Déclaration de Mme Monique Barbut, ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature, sur la politique de l'environnement, à Paris le 20 janvier 2026.

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  • Monique Barbut - Ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature

Circonstance : Vœux institutionnels des ministres

Texte intégral

Madame la ministre [chère Catherine],
Monsieur le ministre [cher Mathieu],
Mesdames et messieurs les parlementaires,
Monsieur le secrétaire général [Augustin Augier],
Mesdames et messieurs les ambassadeurs,
Mesdames et messieurs les directeurs,
Mesdames et messieurs en vos grades et qualités,
Mesdames et messieurs,
[Chers collègues, chers amis],

Pour un grand nombre d'entre nous, l'année 2025 a été marquée par l'incertitude.

Et le contexte dans lequel je m'exprime aujourd'hui devant vous montre que l'année 2026 s'annonce tout autant ponctuée par ce sentiment.

Un sentiment qui, pour reprendre les mots de Musset, est " de tous les tourments, le plus difficile à supporter ".

Ces incertitudes se sont d'abord exprimées sur la scène internationale.

De Genève à Belém, nous avons assisté à l'émergence de nouveaux empires, avides de ressource et peu soucieux des règles établies.

Comme l'an passé, nous avons observé de nouveaux rapports de force s'esquisser, laissant derrière eux ce qui, hier encore, nous paraissait acquis.

Et comme l'an passé, nous, Européens, avons eu le sentiment d'être de plus en plus isolés. Et de continuer à obéir aux règles d'un jeu, auquel les autres ne jouent plus.

Dès lors, les doutes exprimés sur la scène internationale nous ont renvoyé à nos propres doutes.

Et les tentations de renoncement exprimées par nos alliés d'hier se sont retrouvées dans la bouche de nos concitoyens.

Bien sûr, le contexte national – à la fois économique et politique – n'a pas été facilitateur.

Car un pays qui a peur n'est pas un pays qui se projette vers l'avenir. Un pays qui a peur regarde en arrière. Il s'attache à ce qu'il connaît, il se concentre sur son passé.

Un passé dont l'écologie ne fait souvent pas partie.

Mais, l'année 2025 nous a aussi appris.

Elle nous a appris à tracer des chemins là où il n'en existait pas. A trouver de nouveaux arguments pour rallier de nouveaux alliés.

Elle nous a appris à " faire avec ". Avec des ressources moins nombreuses. Avec des paysages politiques plus mouvants. Et avec un contexte international moins lisible.

Et ces apprentissages ont porté certains fruits. Ils nous ont permis d'accélérer la mise en œuvre de certaines politiques.

Je pense, par exemple, aux actions qui ont été mises en œuvre sur les PFAS, désormais interdits dans les cosmétiques et les vêtements, et davantage surveillés dans nos eaux potables.

Je pense aussi à la transformation de nos modes de consommation. Un sujet sur lequel nous n'avons pas attendu pour agir : que ce soit à travers la taxe sur les petits colis ou au travail en cours pour mieux encadrer l'ultra fast-fashion. Notamment afin que celle-ci contribue davantage au traitement des nombreux déchets qu'elle laisse derrière elle.

En 2025, nous avons aussi su tracer de nouvelles lignes d'horizon.

Je pense aux engagements pris à l'UNOC, qui se traduisent déjà concrètement sur notre sol, avec la labellisation de 63 premiers sites en zones de protection forte.

Je pense aussi au plan national d'adaptation au changement climatique, dont nous célébrerons le premier anniversaire en mars prochain, et dont la totalité des mesures a déjà été engagée.

Je pense, enfin, à la stratégie nationale bas carbone, que nous sommes parvenus à publier fin décembre, après plusieurs années de travail.

Bien sûr, il nous faut désormais tenir la promesse des trajectoires que nous avons dessinées.

Et c'est ce que nous nous attacherons à faire au cours de l'année à venir. La dernière avant l'échéance de 2027.

Et si certains voudraient nous faire croire que 2026 serait, à ce titre, une année d'immobilisme, je le dis : 2026 doit être une année d'action et de résistance.

Une année d'élan durant laquelle nous accélérerons la mise en œuvre de nos politiques environnementales. Cela, afin qu'elles imprègnent, davantage encore, le quotidien de nos citoyens, de nos entreprises et de nos collectivités. Car c'est ainsi que nous parviendrons à les inscrire dans la durée.

Je veux, pour cela, vous présenter les trois grandes priorités qui guideront notre action cette année. Et pour lesquelles je suis ravie de pouvoir compter sur le soutien et le professionnalisme de mes deux collègues ici présents : Catherine Chabaud et Mathieu Lefèvre.

La première de nos priorités est l'adaptation.

Car il est d'abord un temps que l'on ne retrouvera pas. Celui des transformations déjà à l'œuvre, face auxquelles nous devons désormais nous adapter.

Isoler nos logements, pour qu'ils ne deviennent pas des étuves dès les premiers jours d'été.

Repenser nos écoles, pour qu'elles n'aient pas à fermer leurs portes dès les premiers pics de chaleur.

Protéger nos forêts, pour éviter les incendies d'une ampleur telle que celle nous avons connue l'an passé.

Nous devons aussi en adapter nos modèles économiques, pour protéger certaines filières. Je pense en particulier à nos agriculteurs et à nos pêcheurs, premières victimes de la pollution de nos sols et de nos eaux.

Notre deuxième priorité – et elle y est étroitement liée – est celle de la préservation.

Car il est aussi un temps que nous devons protéger, des paradis que nous devrons un jour léguer.

Cela implique d'abord de préserver nos sols. Ces précieux alliés qui nous aident à stocker du carbone et à limiter les risques d'inondation. C'est pour les protéger que je souhaite que l'ambition du zéro artificialisation nette soit maintenue.

Bien sûr, ce qui est vrai pour nos sols l'est aussi pour nos sous-sols. Et je m'opposerai aux arguments de celles et de ceux qui souhaitent encourager la relance de l'exploration pétrolière dans nos Outre-mer.

Cela est aussi vrai pour notre air. Dont la pollution est encore responsable de 40 000 décès prématurés chaque année. Là encore, c'est pour le préserver que je souhaite que la possibilité de mettre en place des zones à faible émission soit maintenue.

C'est également vrai pour nos eaux. Car nous ne pouvons pas accepter que des populations n'y aient plus accès, comme cela a été le cas cette année dans les Vosges, les Ardennes ou la Meuse. Et nous allons, au cours des mois à venir, devoir faire preuve d'une grande agilité pour trouver des voies de passage sur ce sujet, dont le caractère brûlant n'est que le reflet de sa dimension absolument essentielle.

C'est, enfin, aussi vrai pour notre biodiversité. Là encore, les prochains mois doivent nous permettre d'accélérer sur la mise en place de politiques ambitieuses. Notamment dans le cadre des travaux sur le plan national de restauration de la nature, que nous devons finaliser d'ici l'automne.

Sur ce sujet comme sur les autres, nous devrons faire preuve de bon sens afin d'identifier des points d'équilibre entre ce qui doit être protégé et ce qui est acceptable pour les populations. Car c'est ainsi que nous parviendrons à construire des solutions pérennes.

Venons-en maintenant à notre troisième priorité : la décarbonation

Car il est, enfin, un temps que nous devons bâtir.

Un temps qui doit nous permettre d'atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés. Et que nous sommes parvenus à réaffirmer – avec force et malgré les hostilités – aux côtés de nos partenaires européens en novembre dernier.

Ces objectifs vous les connaissez : diminuer nos émissions de 90% d'ici 2040 et atteindre la neutralité carbone à horizon 2050.

Pour tenir ces échéances, la France s'est dotée d'une feuille de route claire et concrète : la stratégie nationale bas carbone. A nous désormais d'en assurer la mise en œuvre.

Pour y parvenir, nous devons mobiliser l'ensemble des acteurs, publics comme privés. Car cette feuille de route n'est pas celle du ministère de l'Ecologie, elle est celle du pays tout entier. Elle ne pourra aboutir qu'avec l'engagement des filières économiques et la démonstration que l'électrification est aussi une opportunité pour la réindustrialisation de notre pays.

La stabilisation des aides à la décarbonation des entreprises annoncée par le Premier ministre dimanche dernier en est un premier indice.

Les négociations européennes sur la décarbonation de notre industrie automobile devront également confirmer notre volonté de concilier décarbonation et compétitivité.

Cette feuille de route ne se fera, par ailleurs, qu'avec l'adhésion des citoyens. C'est pourquoi nous devrons aussi veiller à mettre en place les mesures d'accompagnement nécessaires, afin que personne n'ait le sentiment d'être laissé sur le bord de la route.

Car si nous ne créons pas les conditions d'une transition juste et fertile, nous ne parviendrons pas à inscrire durablement les trajectoires que nous nous sommes fixées.

Bien sûr, préserver ces trajectoires nationales implique aussi de dessiner de nouvelles ambitions sur la scène internationale. Car d'elles dépend également leur survie.

Nous devons, pour cela, mieux tenir compte des nouveaux rapports de force. Et nous préparer, avec nos partenaires européens, à adopter des postures plus affirmées pour que nos intérêts et nos ambitions soient davantage écoutés et respectés.

Nous le ferons dans le cadre de la présidence du G7, mais aussi en vue des autres échéances à venir. Je pense aux différentes COP – sur le climat, la biodiversité et la désertification – mais aussi aux négociations sur le plastique qui n'ont pas pu aboutir l'an passé.

Rebâtir une vision commune est absolument essentiel. Car si nous ne parvenons pas à convaincre les autres pays d'avancer sur la cause écologique, nous ne parviendrons pas à convaincre nos citoyens.

Mesdames et messieurs, l'année 2025 a été ponctuée de nombreuses incertitudes. Et l'année 2026 le sera tout autant.

Mais – pour dédire Musset que j'ai cité en introduction – il y a une chose pire que l'incertitude : la certitude. La certitude d'avoir perdu le combat. La certitude qu'il est désormais trop tard pour agir.

Alors faisons en sorte que cette certitude ne devienne pas une réalité. Et je sais pouvoir compter sur votre mobilisation, à toutes et à tous, pour y parvenir. Mais aussi sur celle de mes collègues, Catherine Chabaud et Mathieu Lefevre, que je salue de nouveau pour leur engagement.

Je vous remercie et vous souhaite une très belle année 2026.


source https://www.ecologie.gouv.fr, le 23 janvier 2026