n'a pas d'autre choix, aujourd'hui, que d'aller aux urgences et donc d'aggraver la situation ?
STÉPHANIE RIST
Elle a d'autres choix et je voudrais remercier les soignants qui permettent d'organiser cette permanence de soins, que ce soit les soignants libéraux ou en ville ou à l'hôpital. Elle peut… Il y a des médecins déjà qui continuent de travailler, il y a aussi ce qu'on appelle le service d'accès aux soins, c'est-à-dire que vous appelez le 15 et on vous trouve un rendez-vous de consultation chez un médecin qui a réservé des rendez-vous d'urgence en fait et qui vous évite d'aller aux urgences.
CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Ce n'est pas uniquement les urgences vitales.
STÉPHANIE RIST
Ce n'est pas uniquement. Les professionnels se sont organisés et je les remercie, depuis ces dernières années, organisés en ville pour permettre d'éviter les urgences et heureusement ça fait que nos urgences tiennent… J'ai pu le constater hier en allant à Saint-Antoine d'ailleurs.
HADRIEN BECT
À Paris, effectivement. Vous restez avec nous Stéphanie RIST, on va parler notamment du budget dans une minute. D'abord toute l'info, il est 8h48. Voici Diane FERCHIT.
(…)
CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Et vous êtes toujours avec Stéphanie RIST, la ministre de la Santé. Madame la ministre, vous avez reçu, pour commencer l'année, une lettre de vœux un peu particulière du Premier ministre. Il vous a envoyé des vœux de rationalisation, comme à chaque ministre, avec des demandes de grosses pistes d'économie. Il vous a demandé de réfléchir à une fusion, notamment entre la Haute autorité de santé et l'Agence nationale de sécurité du médicament. Vous pensez pouvoir économiser combien ?
STÉPHANIE RIST
Le Premier ministre nous a envoyé à plusieurs ministères des lettres d'efficacité de l'État. Et je suis très ravie de cette demande. On a commencé à travailler avec le ministère depuis que je suis arrivée. J'ai déjà pu annoncer que j'allais créer une direction Recherche au ministère Innovation qui va permettre de rassembler des agences, notamment, et qui permet de rendre notre État plus efficace. Dans ces mesures proposées, il y a effectivement celle dont vous parlez, où nous allons commencer à travailler dessus, de voir s'il y a des redondances sur le sujet de l'évaluation du médicament entre les services de la Haute autorité de santé et de l'Agence nationale du médicament.
CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Je vous pose la question parce que ça pose des questions techniques. Il y en a une qui est sous la tutelle de l'État, l'autre, non. Ça pose des questions budgétaires aussi. Dans le passé, il y a eu des fusions d'agences de l'État. L'ANPE et les ASSEDIC pour former Pôle Emploi, par exemple, ça n'avait pas rapporté d'argent, ça avait plutôt coûté de l'argent. Il y en a d'autres qui ont rapporté, mais au bout de dix ans. Concrètement, est-ce que ce n'est pas un totem ? Est-ce que ce n'est pas un objet politique symbolique à droite, mais qui, finalement, manque d'efficacité, la fusion d'agences ? C'est pour ça que je vous demandais combien vous pensez pouvoir tirer d'économie ?
STÉPHANIE RIST
Il y a de nombreuses mesures. J'ai une dizaine de sujets sur lesquels nous travaillons. L'objectif n'est pas forcément de faire des économies. L'objectif est d'être efficace.
CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Ah bon ? C'est ce qu'on pensait.
STÉPHANIE RIST
L'objectif est l'efficacité de l'État. Évidemment, il peut y avoir… Ça peut entraîner des économies.
CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Elles ne sont pas efficaces, ces agences quand même ?
STÉPHANIE RIST
L'objectif qu'on recherche, c'est l'efficacité. Là où il y a des redondances, nous avons le droit de questionner le sujet. Et c'est ce travail, qui est un travail, vous l'avez dit, très technique, que nous avons entamé. Parfois, nous nous sommes aidés. D'ailleurs, j'ai lancé des missions de l'Inspection générale des affaires sociales pour permettre de nous aider techniquement, pour ne pas faire n'importe quoi, évidemment. Mais regardez, là où on peut, quand il y a des redondances, arrêter ces redondances, parce qu'il n'est pas honteux de faire des économies et de faire des économies de l'État, mais surtout de rechercher l'efficacité. Typiquement, la création de la direction Recherche que je crée au ministère, elle va permettre d'accélérer les réponses sur les sujets d'innovation, par exemple. C'était une forte demande des acteurs. Donc, vous voyez que se questionner sur l'efficacité de l'État, ça me paraît très, très sain. Et évidemment, rechercher des économies, alors qu'on demande à tous les Français, dans le cadre du budget, de faire des économies pour réduire notre déficit, il faut commencer par soi-même, sinon je suis ravie de ces projets.
HADRIEN BECT
Et justement, effectivement, des économies, il va falloir en faire, puisque le Gouvernement propose de baisser les crédits des ministères d'un milliard 500 millions d'euros. Vous allez faire comment ? Vous allez économiser sur quoi ?
STÉPHANIE RIST
Ces sujets d'efficacité, d'efficience, vont permettre de faire des économies.
HADRIEN BECT
Pas forcément tout de suite, bien souvent.
STÉPHANIE RIST
Il y a un travail de fait, vous le savez, sur les directions, sur les communications, sur la communication. Typiquement, dans mon ministère, vous avez plusieurs endroits où il y a de la communication sur la santé. Est-ce qu'il y a un moyen de rendre plus efficient cela ? Donc, c'est sur ces sujets que nous travaillons.
HADRIEN BECT
Ça fait un milliard et demi d'économies ça ?
STÉPHANIE RIST
On ne peut pas demander… vous savez, j'ai porté le budget de la Sécurité sociale, qui a été voté dans le cadre d'un compromis, et qui demande des efforts à tous les secteurs. Et je ne peux pas porter ces efforts-là à tous les secteurs, que ce soit pour le médicament, pour les professionnels de santé, dont nous avons parlé tout à l'heure, pour l'hôpital, et ne pas le faire pour mon ministère. Il est évident que nous devons rechercher cette efficience.
HADRIEN BECT
Justement, vous parliez des médicaments, avec ces mots qu'on n'attendait pas forcément, il y a quelques jours, ces mots de Donald TRUMP, on l'écoute.
DONALD TRUMP, PRÉSIDENT DES ÉTATS-UNIS
OK, voilà comment ça va se passer, Emmanuel. Si lundi, tu n'as pas accepté tout ce que je demande, je mets des droits de douane à 25 % sur tout ce qui vient de France. Non, non, non, tu ne peux pas faire ça. Si, je peux. Emmanuel m'a dit : "Donald, OK, c'est d'accord, j'adorerais augmenter le prix des médicaments de 200 %, ce serait un honneur. S'il te plaît, Donald, ne le dis pas à ma population, je t'en supplie".
HADRIEN BECT
Donald TRUMP qui assure qu'il a négocié avec Emmanuel MACRON pour une augmentation des prix des médicaments sur ordonnance de 200 %. Je vois que vous faites non de la tête.
STÉPHANIE RIST
Non, mais l'Élysée a pu s'exprimer sur ce questionnement. Donald TRUMP considère que, dans notre pays particulièrement, les médicaments ne seraient payés pas cher. Mais dans le même temps, il explique que les prix des médicaments dans son pays sont chers en raison de multiples intermédiaires que nous n'avons pas en France, qui sont beaucoup moins importants en France. Moi, ce qui m'importe, et mon ministère est très engagé, à ce qu'on puisse, dans l'avenir, continuer et permettre que tous les Français aient un accès à l'innovation. De plus en plus, les traitements coûtent cher parce qu'ils sont innovants.
HADRIEN BECT
Ce n'est pas toujours le cas aujourd'hui en France. Parce qu'on ne peut pas… Tous les médicaments ne peuvent pas… Les médicaments coûtent cher, on n'a pas toujours le dernier cri, si vous…
STÉPHANIE RIST
Alors, on est encore dans un pays où on a encore accès à l'innovation par des mécanismes qu'on appelle l'accès précoce, qui nous permettent d'avoir l'innovation. Mais il y a un vrai questionnement pour l'avenir de travailler à avoir une politique qui nous permette de poursuivre cet engagement, de donner à tous les Français l'accès à cette innovation qui coûte cher.
CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Mais tout de même, sur la trajectoire du prix du médicament, entre 2010 et 2020, il a baissé ce prix des médicaments en France. Il n'a pas augmenté de façon générale. Est-ce que vous dites que : "Ça c'est fini, il va falloir se résoudre à accepter de payer un peu plus cher nos médicaments" ?
STÉPHANIE RIST
En tout cas, ce qui est sûr, et c'est là-dessus où mon ministère est engagé et sur lequel on travaille, c'est qu'il va falloir mener une politique très forte sur le médicament pour permettre de maintenir cet accès à l'innovation.
CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Ce n'est pas exactement la réponse à ma question.
STÉPHANIE RIST
Mais je vais répondre. On a demandé encore cette année, dans le budget de la Sécurité sociale, un effort sur l'industrie pharmaceutique de baisse de médicaments. Vous savez que le prix se fait par des négociations qui sont importantes et qui sont faites par le CEPS. Mais je crois qu'on doit, deux choses : d'une part, travailler à la souveraineté, conserver des médicaments dans notre pays, fabriquer dans notre pays. Ces dernières années, il y a eu beaucoup d'investissements par France 2030, des entreprises qui se créent en France pour pouvoir avoir ces médicaments qu'on appelle de premiers…
HADRIEN BECT
Mais le DOLIPRANE a été vendu aux États-Unis.
CAMILLE VIGOGNE LE COAT
C'est ça, il y a aussi OPELLA.
HADRIEN BECT
De ce qu'on comprend, BIOGARAN, ça devrait être le cas aussi à un fonds d'investissement étranger. Est-ce qu'il n'y a pas une contradiction, quand même ?
STÉPHANIE RIST
Ce que je dis, c'est que nous avons à continuer d'investir pour la souveraineté française. Vous avez peut-être entendu hier que les syndicats de laboratoires français sortent de leurs syndicats où ils étaient représentés. Je crois qu'il y a un vrai sujet sur la souveraineté. Et d'autre part, une politique du médicament à travailler à transformer, et notamment au niveau européen, pour permettre d'avoir un rapport important sur la négociation de ces médicaments.
HADRIEN BECT
Quand même, un tout dernier mot sur BIOGARAN. La vente à un fonds d'investissement étranger semble bien en cours, bien partie. 50 % des médicaments BIOGARAN sont fabriqués aujourd'hui en France. Est-ce que vous avez la garantie que ça va se poursuivre ?
STÉPHANIE RIST
Ce dossier est avec mes collègues à Bercy en train d'être travaillé. Mais moi, mon travail, ma responsabilité en charge de la Santé, c'est de faire en sorte que dans les années qui viennent, l'ensemble des Français ait une prise en charge pour les médicaments, qu'ils soient innovants.
HADRIEN BECT
Vous ne répondez pas à la question non plus.
STÉPHANIE RIST
Mais je vous le dis, c'est un travail de tous les jours que l'on fait avec Bercy sur votre question. Mais ma responsabilité à moi, elle est de préparer l'avenir. C'est un sujet compliqué, la politique du médicament, qui doit se faire au niveau européen.
HADRIEN BECT
Un grand merci Stéphanie RIST, vous êtes ministre de la Santé. Merci d'avoir été l'invitée de France Info ce matin.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 janvier 2026